
Le supergroupe du metal extrême français DELIVERANCE est de retour ! Après un « Neon Chaos In a Junk-Sick Dawn » qui a fait parler de lui en 2022, le groupe de Pierre Duneau (ex-MEMORIES OF A DEAD MAN), Etienne Sarthou (KARRAS, ex-AQME), Sacha Février et Viken Poulain revient avec « The Voyager Golden Banquet », un voyage dans l'espace sur fond de metal aussi extrême que progressif. Nous avons pu rencontrer Pierre Duneau (chant) et Etienne Sarthou (guitare) afin d'en déchiffrer les mystères...
« The Voyager Golden Banquet » est sorti le 22 mai. Comment est ce que vous avez abordez cette quatrième ère de DELIVERANCE ?
Pierre Duneau : Sereins. On a fait tout ce qu'on a pu de notre côté. On a finalisé deux clips, on a fait l'album, on a fait le mastering, on en est contents. Maintenant, il ne nous appartient plus. On va le donner aux gens qui voudront bien l'écouter, jeter une oreille dessus et ils nous donneront leur avis, car maintenant tout a été fait de notre côté. Maintenant il est à vous. Et puis c'est à vous de le transmettre, aussi !
Oui, aussi, effectivement ! L'album est d'ailleurs très différents des précédents, avec l'ajout de cette dimension psychédélique. Est ce que votre approche de l'écriture était vraiment différent des albums précédents ou est ce que c'est venu assez naturellement dans votre processus habituel ?
Etienne Sarthou : Moi j'ai l'impression que c'est un peu des deux. C'est une évolution à chaque album. Chaque album ajoute son lot d'avancées pour nous en tant que musiciens. On veut tester des trucs et on n'a pas envie de rester toujours sur le même modèle et refaire en permanence le même disque. Mais il y a toujours une forme de base qui nous paraît similaire parce que je pense qu'il y a quand même une forme de personnalité qu'on retrouve sur nos quatre albums. Mais c'est vrai que sur le précédent, on avait exploré le côté psychédélique et on s'était dit allons y encore plus. Mais sans forcément proposer un voyage qui dure aussi longtemps que l'album précédent, qui était assez long et assez difficile à ingurgiter et à digérer. Celui-là, je voulais vraiment qu'il soit un peu plus "digeste", mais avec toutes les phases et plus encore de ce qu'on peut proposer et de ce qu'on a envie de proposer. Et dans le processus, il y a quand même un petit changement, c'est qu'auparavant j'avais tendance à vachement bosser dans mon coin les morceaux et à ensuite les proposer au groupe pour les faire évoluer en répétition. Là, quand on a intégré notre nouveau batteur, plutôt que de bosser des titres qui étaient déjà là, j'ai proposé avec Viken (Poulain, batteur du groupe, ndlr), je crois que les autres n'étaient pas encore en répète, je proposais des idées que je trouvais cool. Et je lui ai proposé qu'on puisse commencer à faire tourner ça tous les deux. Et donc ça s'est fait de manière un peu plus collaborative, presque un peu "jam", quelque part, en ayant un thème qu'on fait durer un peu comme ça, et on voit ce que ça peut donner quand on rajoute des trucs ou qu'on en enlève. Et ça a permis aussi d'intégrer notre nouveau batteur. Et sur certains titres, effectivement, ça fait des choses qu'on n'avait pas faites jusque là. Par exemple, le morceau dont je te parlais c'était ''Turn On, Tune In, Drop Out'', qui était le premier écrit pour l'album. Et c'est là que je me suis dit qu'il fallait vraiment démarrer sur une page blanche sur ce disque là, avec ce nouveau batteur, parce qu'on avait déjà beaucoup de titres écrits avec le précédent pour un nouvel album qui aurait déjà pu exister en vérité. Et avec les autres, on a à peu près tout jeté et on est partis d'une page blanche. Ça a donné des morceaux comme par exemple ''Turn On, Tune In, Drop Out'', qui a en fait un seul thème pendant tout le morceau, et c'est ce qu'on rajoute, qu'on enlève, qu'on change qui fait qu'il est intéressant malgré ses huit et quelques minutes, tu vois ? Donc il y a quand même un petit changement de processus à ce niveau là, on est plus ensemble autour du morceau qui est en train de se construire.

J'ai trouvé, quand j'ai écouté l'album, qu'il avait la durée idéale pour que chaque morceau soit mémorable...
Etienne Sarthou : C'était l'idée !
Ça se sent, et tous les groupes n'arrivent pas forcément à trouver le juste milieu pour que chaque morceau ait le temps d'exister et reste en mémoire derrière...
Etienne Sarthou : C'est un point sur lequel on a été très excessif dans le précédent. On était dans l'excès inverse, avec des titres très longs. Alors de toute manière, ''Odyssey'', sur notre album précédent restera un morceau phare qu'on adore, mais dans la longueur, le disque est assez difficile à ingurgiter.
Pierre Duneau : Il y avait de gros morceaux massifs qui duraient très longtemps. Là, on n'a pas eu peur d'être minimalistes et d'aller à l'essentiel, et de se dire « Stop, on arrête de composer, c'est fini, y'a trop de morceaux, on en rajoute pas un, on s'arrête là. L'album est comme ça et on part en studio sans chanson de secours. » On n'a pas de face B. A chaque album précédent, je crois, on enregistrait un morceau en plus au cas où il y en ait un qui ne marcherait pas tant que ça. Et là on est partis sans titre en plus. Il n'y a pas de face B pour cet album. Tous les morceaux ont été enregistrés.
Etienne Sarthou : On était assez sûrs de ce qu'on avait. Et c'est vrai que personnellement, je prends cette référence là qui à mes yeux est vachement importante : je pense souvent à « Dark Side Of The Moon » de PINK FLOYD qui, pour moi, à ce niveau là, est vraiment parfait. Il dure moins de 45 minutes et c'est quand même fou ce qui s'est passé pendant 45 minutes ! Et en même temps, dans ce disque hyper abouti, très riche, il y a des chansons hyper accrocheuses ! Parce qu'il y a parmi les plus grands tubes qui aient jamais été créés dans l'histoire du rock'n'roll. Mais ce sont des morceaux quand même exigeants qu'on peut penser faciles d'accès, et qui ne le sont pas tant que ça. Et si on peut réussir avec cet album là à être un peu plus facile d'accès tout en restant finalement assez difficile, je pense que normalement on aura atteint un bon mélange.
Le thème de l'album tourne autour de l'espace. Est ce que vous pouvez me raconter ce que vous avez voulu illustrer musicalement ?
Pierre Duneau : Personnellement, c'était un besoin d'aller ailleurs. De prendre de la distance par rapport à album d'avant qui était un peu ancré dans une ville, avec un côté urbain. Donc c'était un peu pour prendre de la distance par rapport à tout ça, mais sans se perdre non plus. C'est surtout ça : voir où on pouvait aller et prendre de la distance sans non plus se renier, en restant qui on est. C'est pas évident non plus, mais c'était un peu ça l'idée. J'ai été beaucoup inspiré par le rock progressif, par YES, par tout ça, j'adore ! Et par la SF aussi. Il y a quand même une certaine naïveté dans ces groupes des années 70. On osait tout, on n'avait peur de rien, et c'était très virtuoses à l'époque. Mais c'était "virtuose rocker". Ce que je peux reprocher à l'heure actuelle à beaucoup de groupes de metal, c'est qu'ils sont très bons, ils sont très virtuoses, mais c'est trop parfait, c'est trop propre. A l'époque, ils n'avaient pas peur de faire des "pains". Ils enregistraient, et mettaient le live comme ça, ils pressaient le disque comme ça avec deux trois bandes car ils s'en foutaient... C'est du rock'n'roll et c'est ça que j'aime beaucoup, moi. C'est de la musique vivante ! Je me fous des "pains", il faut que ça vive. Je préfère transmettre qu'il y ait un "pain". Je ne suis pas dans le chirurgical, ce n'est pas mon ADN. Après, je peux comprendre qu'y en a qui qui soient focalisés là dessus. C'est une performance de jouer 130 notes et de ne pas en mettre une à côté, mais ça me touche moins.
Etienne Sarthou : C'est vrai que pour la musique, le fait de se sentir un peu écrasé par l'album précédent... Enfin ce n'est pas une critique, d'ailleurs, c'est un album assez écrasant, assez étouffant. Mais il y avait une envie de proposer aussi d'autres émotions sur cet album : des sensations plus lumineuses, plus d'apaisement, de mystère aussi. Parce que le mystère, ça peut être à la fois quelque chose qui te calme et quelque chose aussi qui t'angoisse... On peut être dans des zones un peu de flou où chacun peut l'interpréter un peu à sa manière. Alors que la sensation d'étouffement, elle me paraît assez évidente quand tu écoutes un truc qui écrabouille la gueule. Par exemple, ''Fragments Of A Diary From Hell'', le dernier titre de notre précédent disque, c'est vraiment écrasant. En tout cas, à partir du moment où le titre démarre vraiment. Là tu n'as pas beaucoup d'interprétations possibles, tu es écrasé sur terre. Et là, l'envie de partir dans un voyage avec de l'inconnu, multidimensionnel, découvrir des nouveaux mondes, etc., c'était rechercher des émotions un peu différentes. Ce n'est pas pour détruire ce qu'on a fait avant, mais pour le compléter en gardant toujours une forme d'intensité à certains moments. Par exemple, pour moi, le premier titre, ''Hellisual'', est écrasant qui fait le lien avec ce qu'on a fait avant, ou encore ''Ground Zero'' qui est pour moi le moment où on passe dans un trou noir et où on fait broyer par le trou noir avant d'arriver à quelque chose de plus lumineux et plus courageux que ''The Banquet Part. 1''... Il y a tout un cheminement comme ça qui s'est créé au fur et à mesure de l'écriture des morceaux, et ce cheminement-là m'est apparu comme assez logique rapidement, quand on a eu à peu près tous les morceaux.
J'ai même l'impression que le mixage est plus aéré, et qu'il n'est pas très compressé. Chaque instrument a vraiment l'espace pour vivre...
Pierre Duneau : C'est ça, on n'a pas voulu brouiller les pistes. On a fait une voix, il y a peu de doublage de voix, il y a une lead, puis pareil pour les guitares. Pour les claviers, on évite, sauf sur les moments qui s'y prêtent, comme sur une fin de morceau, où on a envie que tout éclate, et dans ce cas là, c'est une surenchère. On n'a pas eu peur de faire des passages avec la basse toute seule par exemple, et où il n'y a rien autour, pour avoir le décalage entre ces passages de basse toute seule et les passages d'avant ou d'après où il y a tout en même temps. C'est vraiment pour créer du relief dans le disque pour que ça ne soit pas étouffant, et pour que les gens aient envie d'y revenir. Il faut que ça ne soit pas une épreuve de te farcir tout le disque et de dire « Bon, il a été court, je vais le remettre. »
Etienne Sarthou : Ça c'est un truc qu'on avait dit dès le début, avant même de démarrer la production. Il fallait que la production soit un peu plus aérée, quelque part, et donc qu'on comprenne mieux aussi les subtilités de ce qui se passe dans la musique. Quand tu entends une masse en permanence, presque à 100% entre guillemets tout le temps, c'est plus difficile d'en discerner les différences, les variations et les subtilités. Alors que là, clairement, il fallait produire peut-être un peu plus finement, même si ça pouvait être interprété comme quelque chose de négatif pour les albums précédents. Mais avec un peu plus de mise en relief et que le propos soit plus facile à comprendre, quelque part. Et ça n'empêche pas d'être par ailleurs hyper heavy à certains moments, mais en veillant quand même à avoir quelque chose de presque agréable à l'écoute. C'était l'idée.

Vous avez parlé d’œuvres de science fiction qui vous ont donné envie d'aller vers ce thème là pour les paroles. Quelles sont les œuvres qui vous ont inspirés ?
Pierre Duneau : En SF, il y en a plein ! Il y a forcément les classiques d'Asimov, tous Les Robots, Fondation... Il y a eu Frank Herbert, tout ce qui est Dune mais vraiment tout Dune... Il y a eu Le Problème à Trois Corps, la trilogie qui est sortie il n'y a pas si longtemps que ça qui est folle... Les 3 livres sont fous, rien à voir avec la série ! C'est génial. Tu pars en Chine dans une petite ville, et je ne veux pas spoiler, mais tu arrives à la fin... C'est métaphysique, c'est psychédélique... Il y a un voyage complet ! Tu sais, tu commences dans un truc chinois pendant vraiment dans le cadre de la révolution chinoise, un truc vraiment très dans son temps, pour ensuite arriver dans des espèces de dimensions qui vont se croiser... Je ne veux pas spoiler la fin mais, c'est quoi ce bordel ?! Le mec est parti en couille complet ! Et ce grand écart entre les deux mondes, j'ai trouvé ça génial. J'ai trouvé dans cette littérature là, quelque chose que je cherchais depuis longtemps, plus dans les classiques. J'ai fait pas mal le tour des classiques et là je trouvais des thèmes abordés vraiment forts. Je peux t'en citer plein car je ne lis que ça en ce moment, depuis quatre ou cinq ans. Mais ouais, beaucoup de choses comme Alastair Reynolds, qui est réédité en ce moment, qui fait des pavés vraiment biens. C'est de la hard SF, donc c'est des gens qui savent de quoi ils parlent. Ce sont des gros scientifiques de malades, ils ne racontent pas n'importe quoi. C'est génial et ils sont à la fois super scientifiques, mais ils partent complètement en couille ! C'est ça qui est fou, c'est ce fossé entre les deux... Ce sont des mecs qui sont capables de rêver tout en étant au fait de scientifiquement où on en est à ce moment là. Mais comme Interstellar, qui était réalisé avec le prix Nobel de physique ! Christopher Nolan s'est posé des questions sans être intellectualiste ni chiant ou casse couilles. Il s'est demandé si c'était plausible ou pas trop. Je trouve que ça fait rêver ça, ça ouvre des opportunités un peu énormes où on se dit « Peut être qu'on aura ça plus tard, ça va être fou ! ». Ça met de la lumière, même si ça semble parfois impossible. Et finalement, on est en 2026, les voitures ne volent toujours pas, tu vois ? Mais ça laisse ouvrir une brèche, une porte où ça fait rêver. Moi j'ai besoin de ça. Parler de voyage, j'ai besoin de ça pour rêver, pour m'évader.
Etienne Sarthou : Pour ma part, j'entends vraiment un lien fort entre la musique et des films comme 2001: L'Odyssée de l'Espace ou Interstellar. C'était déjà le cas sur l'album précédent, mais encore plus sur celui-ci je crois. Il y a eu des moments où j'arrivais vraiment me projeter en disant « ça, j'aurais tellement aimé le voir illustré par des images de Kubrick », tu vois. Ça me ferait rêver juste de passer le disque sur 2001: L'Odyssée de l'Espace et de voir ce que ça donnerait. C'est très personnel, c'est pas du tout la prétention, mais je je trouve qu'il y a un lien entre ces images là et Interstellar aussi. Tu vois, le titre ''Turn On, Tune In, Drop Out'', moi j'ai toujours cette idée du mec qui est resté 27 ans pendant que les autres on passé une heure aller retour sur une planète alors qu'il les a attendus 27 ans. Et pour moi ''Turn On, Tune In, Drop Out'', c'est le fait de revivre toujours le même jour, comme dans Un Jour Sans Fin, et d'avoir l'impression que c'est toujours pareil. C'est jamais exactement pareil, mais c'est toujours un peu pareil quand même. C'est ce moment où dans un voyage interstellaire, tu te retrouves à te dire que c'est un enfer, que c'est tout le temps pareil, mais toujours un peu différent. Donc je vois un vrai lien là-dessus on va dire, ça me parle vraiment, ça me parle très fort.

Pour revenir à l'album, moi j'ai beaucoup aimé "Headspace Collapse'' et ''Turn On, Tune In, Drop Out'' justement parce que ça sort des sentiers battus. Après un ''Chasing The Dragon'' qui remet l'église au centre du village en termes de son. Qu'est ce qui vous a fait sortir des sentiers battus pour redéfinir votre identité sonore à partir de sons déjà établis ?
Etienne Sarthou : C'est vrai que ces deux morceaux-là, pour moi, constituent le point central du voyage intergalactique. C'est à dire que les deux morceaux du début, c'est le départ, et le moment où on est vraiment en train de voyager, c'est là. Et aussi après, quand on passe dans le trou noir de ''Ground Zero''. Ces deux morceaux, là, c'est les deux morceaux où on se permet le plus de digressions dans les styles psyché, rock, etc. C'est une bonne question, car ''Turn On, Tune In, Drop Out'', c'est la première chanson qu'on a mis en place notre nouveau batteur. Donc ça a donné la tonalité de ce qu'on allait faire par la suite. Mais par ailleurs, ''Headspace Collapse'', c'est un double morceau : c'étaient deux morceaux différents qui ont été bossés avec le batteur précédent et donc que j'avais un peu jetés aux oubliettes. En général je ne me retourne pas, je ne bosse pas sur des chansons qui ont déjà été faites. Si ça ne va pas, on ne garde pas. Tant pis. Et quand on a avancé sur d'autres morceaux avec le nouveau batteur, et que j'ai vu la tournure que prenait le disque, en fait il y avait deux trucs dans ces morceaux là qui étaient restés dans la poubelle qui font que j'ai voulu les mettre ensemble, et les proposer au groupe. J'avais l'impression qu'il se passait un truc, et au final, ça a marché. Et ça a donné probablement un des titres les plus originaux de l'album et de la discographie. Mais c'est un peu un coup de bol, ça s'est fait comme ça. Ce thème de base m'entêtait depuis longtemps sans qu'on arrive à vraiment finaliser cette chanson d'une manière totalement satisfaisante, au final c'est en délirant que ça nous a permis de le finir.
Pierre Duneau : Si tu le dépouilles et que tu l'arrêtes à la première moitié et que tu enlèves les claviers, c'est du black metal classique. C'est un riff, c'est vraiment presque du DARKTHRONE, c'est riff entêtant, qui tourne en rond. C'est vraiment toute la magie des fioritures et de la deuxième partie du morceau qui font qu'on part ailleurs. C'est un mélange de deux influences, à la fois du black metal à la DARKTHRONE, dépouillé, et des choses plus progressives. Mais tu l'entends, il y a du YES. Dans « Close To The Edge », tu as la partie très "YES", puis il y a un gros solo d'orgue. Tu as l'impression d'être dans une église de ouf et ça résonne dans tous les sens pour à la fin retomber sur ses pattes et reprendre le morceau avec les riffs, les machins qui font vraiment YES. Ils ont pas peur de ça. Si tu écoutes que le milieu, tu as l'impression d'être dans un église. Et ça c'est ce mélange des choses qui, quand il est bien fait, apporte vraiment un souffle. Ça fait du bien.
Etienne Sarthou : C'est une manière plus psychédélique d'écrire de la musique, d'avoir un thème qu'on répète assez longtemps, finalement. Et c'est ce qui est autour, c'est l'intention qu'on donne autour qui fait qu'on change de climats selon le passage qu'on joue. Et ça c'est assez nouveau quand même pour nous. On en écoute beaucoup, mais on n'avait pas forcément eu ce déclic là sur les albums précédent, où en général il y avait un riff pour un couplet, puis ensuite un autre riff pour un refrain, etc. Et c'est parfois moins le cas dans cet album. ''Hellisual aussi'', c'est un seul riff, avec deux versions différentes selon les couplets. Mais c'est finalement le même riff qui dure assez longtemps avant d'arriver à la première rupture. C'est ces trois passages là qui ont donné la tonalité du disque qu'on allait faire.
Pierre Duneau : Oui, il y avait aussi besoin, comme tu dis, de cet équilibre avec ''Chasing The Deagon'', qui est entre guillemets le pseudo tube, le titre vraiment metal qui est entre les deux zones, qui fait que si on avait eu un troisième titre comme ça entre les deux, les deux autres auraient eu moins d'impact et vice versa. C'est ça qui était bien aussi, d'avoir un équilibre, sans forcer, aller un peu choper à droite à gauche.

Ce morceau fait un peu, effectivement, la "mise à feu" pour ce voyage...
Etienne Sarthou : Et ''Chasing The Dragon'' représente quand même un petit pas de côté par rapport à nos autres titres plus typés black metal. C'est qu'il a un refrain un peu plus lumineux quelque part. Il est plus court et il a fallu accepter qu'un morceau soit court parce qu'il effectue transition avec un autre morceau qui va être intéressant. Les morceaux se suivent tous, en vérité, dans l'album, et auparavant on se sentait un peu obligés de respecter un format où un faisait des morceaux longs. Là, on a fait un morceau court parce que ça s'enchaîne avec un morceau qui erre à droite à gauche, comme ''Headspace Collapse''. Et ''Chasing The Dragon'' d'ailleurs termine de manière assez angoissée et mystérieuse. Donc même s'il est court, il se passe déjà quand même pas mal d'émotions, enassez peu de temps. On voit qu'il y a une transition qui nous amène ailleurs.
L'album se clôt sur ''The Banquet'' en deux parties. Comment se situe ce banquet dans le "scénario" de l'album ?
Pierre Duneau : C'est la fin, c'est la conclusion, c'est le repas final. On se retrouve tous. Avec qui on se retrouve ? C'est la question. Avec des extraterrestres, avec nous-mêmes, à la fin du voyage, on fait un point sur ce qu'on en a tiré, où on en est... C'est vraiment le point où on se recentre autour d'une table, et on voit avec les auditeurs, « Alors vous en avez pensé quoi ? ». C'est un peu tout ça. On se réunit, on partage. Qu'est ce qu'il en sort ? J'aime bien cette notion de banquet comme ça. Et puis c'est une discussion qui est posée, qui va apporter quelque chose, et qui va être positive.
Etienne Sarthou : Et finalement, ce titre là, qui est en deux parties, résume plutôt bien l'ensemble de l'album, même s'il n'y a pas tout dans ce titre là, évidemment. Mais il y a quand même les différentes zones d'ombre, les zones de clair, les zones d'apaisement, les zones de frénésie et cette fin abrupte qui est pas très courante pour nos albums. En général, nos albums ne se finissent pas forcément de manière très abrupte. Et il fallait surprendre aussi l'auditeur à ce niveau là, et que l'auditeur imagine ce qu'il y a après. « Est-ce que c'est terminé ou est ce que ça continue ? » Et l'idée justement, c'est que ça s'écoute en boucle et que tu reviennes au début. Moi, j'imagine parfaitement ce bruit qui nous écrase, et on revient au synthé du début qui est plus apaisé. Clairement, ce disque-là, quand je l'écoute en entier, quand j'arrive à la fin, j'ai envie de remettre le début. Et ça, c'est un truc qui m'a bien travaillé ces dernières années avec un des albums de KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD, « Nonagon Infinity », que le chanteur-guitariste a écrit pour qu'il soit écouté en boucle et j'ai trouvé l'idée absolument géniale. Je trouve ça super que la fin soit le début du truc. Alors c'est pas tout à fait le cas pour notre album, mais en revanche avoir envie de ré-appuyer sur "play" à la fin, je trouve ça important. D'où aussi la durée de l'album. Quand tu as un album de 42 minutes, tu as un peu plus envie de le remettre en continu que s'il dure une heure.
