Je ne vous apprends rien en vous disant que l’époque dans laquelle nous vivons s’obscurcit de plus en plus, aussi bien écologiquement que politiquement ou économiquement. Les raisons de s’apitoyer sont nombreuses mais celles de se battre le sont encore plus. C’est ainsi qu’est né le nouvel album de MOURIR. Plutôt que de laisser la noirceur du black metal l’engloutir, le quartette toulousain a choisi d’en explorer la force, aussi enragée qu’engagée. « Nous, le Venin », sorti le 10 juillet, contient six titres redoutables de justesse, à écouter au moins une fois dans sa vie.
Le black metal n’est pas spécialement connu pour être porteur d’espoir et de lumière. Pourtant, c’est bien le défi que s’est lancé Olivier Lolmède, chanteur-guitariste de MOURIR, en décrivant la chaleur ressentie lors d’une rencontre amoureuse dans le titre d’ouverture "Feu d’un Regard". Dès le départ, l’album prend une couleur différente de celles de ses prédécesseurs : au lieu d’être exclusivement tourné vers la noirceur, « Nous, le Venin » chemine dans l’obscurité à la recherche d’espoir. Quand le reste de l’humanité nous désespère, c’est peut-être dans la rencontre avec l’Autre que se trouve la solution.
MOURIR se livre à un black metal expérimental. Non content de s’intégrer dans un genre unique, le groupe explore des sonorités voisines comme le noise ou le doom metal qui s’invite à plusieurs reprises, notamment au début de "Mon Rêve Animal". La basse de Théophile Antolinos (BRUIT ≤) prend alors davantage de place lors de cette exploration plus lente de l’obscurité. Troisième sortie de route, perceptible cette fois dans le chant qui s’approche plusieurs fois d’un screamo torturé. N’empiétant jamais sur ce qui fait le black metal, ces éléments lui apportent davantage de nuances qui, en plus d’offrir quelques respirations, font de la musique de MOURIR un mélange singulier et unique.
Il faut de grandes réserves d’espoir quand on constate que le monde dans lequel on vit est voué à l’échec et à la mort, comme un serpent qui se mord la queue. Il en faut encore plus quand on est incapable de se battre et qu’on se sent inutile devant la tâche à accomplir, quand bien même celle-ci est uniquement contenue dans le fait d’exister et de mener une vie pas trop houleuse. Plus frontale, la batterie de Mahell semble mener la musique tout droit à sa perte. "Aux Inutiles" est consacrée à ces personnes qui luttent contre des obstacles individuels les empêchant de mener une vie qui ressemble à celle des autres : heureuse et sans effort.
Une fois que l’on a constaté que le système dont on fait partie court à sa perte, que reste-t-il à faire quand une sortie rapide et définitive est, à ce stade, trop difficile à envisager ? C’est pendant le titre éponyme que la noirceur du black metal nous submerge. La basse lourde et les grésillements de guitare rejoignent une batterie annonciatrice du chaos pendant que le chant, lugubre, nourrit davantage la volonté, naissante ou déjà ancrée, de lutter contre un système fait d’oppressions plus abjectes, ridicules et passéistes les unes que les autres. Long de dix minutes, "Nous, le Venin" laisse aux guitares d’Olivier Lolmède et Alexandre Berenguer, le temps de développer un nouvel espace musical dans lequel la lumière retrouve sa place, résonne et monte aux cieux.