9 août 2026, 17:47

FIRES IN THE DISTANCE

Interview Craig Breitsprecher et Brendan Hayter


​Formé il y a seulement 10 ans, et ayant sorti son premier disque en 2020, FIRES IN THE DISTANCE commence à faire du bruit dans la scène doom/death metal mélodique ! Le groupe américain, fort de deux albums encensés par la critique, « Echoes From Deep November » et « Air Not Meant For Us » est vite devenu le secret le mieux gardé du style, avec ses structures progressives et ses claviers mystérieux. Pour son troisième disque, le groupe a recruté Brendan Hayter et propose « Circadian Promise ». Toujours aussi unique en son genre, FIRES IN THE DISTANCE offre près de 50 minutes d’un death/doom metal onirique et mélodique, et six pistes uniques en leur genre. Afin de déchiffrer ce nouvel album, nous avons rencontré Craig Breitsprecher (basse, choeurs) et Brendan Hayter (chant, guitare), qui nous ont évoqué la création de ce disque qui fera votre été !
 

Ce qui frappe immédiatement quand on écoute votre musique, c’est le niveau d’orchestration derrière chaque chanson. Comment se passent généralement vos sessions d’écriture ? Est-ce que vous écrivez les claviers et tous les arrangements en même temps que la musique, ou est-ce que ça vient un peu plus tard ?
Craig Breitsprecher : Brendan, dis-moi si tu le ressens différemment, mais j’ai l’impression que c’est une écriture par ruissellement. Tout commence avec Yegor (Savonin, guitare, ndlr). C’est le fruit de son esprit, il est le cœur du groupe en tant que compositeur, mais il nous donne beaucoup de latitude en tant que musiciens pour ajouter nos propres idées. Donc j’ai l’impression que beaucoup des orchestrations viennent de lui, et avant que ça n’arrive au groupe, et évidemment avant que ça n’arrive à Randy (Slaugh, qui a travaillé sur les orchestrations, ndlr), c’est déjà plutôt complet.
Brendan Hayter : Oui, exactement. Les compositions elles-mêmes étaient faites par Yegor dans son propre royaume créatif. Mais c’est vraiment génial d’avoir ce petit espace pour y réagir et renforcer, en quelque sorte, ce que vous pensez que la chanson devrait être. Mais oui, au final, c’est lui le génie derrière tout cela ! Et parfois, j’ai un petit instinct qui me dit que les parties de claviers viennent en premier puis sont transformées en parties metal, mais je n’en suis pas sûr. Mais oui, on attend un peu qu’il nous donne ce qu’il a, puis on y réagit et on est autorisés à y ajouter notre petit grain de sel humain. Je pense que c’est ce qui nous sépare de beaucoup de groupes de metal similaires : il y a beaucoup d’humanité sur l’album !

J’ai l’impression que c’est d’ailleurs ce qui démarque cet album dans votre discographie, le fait que vous ayez tous ces petits espaces pour vous exprimer. Sur "Lightless Day Of A Songless Bird", il y a des petites sections de solos pour chacun. On voit vraiment ce que vous avez apporté sur cette chanson, et ça donne une vraie nouvelle lecture à l’album selon moi.
Craig : Oui, je pense que la différence la plus grande entre cet album et les deux premiers, c’est que j’ai l’impression que tout a son espace au niveau du son. J’écoute cet album en étant vraiment heureux de pouvoir tout entendre. Rien ne se bat pour avoir de la place, et j’ai vraiment l’impression que c’est un album très bien produit pour accentuer le fait que chaque instrument a sa propre place.
Brendan : Oui, ça a beaucoup aidé, particulièrement sur la chanson que tu as mentionnée, "Lightless Day Of A Songless Bird", parce que celle-ci donne un peu ce sentiment de vastitude au milieu, et c’est presque... Je ne dirais pas psychédélique, mais il y a un côté intéressant et un peu chantant autour de tout ça ! Et rien que le fait d’avoir cet espace où rien ne lutte pour trouver sa place, ça donne l’impression que le son est beaucoup plus large, comme il a toujours été censé être. C’est un groupe qui a un son tellement large, avec un son un peu cinématique, et l’aura s’infiltre un petit peu, en particulier sur "Lightless Day Of A Songless Bird". Je pense qu’on peut enfin voir le son de la manière dont on a toujours voulu le représenter !


J’ai l’impression aussi que les claviers ont pris un peu de recul aussi, pour laisser la place à l’orchestration. Est-ce que c’est quelque chose dont vous avez discuté durant la production ?
Craig : Oui et non. On était en tournée avec DARK TRANQUILLITY et AMORPHIS, et Yegor et moi, on parlait un peu de ce qu’il avait en tête. Il disait qu’il voulait que l’album sonne un peu plus brut. Et l’autre raison, c’est qu’on a un nouveau membre dans le groupe, c’est vraiment quelque chose qui nous a surpris de la part de Brendan : quand on a commencé à travailler ensemble, même si on ne lui avait jamais appris les riffs, il prenait sa guitare et commençait à le jouer, on était vraiment surpris ! Donc Yegor a ressenti qu’il pouvait vraiment aller loin au niveau des riffs, et qu’il pouvait en faire un album plus concentré sur la guitare, ce qui donne vraiment un coup de frais à FIRES IN THE DISTANCE ! Je pense que les fans de death metal mélodique vont vraiment aimer le côté "guitare" de cet album !
Brendan : Je pense que c’était aussi un choix de Dave, notre ingénieur du son, il est un peu le cinquième membre du groupe. Et au début, par instinct, il a tout de suite trouvé que c’était un album concentré sur la guitare, un vrai album de death metal mélodique. Mais il y a aussi ce piano fantomatique et ces claviers qui sont encore là, mais ils sont presque... Fantomatique, comme je le disais. On peut les entendre, mais ils sont assez discrets. Ils observent et guident le chemin !

C’est vrai que quand je vous ai découverts avec la chanson "The Climb" il y a quelques années, j’avais cette impression que les claviers guidaient le son, et vous accompagnaient. Un peu comme les fées dans « Zelda » (rire) !
Brendan : Oui, exactement (rire) !

Et la promesse circadienne, à laquelle le titre fait référence, est un concept de biologie qui évoque un cycle de 24h, et comment notre corps régule notre température, notre consommation d’énergie et ce genre de choses autour du sommeil. Pourquoi avoir fait référence à ce concept dans le titre ?
Craig : C’est probablement une question un peu plus pour Yegor, mais de ce que j’ai compris, c’est autour de l’acceptation de la fin, l’acceptation qu’on est tous liés à nos corps et à notre mort, quelque part. Donc c’est censé avoir une perspective un peu existentielle. Mais quelque chose qui est très important pour Yegor, c’est qu’il laisse l’interprétation libre à chacun. Donc je ne veux pas du tout décrire les choses de manière définitive.
Brendan : On en a parlé avec Craig, mon impression initiale du thème, c’est que je pensais qu’il faisait référence au sommeil comme étant notre seule échappatoire à la vie quotidienne, qui peut parfois être insupportable. Le sommeil est ton échappatoire temporaire à tout ça. Mais je ne sais honnêtement pas tout autour de ce choix. C’est ce qui est marrant, on ne sait pas tout nous-mêmes (rire) ! Et c’est peut-être une bonne chose.

Oui, c’est intéressant que tout le monde puisse avoir sa propre interprétation des chansons, parce que ça donne différentes façons de le voir. Quand vous l’interprétez sur scène ou en studio, ça ajoute peut-être quelque chose qui n’aurait pas été là sinon !
Craig : Je suis d’accord, et je pense que c’était vraiment l’intention de Yegor. Je pense que c’est vraiment un super compositeur avec lequel travailler. Certains essaient vraiment de garder leur vision pure. Mais il est assez sage pour voir que si on ne laisse pas les gens avoir leur propre lien avec les chansons, ils ne s’y lieront pas bien.


Les thèmes semblent tourner autour de la mortalité, du cycle de la vie et de la mort, ainsi que de la persévérance. Est-ce qu’il y a une chanson qui vous correspond en ce moment sur l’album ?
Craig : Je pense que ce serait "Agonal Dreaming", la dernière. Celle-là me touche particulièrement. Elle n’est pas seulement très sympa à jouer, mais je pense qu’elle capture vraiment la croissance qu’on a eue en tant que musiciens sur cet album. J’ai hâte de la jouer en live, parce qu’elle est géniale !
Brendan : Oui, c’est vraiment la plus impactante sur l’album, je pense, sur le plan des émotions. Je pense que chacun peut vraiment ressentir quelque chose sur cette chanson. Plus personnellement, je dirais que j’ai un lien intéressant avec la première chanson, "Of Radiance And Levitation", qui ajoute un son un peu plus ouvertement positif. Elle a un côté plutôt affirmatif, même si elle reste très heavy. Il y a du chant death metal et tout, mais elle m’a toujours semblé remarquable, tout en n’étant pas aussi triste que le reste d’entre elles. C’est en quelque sorte un concept dont on a parlé tous les deux avec Yegor, parce qu’on a collaboré un peu sur les paroles, et on parlait de notre lutte constante avec la tristesse, et on a parlé de ressentir un allègement de ça pour la première fois, et du fait que c’est une chose assez étrange, on se demandait vraiment quoi faire avec ça. On n’était pas équipés pour ressentir la joie parce qu’on était trop habitués à l’ombre. Je pense que c’est un thème émotionnel très intéressant à intégrer à une chanson de metal, et je pense que ça marche particulièrement bien sur celle-ci. Je pense que c’est vraiment fidèle à l’expérience dont nous parlions.

Je pense qu’avec cette chanson, mais aussi les morceaux d’ouverture de vos précédents albums, on réalise assez vite que les premiers titres sont très importants pour vous. Ils vous permettent de peindre le tableau dans lequel on évolue ensuite pendant près d’une heure…
Craig : Oui, on veut vraiment que les premiers morceaux aient ce côté grandiose. Et pour celui-ci, on savait à peu près quand la chanson était terminée, parce qu’elle avait une bonne ambiance d’ouverture. Donc oui, je suis totalement d’accord avec ce que tu viens de dire, qu’on veut avoir des ouvertures épiques pour attirer les gens, ainsi on peut les dévier un peu et garder chaque chanson aussi fraiche que possible.
Brendan : Oui, complètement. J’ai l’impression que "Harbringers" est très difficile à dépasser. C’est une chanson très puissante, un peu indémodable, et on se demande un peu comment ça va arriver à nouveau. Mais ça a été le cas. Je pense que "Of Radiance And Levitation" est une aussi bonne ouverture que "Harbringers" ! Et c’est un super premier chapitre, parce que tu évalues un peu le sentiment de chaque chanson qui suit à partir de la première. On commence par "Of Radiance And Levitation", puis on écoute dans l’ordre pour donner cette aventure intéressante mais cohérente.

Une autre de mes chansons préférées est "By This Time Tomorrow", sur laquelle on retrouve Johann Reinhold de DARK TRANQUILLITY. Comment était cette collaboration, et que représente DARK TRANQUILLITY pour vous ?
Craig : Eh bien, Brendan, j’ai l’impression que c’était super facile ! On s’est réveillés un jour et on avait un super solo dans nos emails (rire) !
Brendan : Oui, je ne savais même pas que ça arrivait jusqu’à ce que je le voie dans le mixage ! Et c’était vraiment cool ! C’est une bonne chose pour nous.
Craig : Et DARK TRANQUILLITY est évidemment une influence énorme pour notre musique. Le fait de pouvoir passer du temps avec eux pendant un mois en tournée, c’était surréaliste ! On dit souvent de ne pas rencontrer ses héros, mais ces mecs étaient tellement cool sur tous les aspects. En particulier Johan, c’est un animal ! On faisait la fête tous les soirs et il se réveillait à l’aube pour courir quelques kilomètres, c’est dingue ! Comment fait-il pour tenir ? C’est un musicien génial, il est hilarant et on passe toujours de bons moments avec lui. A un moment, notre vendeur de merchandising a mis un masque de Batman et s’est lancé dans un match de catch avec lui ! Apparemment il a gagné, mais Johan dit qu’il ne s’en souvient pas (rire) ! Je ne sais pas s’il se moque de nous, mais c’est une super personne, et c’est très cool d’avoir un de ses solos sur notre album !

Pensez-vous que l’alchimie dans le groupe a évolué avec l’arrivée de Brendan et le nouvel album ?
Brendan : Je ne sais pas, il faudrait demander à Craig, mais je pense, enfin, j’espère que ça se passe bien (rire) !
Craig : Oui, je pense qu’on n’a jamais été aussi détendus. Honnêtement, nous ne nous soucions d’à peu près rien. Tout le monde vient, prêt à démarrer. On a eu des moments d’adversité en créant l’album : Brendan a perdu son chat le jour où il a pris l’avion pour venir en Caroline du Nord. C’était un vrai coup dur, et en tant qu’amateur d’animaux de compagnie, mon cœur s’est brisé pour lui. Puis l’aéroport a perdu sa guitare au moment où il est arrivé. Heureusement que notre producteur avait une autre guitare pour jouer ! Mais on a vraiment pu surmonter l’adversité avec un comportement calme, et c’était très rafraîchissant et tranquille. On répète, on se prépare pour les concerts qui viennent, mais je n’ai pas la moindre inquiétude !
Brendan : De même ! Je pense que tout le monde savait quel était le but, et on a tous l’expérience suffisante pour être très professionnels et concentrés sur le fait de faire en sorte d’atteindre l’objectif, qui était l’album. L’album tel qu’il est, « Circadian Promise » en tant qu’entité. J’ai l’impression que c’est vraiment une déclaration musicale forte. On se disant « Il faut juste qu’on réussisse à faire « Circadian Promise », et rien ne doit se mettre sur notre passage. » Et rien ne s’y est mis ! On savait exactement quoi faire, et on l’a fait plutôt efficacement, selon moi, tout en pouvant être créatifs de nouvelles manières en même temps. Encore une fois, en tant que nouveau membre et en ayant été fan du groupe auparavant, le fait de pouvoir aborder ça en ayant encore le point de vue d’un fan, je voulais que le groupe reste FIRES IN THE DISTANCE, et je voulais aider à y arriver.
Craig : J’ajouterais que d’après notre expérience d’ajouter de nouveaux membres, cette fois-ci était vraiment fluide. On avait tous notre espace pour collaborer et travailler ensemble, et les idées fusaient. La pré-production était bien plus active que sur les albums passés. Donc de bien des manières, même s’il y avait un peu plus de distance géographique entre nous et Brendan, qui habite dans le Maine, je pense qu’il y a eu une meilleure communication de nos idées. Quand est venu le moment d’enregistrer l’album, on était vraiment confiant parce qu’on avait anticipé tous les soucis, il fallait juste une version finale prête à faire écouter à tout le monde.
Brendan : Absolument !

Vous n’avez tourné qu’aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume Uni pour le moment. Est-ce qu’on peut espérer vous voir bientôt en Europe ?
Craig : J’espère bien ! Pas vrai, Brendan (rire) ?
Brendan : Oh oui, à 100%, je ne vois pas comment ça ne pourrait pas arriver.
Craig : La réalité des tournées aujourd’hui, c’est qu’il serait très difficile pour nous de faire tête d’affiche d’une tournée européenne pour le moment, mais si on nous propose une bonne place de première partie, avec un groupe qui nous correspond musicalement, je ne vois pas de raison qui nous empêcherait de le faire ! C’est absolument l’un de nos objectifs de jouer en Europe, et à Paris notamment !


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