« Initium Mortis », "Le début de la mort" en bon français. Ça fait du bien de commencer la journée par une bonne dose d’optimisme, vous ne trouvez pas ? Mais quand je vous aurai dit qu’il s’agit là du début de la "Mort", le groupe, ça vous plaira un peu plus, non ? Eh oui, car il est bien question ici de DEATH, la légendaire formation floridienne née des cendres de MANTAS et ayant engendré un sous-courant du metal portant son nom avec l’album « Scream Bloody Gore », en 1987, certainement influencée en cela par le morceau "Death Metal" sorti deux ans plus tôt par POSSESSED. Aaaah, le death metal ! Le vrai ! Le pur ! Celui des origines, tel qu’il se pratiquait dans les environs de Tampa à la toute fin des années 80 ! Votre serviteur a vécu cela en direct, avec fébrilité, quand il a jeté, pour la première fois, une oreille attentive aux premiers disques d’OBITUARY et MORBID ANGEL au lycée. Aaaah, crénom de nom ! Le bon vieux temps ! Hum, hum ! Pardon, je digresse un peu, là...
Comment, donc, peut-on se retrouver en 2026 en présence d’un disque reprenant des morceaux figurant sur les premières démos de DEATH et même de MANTAS ? L’idée a d’abord germé en live : après que Matt Harvey (chant/guitare) et Gus Rios (batterie), tous deux issus de GRUESOME, aient joué l’intégralité de « Spiritual Healing » sur scène en décembre 2021 dans le cadre d’un concert-hommage à Chuck Schuldiner, sous le nom LIVING MONSTROSITY, en compagnie de James Murphy, le guitar-hero du death présent notamment sur « Spiritual Healing », et de Terry Butler, le bassiste crédité sur « Leprosy » (bien qu’il n’ait pas joué dessus) ayant également joué sur « Spiritual Healing », Rick Rozz (le guitariste originel de MANTAS, membre de DEATH durant l’ère « Leprosy ») s’est demandé si l’idée d’interpréter l’intégralité de « Leprosy », avec lui cette fois, intéresserait les fans. L’occasion était trop belle et la tournée qui s’ensuivit dépassa toutes les espérances. LEFT TO DIE était né...
Bien entendu, les attentes du public concernant l’enregistrement de nouveau matériel se firent pressantes, mais était-il judicieux pour ce groupe nouvellement créé de composer de nouveaux morceaux ? La réponse ne se fit pas attendre : Matt, Gus, Terry et Rick comprenant qu’ils ne feraient jamais mieux que l’album à la pochette représentant un lépreux, décision fut prise de déterrer (on est raccord !) des vieilles démos de MANTAS et de DEATH, soit des enregistrements remontant pour certains à 1983, et de les ré-enregistrer avec les moyens technologiques actuels. Depuis le 17 juillet, on peut enfin écouter le fruit des efforts du groupe, et autant dire tout de suite qu’il est... monstrueux ! L’exercice était pourtant périlleux et le risque de se mettre les vieux fans de DEATH à dos immense, mais « Initium Mortis » possède ce qu’il faut pour rallier à lui tous les fans de bon vieux death brutal, jeunes comme moins jeunes.
Sorte de version alternative de « Scream Bloody Gore », si « Initium Mortis » possède une qualité, c’est bien celle de nous montrer à quel point Chuck Schuldiner, en visionnaire qu’il était, avait su poser les bases d’un genre qui fera florès à partir de 1989 et ce, 6 ans auparavant, alors qu’il était à peine âgé de 16 ans ! Le premier titre est également le tout premier jamais composé par DEATH alors que la formation s’appelait encore MANTAS, "Legion Of Doom". On n’est pas si loin du SLAYER de « Show No Mercy », si ce n’est que les growls de Matt Harvey (si proches de ceux de Chuck Schuldiner que c’en est bluffant !) n’ont rien à voir avec le chant agressif de Tom Araya. Ça décolle sérieusement avec "Archangel", brutal à souhait, puis "Power Of Darkness", dont l’accélération au milieu du morceau sonne carrément hardcore ! "Zombie", composition instrumentale échevelée, nous montre à quel point la NWOBHM fut une composante essentielle de la tambouille qui donnera naissance au death metal des origines avant que "Witch Of Hell", "Rise Of Satan" et "Summoned To Die" (à l’entêtant motif de basse) nous ramènent aux premiers VENOM.
Avec le bien nommé "Mantas", LEFT TO DIE fait encore monter la brutalité d’un cran, puis "Slaughterhouse" et, surtout, "Death By Metal" (qu’on imaginerait sans peine sur un vieil album de MOTÖRHEAD) finissent de nous achever, et c’est la gueule en sang mais ravis qu’on ressort de l’écoute d’un « Initium Mortis » aussi violent que jouissif. Pour putassier que ce projet puisse paraître de prime abord, il constitue toutefois un hommage respectueux au génie que fut Schuldiner. Alors, si comme moi vous appréciez votre death sans ajout d’OGM (ou de core-machin-bidule), n’hésitez pas une seconde ! Ça charcle dans tous les coins, ça tranche, ça découpe... mais comme c’est bon ! Le temps de mettre quelques pansements et j’y retourne !