4 septembre 2026, 13:00

THE HU

Interview Galbadrakh "Gala" Tsendbaatar

Blogger : Tom Binet
par Tom Binet


Quatre ans après « Rumble Of Thunder », THE HU est de retour avec « Hun ». Un troisième album qui pousse toujours plus loin l'expérimentation des fers de lance du folk-metal mongol, bien décidés à conquérir le monde à grands renforts d'instruments traditionnels et de transmission de leur culture ancestrale. L'occasion pour "Gala" de nous livrer quelques secrets concernant cette dernière production que le chanteur viendra présenter à toute l'Europe cet automne, accompagné de toute sa joyeuse bande.
 

Votre troisième album, « Hun », est sorti ce 24 juillet. Comment imaginez-vous cette nouvelle ère qui s'annonce pour THE HU ?
"Gala" : Nous avons fêté notre dixième anniversaire à la maison, lors d'un concert spécial donné le 8 août dernier au stade national de Mongolie. Arriver au bout de cette décennie d'existence est génial parce que quand on regarde tout ce que l'on a accompli, nous avons connu de nombreuses aventures. Et on s'attend à encore plus de réjouissance pour les dix prochaines années ! Après Oulan-Bator, nous espérons remplir les plus grands stades du monde.

Quelles étaient les principales évolutions que vous aviez en tête au moment de commencer à écrire « Hun » ?
Pour ce troisième album, nous voulions aboutir à un grand contraste entre les instruments traditionnels mongols et ceux de rock moderne. Quand on mixe les éléments traditionnels, cela crée un son unique qui résonne chez les gens, dans leur cœur et leur esprit. C'est notre principal objectif. Du point de vue conceptuel, cet album offre à nouveau différentes visions de nos valeurs humaines, des défis que nous rencontrons dans nos vies. D'un point de vue général, cet album offre d'importants contrastes à la fois dans les thématiques et entre les instruments.

Je voulais te parler de ''Echoes Of My Father'', une chanson plutôt languissante et émotionnelle. C'est comme ça que tu te sens quand tu penses à une figure paternelle ?
C'est exactement ce que je ressens en pensant à mon propre père. Chanter les bonnes valeurs de mon père n'était pas difficile. Dans la culture mongole, nous envisageons nos parents comme des racines autour desquelles nous grandissons. C'est la lucarne à travers laquelle nous les voyons. Cette chanson a été écrite après que les huit membres du groupe soient devenus pères eux-mêmes, alors que certains n'étaient pas encore en couple quand nous avons commencé. La profondeur de cette chanson était particulièrement palpable au moment de l'enregistrer, ça la rend d'autant plus spéciale.


Cette maturation des musiciens se transcrit-elle dans d'autres titres de l'album ?
Certaines chansons contiennent beaucoup de tristesse et de chagrin. Les composer nécessite une certaine capacité mentale vis-à-vis de nos expériences personnelles. On mature en tant que personne à notre âge, les perspectives sur nos vies changent. Ces changements dans notre manière de penser et notre attachement à nos racines mongoles nous ont aidés à écrire ces chansons très profondes.

L'album présente également un invité, Jonny Hawkins de NOTHING MORE sur ''Lost Soul''. Dans ce genre de collaboration, écrivez-vous avant de savoir qui vous accompagnera, ou adaptez-vous plutôt la composition en fonction de l'artiste ?
Nous avons écrit nos propres chansons selon notre concept, quitte à devoir nous ajuster plus tard. Nous avons choisi Jonny en raison de son talent bien sûr, et de son timbre vocal. On s'est rencontrés lors de la tournée avec APOCALYPTICA et THE RASMUS au printemps. Il est venu à Los Angeles, où nous avons enregistré ensemble. C'est quelqu'un de droit, qui dit ce qu'il pense, c'était drôle.

En Europe nous avons rarement la chance de voir des groupes de rock ou metal mongol. Quelle est la place du cette musique dans votre pays ? Avez-vous des groupes à nous faire découvrir ?
Au vu de la petite population de notre pays, nous avons le sentiment d'avoir de nombreux artistes incroyables et très loyaux envers leur art. Il y a un vieux groupe très important pour notre genre qui s'appelle NISVANIS. Dans la nouvelle génération inspirée par ses aînés, on peut citer GROWL OF CLOWN, un groupe qui monte et a l'air d'être très fidèle envers lui-même.

Avec votre notoriété internationale, vous sentez-vous une responsabilité à diffuser la culture mongole à travers le monde ?
En réalité, nous sommes des ambassadeurs culturels officiels, désignés comme tels par notre gouvernement. Nous sommes les pionniers pour ce qui est de partir en tournée à travers le monde et d'être écoutés à cette échelle. Jouer des instruments traditionnels devenus rares et faire que les gens puissent encore les écouter fait partie de notre grande idée, comme une sorte de mission que nous nous sommes fixée. L'UNESCO nous a déclarés "Goodwill Ambassadors". Ce ne sont pas que des mots, mais également d'importantes responsabilités qui nous obligent à réfléchir au-delà de nous-mêmes chaque jour, et sur chaque scène que nous foulons.


La plupart de vos fans ne comprenant pas forcément vos paroles, votre musique les touche surtout par le biais des émotions. Est-ce un aspect que vous avez en tête au moment de composer ?
Nous composons notre musique exactement de la manière dont nous voulons l'exprimer. Nous sommes convaincus que la musique est un langage universel que chacun peut comprendre, il existe même des choses qui ne peuvent être comprises qu'à travers la musique et pas les mots. Elle peut déclencher des sentiments, des émotions inaccessibles pour les mots. La musique peut être le lien pour transmettre des émotions depuis notre cœur jusqu'à celui de ceux qui nous écoutent. C'est pourquoi on essaie d'atteindre une certaine profondeur émotionnelle.

Comment parvenez-vous à faire fonctionner ensemble autant d'instruments différents ? Avez-vous en tête d'autres instruments traditionnels que vous pourriez explorer un jour ?
Nous jouons déjà de nombreux instruments différents tels que le tovshuur (une sorte de luth, ndlr), la flûte tsuur, la guitare mongole ou encore des percussions. Avec « Hun », nous avons tenté de créer de nouvelles techniques de jeu, mais pas d'en ajouter de nouveaux.

Je voulais également évoquer avec toi la tournée à venir en Europe cet automne. Avoir la chance de jouer en tête de d'affiche vous permettra-t-il d'expérimenter en terme de production ?
Maintenant que nous avons trois albums sur lesquels nous appuyer, la set-list va clairement être complètement différente. Nous sommes encore en train d'y réfléchir concernant la production, mais l'idée est clairement d'insuffler une nouvelle vibe dans ces concerts.

Vous jouerez deux fois en France, à Paris le 27 octobre et Lyon le 28. Quelle est la première chose qui te vient à l'esprit en pensant à notre pays ?
Je ne suis pas certain de l'année, probablement 2019 ou 2020 (2020, ndlr), nous avons joué au Trianon, une salle avec un magnifique mélange entre architecture classique et un goût de rock en quelque sorte infusé à l'intérieur. L'endroit était magnifique et les gens étaient complètement fous. Voilà mon souvenir de la France, cette salle très intimiste dans laquelle les gens s'exprimaient librement ; j'avais adoré cette soirée.
 


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