Ces dernières années, le quartet américain a été marqué par de nombreux événements : après la sortie de « Nothing As The Ideal » en 2020, la pandémie de COVID stoppe l’activité de nombreux artistes. Des tensions émergent au sein du groupe de Nashville avant que le batteur et co-fondateur, Robby Staebler, n’annonce son départ en 2024. Coup dur pour ALL THEM WITCHES. Des débats agitent les trois autres membres au sujet de la tournée à venir : que faire ? Tout arrêter ou tenter de poursuivre l’aventure pour ne pas décevoir les publics, tourneurs, organisateurs, etc. ? Heureusement pour nous, la seconde option s’est avérée plus efficace que prévue : le batteur Christian Powers, initialement censé assurer les parties de batterie pendant la tournée, s’entend tellement bien avec Ben McLeod (guitare), Charles Michael Parks Jr. (chant, basse) et Allan Van Cleave (claviers) que la magie opère. L’alchimie est de nouveau présente entre les quatre hommes qui, immédiatement, retournent en studio pour enregistrer un nouvel album. « House Of Mirrors » est sorti le 29 mai et marque l’entrée de ALL THEM WITCHES dans une nouvelle ère musicale.
Dès le premier regard, un changement nous frappe : la pochette de l’album montre, non pas une composition sombre et psychédélique comme Robby Staebler avait l’habitude de les dessiner, mais les quatre silhouettes des membres du groupe au line-up renouvelé. Elles sont vibrantes, comme sous les effets d’une pédale de fuzz. Enfin, le rouge profond choisi pour colorer la photo achève de marquer une rupture : ALL THEM WITCHES a changé pour mieux avancer. Et pour cause : « House Of Mirrors » est tout ce que n’était pas « Nothing As The Ideal » : chaleureux, dansant, groovy. Le heavy psych stoner blues du groupe de Nashville est toujours là mais, cette fois, il est davantage tourné vers les mélodies obsédantes et les refrains qui, dès la première écoute, entrent par une oreille pour ne plus quitter notre esprit pendant des mois. Les atmosphères aussi sombres que splendides ont eu leur période de gloire. Désormais, place à un nouvel équilibre entre une guitare au lead puissant, une basse qui attire la lumière, des claviers plus discrets et une batterie plus affûtée.
Le début de "Red Rocking Chair" semble reprendre là où "Rats In Ruin" s’était arrêté avec une ligne de guitare entêtante et un chant presque plaintif qui sont vite rejoints par le reste du groupe. Avec ses airs de faux calme, ce titre d’ouverture a tout d’un faux ami : la voix profonde et la basse fuzzée sont bien là. Pourtant, quelque chose a changé : la guitare ressort davantage, l’énergie de la batterie est comme renouvelée et les claviers apportent leur dose de mystère. C’est pendant "Culling Line" qu’on comprend soudain ce qui nous arrive : on se met à danser, d’abord discrètement, sur le groove de la batterie et de la basse, avant de chanter la ligne de guitare dont la magie est sublimée par les claviers. Lancez "Aethernet" et essayez de ne pas danser. C’est impossible tellement la guitare bluesy et le chant, sans réverb’, sont puissants. On ne l’avait pas vu venir et pourtant, ALL THEM WITCHES l’a fait : partir vers la lumière d’un paysage presque désertique, même si on est encore d’un stoner brûlant.
Tout au long des dix titres, l’envie de danser nous reprend, au point où on ne veut plus sortir de ce disque. Pourquoi partir quand "Hold Up, Say What" nous attrape par la main pour nous entraîner le long des riffs de guitare ? Pourquoi s’en aller quand on peut simplement se laisser porter par la mélodie doucement étouffée de "Go-getter" et ses claviers mélancoliques ? Pourquoi arrêter l’écoute quand on peut se faire renverser par la force des contrastes de "Starting Line" avant de tomber sous le charme du chant suave de "Turn On The Light" ? Pourquoi résister à l’alternance entre chant et contre-chant du chaleureux "Angel On The Wayside" ?
On peut expliquer une partie du charme qu’exerce ALL THEM WITCHES par le talent du groupe, album après album, à dessiner un son qui sonne juste et qui va droit au cœur en notamment s’attachant les faveurs des oreilles amatrices du rock de QUEENS OF THE STONE AGE. Mais il serait réducteur de comparer le groupe de Nashville à une autre formation, quelle qu’elle soit. À ce jour, personne n’arrive à mêler avec autant de brio le rock, le blues, le stoner et le heavy psych. On peut se réjouir que le quartet ait décidé de poursuivre ses aventures musicales et célébrer cette nouvelle ère en écoutant « House Of Mirrors » en boucle.