
Cela fait maintenant 14 ans que BEARTOOTH, initialement le projet solo de Caleb Shomo de ATTACK ATTACK!, parcourt les routes du monde entier, faisant hurler les foules et trembler les murs à coups de riffs dévastateurs, de chants accrocheurs et universels. Cependant, BEARTOOTH, c’est aussi l’histoire d’une personne qui souffre, et qui documente son progrès à travers ses albums. « Sick », « Disgusting », « Agressive », « Disease », « Below » et « The Surface » ont évoqué l’évolution de l’état d’esprit de Caleb Shomo de la dépression à l’acceptation de soi, mais l’histoire ne s’arrête pas là. S’éloignant de la ligne directrice qui le guidait depuis désormais 14 ans, et invitant les autres musiciens du groupe en studio, pour la première fois, le frontman multi-instrumentiste a récemment fait son "coming out", et nous montre que rien n’est jamais facile avec « Pure Ecstasy ». Cet album, aussi puissant que nuancé, révèle un monde en couleurs plutôt qu’en noir et blanc, et invite une nouvelle fois l’auditeur à entrer, le temps d’un disque, dans l’esprit du leader de BEARTOOTH. Afin d’obtenir les clés de lecture de cet album exceptionnel, nous avons pu échanger avec Caleb sur la création de celui-ci, et sur la vie en général.
« Pure Ecstasy » sort le 28 août et met fin au cycle de cette "maladie horrible, dégoutante et agressive sous la surface" ("Sick and disgusting agressive disease below the surface", en anglais, soit les titres de toutes les réalisations de BEARTOOTH mises bout à bout, ndlr) à laquelle tu as fait face depuis plus de dix ans. Comment te sens-tu maintenant que tu en es libéré ?
Caleb Shomo : Je me sens foutrement bien, je peux te le dire ! Il y a eu beaucoup de hauts et de bas qui sont venus avec ça, comme tu le sais, c’était un parcours très difficile, mais d’être là où j’en suis aujourd’hui, peu avant la sortie de cet album… Si tu m’avais dit il y a dix ou quinze ans que cet album allait sortir, je ne l’aurais pas cru, mais j’en suis très heureux !
Cet album s’accompagne de nombreux changements personnels pour toi. De manière générale, ça doit être libérateur pour toi, même si les paroles révèlent que ce n’est pas aussi facile qu’on l’imagine...
Oui, c’est juste compliqué. Tu sais, la vie est une chose très complexe, et bien que j’aimerais parfois que ce soit en noir et blanc, ou être soit heureux soit triste, il y a toujours beaucoup de choses sur lesquelles je travaille encore, et sur lesquelles je vais continuer à travailler un moment. Mais l’un dans l’autre, le sentiment général est que je suis vraiment content d’être où j’en suis dans ma vie aujourd’hui. Je ne m’imagine nulle part ailleurs !
Cet album marque également un gros changement au niveau de sa création, car pour la première fois, tu ne l’as pas créé seul ! Ce processus différent t’a-t-il semblé plus contraignant, pour concilier les différents choix, ou plus libérateur au contraire en laissant les autres membres de BEARTOOTH entrer dans ton petit monde ?
Eh bien, je ne pense pas que l’album aurait vu le jour autrement. J’étais dans un moment de ma vie où j’avais besoin d’aide, et où j’avais besoin qu’on me pousse et qu’on me réconforte, afin de réussir à mener ce projet à bout. Le sujet de l’album me terrifiait tellement que j’avais l’impression de ne pas vraiment pouvoir le finir, et je ne savais pas comment le faire. Heureusement, j’ai des amis géniaux qui ont un talent remarquable et m’ont prêté un peu de leur temps et de leur énergie ! Cela a donné quelque chose dont je suis vraiment, vraiment fier.
Le fait qu’ils te connaissent si bien t’a permis d’avoir un point de vue extérieur sur la musique et les paroles ?
Oui, je pense que sur les paroles en particulier, Jordan Fish a été d’une grande aide. Mais ce qu’il a fait a été de simplement me rappeler ce pour quoi je suis bon, et ce que je fais dans ce groupe, c’est-à-dire essayer d’exprimer ce que je ressens de manière très simple et candide dans mes paroles. Il m’a aidé à me recentrer là-dessus. Et les chansons qu’on a écrites ensemble à partir de rien étaient vraiment très fun, on n’avait tout simplement pas le temps de trop y réfléchir. Je n’avais pas le temps de douter de moi-même ou de ce que je faisais. Il fallait simplement avoir confiance ! Je suis très heureux d’avoir pu me faire aider sur cet album, c’est certain.

Tu as commencé à travailler sur cet album il y a deux ans. Quelle a été la chronologie pour son écriture et son enregistrement ?
Oh, c’était un long processus ! Je pense que les premières vraies sessions étaient début 2025. J’avais été dans ce superbe studio appelé Fireside Sound à Joshua Tree, tout seul, et j’y ai passé deux semaines avec une cabine et un studio. J’ai simplement exploré quelques trucs, et commencé à travailler sur des sons pour trouver ce que je voulais raconter avec cet album, et la manière dont je voulais qu’il sonne. Ensuite, j’ai fini par retourner à Los Angeles et j’y ai loué un studio appelé NRG pendant un moment, pour faire des sessions d’écriture très expérimentales et créatives. Puis j’ai commencé à y inviter des amis, et on a commencé à explorer de plus en plus de sons, et ça a continué un moment. Vers novembre, j’ai fini par travailler avec Jordan Fish, qui était à Los Angeles à ce moment-là, et avait une journée de libre. On voulait travailler ensemble depuis longtemps, mais on n’avait jamais vraiment trouvé le temps pour que ça arrive. J’avais déjà beaucoup de choses sur lesquelles j’avais travaillé, et on a tout écouté, puis on a longtemps parlé de ce qui se passait dans ma vie. Puis on a écrit une chanson intitulée "Free", et ça a tout changé. A partir de ce moment, je l’ai inclus dans le projet en tant que producteur, et il m’a beaucoup aidé à reconcentrer mon énergie là où elle aurait un impact, et à réaliser ce que cet album devait vraiment être, ce que je voulais qu’il soit, et ce que je craignais qu’il devienne. On s’est juste dit « tant pis », et on a foncé jusqu’à ce qu’il soit terminé pour que je ne puisse pas douter de ce que j’avais fait. Puis j’ai envoyé les titres mixés au label. Je me souviens avoir rendu les masters finaux au beau milieu de la tournée avec BAD OMENS, assis par terre dans les loges d’un stade de hockey (rire) ! Et nous y voilà !
« The Surface » t’a permis de ressentir des sentiments positifs, mais « Pure Ecstasy » semble te donner l’autorisation de ne pas ressentir que du bonheur chaque jour. J’ai l’impression que la clé pour comprendre cet album est de savoir qu’aucun changement ne vient sans souffrance et sans sacrifice. Et la phrase "I guess loving myself could never be true" ("J’imagine que de m’aimer moi-même ne sera jamais une réalité", ndlr) dans la chanson "I Made It" est déchirante, mais peut rappeler aussi que le bonheur est un processus constant. Est-ce que c’est un travail constant pour toi, de t’accepter ?
Eh bien, au moment où j’ai écrit cette phrase, il n’y avait pas de métaphore dans les paroles. C’était simplement comment je me sentais. Mais je suis d’accord. Je pense que cette chanson et son placement à la fin de l’album étaient la meilleure manière de capturer les émotions de cette période de ma vie, et de tout cet album, qui regroupe beaucoup de sentiments extrêmes, à la fois hauts et bas, sans entre-deux. Je ressentais parfois que j’avais réussi, et que je pouvais enfin lâcher prise, commencer à avancer et accepter qui je suis vraiment, mais en même temps, ma vie s’écroulait autour de moi, et j’étais plus triste et déprimé que jamais. Je ressentais comme une fierté tout en ressentait cette profonde haine de moi-même. Je pense que quelque part, c’était comme une réponse à la chanson "Might Love Myself" de l’album précédent, « The Surface ». Cette chanson parlait de l’optimisme que je ressentais, et je me disais que j’étais à ce moment de ma vie où je pouvais enfin ressentir l’amour-propre que j’avais poursuivi toute ma vie. Mais tu sais, parfois, c’est un chemin plus long qu’on ne le pense. Je suis encore sur ce chemin, et j’espère y arriver, mais ça prendre probablement toute ma vie.
"Might Love Myself" était un peu le premier pas pour t’accepter toi-même, quelque part. En tout cas c’est comme ça que je l’interprète...
Oh totalement, oui ! Sans ça et sans cet album, je ne serais plus là aujourd’hui. Tu sais, cet album, c’était la première fois que je faisais le choix conscient d’être positif à propos de qui je suis, peu importe ce que je ressentais. Je me voyais pour la première fois sous une lumière positive, que je me sente bien ou non. Je manifestais simplement ces pensées positives avec tout mon être. Il y a quelque chose de très puissant dans ma vie : les cycles d’albums. On incarne cette chose pendant quelques années sur la route, à chanter encore et encore ces paroles, et ça finit par faire partie de soi de différentes manières. Et de faire cet album, avec cet optimisme presque aveugle, ça m’a aidé à débloquer une partie de moi-même qui accepte enfin qui je suis vraiment. Evidemment, je fais actuellement face à une vague de défis très différents dans ma vie. Mais l’album « The Surface » est vraiment un élément très, très important de ma vie, qui m’a permis de trouver ma liberté en moi-même, ainsi que de m’accepter, et de démarrer ce cheminement.
J’ai l’impression que "Free" illustre aussi très bien à quel point tu as évolué musicalement aussi. Cette chanson fait vraiment la démonstration de tous les styles que tu maîtrises désormais vocalement. Les mélodies pop en chant clair sont devenues une deuxième nature pour toi, et canalisent tes émotions positives, pendant que tes screams représentent l’angoisse, la panique et la colère. Est-ce que ce sont des choix que tu fais consciemment, ou est-ce que ça te vient naturellement au moment des prises de voix ?
Oui, ça arrive un peu sur le moment. J’essaie vraiment de laisser les choses venir quand j’écris, et cette chanson était une chanson qui m’a beaucoup ému quand je l’ai enregistrée et écrite. Et, encore une fois, cette chanson en particulier tourne beaucoup autour du fait de m’accepter moi-même. Et le breakdown de cette chanson fait référence de manière assez précise à la musique de 2006 ou 2007, tu sais, les vieux albums de Rise Records, le genre de choses que j’écoutais quand j’étais gamin, et que je jouais dans les groupes dont j’ai fait partie. Je faisais un peu la paix avec mon enfance, quelque part, et avec mes racines. J’ai fait la même chose vocalement. J’ai permis à ces choses que j’ai toujours aimées de fleurir. J’adore les mélodies pop, et le chant pop, mais aussi ce côté un peu screamo à l’ancienne que je n’avais pas vraiment exploré depuis longtemps. C’est revenu un peu, car il y avait tellement d’émotions à exprimer sur cet album, et en particulier sur cette chanson, qui est plutôt variée !
C’est vrai que sur certains passages, on se souvient du midwest emo à l’ancienne !
Oui, carrément ! Comme tu le sais, j’ai grandi dans l’Ohio, et c’était la scène là-bas. J’ai rejoint mon premier groupe en 2007, et j’ai vraiment vénéré cette musique depuis 2006, puis c’est devenu ma vie entière. Les cinq années qui ont suivi, j’ai fait partie d’un groupe appelé ATTACK ATTACK! qui venait directement de cette scène, et j’ai continué ensuite. Je pense que ça fera toujours partie de moi !
Pour parler un peu plus du son, j’ai beaucoup aimé l’album et sa variété, notamment sur "Bullshit", qui apporte ce côté hip-hop qui est très nouveau pour BEARTOOTH ! Est-ce que le fait de travailler à plusieurs sur l’album a apporté des idées qui sortaient de l’ordinaire ?
Oui, il y a eu beaucoup d’influences hip-hop sur cet album, et je pense que beaucoup de celles-ci viennent de quand j’ai emménagé à Los Angeles. J’ai commencé à vraiment me plonger dans le hip hop de la côte ouest, et je me suis passionné pour un gars appelé Larry June, qui vient de San Francisco je crois. Et je l’écoutais beaucoup. Quand je travaillais avec mon ami Sky (Skyler Acord de ISSUES - ndlr), on écoutait beaucoup de hip-hop, et il y a quelque chose qui m’a inspiré dans cette énergie. Cet album parle d’exploration, et de reprendre le pouvoir sur soi-même, ce qui est un thème récurrent du hip-hop en général, en se « Je suis le meilleur et je mérite tout ça ». C’est un peu l’humeur qu’on essayait de trouver, donc ça a influencé de nombreux passages et de nombreuses compositions.

J’ai beaucoup aimé la chanson "Stadiums", qui tente aussi pas mal d’expérimentations. Comment sais-tu en général que tu vas garder une idée originale comme ça ? A quoi est-ce que ça se mesure ?
Oh mon dieu, je ne saurais même pas expliquer ça (rire) ! Cette chanson était un peu magique. C’est une autre chanson que j’ai faite avec Sky, et on essayait plein de choses en studio, en étant vraiment créatifs. Il était en train de jouer des accords d’église sur une orgue, et je ne sais plus ce qu’on écoutait le jour où cette chanson nous est venue. Et puis Connor, le batteur de l’album et le batteur de BEARTOOTH en live, était là avec nous en studio. Un soir on a beaucoup fumé et on a mis en place ce petit kit de batterie, en enregistrant avec mon iPhone, et ce groove de batterie est venu tout seul. Puis j’ai mis ça dans une session, et je ne sais pas comment mais tout s’est assemblé ! Enfin, Jordan a fait son truc magique, en prenant cette chose vraiment bizarre et créative et en la changeant en une grande chanson de rock, et nous y voilà ! C’est aussi une de mes préférées de tout l’album. Je pense que c’était la chanson la plus naturelle et drôle à créer de tout l’album !
Sur celle-ci tu dis que tu en as marre des stades, est-ce pour ça que votre prochaine tournée en Europe se fait dans des clubs ?
Oui, à vrai dire, cette chanson est un peu comme une exploration de ma carrière, et parle du fait que je pensais que la recherche du succès m’aiderait à mieux me connaître, à m’enfuir de la réalité, à me sentir validé, etc. Et finalement, je vois où j’en suis avec le groupe, les concerts et les tournées, et je me dis que la recherche du succès, en tout cas maintenant, n’est plus si importante. Je veux apprécier ce que j’ai tant que je l’ai. Cependant, j’aime toujours jouer dans des stades, il y a toujours quelque chose de spécial dans le fait de faire ça, mais j’ai été élever à jouer dans des clubs chauds et plein de sueur, et c’est là que sera toujours mon cœur. Il n’y a rien de tel que cette énergie, de ressentir la sueur qui dégouline des murs parce que tout le monde vit ce moment intime dans un club ou un théâtre, peu importe. On va jouer cette chanson sur la prochaine tournée, j’ai très hâte de m’y mettre !
C’est vrai qu’il y avait un peu cette énergie la dernière fois que je vous ai vus, avec MOTIONLESS IN WHITE et STRAY FROM THE PATH au Cabaret Sauvage, à Paris...
Oh mon dieu, merci ! Oui, on adore jouer à Paris, j’ai super hâte de revenir ! Les concerts à Paris sont toujours un truc de dingue ! Tu sais, ça nous a pris vraiment longtemps d’avoir une base de fans suffisante pour y jouer et faire rentrer quelques milliers de personnes dans une salle, mais on a tellement de souvenirs de quand on venait à Paris dans ces petits clubs avec 50, 100 ou 200 personnes… L’énergie était juste dingue ! Une fois qu’on mérite cette base de fans à Paris, ils restent très loyaux ensuite, et veulent juste passer un bon moment, et c’est pour ça qu’on est là ! On est très honorés d’avoir cette base de fans là-bas !

Vous allez jouer à l’Elysée Montmartre le 1er octobre, avec SILVERSTEIN et KINGDOM OF GIANTS. J’ai l’impression qu’à chaque fois que vous venez, vous emportez les meilleurs groupes possibles avec vous ! Est-ce que c’est quelque chose sur lequel tu as un rôle, ou s’agit-il uniquement de votre tourneur ?
C’est un petit mélange des deux. Dans la réalité, ce qui se passe, c’est qu’on dit « OK, on va tourner sur ces dates-là. », puis on envoie une liste à soumettre pour savoir qui est disponibles, et on demande à nos amis, par SMS, ce qu’ils font à ce moment-là. On a vraiment une longue histoire en commun avec SILVERSTEIN, on a tourné ensemble très, très souvent, et ce sont parmi nos meilleurs amis qui sont dans un groupe. Il s’est trouvé qu’ils étaient disponibles, et qu’ils étaient sur la liste, donc on n’a pas eu besoin d’y réfléchir plus ! Et pour KINGDOM OF GIANTS, je les ai découverts quand on a fait une tournée à quatre têtes d’affiches en été aux Etats-Unis dans les amphithéâtres. Il y avait nous, I PREVAIL, KILLSWITCH ENGAGE et PARKWAY DRIVE. C’était très cool, très spécial, et ce groupe, KINGDOM OF GIANTS, s’est joint à nous quelques semaines pour ouvrir la soirée, et ils étaient incroyables ! Ils semblaient beaucoup trop bons pour jouer aussi tôt ! Même s’ils ouvraient la soirée, ils étaient une machine bien huilée qui sonnait très bien, et c’étaient déjà d’excellents musiciens ! Notre tour manager, qui s’occupe de nos retours, qui bosse pour nous depuis des années et qui est un ami de longue date, s’appelle Danny Harvey, et il est le manager de ce groupe. On a vu leur nom remonter, et on lui a juste demandé s’ils seraient chauds pour tourner avec nous, et il a répondu « Ils ont intérêt ! » (rire) ! Maintenant ils sont sur la tournée, et j’ai hâte que les gens découvrent ce groupe, parce qu’ils sont géniaux, mec ! Ils sont tellement bons !
Vous avez joué les singles de « Pure Ecstasy » en live aux Etats-Unis cet été. Est-ce que tu as l’impression que les autres musiciens du groupe sont plus impliqués pour ces chansons, ayant participé à leur écriture et leur enregistrement ?
Je le pense, oui. Je pense que d’avoir Connor à la batterie sur cet album était quelque chose de vraiment émouvant, on voulait vraiment établir ce lien, et je voulais que quelqu’un qui maîtrise totalement son art puisse s’exprimer. C’est ce que j’essayais de faire avec l’écriture et tout ça. Mais même si j’adore jouer de la batterie, le meilleur batteur de notre époque est dans notre groupe, et je me suis dit qu’il était temps, après avoir joué ensemble aussi longtemps. C’était comme si on avait un lien télépathique ou quelque chose comme ça. Il sait parfaitement ce qui va mettre le mieux en valeur mes chansons ! Je lui donnais un brouillon, je lui disais globalement quelle énergie je tentais de capturer, c’est-à-dire celle des albums que j’aimais tant en grandissant : les vieux albums d’UNDEROATH ou de BLINK-182 où tu entendais la batterie et où tu savais immédiatement qui la jouait. C’était ce que je voulais. Je voulais juste que ça sonne comme Connor, et il a bien voulu me faire le plaisir de me prêter son talent sur ces chansons et d’y apporter une nouvelle vie, ce que je n’aurais jamais pu faire seul. C’était génial !
En plus de te permettre de documenter ton évolution, ainsi que de t’aider à avancer dans la vie, les albums de BEARTOOTH ont permis à de nombreux fans d’aller mieux, que ce soit avec "Might Love Myself", "In Between" ou plus récemment "Free". Même si j’imagine qu’il est parfois difficile de se voir raconter tous les traumatismes de ses fans, est-ce que tu as été marqué durablement par une interaction avec eux ?
Je le suis par tant d’interactions ! C’est difficile à exprimer, parce qu’il y a tellement d’expériences que j’ai eues avec des gens aux concerts. Mais je pense que quelque chose que je n’oublierai jamais et qui m’a vraiment réaligné mentalement était sur une tournée qu’on a faite aux Etats-Unis en février-mars en première partie de BAD OMENS. C’était notre plus grande tournée à ce jour, et on jouait dans des stades de basket pleins à craquer en tant que "direct support" (le groupe qui joue juste avant la tête d’affiche mais pas en premier, ndlr), donc on jouait souvent devant une salle comble. Je traversais beaucoup de choses dans ma vie, et on venait de sortir "Free", qui a déclenché beaucoup de confusion dans la scène musicale et parmi nos fans. Beaucoup de gens ne l’aimaient pas du tout, et j’avais pris du temps loin de tout ça, et d’internet pour me reconcentrer sur ma vie et me remettre les idées en place. Je me souviens être sorti, avoir marché jusqu’aux bus un soir après un concert, et ils étaient près d’une barrière, derrière laquelle il y avait un groupe de personnes qui étaient au concert. Et il y avait ce groupe de filles qui me disaient des choses vraiment encourageantes, en me disant à quel point elles aimaient mes tenues, mes ongles et la manière dont je me tenais, et à quel point elles étaient fières de moi. Ça peut sembler simple, mais ce que j’ai gardé de cette expérience, c’est qu’on ne sait jamais ce que vivent les gens, et que parfois quelque chose d’aussi simple que ça peut vraiment tout changer. Et ça a tout changé ! Cette interaction m’a fait me sentir bien à un moment où je n’allais pas bien depuis très longtemps. Et je me suis dit « Tu sais quoi ? Peut-être que ça va aller, peut-être que je vais y arriver. Il faut que j’aie confiance en qui je suis, et que je ne laisse personne se mettre en travers de ma route. » Je dois énormément aux gens qui viennent à ces concerts et qui soutiennent notre groupe. On ne serait rien sans eux ! Je ferais juste des chansons sur un disque dur, plutôt que de vivre ces choses profondément émouvantes, et de chanter ces chansons avec des gens qui me soutiennent tout au long du chemin, que ce soit au niveau créatif ou dans la manière dont je vis ma vie maintenant. Je leur dois vraiment énormément, sincèrement. J’adore vraiment ce lien. C’est vraiment profond et très puissant.
