27 août 2026, 17:53

ASHED WINTER

Interview au Wacken Open Air 2026


La Metal Battle du Wacken Open Air... Une vraie institution depuis 2004.
Le concept est simple : des groupes venus du monde entier, tous styles de metal confondus, chacun représentant les couleurs de son pays, disposent d’un temps de set de 20 minutes pour, à tour de rôle, donner le meilleur d’eux-même afin de se classer dans le top 5 et de remporter un prix et la reconnaissance ! Cette année, ce sont plus de 10 000 groupes qui ont tenté leur chance ! Seuls 31 d’entre-eux ont été qualifiés et ont eu l’opportunité de se produire sur la terre sainte de Wacken. Soit 0.31% de chance d’y parvenir... Comme le disent les organisateurs : « Harder to get into than Harvard ! » Pour représenter le drapeau français, ce sont les Lyonnais ASHED WINTER qui ont été sélectionnés. Et nos petits frenchies se sont fièrement hissés à la seconde place après une très belle prestation ! Une première dans l’histoire de la Metal Battle ! Delphine Helle, une de nos correspondants HARD FORCE sur place a pu voler une petit heure de son temps au groupe, pour échanger avec ses membres. L’occasion de les découvrir ou de mieux les connaitre, et de revenir sur ce qui sera à ne pas en douter un jalon pour le groupe.
 

Votre groupe se nomme ASHED WINTER, et il me semble que vous venez de Lyon. Pouvez-vous vous présenter ?
Nicolas Jullien (guitare) : En réalité, on vient plutôt de Roanne, qui est à une heure au nord-ouest de Lyon. Mais on a deux membres qui viennent de Lyon. Concernant notre groupe, il s'est créé en 2018. Au début, c'était vraiment un groupe de garage avec des potes à Roanne. Donc il y avait juste Lana, Greg et moi et les deux membres de l'époque qui étaient à la batterie et au chant. Donc au début, c'était juste faire un peu de death metal entre copains. Et le groupe a fini par prendre le truc au sérieux et puis on a commencé à explorer musicalement des horizons un petit peu plus exotiques, je dirais.
 
Pouvez-vous justement décrire cet aspect exotique et nous en dire plus sur vos inspirations ?
Nicolas : Il y a un groupe qui a été un déclic à partir duquel on s’est dit qu’il y avait carrément la place dans cette vibe-là, ce sont les Néo-Zélandais ALIEN WEAPONRY. Il y a la possibilité de faire quelque chose de vraiment teinté d'un côté plus tribal, et je trouvais que ce n'était pas tellement exploité. Il y a bien sûr SEPULTURA qui l'a fait mais c’était il y a des années et il n'y a pas vraiment eu de successeur marquant. Et donc on est partis dans cette idée-là. On rajoute aussi des ambiances un petit peu orientales parce que c’est aussi quelque chose qui nous parle bien. Plus généralement de faire un death metal qui essaie d'emprunter à un petit peu tout ce qui peut se faire dans le monde, d'un peu toutes les influences qui ne sont même pas forcément du metal.
 
Les musiques traditionnelles sortant du cadre metal, comment faites vous pour aller les chercher ?
Nicolas : Alors ça... on n'en écoute pas spécifiquement, mais quelques fois, il y a des choses qui arrivent à nos oreilles et qui nous inspirent. Ca se fait assez naturellement. Tu vois, par exemple, tu es là pendant la pandémie de la COVID, il est 6h du matin, tu écoutes un documentaire sur le vaudou et tu es en mode « putain, c'est quand même pas mal ce truc ».
 
Ca sent le vécu !
Nicolas : Oui, il y a beaucoup d'idées qui sont venues à ce moment-là, c'est vrai ! (rires)
 
Au niveau discographie, il me semble que vous avez à votre actif une démo et un album. 
Grégory Barbéro (basse) : On a un EP qui était une démo à l'origine et qu'on a fini par juste publier sur les réseaux, et un album de 8 titres.
Nicolas : Qui est sorti fin 2024. L'album a bientôt deux ans.
Marie Testi (chant) : Avant l'album, je n'étais pas encore là en tant que chanteuse. Le line-up s’est stabilisé et a commencé à se professionnaliser avec cet album. On a essayé de faire des choses mieux abouties, plus professionnelles, et on a travaillé avec un ingénieur du son, contrairement à l'EP, qui a été fait plus de manière démo.
 
 
Après, c'est le sens propre d'une démo, le but d'une maquette…
Marie : Oui, mais la maquette, elle était sortie en tant que telle sur Spotify, elle est écoutable, les morceaux sont comme ça. Et on se rend compte qu'au niveau son, ce n'est pas hyper qualitatif. Mais malgré tout, c'était là et on joue encore ces morceaux, donc on ne fait pas l’impasse dessus ! À l'occasion, on aimerait bien le refaire.
Greg : Oui, à l'occasion, ou pour nos 10 ans ! On peut essayer de refaire un remastering très propre sans perdre trop d'argent ! Parce que c’est toujours une question d’argent...
Marie : Après, moi, j'aimerais bien avoir ma voix dessus aussi ! (rires)
Greg : J’aimerai bien moi aussi que tu [Marie] aies ta voix dessus. Et puis les morceaux ont évolué parce que tu sais, à force de les jouer en live, on a capté que certaines choses plaisaient aux gens. Et puis nous, il y a des choses qu'on aime plus jouer aussi. Il y a des patterns qui ont légèrement changé, on a réadapté les morceaux, il y en a qui ont été accélérés. 
 
C'est toujours le jeu du live, de s'adapter un peu et puis de sentir le feeling du public qui fait que tu accélères plus ou moins. Et effectivement, ça t'amène à retravailler les morceaux. C’est toujours agréable d'avoir un peu de variante en live et de ne pas entendre seulement une reproduction… Et vous avez des projets à venir ou des morceaux en écriture ?
Lana Perrard (guitare) : Oui, on a un single à qui va sortir d’ici la fin d'année, vers octobre/novembre. On a tourné le clip qui va avec pour faire les choses bien. Et là, dès notre retour du Wacken avec Nicolas, on va se poser et continuer l'enregistrement de l'album. On a attaqué un nouveau morceau qu'on sortira en single aussi, je pense.
Nicolas : C'est possible, oui. Donc là, il y a un single qui sort et dès notre retour du Wacken, on enregistre l'album pour que ça sorte le plus vite possible.
 
Est-ce qu'on peut revenir quelques instants sur votre prestation pendant la Metal Battle pour avoir votre ressenti ? J’imagine que c'est la première scène de cette taille-là que vous faites ?…
Lana : Eh bien non ! En réalité c’était la deuxième de taille similaire. On a joué au Sylak Open Air l’an dernier sur la grande scène, elle était juste un peu moins profonde. 
Gerg :  Après le Wacken est plus gros et devant la scène il y avait plus de personnes qu'au Sylak.
Lana : Mais bon, le Sylak, ça n'a pas le même rayonnement, il n'y a que 5000 personnes en tout, ça n'a rien à voir. Ce n'est pas du tout la même expérience. Donc en soi, c'est la deuxième scène de cette taille qu'on fait, nous étions donc un peu moins stressés.
 
Et donc ça vous a aidé ?
Lana : Carrément. Et ce qui nous faisait stresser, c'est le fait d'arriver un peu en retard en backstage pour la préparation, on ne savait pas si les techniciens avaient lu notre fiche technique.
Nicolas : Et c'est ce qu'il s'est passé !
Lana : en effet, ils ne l'ont pas lu. Donc heureusement qu'on s'était entraînés en se chronométrant pour installer le matériel parce qu'on savait qu'on était très réduits au niveau timing. En parlant avec les autres groupes, on a été chanceux et/ou efficaces, je ne sais pas, mais il y en a eu un certain nombre qui ont subi des interférences, ou pas de son dans les retours, enfin bref, ça a merdé quelque part.
 
Il y a des groupes que j'ai vus à la Metal Battle qui n'avaient pas un son terrible, effectivement…
Lana : Exactement. Et pour nous, tout a hyper bien fonctionné, on n'a pas eu de problème. Des fois, il y a eu quelques coupures dans les retours, mais franchement, ça s'est super bien passé sur le plan technique.
 
 
Et ensuite, sur le plan émotionnel ?
Lana : Je... Il y a... Pendant un morceau, moi, c'était vraiment... C'était sur le breakdown de "Papa Legba". Enfin, je pense que je réalisais un peu ce qui était en train de se passer, j’ai eu envie de pleurer. Je suis très émotive, mais... je sais pas, ouais, l'émotion…
Greg : Après, on a fait une résidence scénique aussi pour nous préparer à faire des plus grosses scènes, qui offrent plus d’espace, où on peut mieux s’exprimer. Donc on a moins de stress... Tu sais, c'est presque plus dur de jouer sur des petites scènes maintenant, parce que c'est plus restreint. Alors que là tu sais que sur les grandes scènes, s'il y a un problème, il y a un technicien qui est là pour gérer. Après nous sommes en Allemagne, et il y a quand même une barrière avec la langue qui est un peu difficile.
 
Mais les techniciens ont tendance à maîtriser l’anglais...
Greg : Eh bien non ! Ici les gars de la sono qui gère la façade ne parlaient pas anglais, donc tu es là, tu essaies de faire des signes pour faire comprendre, le mec te dit un mot en allemand qui ne correspond pas à ce que tu penses... (rires) C'est super rigolo, mais c'est vrai que quand déjà, on vient te chercher en retard et que ça se répercute sur tout le reste, que tu sais que tu as le droit de jouer 20 minutes, après ils te débranchent parce qu'ils sont très stricts sur ça... Ça met un peu la pression, tu sais. Mais c'est pas grave, parce que tu débarques, tu branches tout, ça ne fonctionne pas, on répare le truc en 20 secondes, tu rebranches tout, ça fonctionne, tu sais que c'est le moment, tu joues, tu fais ton show et le public apprécie.
Marie : On a eu de la chance, en vérité. On n'a pas eu de problème. Là, pour une fois, ça a été nickel, et tant mieux ! On a réussi dans le temps imparti mais c'était un vrai challenge. Le stress venait uniquement de la technique. Le reste, après, je sais que ça s'est bien passé. Grégory parlait de la résidence scénique, j'en profite pour remercier la chanteuse du groupe de black metal HOULE, c'est à elle qu’on doit cette résidence. Merci Adèle, ça nous a vraiment aidés ! Ça nous a débloqués.
 
Vu du public, vous dégagiez du bonheur d'être là. Je pense qu'on a tous pu le voir et ça avait l’air sincère...
Marie : Oui, c'est notre ADN. Lors de nos premiers concerts, on nous disait des fois qu’on souriait trop... et puis il y en avait d'autres à côté qui nous disait, c'est trop bien, vous souriez ! Et nous, on s'est dit que c’est notre façon d’être, on ne va pas essayer d’adopter une attitude sombre et tout, comme les DA classiques du metal. On joue là-dessus, on est contents, on rigole, on s'amuse, on s'éclate.
 
 
Marie, comment tu travailles le chant guttural et comment tu d’adaptes aux phases de chant clair ?
Marie : Oui, alors, le guttural, en vrai, moi, j'en fais depuis vraiment très longtemps. Je crois que ça va faire 16 ou 17 ans maintenant que j'en fais. J'ai de la chance, je n'ai jamais trop eu de problème et je n'ai jamais trop pris de cours. En fait, c'est assez naturel avec le temps. Et puis le chant clair, il y en a assez peu en réalité, c'est beaucoup du chuchotement pour l'instant. Chez moi, j'essaie quand même de chanter un peu en clair. Je me suis même inscrite à la chorale de mon entreprise ! (rires) C’est bête, mais au moins pendant une heure par semaine, je chante en clair et ça donne un petit peu confiance, même si je n'ai pas la prétention de chanter comme d’autres chanteuses.
 
Non, mais ça donne peut-être un peu plus de profondeur à la voix non ?
Marie : Oui, et puis ça habitue à ne pas trembler aussi, surtout quand tu chantes devant des gens, parce que c'est surtout ça qui est dur, je trouve. Même si chez toi, tu chantes juste, quand d'un coup, tu te retrouves devant un public, tu as une sorte de pression qui fait que la note n'est pas toujours bonne. Et plus tu t’entraînes, mieux ça passe.
Nicolas : Et puis ça servira sur le prochain album, il y en aura un peu... Alors, il n'y en aura pas trop non plus, rassurez-vous ! Mais il y aura quelques parties pour faire des ponts un petit peu ambiants, avec des voix un peu spectrales.
Gergory : Ça marche avec GOJIRA, donc ça marchera chez nous, c'est bon. Plus d'harmonie vocale, toujours plus d'harmonie vocale.
 
On arrive gentiment à la fin de cet entretien, et pour terminer, vous avez des dates en prévision ?
Gregory : Oui, on fait les "Before de Curiot" la semaine prochaine, donc le 8 août. Sinon, on a le "Bridge To Hell" en septembre et puis un festival en Vaux, qui s'appelle "Surf For The Noise". On joue aussi au "Metal 09" dans l'Ariège, C'est un festival où il faut se rendre car l’affiche est vraiment fantastique.
 

Depuis 2004, la Metal Battle du Wacken Open Air a accueilli des groupes provenant de 102 pays. Ce fut pour certains d’entre-eux un véritable tremplin pour leur carrière, à l’instar de DRONE ou BATTLE BEAST... Nous souhaitons donc à ASHED WINTER que cette seconde place face office de fil rouge et qu'elle leur soit profitable pour l’avenir !

Blogger : Nicolas Blond
Au sujet de l'auteur
Nicolas Blond
Tombé dans une marmite de metal en fusion quand il était petit (légèrement poussé par sa fratrie), c'est à l'âge de 7 ans que Nico encaisse les premières écoutes d'IRON MAIDEN, METALLICA, SEPULTURA, NIRVANA ou THE OFFSPRING qui le marquent au fer rouge. La Bête faisant son œuvre depuis, la guitare saturée est vecteur de sa vie où toute nouvelle expérience liée à la musique est une formidable opportunité. Ingénieur son de formation, musicien, organisateur évènementiel, c'est aujourd'hui la photo de concert qui le fait vibrer. Il voit le metal progressif comme la porte s'ouvrant sur l'univers, et le thrash metal comme le bélier qui l'enfonce, pour lui permettre de capturer la résultante visuelle de cette divine mélodie à l'aide d'un objectif.
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