De tous les supergroups montés à l’instigation du label Frontiers, ICONIC s’affiche comme l’un des plus intéressants. Bien sûr d’abord grâce à son personnel. Commençons par le membre le plus âgé, dont rien que la transcription d’intégralité de son CV suffirait à remplir la moitié de cette chronique. A 76 ans, le batteur Tommy Aldridge a en effet enregistré et/ou tourné avec rien moins que WHITESNAKE, THIN LIZZY, Ted Nugent, Ozzy Osbourne, Pat Travers, pour ne citer que les plus connus ! Ajoutons pour pousser un petit cocorico qu’il a aussi travaillé avec notre Patrick Rondat national…
Durant sa carrière, l’artiste a aussi déjà collaboré avec deux autres pièces maitresses de ICONIC, le guitariste Joel Hoekstra (ex-NIGHT RANGER et WHITESNAKE) et le bassiste Marco Mendoza (ex-WHITESNAKE, décidément, ex-THIN LIZZY, ex-Ted Nugent). ICONIC abrite également le guitariste Michael Sweet, tête-pensante de STRYPER, ainsi que le chanteur Nathan James (INGLORIOUS), l’homme qui change plus souvent de collaborateurs que de chemises. En voilà, de la tête couronnée au mètre carré !
Reste que s’il suffisait d’empiler des talents pour faire un bond groupe et sortir de bons disques, ça se saurait. Et on peut même dire que c’est souvent l’inverse qui se produit, avec comme indices concordants des productions fadasses de chansons passe-partout (qui a dit RATED-X ou ELEGANT WEAPONS ?).
ICONIC semble pourtant représenter une des rares exceptions à cette règle. Certes, le premier album du collectif, « Second Skin », pondu en 2022, s’avérait extrêmement influencé par WHITESNAKE. Pas la pire des références, on est d’accord, pas non plus de déflagration au box-office, mais un honnête travail d’artisans, qui n’ont sans doute pas besoin (à l’exception peut-être de Nathan James) de ces piges supplémentaires pour faire bouillir la marmite.
Et qui se réunissent donc pour le plaisir, et élaborent une musique désormais irrémédiablement ancrée dans le passé, le heavy mélodique. Avec couplets et refrains, un bon solo de guitare, des chansons bien structurées et dont le son flatte l’oreille, pour un résultat se tenant prudemment éloigné aussi bien du mathcore que du R&B.
Peu de flamboyance donc, et ce « II » prend donc son temps pour convaincre l’auditeur. A la première écoute, c’est même plutôt « bof, déjà entendu ailleurs ». Puis le disque se bonifie, un peu plus à chaque audition, car on s’accroche, pas possible qu’un team comme celui-là tente de nous refiler de l’eau tiède.
Et la persévérance finit par payer, pour peu qu’on soit client des multiples combos cités plus haut. « Ah oui, pas mal, ce refrain de stade sur All I Want ». « Tiens, ce S.O.S. apporte une petite touche funky pas désagréable ». « Cry No More, finalement, ça le fait comme ouverture de l’album, avec son rythme rapide et entraînant »…
Et WHITESNAKE dans tout ça ? Eh bien, on ne peut pas renier son passé, et les influences du Serpent Blanc restent bien présentes, mais mieux digérées que sur « Second Skin ». « Nothing Left For Me », un accorte mid-tempo, ou « Tears Keep On Falling », assez pop pour passer sur une radio généraliste, en font foi. Et il faut bien reconnaître que Nathan James possède le gosier idéal pour l’exercice (Jorn Lande n’était sans doute pas disponible lors de la formation de ICONIC), voix chaude et puissante à l’appui.
On n’étonnera personne en disant que le travail des deux guitaristes s’avère au-dessus de tout reproche, et que la section rythmique secoue bien le cocotier. Donc, en attendant que ICONIC ne devienne réellement… iconique, on peut donner sa chance à ce supergroup, apparemment pour l’instant confiné à un travail studio - nous n’avons trouvé aucune trace de concert donné par les cinq ensemble. Et pourquoi pas l’an prochain lors du festival Frontiers 2027 ? Voilà qui aurait de la classe !