18 septembre 2026, 15:00

MIASMES

"Violence, Blasphème et Pourriture"

Album : Violence, Blasphème et Pourriture

Je rentre de la gravière en pleine canicule et je trouve un paquet dans ma boîte aux lettres. Ça change des factures. Les Acteurs de l’Ombre me fait une nouvelle offrande. Le digipack est tel un morceau de charbon, noir et brut, avec un dessin de style punk Oï, une botte écrase violemment une tête d’ecclésiaste, ça gicle des yeux et de la cervelle en proclamant « Violence, Blasphème et Pourriture ». Ok, qu’est-ce donc que cet étrange enregistrement ?

J’avais tout faux, "Déchéance" nous éclabousse avec ses blasts frénétiques et ses riffs hyper violents. On dirait presque du MOTÖRHEAD revisité à la sauce corpse-paint nordique. Mais le chant est fait de hurlements, du style ramonage de glotte avec des épines de conifères. Oui, c’est bien du true-black metal, il s’agit des Français MIASMES. Évidemment difficile de repérer la langue de Molière clamée en mode "Ecorché", puissante et jaillissant du fin fond d’une grotte scandinave oubliée. Déstabilisant mais franchement prenant, les mots sombre âpres et nihilistes, mort et souffrance. "Nihil" (tiens donc) tabasse à nouveau, le kit de batterie explose et les cordes de la basse menacent de s’envoler, le mode furieux est activé et ça growle tel un orage de fin d’été caniculaire.

L’album va vite, le style tout d’abord, la durée des titres également. "Possédé" offre un délicieux balancement rythmique avec des riffs accélérés à souhait. Le label semble m’avoir offert un rafraîchissement idéal pour tenir les 37 degrés à l’ombre. Nouvelle prise de vitesse syncopée avec "Cendres". Outre la perfection black du chant et la frappe précise, je jurerais entendre Lemmy à la basse. Je perds la boule ? "Vomi" revient aux affaires dans une éruption d’ultra violence, Chant de révolte où chaque note crie sa colère en écho. Déroutant. Nous restons dans une singulière poésie macabre avec "Catharsis", toujours syncopé, on ne sait plus qui de la guitare ou de la voix l’emporte en guise de hurlements extrêmes. A saluer un solo dément à faire chavirer le Titanic... ou notre âme.

MIASMES et sa putride poésie livre une "Agonie" black metal rugueuse et obsédante. Ça cogne sec et ça riffe à tous vents dans une déclaration de guerre vocale. "Horde" c’est la guerre black thrash façon SLAYER, les cordes huileuses hennissent à tout va. Du fracassage de nuque en perspective. Et c’est un plaisir pur. Nous terminons avec "Rédemption", dernières éructations et blasts sauvages, sur un splendide balancement de basse, morceau énergivore au possible, idéal final.

Ah ! il y a une reprise ! "In The Name Of Tragedy" de ? Oui, MOTÖRHEAD, tiens donc. Voilà qui explique mon ressenti sur nombre de titres. La reprise est vraiment exceptionnelle, on retrouve le style british heavy metal revisité par un chant pur black. J’adore. Décidément voilà une bien belle découverte, à recommander aux oreilles averties toutefois. MIASMES est un groupe sans concession qui nous offre un moment de maîtrise de la violence. Félicitations pour cette noirceur rafraichissante.

Blogger : Christophe Scottez
Au sujet de l'auteur
Christophe Scottez
Chris est ethnologue à ses heures perdues, vétéran des pogo joyeux en maillots de core. Un explorateur curieux, grand amateur de riffs et de chants sauvages. Il a grandi dans les glorieuses années 80, bercé par les morceaux canoniques d’ACCEPT, SCORPIONS, MOTLEY CRUE et autres GUNS N ROSES. Traumatisé par le divorce entre Max Cavalera et son groupe, ainsi que par un album des Mets un peu «chargé» en n’importe quoi, Chris a tourné 10 ans le dos au hard rock. Puis, un jour, il a par hasard découvert qu’une multitude de nouveaux groupes avait envahi la scène … ces nouveaux sauvages offraient des sons intéressants, chargés en énergie. Désireux de partager l’émo-tion de ce style de metal sans la prétention à s’ériger en gardien d’un quelconque dogme, il aime à parler de styles de metal dit classiques, mais aussi de metalcore et de néo-metal. Des styles souvent décriés pour leurs looks de minets, alors que l’importance d’un album est d’abord le plaisir sonore que l’on peut en tirer, la différence est la richesse du goût. Mais surtout, peut-on se moquer de rebelles coquets alors que les pères fondateurs du metal enfilaient des leggins rose bonbon et pouponnaient leurs choucroutes peroxydées ?
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