
Septembre pointe son nez, avec son lot habituel de petites "joies" du quotidien : l'accordéon des feux rouges matin et soir, la queue interminable au supermarché pour trois fournitures oubliées, le dossier d'inscription au club de sport qui ne nous fera pas plus fondre que l'an dernier, et les collègues rentrés dorés comme des gaufres alors qu'on a juste hérité d'un look écrevisse avec la trace de maillot fluo en bas du dos... Le summum du glamour de rentrée ! Heureusement, il reste votre rubrique Labels & Les Bêtes pour faire le plein de sons saturés. De quoi faire baisser la tension et attaquer la rentrée du bon pied !
FILTH : « Death Exhibition » (Me Saco Un Ojo Records / Rotted Life Records)

Le groupe suédois n’a jamais montré le moindre signe d’ouverture à d’autres oreilles que celles qui le suivent depuis son premier album, paru l’année dernière : celles de la vitesse pure et de la chirurgie lourde. Et cette nouvelle dérouillée du trio confirme que leur death old-school mâtiné de grindcore de haute volée ne cesse de se bonifier.
C’est une pure boucherie. Du haut de ses dix morceaux expédiés en une grosse demi-heure, FILTH va droit à l’essentiel en poussant son style dans ses derniers retranchements : lignes de chant hargneux, breaks titanesques, basse meurtrière, le tout concassé dans une production façonnée à grands coups de silex.
Pas besoin d’en faire des caisses, « Death Exhibition » est un rouleau-compresseur impitoyable sur lequel les Suédois appliquent à la lettre tout ce qui se fait de mieux en matière d'intransigeance sonore. Un "True Carnage" dans les règles de l’art, comme dirait ce bon vieux Chris Barnes…
(Clément)
ENCASEMENT : « Encasement » (I, Voidhanger Records / Hypaethral Records)

Projet solo originaire de Toronto, ENCASEMENT livre ici un premier album qui affiche d'emblée de sérieux atouts, le plaçant parmi les représentants les plus affûtés de la scène black metal canadienne actuelle. Le Canadien y renoue avec les racines féroces et complexes d’un style bien à lui, étalé sur de longs développements hypnotiques.
C’est à grands coups de mélodies épiques et dissonantes qu’il impose sa patte, usant de ces rythmiques épiques dont raffolent ses voisins américains de KRALLICE ou WOLVES IN THE THRONE ROOM, portées par des guitares incisives qui renforcent son caractère archaïque et mystérieux. Presque mystique.
Il flotte ici une atmosphère d’un autre temps, où la violence brute laisse régulièrement place à des contemplations beaucoup plus sombres. Le son y est organique, brut, bardé de mousse et de lichens, enveloppant l’œuvre d’une mélancolie rurale remarquable. Un coup de maître magistral.
(Clément)
HANTERNOZ : « A Hed An Noz, A Noz, A Noz » (Antiq Label)

Si HANTERNOZ existe depuis 2006, c’est après une longue période de latence que le groupe est revenu en 2021 avec « Au Fleuve de Loire ». Cette année, il nous présente six nouveaux morceaux de folk black metal, chacun d’entre eux décrivant un personnage mythique et mystique de la nuit bretonne, d’où le titre « A Hed An Noz, A Noz, A Noz ».
D’une durée variable de 3’30 min à presque 12 min, les chansons nous font vivre les légendes du passé, du présent et du futur, ces moments intemporels qui hantent nos rêves et nos cauchemars grâce à tour à tour des rythmes blastés, des atmosphères éthérées ou des mélodies folks.
Le black metal d’HANTERNOZ est ancré dans son pagus et de la pochette de l’album, très symbolique, aux différentes compositions qui s’enchaînent, on est happé par un monde esthétique et puissant. Les vocaux hurlés en français racontent et les instruments plantent le décor. Intense toujours, parfois brutal, parfois pagan, parfois vif, parfois lourd, rien dans le son HANTERNOZ n’est laissé au hasard. Si vous cherchez l’authenticité et l’efficacité mêlées, c’est exactement là où il faut frapper.
(Aude Paquot)
NEOLITH : « Inbir » (Deformeathing Production)

Avec NEOLITH, on ne parle pas de petits nouveaux qui se présenteraient pour tenter leur chance sur la scène black/death metal. Non, il s’agit ici d’une formation existant depuis 1991 mais dont on n’a pas entendu parler depuis 2019 donc une petite piqûre de rappel ne fait pas de mal pour les faire repasser sous le radar. Surtout que le nouvel album « Inbir » apporte huit titres martiaux et ancrés dans la Mésopotamie ancienne.
Avec une batterie blastée et des guitares vives, NEOLITH fournit à la fois une grande intensité et une puissance lourde. Les growls caverneux et les riffs death se mêlent à de vrais passage black old-school.
Le fond et la forme misent sur une esthétique parfaite et un choix affirmé d’amener l’auditeur dans un monde guerrier, cruel, violent et sombre. On note aussi pas mal d’influences thrash pour encore bien enfoncer le clou, au cas où il vous manquerait un peu de froideur.
« Inbir » est un de ces albums que l’on écoute de bout en bout sans sourciller, passant avec fluidité d’un morceau à l’autre, comme bercé par un son tranchant mais envoûtant. Fort appréciable.
(Aude Paquot)
DYSGNOSTIC : « End Whispers » (Transcending Obscurity Records)

Si votre menu préféré c'est écrasé de pomme de terre en entrée, smash burger et purée de pois cassés en plat principal et compote de pommes au dessert, n'allez pas plus loin : DYSGNOSTIC est fait pour vous !
La formation danoise vient de donner un successeur au rouleau-compresseur « Scar Echoes » édité en 2022, elle qui tort, malmène et pétrie une certaine idée du chaos comme personne dans ses compositions ; il suffit d'écouter le seul "The Black Sun" pour s'en convaincre !
Son death metal emprunt de black torturé, inattendu le plus souvent, constitue un véritable assaut sonore qui ne cherche pas à plaire au plus grand nombre mais à l'agresser, à rendre l'atmosphère étouffante comme la lave incandescente présente sur ses pochettes ("Ignis Fatuus" et son introduction folle ou sa partie de basse devançant un incroyable déferlement de violence). Et chemin faisant, DYSGNOSTIC touche à l'essence même du metal extrême : malsain, dérangeant, hors des biens pensants qui pensent que le metal devrait être comme ci et pas comme ça.
Plus qu'une simple écoute : « End Whispers » se révèle être une expérience unique en son genre. Alors... Bonne dégustation !
(Crapulax)
BUNUHDIRI : « Neuromechanical Shrine » (Brutal Mind)

Par contre, si votre plat préféré c'est de remanger ce que vous venez tout juste de vomir, cette petite formation de Kuala Lumpur est vivement conseillée !
BUNUHDIRI, ce n'est pas un plat de saumon cuisiné aux épices mais une dinguerie de brutal death metal créée de l'autre côté de l'hémisphère. Parvenir à ce niveau technique pour une formation originaire de Malaisie, c'était purement inconcevable il y a quelques années de cela, question de coût du matériel et probablement de culture aussi. Aujourd'hui, c'est tout juste s'ils ne seraient pas capable de donner la leçon aux musiciens de l'occident tellement que ça dérouille sévère ! Le son est gras comme on l'aime, les guitares râpeuses palm mutées sont écrasantes, les soli démentiels, le vocaliste pète ses cordes vocales à chaque phrase éructée ("Bioflesh Rapture") et derrière les fûts le batteur en fait des tonnes à la double pédale, tellement qu'il en oublierait les cymbales.
Bref, c'est du démontage d'esgourdes en règle et c'est tellement bon qu'on en redemande ! Comme quoi le metal n'a pas de frontières.
Encore une pépite d'ultra-violence signée par le label Transcending Obscurity, le Earache des années 2020 !
(Crapulax)