12 septembre 2026, 08:00

PRESIDENT

Interview du President


Depuis deux ans, une figure mystérieuse se glisse peu à peu dans le monde du metal alternatif moderne. Elle avance masquée, mais semble avoir beaucoup à dire et plaire aux fans d’un metal aussi éclectique que bien construit. Elle sort aujourd’hui son premier album : « Blood Of Your Empire ». Nous parlons en effet de PRESIDENT, non seulement l’un des groupes les plus mystérieux de la scène actuelle, mais aussi l’un des plus surprenants, qui vient de nous livrer un disque aussi puissant que rempli d’émotions, aussi original que rafraîchissant. Afin de lever un peu plus le voile sur ce projet, le PRESIDENT lui-même a accepté de répondre à nos questions…
 

Votre premier album, « Blood Of Your Empire », est sorti le 4 septembre. Si vous deviez décrire le but de cette première grande campagne, lequel serait-il ?
Je veux que les gens perçoivent le tableau dans son ensemble. L’EP était un avant-goût, en réalité. Je cherchais encore ce qu’était PRESIDENT en le faisant. Avec « Blood Of Your Empire », je savais ce que je voulais dire, mais je me sentais aussi beaucoup plus libre musicalement. Si cette campagne doit avoir un objectif, j’espère qu’elle montrera que le côté heavy, le côté électronique et le côté cinématique sont tous aussi importants pour PRESIDENT.

Vous êtes apparu très soudainement l’année dernière, prenant tout le monde de court avec un succès immédiat.
Quelle a été votre réaction à ce retour immédiat du public ?

Ça me semble toujours complètement fou. Ce projet est né de façon totalement artisanale, et je n’avais aucune idée qu’il irait aussi vite. La tournée américaine, qui a fait complet en moins d’une heure, a été l’un des moments où je me suis vraiment demandé : « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ?! » Plus que tout, je me sens reconnaissant. Je peux voyager dans le monde entier et jouer ces chansons, ce qui est bien au-delà de tout ce que j’imaginais quand j’ai commencé ce projet !

Au vu de la qualité de la production et du chant, j’imagine qu’il ne s’agit pas de votre premier essai. Pendant combien de temps avez-vous observé dans l’ombre et perfectionné votre art avant d’entrer dans la lumière pour cette campagne ?​
PRESIDENT n’est pas arrivé sans passé. Personne d’impliqué dans ce projet n’a appris la musique sur le tas au moment où "In The Name Of The Father" est apparue. Il y a des années d’expérience, d’échecs, d’expérimentations et de leçons derrière ce projet. Nous choisissons simplement de ne pas intégrer notre biographie à la proposition. Le travail devant vous est ce qui compte.

Qu’est-ce qui vous a décidé à vous lancer dans cette campagne ?
J’avais besoin d’un endroit où mettre de nombreuses choses dont j’avais du mal à parler. La foi, la mortalité, la haine de soi, la manière dont je regarde ma vie… Je traversais un moment assez sombre sur certains de ces plans. PRESIDENT m’a donné un moyen d’extérioriser ces pensées sans ressentir le besoin de m’expliquer au préalable. Une fois que j’ai commencé à écrire, c’est devenu très cathartique.

Les mandats présidentiels durent souvent quatre ou cinq ans, et dans beaucoup de pays comme le nôtre, on ne peut briguer que deux mandats. Combien de mandats souhaitez-vous briguer ?​
Nous n’avons pas encore rencontré de limite constitutionnelle.

Avant d’entrer plus en détail dans l’album, pouvez-vous décrire ce que vous souhaitez avant tout apporter aux auditeurs avec votre programme présidentiel ?
La permission de questionner. Pas d’instructions sur ce en quoi il faut croire, mais une invitation à examiner pourquoi on y croit. Au-delà de ça, la connexion. Ces chansons ont commencé dans l’isolement, mais les rassemblements de campagne nous ont montré à quelle vitesse quelque chose de privé peut devenir collectif.

La plupart de vos chansons semblent émaner de situations vécues, à l’image de "Angel Wings". Dans quelle mesure pensez-vous que le fait d’écrire des paroles aussi personnelles puisse toucher le cœur de chacun ?
Je pense que plus je suis honnête dans ce que je fais, plus il y a de chances que quelqu’un y reconnaisse quelque chose. "Angel Wings" était la première chanson que j’ai écrite pour cet album, et elle était très importante car j’étais nerveux à l’idée d’écrire à nouveau après l’EP. J’aimais beaucoup cette chanson quand je l’ai finie, et elle m’a fait me dire « OK, on est sur le bon chemin. » Puis voir les gens lier leur propre vie à ces chansons est vraiment foutrement génial !

Craignez-vous qu’à un moment, on n’ait une idée un peu plus claire de la personne derrière la fonction présidentielle, et peut-être de ses faiblesses, en livrant autant d’informations à travers les paroles ?
C’est déjà en train d’arriver, et je ne le considère pas comme un problème. Le masque n’a jamais eu pour but de rendre la personne insensible. Il enlève la biographie, pas la vulnérabilité. Si les chansons révèlent de la faiblesse, alors elles font ce qu’elles sont censées faire.


"White Devil" fait partie de mes chansons préférées de l’album, mélangeant parfaitement de nombreux styles comme le jazz, la musique électronique, mais aussi un metalcore très heavy. J’ai parfois l’impression que c’est quelque chose que les groupes tentent souvent de faire, sans pour autant y arriver à chaque fois. Quel a été l’ingrédient secret pour garder le son de PRESIDENT cohérent malgré la présence de tous ces styles ?
Je ne réfléchis pas vraiment comme si je tentais de mélanger les genres. Je ne fais que suivre ce qui semble adapté à la chanson. "White Devil" a commencé par cette idée de piano jazzy, avec un rythme plus dansant, puis je l’ai laissée aller où elle voulait. Je suis vraiment devenu fou d’artistes comme Four Tet, Jon Hopkins, Bicep ou Hot Chip ces dernières années. Ce côté de PRESIDENT est aussi important pour moi que la musique heavy avec laquelle j’ai grandi.

Dans un registre plus traditionnel, le côté heavy de l’album, par exemple sur "Pink Noise", est particulièrement appréciable. Quelle est la métaphore derrière ce « bruit rose », et pouvez-vous nous parler de ce qui vous a poussé à écrire une chanson aussi poignante ?
La partie la plus importante de "Pink Noise" selon moi est la partie parlée, qui cite l’allégorie de la caverne de Platon. Mon frère m’a parlé de cette histoire quand j’étais adolescent, et l’a utilisée pour expliquer la foi. L’idée que quelque chose peut être vrai, même si on ne peut pas le voir, a eu un effet monumental sur moi quand j’étais un chrétien dévoué. J’ai gardé cette version particulière du discours avec moi pendant des années, donc quand j’étais en train de créer cet album, je savais qu’il fallait qu’il y soit. Il est très étroitement lié à mon parcours religieux.

"Hate Figure" voit le guitariste et chanteur prog-hop Ando San se joindre à vous. C’est le seul invité sur cet album. La chanson tourne autour du thème de la figure haïe et des boucs émissaires. Pourquoi était-ce important pour vous de l’avoir à vos côtés sur cette chanson ?​
Vice (batteur du groupe, ndlr) s’amusait avec des idées de rythmes, j’ai écrit le refrain, et j’entendais toujours une partie de hip-hop dans ma tête. La voix d’Ando était celle que j’imaginais dessus. Il a une voix très intéressante, et il travaille indéniablement très vite. On lui a parlé du sujet de la chanson, et deux jours plus tard, il nous a tout renvoyé. Ça a immédiatement marché. Je ne voulais pas un invité juste pour avoir un invité. Je voulais vraiment l’inviter lui.

"Sleepwalker" a un message important au début : « Personne n’en a rien à faire de toi, tes succès ou tes échecs, à part tes proches. » Pouvez-vous nous en parler ?
Ce discours m’a vraiment frappé quand je l’ai trouvé en ligne. Je n’arrêtais pas de le regarder. Ce que j’en ai retenu, ce n’est pas que personne ne se soucie de toi, dans un sens sombre. C’est que la plupart du bruit n’a pas d’importance. L’opinion qui compte vient des gens qui t’aiment et te connaissent vraiment. J’ai commencé "Sleepwalker" en mettant des lignes de synthé en dessous de ce discours, pour que toute la chanson puisse se construire à partir de ce sentiment.


"This Will Divide Us" semble être l’une des chansons les plus directes sur l’album. Cependant, c’est aussi celle avec le plus d’effets sur votre voix. Utilisez-vous ces effets pour vous protéger de la tristesse ?
La modification crée une distance, mais cette distance rend la tristesse plus apparente, plutôt que de la cacher. On dirait qu’on entend une voix humaine à travers des interférences, qui essaie de joindre quelqu’un qui n’écoute peut-être plus. La mélodie devait communiquer ceci avant que le moindre mot ne soit compris. Si on retirait les paroles, je voulais que cette perte reste évidente.

Quelle chanson de l’album correspond le mieux à votre état d’esprit à cet instant, et pourquoi ?
Probablement "White Devil" actuellement. Il y a une phrase dans cette chanson sur le fait d’entendre la vérité et de continuer à danser, pour extérioriser la rage. Cette chanson est l’un des moments les plus joyeux du disque. Après avoir ressenti l’intensité de cette dernière année, j’aime la façon dont cette chanson se termine.

Une campagne présidentielle implique d’avoir un visage, mais aussi une équipe. Pouvez-vous nous parler de votre équipe de musiciens et de leur impact sur l’écriture et l’enregistrement de l’album ?
PRESIDENT est construit autour de ma vision, mais bénéficie complètement des gens autour de moi. Vice a travaillé sur environ la moitié de l’album, et son flair ajoute une dimension totalement différente. C’est l’un des meilleurs foutus batteurs du monde. Ce qui est pratique, c’est que notre vision de PRESIDENT est incroyablement alignée. Nous sommes très rarement en désaccord, et quand on l’est, normalement ça rend la chanson encore meilleure.

Vous avez déjà joué à Paris, aux Étoiles (live report à retrouver ici, ndlr). Qu’avez-vous pensé de ce rassemblement avec le public, et qu’en gardez-vous ?
J’ai adoré. Ces salles plus petites ont une énergie complètement différente, car on peut voir tout le monde, et il n’y a nulle part où se cacher. La France a été formidable avec nous, et ce dès le début. Passer d’une salle comme Les Étoiles à quelque chose comme le Hellfest la même année est plutôt surréaliste.

Votre prochain rendez-vous avec vos sympathisants et militants français arrive bientôt, le 14 novembre à l’Élysée Montmartre. Que devraient attendre les électeurs de cette nouvelle campagne ?
Une version bien plus complète de PRESIDENT. Les nouvelles chansons changent l’architecture du rassemblement, et une plus grande salle nous offre plus de possibilités. Mais la grande échelle ne remplacera pas l’intimité. L’objectif reste de faire en sorte que chaque citoyen dans la salle se sente impliqué dans ce qui se passe.

Vous l’avez mentionné un peu plus tôt, vous avez joué au Hellfest, sous un soleil cruellement chaud. Pensez-vous que vous devriez avoir un autre costume en cas de température élevée, pour éviter ce genre de désagrément ?
Le Hellfest était brutal. Il n’y a pas de réponse intelligente à ça. On s’hydrate, on se prépare bien, puis on souffre un peu pour l’art. Dès que je suis sur scène, l’adrénaline prend le relais, et je me perds dans les chansons. Mais j’ai vraiment appris pas mal de choses sur le fait de jouer avec ce genre de chaleur.

Une fois l’album sorti et la campagne débutée, quel est votre horizon ?
D’amener « Blood Of Your Empire » aussi loin qu’il peut voyager, et de continuer. L’album ne constitue pas une conclusion. Il y a déjà des idées au-delà de celui-ci, mais pour le moment, la priorité est de permettre à ce chapitre de vivre pleinement : à travers le disque, les rassemblements et les citoyens qui vont se l’approprier.
 



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