On reconnaît la musique de PELEGRIN à plusieurs éléments : il y a les pochettes d’albums réalisées avec une délicatesse qui n’a pas son pareil et la douceur des mélodies qui peuvent aussi bien dépeindre le sable chaud du désert que les étoiles qui éclairent les dunes. La sortie du concept-album « The Curse Of Nephtar » le 4 septembre est donc placée sous les meilleurs auspices.
Fort de deux albums remarquables, le groupe originaire de Nantes et composé de François Roze (chant, guitare), Jason Recoing (basse studio), Nacim Virieux (basse live) et Antoine Ebel (batterie, percussions) atteste déjà d’une évolution puisque « The Curse Of Nephtar » est son premier album à paraître sur le label Ripple Music (HERMANO, WO FAT, THE OBSESSED...) Un grand pas en avant pour le groupe qui livre, en quarante-cinq minutes divisées en sept titres, une fable racontant l’histoire d’êtres humains cupides à la recherche du profit, sans que l’idée des conséquences ne leur effleure l’esprit.
Il ne vous a probablement pas échappé que le changement climatique avait fait de nombreux dégâts au cours de l’année et plus particulièrement pendant l’été qui fut destructeur. Que l’on pense à la forêt de Fontainebleau ou à l’ensemble du Sud-Ouest français qui ont tous deux brûlé, aux températures anormales et à la gestion plus que discutable par les politiques en place, l’ensemble de la situation doit amener une remise en question globale de notre fonctionnement. C’est le propos de l’histoire de Nephtar, un orbe noir dont les pouvoirs de manipulation mentale lui permettent d’asservir la population humaine. Détenteur de ressources, l’orbe apporte l’abondance aux humains qui, naïfs, pensent que celle-ci peut perdurer sans conséquences. Le lien unissant les humains à Nephtar devient rapidement un joug qu’il est vital de briser.
Après une courte introduction en spoken word au début du titre d’ouverture "Eons", la voix de François Roze prend le relais pour chanter l’histoire de l’orbe. Dès les premières minutes, quelque chose frappe l’oreille : PELEGRIN, habitué des mélodies douces et délicates, livre également de puissants riffs aussi lourds et imposants que la malédiction dont il est question. Le changement est notable et le pari est réussi. Arrive ensuite le très beau "Sun and Blood" dont le clip (visible sur YouTube) met en images l’histoire de l’orbe. Porté par des mélodies de guitare envoûtantes dont le groupe a le secret, des percussions aussi variées que puissantes et une ligne de basse tout en ondulations, le titre navigue habilement entre le psych et le heavy rock. La facette heavy du groupe grandit encore sur "In The Company Of Stars" dont l’association entre les accords de guitare et les cymbales rappelle les mélodies des deux premiers albums.
Avec "Drawn To Nephtar" et "The Price To Pay", on change de dimension : la lourdeur est encore plus forte, comme pour représenter l’urgence de rompre le lien qui unit Nephtar aux humains, et l’aspect heavy est davantage développé dans un beau solo de guitare. Tout au long de l’album, les modulations et altérations accidentelles donnent une couleur particulière aux mélodies et contribuent à rendre le son de PELEGRIN parfaitement identifiable. De temps à autre, les samples permettent de se représenter davantage le monde dont il est question : le nôtre, celui qui voit des arbres centenaires être coupés et des tunnels souterrains, forés. En conséquence de quoi, la Terre souffre et son hospitalité diminue. Une seule solution : "Break The Omen". Mais est-il encore temps de le faire ? Seuls des efforts portés par une volonté de changer pourront le dire.
Avec « The Curse Of Nephtar », PELEGRIN traduit les angoisses qu’il est raisonnable de ressentir au vu des récents événements climatiques. Musicalement, le quartet montre autant sa maîtrise que son envie de faire évoluer son style en accentuant la lourdeur du heavy rock psychédélique. Le tout est mené avec brio et fait de l’album l’un des "must hear" de cette année.