Trint Eastwood, l’ancien guitariste, chanteur et compositeur d'UNCOMMONMENFROMMARS, formation incontournable d'une certaine scène punk-rock française des années 2000, revient sous son propre nom et nous fait cadeau de son premier album solo « Leap Of Faith ». Dans cet album où se croisent punk-rock, folk et rock alternatif estampillé années 90, PEARL JAM, Elliott Smith ou encore THE BEATLES apparaissent en filigrane d'un disque qui assume fièrement ses racines.
Dès "Little Idea", l'orientation est claire. La guitare retrouve du corps, l'influence du rock américain des années 90 affleure immédiatement et le morceau installe cette manière très directe d'écrire qui restera présente durant l'essentiel de l'album. Trint privilégie la chanson, son refrain et l'émotion qu'il souhaite y déposer.
Le titre éponyme, "Leap Of Faith", poursuit dans cette direction avec une approche plus franchement rock, tandis que "Where" accélère la cadence et retrouve davantage l'ADN punk de son auteur, dynamisant l’album et entraînant son auditeur dans une écoute vivifiante. Ici encore il est aisé de constater que Trint Eastwood ne cherche jamais véritablement à dissimuler ses influences. Les structures sont familières, les riffs appartiennent à une grammaire punk-rock connue depuis plusieurs décennies et l'ensemble joue davantage la carte de la sincérité, sans tricher sur son identité musicale.
Le contraste arrive avec "Trust Me Now" où harmonica, ukulélé et voix suffisent à modifier radicalement le paysage. Après l'électricité des premiers titres, le musicien nous rappelle que son style s'est aussi construit au contact de la folk. L'association entre cette instrumentation fragile et une voix naturellement plus rugueuse pourra surprendre, mais elle révèle surtout la volonté de ne pas enfermer « Leap Of Faith » dans une formule strictement punk-rock. Mais avec "Don't Tell Me", les guitares reprennent leurs droits avant que "Hell Yeah" ne ramène une spontanéité presque familiale au centre du disque. Le titre est d'ailleurs né d'une session avec ses filles Maïwen et Mélodie, et cette genèse correspond assez bien à l'esprit qui traverse l'album : celui d'un musicien qui ne semble plus avoir grand-chose à prouver et compose d'abord parce qu'il en éprouve l'envie. Son efficacité immédiate et son énergie pop-punk en font probablement l'un des titres les plus accessibles de l'ensemble.
La sincérité et la bienveillance de l’album trouvent leur paroxysme dans "Never Too Late To Love", qui aborde l'isolement vécu par les adolescents pendant le confinement de 2020. Derrière son refrain volontairement fédérateur se cache ainsi une réflexion sur la rupture du lien social, la solitude et la nécessité de retrouver l'autre.
Enfin, "That Really Happened" referme le disque en revenant vers la folk et l'acoustique. Une sortie plus intime qui donne finalement une forme circulaire à « Leap Of Faith » : derrière les amplis, les références punk et les guitares saturées, demeure avant tout un artiste attaché à la simplicité.
Cette simplicité pourra néanmoins diviser. Sur huit chansons seulement, l’album affiche une homogénéité importante et ne cherche que rarement l'accident, la rupture ou le détour susceptible de désorienter l'auditeur. Certains y verront une cohérence bienvenue ; d'autres pourront regretter que plusieurs compositions restent dans des territoires trop familiers ou qu'elles ne s'affranchissent pas davantage de leurs références. La notion de « Leap Of Faith » n'est peut-être pas un grand saut stylistique ; il est surtout un saut personnel, celui d'un musicien qui remet les amplis en marche sans renier les années écoulées, avec leurs pertes, leurs rencontres et leurs traces. Et peut-être faut-il simplement l'aborder ainsi ? Non comme une révolution, mais comme huit chansons écrites parce qu'à cet instant précis, leur auteur avait besoin qu'elles existent.