16 septembre 2026, 15:55

GREEN LUNG

"Necropolitan"

Album : Necropolitan

La spooky season a enfin commencé : la canicule est terminée, le pumpkin spice latte redevient la boisson du moment et les corbeaux, chats noirs et chauves-souris sont de nouveau de sortie. Pour parachever cette ambiance, « Necropolitan », le quatrième album de GREEN LUNG, est arrivé ce vendredi 11 septembre. Plongeon dans quarante minutes de heavy doom occulte.

Porté par le succès des albums précédents, notamment « This Heathen Land » (2023), GREEN LUNG bénéficie aujourd’hui d’un effet de mode non négligeable : qui peut raisonnablement dire ne pas aimer un quintet londonien dont les chansons rappellent des incantations lancées lors de soirées ensorcelées ? Les pochettes d’album rappellent un style de gravure médiévale modernisé, les tons de violet, noir et blanc complètent la palette chromatique jusqu’alors essentiellement composée de nuances de vert, les artistes puisent aussi bien dans la littérature ésotérique que dans le cinéma de genre ou les albums de rock et de metal et le style global se traduit également par la typographie utilisée, inspirée de l’étrangeté et de l’imprévisibilité des lignes Art Nouveau. En plus de proposer des albums qualitatifs, GREEN LUNG développe une esthétique reliant plusieurs styles. De quoi ratisser large pour s’offrir un public aussi bien composé d’adeptes chevronné.e.s que de personnes récemment arrivées.

Les haters diront que le succès de GREEN LUNG est basé sur un phénomène qui veut que dans chaque groupe britannique se trouve peut-être le prochain BLACK SABBATH ou le prochain JUDAS PRIEST à côté duquel on a trop peur de passer pour ne pas les écouter. Les vrai.e.s se sont immédiatement laissé.e.s embarquer par un album pensé pour le live. Après "Open The Hellmouth", introduction aussi solennelle que recueillie au son des tambours, on plonge dans la tombe au rythme des gammes descendantes de la guitare de Scott Black. On a à peine le temps d’atterrir que la voix de Tom Templar nous conte une première histoire : celle de "Dance To The Grave" qui dessine la trajectoire inéluctable de l’extrême-droite vers sa tombe. Mais trêve de réverbération et des lignes de basse dansantes de Joseph Ghast : place à "Black Magick Radio" et ses accords arpégés à l’orgue. C’est là qu’on se rend compte de la différence majeure avec l’album précédent : l’orgue de John Wright a gagné en puissance et en force mélodique, ce qui promet déjà des moments spectaculaires lors des concerts de la tournée européenne prévue en fin d’année.

Arrive ensuite "Necropolitan Line" faisant référence aux morts qui reprennent vie dans les souterrains de Londres. Plus rapide, le titre semble avoir été composé dans l’urgence d’échapper aux cadavres transportés par le Necropolis Railway au début du XXe siècle. Urgents aussi sont les riffs de heavy metal et le shredding de guitare et de mellotrons à l’unisson : une folie qui donne envie de trouver des zombies rien que pour pouvoir leur échapper au son de cette musique. Le groupe poursuit dans l'occulte avec "Evil In This House" dans le clip duquel un esprit malveillant terrorise une famille entière. Frissons garantis et popcorn recommandés.

Après tant d'émotions et de soli de guitare et de claviers, "Together In Death" offre une pause bienvenue. La sonorité de l’orgue se rapproche de celle d’un clavecin, aussi ancien que délicat, avant de reprendre sa couleur naturelle. Plus calme et lent, le titre accorde une place de choix au chant de Tom Templar qui se fait plaintif sans sombrer dans la mièvrerie. Nous sommes aux funérailles d’un être aimé dont l’esprit communique par notes éparses de xylophones. Retour à la lourdeur avec "Ozymandias" dont les parties de batterie et de percussions assurées par Matt Wiseman, inspirées par l’afrobeat des années 70, sonnent déjà l’arrivée du prophétique "Alostrael (Be My Babalon)". Surprise de taille pour qui connaît l’univers des deux groupes : c’est la voix de Riley Pinkerton (CASTLE RAT) qu’on peut entendre narrer l’histoire du monstre au début de la chanson. Enfin, alors qu’on aurait pu s'étonner de ne pas trouver de titre aussi contemplatif que le très beau "Song Of The Stones" de « The Heathen Land », "To The Gallows Born" dévoile un chant choral polyphonique rendant hommage aux pendus de Tyburn.

GREEN LUNG est à la mode mais, pour une fois, ça n’est pas un mal. L’album est riche en significations, mythes et références historiques auxquelles on peut s’attacher pour s’immerger davantage dans l’univers du groupe. Digne héritier des frmations britanniques les plus marquantes des musiques extrêmes, « Necropolitan » offre tout ce dont on peut rêver : des riffs entêtants, des claviers puissants, des refrains qu’on a déjà envie de crier pendant un concert, un doom lourd ancré dans des racines occultes et du heavy metal comme on en a besoin.

Blogger : Ivane Payen
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