Quatre ans après « Before The Celestial Realm », SVBMARINER est de retour avec son nouvel album intitulé « Another Rotation ». S’il fallait résumer ce groupe par un chiffre, ce serait le 4. Quatre comme le nombre de morceaux qui composent ce disque comme le précédent, mais aussi par le fait que SVBMARINER s’est mué en quartette avec l’arrivée, en 2024, du guitariste Yome Venice. Ancien de FLEUR DU MAL, il est aussi connu pour son travail avec COMPUTERS KILL PEOPLE. Son apport, comme l’auditeur pourra le constater, porte sur la seconde ligne de guitare qui enrichit les arrangements complexes de cette nouvelle production. Cette fois-ci, c’est Etienne Sarthou qui s’est vu confier la production, l’enregistrement et le mixage. Quant au mastering, il a été réalisé par Magnus Lindberg (CULT OF LUNA).
Le premier contact avec « Another Rotation » est une peinture expressive que l’on pourrait croire tout droit sortie d’un musée. Réalisée par l'artiste Joost Vervoort, elle présente une scène semi-abstraite peinte à l'huile aux empâtements et textures bien visibles. Au centre se dresse une imposante structure au ton marron profond, ornée de deux tours qui évoquent une cathédrale ou un édifice en ruine. Le décor environnant déploie une palette plus douce et vibrante, dominée par un ciel rose magenta qui situe la scène juste avant le crépuscule. En bas à gauche, une silhouette humaine surmontée d'un point rouge incandescent s'éloigne du centre en suivant un sentier. La partie droite est quant à elle traversée par un tourbillon de peinture, rappelant ainsi une onde à la surface de l'eau.
Comprendre cette peinture est nécessaire pour se préparer à entrer dans la complexité musicale de cet album qui explore des thèmes intimistes tels que la paternité, les relations qui se fanent, l'autocritique ou le fardeau des croyances. Ce dernier est d’ailleurs symbolisé par le point rouge au-dessus du personnage qui s'éloigne en tournant le dos à cet édifice imposant et menaçant. Les amateurs de peinture y verront une référence directe à la symbolique du peintre Kandinsky associée à la spiritualité et au divin. Le ciel rose annonçant la nuit renvoie à l'atmosphère propice à l'examen de conscience et à l'autocritique. Enfin, l'effet d'onde capillaire qui brouille la droite de la peinture suggère une scène contemplée à travers un reflet aquatique. Cette distorsion invite chaque auditeur à s'identifier à ce miroir intime et universel.
"Theories" ouvre l'album sur un arpège délicat qui installe immédiatement une teinte nostalgique. Une montée s'amorce crescendo pour mener vers un premier couplet porté par un chant clair et épique, empreint d'une profonde introspection. La dynamique bascule ensuite, lors du second couplet, vers des screams écorchés, incarnant un sentiment de révolte face aux dogmes et certitudes. À mi-titre, une rupture nette intervient : le tempo se ralentit fortement pour laisser place à une musique lente et pesante, traduisant l'épuisement et la tristesse. La voix évolue alors vers une prestation claire, psychédélique et torturée, semblant venir de l’au-delà. Un nouveau crescendo se déploie patiemment jusqu'à la reprise du second couplet, avant de s'achever avec l’ajout d’un motif musical particulièrement addictif, venant embellir ce sentiment final de révolte libératrice.
Vient "Served", qui s'articule en quatre mouvements distincts. Il commence sur un martèlement de batterie, associé à un riff de guitare entêtant qui s'alourdit pour soutenir une ligne de chant crié. Un gimmick vient y insuffler une touche psychédélique, avant que la section ne se termine sur une dualité vocale et monotone. Dans un second temps, le morceau bifurque vers un arpège posé sur une ligne mélodique et triste, sur lequel vient se greffer un solo de guitare puissant. Le thème retourne ensuite à sa couleur mélancolique en guise de transition vers un nouvel alourdissement du thème musical afin d’accueillir le retour de vocaux énervés. L’épilogue contraste en proposant une sorte de berceuse jouée au piano. Un morceau riche tout en relief.
Avec "Season", c’est la morosité qui est mise à l’honneur à travers une voix claire et superbement plaintive. Il se développe sur un thème épique et captivant. Après le pont, assuré par l’association de la basse et de la batterie, une voix d’outre-tombe instaure un dialogue dans la reprise du thème principal. Plus linéaire, la beauté de ce titre réside dans son caractère addictif.
Pièce la plus longue, "Best Mistake" débute par un thème lent sur lequel vient se poser un chant implorant, auquel un autre, sépulcral celui-ci, répond et accélère le rythme. Un break au clavier, à peine audible, est suivi ensuite par un riff black metal ultra rapide où se mêlent des voix protéiformes. La composition finit par s'éteindre en douceur.
A l’issue de ce voyage introspectif, SVBMARINER signe un album particulièrement réussi, d'une grande richesse esthétique et d'une diversité constante. La formation parisienne maîtrise l'exercice des pièces longues sans jamais laisser la monotonie s'installer, grâce à des ruptures de ton et des dynamiques remarquablement agencées. Le travail sur les voix s'avère particulièrement subtil : l'équilibre trouvé entre les typologies de chant (clairs, saturés, gutturaux ou plaintifs) s'organise tel un dialogue intérieur saisissant, miroir fidèle des dualités et de la complexité thématique du disque. Une œuvre aboutie, dense et nuancée qui confirme la place singulière du groupe sur la scène post-metal progressif hexagonale.