Ce duo originaire du centre des Pays-Bas a tout pour intriguer : d’un côté, Mink Koops, multi-instrumentiste qui jongle entre guitares, basse et batterie et de l’autre, Bob Mollema aux vocalises hallucinées et aux textes d'une maîtrise sans faille.
Le milieu des années 2000 sert ici de cadre de référence à FLUISTERAARS, qui marie riffs minutieux, tempos fulgurants et embardées mélancoliques. Il flotte ici comme un parfum de nostalgie rappelant les premiers travaux de WOLVES IN THE THRONE ROOM, AGALLOCH ou ALTAR OF PLAGUES. De belles références qui ne doivent pas occulter le travail d'un groupe réfléchi, capable de dépasser l'exercice de style pour s'approprier des tempos variés et bâtir des ambiances travaillées.
Avec seulement trois morceaux dépassant tous la barre des dix minutes, le groupe prend le temps de déployer son propos. Le maelström de guitares tranchantes qui ouvre l’album sur "Grondeloos Donkere Bossen" en est la parfaite illustration : la section rythmique, audacieuse, mêle blasts et passages massifs du plus bel effet. Une introduction magistrale qui laisse place à un black racé, mélodique et étourdissant. À peine le temps de souffler que des tempos bouillonnants prennent le relais, lardés de guitares acérées. "Condities der Afstraffing" et "Zwarte Zomermaan" font, quant à eux, la part belle à la double pédale et dévoilent un visage furieux, sans oublier des nuances plus intimistes. La machine repart ensuite avec un sens de la mélodie qui développe des textures variées, s'imbriquant les unes dans les autres avec une délicatesse touchante : un travail de haute précision.
« Jacht der Mysteriën » s’adresse à ceux qui cherchent autre chose au sein d’une scène black metal surchargée où les seconds couteaux fleurissent comme des poils enkystés. Chaque note renvoie ici à une époque que l’on pensait révolue et font de cet album une vraie bouffée d’air vicié dont on se régale à pleins poumons, perdu dans les tréfonds d’une forêt envahie par le brouillard et l’humus. Un véritable travail d'orfèvre... ou de bûcheron, c’est selon.