28 mai 2014, 22:32

Rééditions LED ZEPPELIN - soirée de lancement avec Jimmy Page @ Paris (Olympia)

S’il est un domaine dans lequel LED ZEPPELIN dépasse tous les autres groupes de rock, c’est bien pour sa capacité à entretenir sa légende. Et ce n’est sûrement pas un reproche. Quelle autre formation, plus de 30 ans après avoir sorti ses derniers morceaux originaux, alimente autant de passion, suscite autant de convoitise, fait couler autant d’encre ? Certes, il faut que les fossiles (et les morts) de SPIRIT leur cherchent de nouveau des noises pour intéresser la « grande presse écrite », mais plusieurs médias généralistes ont simplement couvert la promotion du premier volet de la réédition 2014 du catalogue de LED ZEP, qui trouvait sa conclusion publique à Paris, à l’Olympia, mercredi 21 mai, en présence de Jimmy Page.

Résultat d’un nouveau remaster du guitariste et d’une exploration, par le même maître, des chutes de studio de LED ZEPPELIN, les trois premiers albums du « plus grand groupe de rock de tous les temps » feront l’objet d’une « réédition augmentée » le 2 juin prochain, dans l’univers tout entier.

Boucler la boucle : selon la chronique officielle, c’est à l’Olympia, en octobre 1969, que le talent et la singularité de LED ZEPPELIN ont éclaté aux yeux du public français – et donc, quelque part, à la face du monde. D’où l’idée de ponctuer la promotion de la nouvelle réédition des trois premiers albums (« Led Zeppelin », janvier 1969 ; « Led Zep II », octobre 1969 ; « Led Zep III », octobre 1970) à Paris, à l’Olympia Bruno Coquatrix, par une « soirée unique et historique », d’après Paul Ramballi – le journaliste de rock britannique francophone chargé de l’animer. Décorations à la gloire du Zeppelin et « goodies » (bracelets style VIP et gros pendentifs commémoratifs en plastoc genre « backstage pass »), la Warner n’a pas lésiné sur les moyens pour gâter ses invités, mais c’est évidemment la présence de Jimmy Page, en chair, en os, avec sa voix et son look d’aristocrate britannique, qui constitue le principal intérêt de la soirée.

Après la projection du teaser de chacun des trois albums (disponibles sur Youtube depuis plusieurs semaines), quelques superlatifs d’introduction de Paul, Jimmy Page s’avance enfin sur la scène : standing ovation, une minute montre en main (et c’est long, une minute). Mais alors, Jimmy, puisque tu es là, dis-nous tout, que va-t-il se passer ce soir ?

Le guitariste raconte comment son travail sur le catalogue de LED ZEPPELIN lui a permis de revisiter l’ensemble des bandes produites par le groupe et de dénicher de la musique très intéressante (« generally very interesting music ») parmi ces chutes de studio. Seul l’enregistrement de « Led Zeppelin » n’avait généré aucun surplus : son disque bonus sera donc constitué de l’intégralité du fameux concert de l’Olympia, en 1969. Ce soir, deux morceaux tirés de ce live « enthousiaste et sauvage », selon Jimmy Page, introduiront quelques pistes issues de « Led Zep II » et « Led Zep III », dans des versions alternatives.

Outre les titres auxquels les teasers permettent de s’attendre (« Communication Breakdown » pour « Led Zeppelin », « Whole Lotta Love » pour « Led Zep II », « Immigrant Song » pour « Led Zep III »), beaucoup d’invités anticipent également cette version « sauvage, grandiloquente et cool » de « Since I’ve Been Loving You », évoquée par Jimmy Page dès la toute première annonce d’une réédition augmentée. Tous espèrent également entendre l’intégralité du « morceau inédit » de LED ZEP, dont quelques mesures bluesy et un peu crado ont déjà filtré, ici et là, au fil de la promotion de ce nouveau lancement. En d’autres termes, sur huit titres qu’il nous invite à écouter en exclusivité, seuls trois et demi demeurent vraiment mystérieux, mais Jimmy Page ménagera ces surprises jusqu’à la projection.

Car voilà l’Olympia transformé en salle de cinéma : sur l’écran apparaissent des images de Page, Plant, Jones et Bonham tels qu’ils auraient pu habiter la même scène, il y a 45 ans, dans un montage résolument psychédélique, évoquant souvent un kaléidoscope. Les acclamations de 2014 recouvrent celles de 1969 comme résonne l’intro de « Good Times Bad Times », avant que LED ZEP bifurque vers « Communication Breakdown », et que Plant commence à chanter. Pour un peu, on s’y croirait… Deuxième extrait, sensuel, du même concert : « You Shook Me », malheureusement tronqué. Pour ceux que ça intéresse, plusieurs sites commerciaux ont déjà ouvert les préventes de ces « Deluxe Editions » : vous y trouverez la liste complète des pistes de chaque « companion disc » (disque bonus).

« Heartbreaker » ouvre la page « Led Zep II » avec une version (« Rough Mix With Vocal ») qui n’apparaît pas, au premier abord, radicalement différente de l’originale. « Whole Lotta Love » en revanche, revêt un visage encore plus intense. Ce morceau, régulièrement cité parmi les titres les plus marquants de l’histoire du rock, permet ici de redécouvrir la frappe de titan de John Bonham : certains plans du « clip » s’attardent sur le débattement gigantesque de sa charley (15, 20 cm ?), symbolique à la fois de sa puissance et de sa précision... Le hi-hat, hypnotique, qui figure presque tout seul les saccades de la montée vers le premier climax de cet hymne pornographique – oui, le second vient peu après « I wanna be your back-door man »… De vrais frissons, de véritables décharges d’adrénaline, dans les breaks limpides de Bonzo, l’attaque agressive de Page, la voix lascive de Plant. Un must.

John-Paul Jones, pour sa part, s’illustre sur le morceau suivant : c’est notamment sa basse, semble-t-il, qui donne une couleur rock n’roll et sauvage à un morceau plutôt folk/country, dans sa version originale. « Gallows Pole » sans mandoline : re-must.

A ce stade, c’est bon : on a déjà racheté au moins « Led Zep II » et « Led Zep III », mais le meilleur reste à venir. La salle retient son souffle quand les cinq notes de guitare annonçant « Since I’ve Been Loving You » fendent l’air électrique de l’Olympia. Ce morceau, « le plus grand blues de l’histoire », d’après Eric Clapton, qui s’y connaît un tout petit peu, symbolise peut-être mieux qu’aucun autre le génie du guitariste Jimmy Page – et celui de John Bonham, d’ailleurs. Les multiples versions live disponibles de ce titre démontrent de manière éclatante comment LED ZEPPELIN envisageait son art : une forme mouvante, profondément instable, chaotique, sujette à un flux d’inspiration constant – aléatoire, aussi. Or ce « Rough Mix », qui débute presque timidement, mais explose littéralement sous les coups de boutoir de Bonzo et dans les plans hallucinés de Page, est purement et simplement jouissif : un joyau brut.

Derrière, le « Alternate Mix » de « Immigrant Song », s’il n’est pas dénué d’intérêt, apparaît presque anecdotique. En manière d’inédit, une espèce de petit bœuf au son assez vilain et à l’intérêt très relatif, mêlant deux standards du blues, « Key to the Highway » et « Trouble in Mind », ponctue la diffusion.

Et revoilà Jimmy Page, sous les hourrah de l’Olympia. Paul Ramballi a quelques questions pour lui, posées par les fans sur www.ledzeppelin.com. Ceux qui imaginaient une conférence de presse en sont pour leur frais. Cette petite causerie permet néanmoins à Jimmy Page de justifier la nouvelle réédition du catalogue complet de LED ZEPPELIN (après un premier remaster global pour les CD en 1990 et un autre, sélectif, pour le best-of « Mothership », en 2007) : en cinq ans, d’après lui, la manière d’écouter la musique et de la travailler évolue de manière considérable. Il s’agissait donc de réadapter l’œuvre de LED ZEPPELIN, dans son esprit originel, à l’ensemble des formats désormais disponibles, du blue-ray au téléchargement… en passant par le vinyle. Dont acte.

Mais Master Page admet volontiers que c’est dans ses bonus que résident le principal intérêt des éditions augmentées : ces derniers ouvrent de nouvelles fenêtres sur les univers successifs de LED ZEPPELIN, contemporains de chacun de leurs albums – pour reprendre à peu près les termes de l’artiste. Et c’est incontestablement vrai. Pour ce faire, Jimmy Page admet également à demi-mot qu’il a mis en avant la batterie et la guitare, sur ces nouvelles versions, même si elles témoignent de l’alchimie des talents de « quatre musiciens incroyables ». Pourtant, évoquant l’énergie primale du quartet à ses débuts, sur les décombres des YARDBIRDS, c’est encore à l’animalité de John Bonham que Page rend hommage, en substance, sans un mot particulier pour Plant ou Jones.

Enfin, Page aura rappelé que cette séquence promotionnelle n’est qu’un début, puisque, après juin, il restera encore 6 séries de versions alternatives de LED ZEPPELIN à anticiper, à désirer, avec chacun des albums suivants de la discographie du Dirigeable : « Black Dog », « Rock and Roll », « The Rain Song », « D’yer Mak’er », « No Quarter », « Kashmir », « In the Evening », « All of my Love » et tant d’autres titres mythiques encore… desquels nous fera-t-il la grâce d’une version alternative ? Jimmy n’en a évoqué qu’un seul : « Achilles Last Stand » (qui ouvre « Presence », 1976), qu’il est en train de mixer et qui semble avoir constitué sa redécouverte la plus renversante.

Ô, Dirigeable, poursuis ton vol…

Au sujet de l'auteur
Naiko J. Franklin
Naiko est né à une époque où DEEP PURPLE chantait « Mistreated » et BLACK SABBATH, « Sabbra Cadabra ». Ses biberons étaient dopés au PINK FLOYD, au LED ZEPPELIN, voire URIAH HEEP. Pourtant, c’est à Londres, au début des années 90, que s’est nouée sa véritable rencontre avec le metal, autour de groupes comme KORN, TYPE O NEGATIVE, MOONSPELL, MY DYING BRIDE ou CRADLE OF FILTH. C’est toujours à Londres, à la même époque, qu’il prit une petite part au lancement du mythique Big Cheese, aux côtés d’Eugene – qui dirige toujours le magazine. Après bien des détours, à la fin de 2011, lorsqu’il fut lassé du conflit israélo-palestinien, de la politique française, des femmes à poil et même des chiens écrasés, HARD FORCE lui permit enfin de renouer avec sa passion profonde.
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