29 juin 2016, 3:29

GOJIRA

"Magma"

Album : Magma

Quatre ans après « L’Enfant Sauvage », GOJIRA est de retour avec « Magma », son album le plus court (à peine plus de 45 minutes) et, sans doute, le plus sensible – le plus varié et le plus riche en tout cas, c’est peut-être paradoxal, mais c’est certain. Enregistré au Silver Cord Studio (construit en 2015 au cœur du Queens, à New York, des propres mains du chanteur et guitariste Joseph Duplantier), si le nouvel album des Landais risque de désarçonner certains de leurs plus anciens aficionados, il pourrait également leur permettre de toucher et de conquérir un public nouveau, tout aussi réceptif, peut-être, à la poésie mélodique qu’à la pure violence rythmique.

Et Joe Duplantier découvrit qu’il pouvait chanter, et que ça lui plaisait. Voici d’emblée le principal enseignement à tirer de « Magma », et dont l’évidence s’impose dès l’ouverture du sixième album studio de GOJIRA : son morceau inaugural, "The Shooting Star", dévoile un visage nettement progressif et même solaire, qui n’est pas sans rappeler le magnifique "Requiem" de KILLING JOKE – tout au moins si l’on pense aux arrangements live les plus récents de ce titre emblématique de la troupe déjantée de Jaz Coleman.

Parmi les neuf autres titres de « Magma », il faut ensuite évoquer les deux singles qui ont successivement commencé à ébaucher le profil de ce nouvel effort des plus célèbres death metalleux français. L’un et l’autre se trouvent dans la première moitié du disque (avant "Yellow Stone", court hommage à Cliff Burton, sous la forme d’une respiration coupant littéralement l’album en deux). L’un et l’autre, "Stranded" et "Silvera", tirent parfois sur le sludge et annoncent pertinemment, à ce titre, l’esprit même de « Magma ». L’un et l’autre affichent des paroles sombres et morbides, mais si "Stranded" pointe une forme d’implacabilité du mal (« Another day in the dark, stranded in the night, stranded in the cold »), "Silvera" formule finalement une invitation à l’espoir (« when you change yourself, you change the world »). Niché entre ces deux singles, "The Cell", porté par les “rudiments” entremêlés et hallucinés de Mario Duplantier et les hurlements d’effroi de Joe, complète ce qui constituerait la face A de l’album.

Sa face B débuterait donc avec le titre éponyme "Magma", le plus long du disque, dont la structure, le caractère progressif et le sublime, hypnotique et fugitif riff médian résument à eux seuls l’ensemble de l’œuvre : sa véritable pierre de touche. Suivent "Pray", avec son espèce de flûtiau liminaire et le rythme martial de sa batterie, la piste la plus singulière de l’album et "Only Pain", sans doute la moins inattendue, dans la logique traditionnelle du groupe – chant clair mis à part. Mais voilà "Low Lands", où Joe interroge directement sa mère, son plus grand soutien, sa source d’inspiration première, qui a quitté ce bas-monde pendant le processus de composition de « Magma » : « Tell me what you see, in the afterlife… » Et c’est une ambiance véritablement floydienne, éthérée, qui emplit l’espace. « You’re invisible, you’re in everything… ». Qui a connu le deuil sait que nos chers disparus nous accompagnent, en permanence, qu’ils veillent sur nous. GOJIRA traduit admirablement cette présence ineffable qui, avec le temps, nous permet d’accepter l’indicible absence.

Seuls, les frères Duplantier, Joe à la guitare sèche, les mains nues de Mario sur une caisse claire détimbrée, offrent enfin à « Magma » une ponctuation pleine de tendresse, avec "Liberation".

Equilibré, coloré, parfois exotique, très souvent envoûtant, sombre et mélancolique, puissant et raffiné, débordant de rage et d’émotion, absolument exempt de tout remplissage ou de toute redite, « Magma » semble bien être l’opus le plus abouti de GOJIRA, celui de la maturité : un style définitivement affirmé, mais surtout défendu avec autant de férocité que de grâce. Après ce voyage en leur compagnie, reste en tout cas le sentiment bien ancré de connaître un peu plus intimement les musiciens qui composent GOJIRA – et singulièrement les frères Duplantier.

Blogger : Naiko J. Franklin
Au sujet de l'auteur
Naiko J. Franklin
Naiko est né à une époque où DEEP PURPLE chantait « Mistreated » et BLACK SABBATH, « Sabbra Cadabra ». Ses biberons étaient dopés au PINK FLOYD, au LED ZEPPELIN, voire URIAH HEEP. Pourtant, c’est à Londres, au début des années 90, que s’est nouée sa véritable rencontre avec le metal, autour de groupes comme KORN, TYPE O NEGATIVE, MOONSPELL, MY DYING BRIDE ou CRADLE OF FILTH. C’est toujours à Londres, à la même époque, qu’il prit une petite part au lancement du mythique Big Cheese, aux côtés d’Eugene – qui dirige toujours le magazine. Après bien des détours, à la fin de 2011, lorsqu’il fut lassé du conflit israélo-palestinien, de la politique française, des femmes à poil et même des chiens écrasés, HARD FORCE lui permit enfin de renouer avec sa passion profonde.
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