19 avril 2018, 13:03

OF MICE & MEN

• Interview Aaron Pauley & David Arteaga

Les Californiens OF MICE & MEN étaient à Paris début décembre en première partie de la tournée européenne de FIVE FINGER DEATH PUNCH et IN FLAMES. Nous avons rencontré Aaron Pauley (bassiste, chanteur) et David Arteaga (batteur) dans les loges de l’Olympia, après leur concert, pour parler de leur nouvel album « Defy » (paru le 19 janvier), et de choses plus intimes en lien avec la musique et... la vie.


Comment était le concert ce soir ?
Aaron Pauley : C’était intéressant ! Nous n’avons joué que 20 minutes. C’était court. On nous a dit que la lumière de la salle devait rester tel quel ! Ce n’était pas très confortable. On nous a aussi délimité un périmètre de scène très petit. Pour être honnête, c’était gênant, un concert gênant.
David Arteaga : Bizarre
Aaron : Excuse-moi ! A chaque fois que l’on vient à Paris, c’est dingue, la folie. Ça crie
David : Tout le monde jump partout.
Aaron : Nous sommes un peu frustrés. Le public s’attendait à un show pur metal et ce n’est pas nécessairement ce que c’était avec nous. Vraiment, c’était gênant !

Comment se passe la tournée sinon ?
(A l’unisson) C’est parfait !

Vous sortez votre nouvel album « Defy ». Racontez-moi sa genèse ? 
Aaron : Nous avons écrit 2 titres très tôt dans l’année "Unbreakable" et "Back To Me". Nous nous sommes retrouvés ensuite dans une pièce comme une boîte à chaussure. Elle faisait 2 fois la taille de la loge où l’on se parle maintenant (c’est vraiment petit) et nous avons commencé à bosser, écrire ensemble. Nous avons créé un nouveau chapitre de vie pas seulement personnel mais de groupe. Nous sommes une famille. Quand Austin Carlile a quitté le groupe, cela a été un changement, un autre départ. Nous avons ré-enregistré les titres "Unbreakable" et "Back To Me" et les avons publiés. La raison principale est que nous avions des concerts prévus en 2017 sur les périodes avril-mai et juin-juillet et que nous voulions jouer ces chansons en live. Tout ce que nous créons en tant que groupe, nous voulons le jouer aux gens. Un groupe de rock ça joue live ! Nos fans se sont appropriés les 2 titres qui sonnaient bien en concert. Personne ne les avait écoutés auparavant, ça fonctionnait. Nous nous sommes dit : « écrivons un album qui va dans cette direction avec cette tension forte ». Les connexions avec notre audience ont été fructueuses et nous avons composé avec notre cœur et notre âme ! Nous avons joué ces 2 titres tous les soirs pendant les concerts, les festivals. Nous sommes passés par le Hellfest !

Oui, c’était comment votre concert au Hellfest ?
Aaron : Énorme, nous avons joué 60 minutes !
David : Absolument fabuleux pour nous 

Vous avez tout cassé ?
David : (rires) Tu as raison !
Aaron : Après ce concert, nous sommes rentrés à la maison et nous avons tout écrit en 2 semaines. Quatorze jours pour finir les choses : écriture et pré-production avant d’entrer en studio. Toute cette énergie emmagasinée, cette connexion avec les fans, nous l’avons absorbée, personnellement et chacun de mes potes, pour sortir un album comme ça ! Toutes ces chansons ont été conçues grâce à cette énergie live.
 

« La musique a l’une de ces qualités qui est de briser les barrières du langage » - Aaron Pauley



Si vous deviez résumer « Defy » en seulement 3 mots, ce serait quoi ? C’est une question de psychiatre 
Aaron : (il réfléchit) 3 mots ? Tu es psychiatre ?

Oui
David : Mon ressenti c’est "force", "surmonter" et "challenge".

Parfait !
Aaron : Il est super. Pour moi, ce serait ces 3 mots : "Rock", "And", "Roll" ! (rires). Je sais que c’est basique (rires). Nous avons tous 30 ans dans le groupe, la façon dont nous devons faire face aux choses, nous l’exprimons avec la musique. Des fois, je suis énervé, triste ou saoulé, contrarié, je ne sais pas comment en parler aux gens mais je peux prendre une guitare et te jouer des accords qui vont te faire sentir exactement ces émotions. On dit que la musique est un langage universel, j’y crois à fond. Si tu joues une chanson triste aux gens, quelque soit la langue parlée, à travers le monde, ils vont ressentir cette tristesse. La musique a l’une de ces qualités qui est de briser les barrières du langage. La base de notre musique est énergique et agressive mais tu sais en tant que psychiatre que cela génère de nombreuses émotions profondes comme la perte, la tristesse, l’insécurité, la douleur. Pour nous, cet album était de générer ces émotions. Nous ne voulions pas écrire une chanson énervée car nous étions énervés. Nous voulions écrire sur les choses qui généraient cette colère. Notre musique est agressive et énergique mais ce sont surtout des émotions. C’est ça la musique, elle est censée te faire sentir des choses... t’emmener ailleurs !

Justement, l’écriture des textes est puissante en termes psychologiques...
David : Oui, il y a un côté très intellectuel
Aaron : Quelques jeunes fans m’ont dit que certains thèmes avaient déjà été traités. Je leur réponds que s’ils avaient cette impression, c’est que c’était la vraie vie. Je n’essaie pas d’écrire des choses qui vont impressionner les personnes. La musique va au-delà de ça.
David : Il faut surtout prendre en compte le contexte !

Aaron, as-tu écrit toutes les paroles ?
Oui, mais je me suis fait aussi aidé des autres, je ne raconte pas de choses strictement personnelles mais plutôt notre histoire. Les plus jeunes vont essayer de chercher des messages ou vont les entendre. J’ai écrit des textes sans image et je préfère présenter une œuvre où tu ne seras pas impressionnée par elle. Moi, je veux que les gens arrivent à ressentir ce que je ressens, c’est tout, cela me suffit. Je préfère écrire les choses en profondeur émotionnellement parlant. Certaines personnes peuvent être incapables de t’exprimer leurs émotions et avec une chanson, elles le feront ! Pour nous, musiciens, tout est question de connexion humaine.

Une chanson de « Defy », un mot ?
"Sunflower"

David : Rajeunissement 
"Vertigo"
Aaron : Laisse faire
"Money", la reprise de PINK FLOYD
David : (Temps de réflexion) 1 mot ! Je dirai sarcasmes.
"Defy"
Défiance 
"Instincts"
Passion 
 

« La musique est thérapeutique et je vais m’en servir pour ce que je ressens » - Aaron Pauley



Vous avez déjà sorti 4 chansons. "Warzone" est la dernière vidéo. Pouvez-vous expliciter votre choix ?
Aaron : Nous voulions la jouer en concert. La raison pour laquelle j’ai écrit ces paroles est que je souffre de façon importante d’anxiété. J’ai appris à y faire face, de façon cognitive surtout. 

Tu as suivi un traitement par thérapie comportementale et cognitive (une forme de psychothérapie) ?
Non, j’ai déjà eu des séances mais je l’ai fait tout seul. Personnellement, je me suis mis en situation cognitive d’évaluer les choses. Premièrement, je me dis que je reconnais le moment où je fais une attaque de panique (crise d’angoisse) : je transpire, mon cœur bat vite, je tremble, j’étouffe et la première chose auquel je pense…

...Que tu vas mourir ?
Non, avant, c’était ça. Maintenant c’est ok, c’est bon, je sais que c’est une crise. Je reconnais l’épisode. Ça va durer 15 minutes. Ça va se calmer. Je ne vais pas mourir ou avoir l’impression de mourir. Je vais moduler ma respiration. Des fois, ça marche, des fois non ! Scientifiquement, c’est à la fois de la dopamine et de l’adrénaline injectées dans mon corps. Rien ne va m’arriver. Cela peut me réveiller dans mon sommeil profond à 3h30 du matin, mais je vais gérer. J’ai aussi des insomnies. Quand ça m’arrive, je prends mon instrument et je joue. C’est un peu l’histoire de "War Zone". Cette chanson sonne alors exactement comme je me sens. C’est claustrophobe, chaotique, anxieux, tordu. La musique est thérapeutique et je vais m’en servir pour ce que je ressens. Je souffre de trouble anxieux. Il y a 5 ans, c’était dur. Maintenant, j’arrive à rationaliser les choses. Avec "War Zone", cela exprime vraiment ça. Quand tu vois la vidéo, tu as toute la symbolique de l’anxiété. Pour moi, la musique a toujours été thérapeutique et il faut l’utiliser de la manière la plus honnête possible. Elle aide et c’est égoïste, mais c’est ça. Je suis sûr que tu vois des patients qui ont une "War Zone" dans leur tête. 

Complètement. J’ai trouvé que cette chanson avait une thématique forte autour des troubles anxieux, peut-être qu’elle pourrait servir en musicothérapie pour des patients ?
Aaron : Oui absolument, ce serait génial ! Ma fiancée souffre aussi de trouble anxieux. Elle a du mal à gérer ses crises comme je peux le faire. Elle est encore victime de ses anxiétés. J’arrive à le faire et l’art m’aide. Je le mets en chanson. Si quelqu’un plus jeune a une crise d’angoisse, il peut essayer de contrôler sa "War Zone". La musique est une histoire de connectivité, je reviens à ce thème ! Une connexion entre les gens.
David : Nous avons été inspirés par des artistes qui racontent de façon honnête leur vie et nous faisons de même avec notre musique : KORN, TOOL, RATM. Nous avons grandi avec eux, ils ont repoussé des limites et parlent d’eux-même. Nous voulons faire de même. Nous sommes des reporters d’expériences, de nos vies. Nous sommes dans une société où les gens ne parlent plus d’eux, ils se taisent, sont complaisants parfois. Nous avons besoin de faire cette musique pour que les gens sachent que c’est ok de ressentir des choses comme ils l’entendent !
Aaron : La musique doit permettre aux gens de ressentir des choses, de trouver de l’aide. Toi, tu fais ce que tu fais car tu fais attention aux gens (c’est vrai) et tu fais cette interview car tu aimes la musique et tu penses qu’elle peut aider les gens. Avec notre groupe, nous voulons dire : « si tu expérimentes quelque chose, demande de l’aide. Si tu te sens trop faible pour le faire, juste demande de l’aide ». Nous, nous faisons de la musique en ce sens aussi.



 

Jouerez-vous dans des festivals prochainement ?
J’adorerai. Nous aimerions les faire tous ! Rien n’est planifié pour l'instant...

Quel est le plan de carrière avec « Defy » ?
David : Actuellement avec notre nouvel album, nous aimerions jouer dans le plus de salles possibles, en tête d’affiche aussi, le plus possible. Nous voulons montrer que OF MICE & MEN est de retour. Notre audience est notre famille et tous les gens qui nous supportent aussi ! Avec « Defy », nous voulons toucher un maximum de personnes et c’est notre objectif cette année. Nous gardons un souvenir incroyable du Hellfest, d’autres festivals, de certains concerts dans certains endroits. Penser au futur et à ce que nous allons faire, c’est incroyable. Nous allons partager les choses avec celles et ceux qui nous connaissent et pour celles et ceux qui ne nous connaissent pas ou peu, allez découvrir notre discographie et découvrir des choses. Dans « Defy », ou les albums du groupe, il y en a pour tout le monde. Tu n’as pas besoin d’être exclusivement un fan de metal. Nous traitons avec les émotions, la vie, la vie personnelle. Nous ne sommes pas des célébrités ni des rock-stars. Nous sommes de simples personnes qui jouent de la musique. Nous parlons de celle-ci, d'où nous venons et où nous allons de façon honnête. Des fois, c’est blessant ert nous devons partager cela. Nous devons aussi évoquer le catharsis avec la communauté metal, la communauté rock, la communauté musicale en général. Nous voulons mettre ça ensemble. Nous avons besoin de notre audience, de nos fans, de celles et ceux qui aiment la musique. C’est important pour nous depuis le premier jour d’OF MICE & MEN, vraiment, et nous allons continuer en ce sens.
Aaron : Exactement. Tu sais, à la fin de la journée, quand tu quittes les gens, le plus important est la connexion que tu as eue avec eux. Pas l’argent, pas ce que les gens disent de toi. La question est « as-tu affecté positivement la vie de personnes ? ». Et si on arrive à laisser les gens un peu moins seuls dans ce monde infini, et bien, nous avons réussi notre travail. Pour chaque chanson que j’écris ou dès que je monte sur scène, je pense à ça ! La solitude est l’un des pires sentiments du monde de l’existence humaine pour moi. Si avec notre musique, nous arrivons à l’effacer ne serait-ce qu’un peu cela, le travail est fait, c’est tout ! Nous voulons donner une putain de sensation positive aux gens ! Le musique est faite pour que les gens se sentent moins seuls.



 

Une dernière question ? Que faites-vous lorsque vous n’êtes pas en concert ou au studio ?
David : Créer de la musique, en écouter. Personnellement, j’écoute différents styles de musique 

La dernière chanson que tu as écoutée ? 
Celle des SUICIDEBOYS (groupe de rap) qui expriment toutes ces émotions dont on a parlé. Toute ma vie est centrée sur la musique. Que fais-tu lorsque tu ne crées pas de musique ? Tu crées de la musique (rires). C’est pareil pour les autres membres du groupe. La musique, c’est la vie, notre vie, je dépense tout mon argent dedans !
Aaron : C’est vrai, nous sommes des musiciens. 

Et toi alors, que fais-tu ?
Aaron : 
Je joue aux jeux vidéos, compose de la musique, sors avec ma fiancée et mes chiens. Je veux te dire un truc qui n’est pas un connerie, je pense beaucoup. Je passe beaucoup de temps sur mon canapé, la TV éteinte, à penser à des choses, à réfléchir, à mixer mes pensées, mes sentiments, mes émotions, mes sensations...
David : Ouais, moi, des fois, je passe chez lui et je lui dis « hey, que se passe t il ? Comment ça va ? ». Nous échangeons énormément sur la vie, nos vies, la musique, nos inspirations, nos musiques. C’est un vrai processus collaboratif. 
Aaron : Oui, exactement. Personnellement, je prends toutes ces choses comme un convertisseur et les transforme en musique. J’essaie en tout cas. Que je ressente de la tristesse, de la mélancolie ou autre chose, je joue des accords de guitare qui le représente. Je me sens mieux après !


Photos live ©​ Axelle Quétier / Hard Force


 

Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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