5 juillet 2018, 23:28

IRON MAIDEN + THE RAVEN AGE

@ Paris (AccorHotels Arena)

Cinq ans et un mois. C’est très précisément le temps qui s’est écoulé depuis le dernier passage d’IRON MAIDEN dans la capitale des Gaules le 5 juin 2013 (certes, le groupe a joué à l’Hippodrome de Longchamp en 2016 mais ce n’est pas tout à fait pareil). Depuis, la salle que la formation anglaise squatte depuis 32 ans, à de rares exceptions près, a changé de nom. Le mythique Palais Omnisports de Paris Bercy (P.O.P.B. pour les intimes) s’est payé un lifting ainsi qu’un nouveau nom devenant l’AccorHotels Arena. Même si cela commence à dater, impossible de s’y faire et ce n’est pas tous les panneaux de signalisation routiers qui font encore mention de "Palais Omnisports Paris Bercy" aux abords de l’enceinte qui vont aller à l’encontre de cette constatation. On se rend toujours à Bercy, dans le cœur et dans la tête et en ces 5 et 6 juillet, les 20 000 fans qui ont fait le déplacement pour chacune des soirées vont en prendre plein les yeux et les oreilles et repartir la tête pleine de souvenirs avec les yeux brillants, qui de bonheur, qui par l’émotion.



Articulée autour du jeu vidéo “Legacy Of The Beast”, cette tournée, qui n’est pas tout à fait une tournée "best of" contrairement aux apparences, s’offre donc deux autres haltes en France, après avoir anéanti les près de 60 000 personnes présentes au Hellfest où IRON MAIDEN s’est produit le 24 juin dernier. Rares sont ceux en ce premier soir, 5 juillet (ainsi que le suivant), ne portant pas un T-shirt aux couleurs du gang anglais et tous s’apprêtent à passer une soirée (ou deux pour les die-hard fans) comme rarement La Vierge De Fer a pu leur en offrir par le passé. Tradition presque séculaire désormais, c’est à un groupe affilié "famille" d’ouvrir les hostilités, et après Lauren Harris (fille de Steve) il y a une dizaine d’années ou RISE TO REMAIN (groupe dissous d’Austin Dickinson, l’un des fils de Bruce et qui a monté ensuite AS LIONS), la tâche incombe pour ces deux jours parisiens à THE RAVEN AGE dans lequel officie George Harris, l’un des nombreux enfants du bassiste-fondateur. Comme d’habitude, un accueil poli est réservé à cette formation sans déclencher une quelconque forme d’hystérie ou même un réel intérêt de la part des spectateurs dont une large partie n’est même pas encore dans la salle. Leur metal à tendance mélodique, core et progressif par moment, semble pourtant apprécié par la plus jeune frange du public et trois amis d’une vingtaine d’années tout au plus qui headbanguent joyeusement à côté de moi semblent en attester. Prévus 40 minutes, le groupe s’en octroie dix de plus et si le temps semble long sur la fin, on se console en se disant que l’attente avant de voir arriver la tête d’affiche n’en sera que raccourcie d’autant.

En effet, à peine 30 minutes plus tard résonne (enfin !) ''Doctor Doctor'' d’UFO qui prévient les spectateurs que ce ne sont plus que 4 minutes et 12 secondes précisément qui les séparent de la déflagration tant attendue. La salle s’éteint et les écrans lancent un film d’intro sur lequel des images de guerre et d’avions de la RAF défilent tandis que débute ''Churchill’s Speech'', prélude immuable en live au premier titre de la soirée, ''Aces High''. Le groupe arrive en courant sur scène et un avion modèle Spitfire (gonflable mais bluffant de réalité) survole le groupe alors que le public explose de joie. Divisée en trois parties ne la confinant donc pas tout à fait à une setlist "best of", le "Legacy Of The Beast World Tour 2018" se concentre donc en premier sur le thème de la guerre avec, ensuite, ''Where Eagles Dare'' où Bruce Dickinson est affublé d’une chapka et d’un coupe-vent blanc afin de coller au thème de la haute montagne. Ce morceau de 1983, inspiré du film Quand les Aigles attaquent et issu de « Piece Of Mind » (album mis à l’honneur avec pas moins de quatre morceaux sur neuf joués sur le tour) ne laisse aucun répit avant l’arrivée de ''2 Minutes To Midnight'' (que le groupe ne joue jamais à 23h58 cela dit) et surtout, ''The Clansman''. Là, les choses sérieuses commencent vraiment pour ainsi dire car c’est un titre rare et si Bruce avait promis une setlist surprenante et que l’homme s’emballe un peu souvent dans la presse, on a tendance à le croire à ce moment précis. Interprétation sans faille avec un « petit danse fou » dixit le facétieux chanteur qu’on croirait atteint par la danse de Saint-Guy et la participation vocale du public qui donne tout ce qu’il a alors que le concert vient seulement de commencer ou presque. ''The Trooper'', avec l’arrivée du soldat Eddie (bien défiguré cette année) venant défier au sabre l’ancien épéiste est un autre moment fort qui est l’occasion pour Bruce de s’emparer du drapeau français afin de tirer sur Eddie (oui, chez IRON MAIDEN les drapeaux sont des armes à feu déguisées).



Les filets de camouflage tout autour de la scène ainsi que les barbelés installés sur la passerelle sont retirés et l’on peut désormais voir le superbe kit de batterie de Nicko McBrain ainsi que le deuxième décor, celui d’une cathédrale avec colonnes, vitraux et lustres ornés de chandelles afin d’illustrer le deuxième thème de cette soirée : la religion. Régulière, ''Revelations'' est toujours un bon moment et ô surprise, ''For The Greater Good Of God'' fait son retour après avoir été interprété uniquement en 2006 et 2007. Si ce morceau n’est pas pour ainsi dire un classique, il s’insère très bien dans l’ensemble et le retour des fans est positif. Morceau du "retour" en 1999, ''The Wicker Man'' voit le guitariste Adrian Smith briller encore un peu plus avec un riff pachydermique et un solo légèrement modifié, chose assez rare de sa part pour être soulignée (une variante a lieu aussi le deuxième soir). La longue introduction de chants liturgiques qui vient après permet aux fans de retrouver un peu leur souffle mais pas pour longtemps, IRON MAIDEN enchaînant sans temps mort les titres.

Bruce a expliqué au début de ''The Clansman'' que c’était la seule fois qu’il parlait au public car la musique se suffisait à elle-même, racontant de longues histoires. Commence donc l’épique ''Sign Of The Cross'', autre morceau ressuscité et deuxième de l’ère Blaze Bayley (l’autre étant ''The Clansman''), chanteur de 1995 à 1998, et peut-être les deux seuls titres encore à la hauteur du groupe à ce jour. Le chanteur s’est muni d’une croix lumineuse qui fait office de pied de micro, a de nouveau changé de tenue (quasiment une par titre), ce qui rajoute une touche théâtrale supplémentaire à l’ensemble et les Anglais d’atomiser Bercy avec ce titre joué au cordeau. Totalement inespérée, ''Flight Of Icarus'' prend par surprise les fans qui n’étaient pas au courant des chansons jouées sur cette tournée et pour cause, ce morceau n’a plus été interprété en live depuis le "World Slavery Tour" en... 1985 ! Bruce Dickinson est affublé de deux lance-flammes (!) et si le gigantesque Icare en fond de scène est capricieux le premier soir (un problème technique l’empêche de s’élever), il caracole fièrement pour le second derrière la batterie de Nicko avec un lâcher prise total pendant 4 minutes du public laissé groggy par ce classique parmi les classiques. LE morceau du concert tout simplement.



Lorsque résonne l’intro de ''Fear Of The Dark'', on sait que l’on est au début de la fin et qu’il ne reste qu’une poignée de titres dans le sac à malices du groupe qui évolue dans une chaleur étouffante, ce qui est fort à propos pour nous emmener en Enfer, qui est le troisième et dernier thème de la soirée. Lumières modifiées, nouveau costume (encore un, oui) et un nouveau backdrop permettent d’insuffler une seconde vie à ce titre interprété sempiternellement à chaque concert et à qui il manquait quelque chose perdu au fil du temps, lui redonnant ainsi de sa superbe. Traitement sensiblement similaire sur ''The Number Of The Beast'' avant l’éponyme ''Iron Maiden'' où le Eddie géant, cornu et new-look fait son apparition avant que le groupe sorte de scène pour mieux y revenir lors d’un rappel démarrant par ''The Evil That Men Do'', qui est une valeur plus que sûre, preuve en est une fois de plus. Après des démêlés juridiques sur lesquels nous ne reviendrons pas ici, IRON MAIDEN peut rejouer ''Hallowed Be Thy Name'' (et s’en réjouit, c’est certain), morceau préféré de son batteur, sur lequel le public ne se prive pas de donner de la voix en réponse aux « Scream for me Bercy! » scandés par Dickinson (Oui madame, Bercy pas Accor machin-chose). D’une classe telle qu’elle confine à l’insolence, Adrian Smith dégaine une superbe Flying V pour conclure avec ''Run To The Hills'' avant que Bruce ne dynamite la scène en appuyant sur un détonateur géant siglé TNT qui ne dépareillerait pas dans un cartoon de Tex Avery, dernière pitrerie d’un chanteur plus en forme que jamais et que l’on a toujours autant de plaisir à suivre dans ces délires. Au bout d’1h45, le public exsangue et vaincu rend les armes tel un Vercingétorix devant six victorieux César anglais. Veni, vidi, vici. Rarement adage aura été mieux adapté qu’à cette tournée et à ces concerts parisiens en ce qui nous concerne.

Les plus acharnés sont revenus le lendemain pour une ambiance encore plus électrique, Steve Harris et son équipe des Maidonians ont disputé dans l’après-midi un match de foot à Saint-Cloud (le journal L’Équipe s’en fera écho le samedi) et IRON MAIDEN a refermé ainsi avec panache et maestria ce nouveau chapitre français, ce « Tour de France » comme en fait mention le T-shirt événement des dates hexagonales. Une autre tournée à graver dans les grimoires de l’Histoire du Rock. Messieurs, si l’envie vous prenait de nous rendre de nouveau visite avec ce concept l’an prochain, grand bien vous fasse car nous serons là, fidèles au poste ! « UP THE IRONS ! ».


Photos © Leonor Ananke / HARD FORCE - Portfolio


Blogger : Jérôme Sérignac
Au sujet de l'auteur
Jérôme Sérignac
D’IRON MAIDEN (Up The Irons!) à CARCASS, de KING’S X à SLAYER, de LIVING COLOUR à MAYHEM, c’est simple, il n’est pas une chapelle du metal qu'il ne visite, sans compter sur son amour immodéré pour la musique au sens le plus large possible, englobant à 360° la (quasi) totalité des styles existants. Ainsi, il n’est pas rare qu’il pose aussi sur sa platine un disque de THE DOORS, d' ISRAEL VIBRATION, de NTM, de James BROWN, un vieux Jean-Michel JARRE, Elvis PRESLEY, THE EASYBEATS, les SEX PISTOLS, Hubert-Félix THIÉFAINE ou SUPERTRAMP, de WAGNER avec tous les groupes metal susnommés et ce, de la façon la plus aléatoire possible. Il rejoint l’équipe en février 2016, ce qui lui a permis depuis de coucher par écrit ses impressions, son ressenti, bref d’exprimer tout le bien (ou le mal parfois) qu’il éprouve au fil des écoutes d'albums et des concerts qu’il chronique pour HARD FORCE.
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1 commentaire

User : Steph BERMOND
Steph BERMOND
le 13 juil. 2018 à 18:26
Merci pour cet article. ... que de bons souvenirs. .... Up the irons !
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