9 février 2019, 10:46

IRON MAIDEN

• Please Professor Maiden, teach me! (Part 4)


Si nombre de formations (la plupart même) inventent leurs textes de toutes pièces, IRON MAIDEN a depuis le départ choisi la littérature, le cinéma ou encore l’Histoire comme points d’ancrage des paroles de la plupart de ses chansons. C’est ce postulat qui fait qu’aujourd’hui, vous allez pouvoir combler éventuellement quelques lacunes et, comme cela a été le cas pour moi, apprendre quelques "trucs" qui vous feront à coup sûr briller en société ! Un album à la fois, dans l’ordre chronologique de leur sortie dans la discographie du groupe.

Un grand merci à Laurence Faure et l’aide précieuse qu’elle m’a apportée à l’élaboration de cet article.


« Piece Of Mind » (1983)

"Where Eagles Dare"

Ce morceau dont l’intro est affectionnée des batteurs de bon goût est adapté de Quand les Aigles attaquent, un film de 1968 avec, dans les rôles principaux, Clint Eastwood qui joue le Lieutenant Morris Schaffer et Richard Burton celui du Major John Smith. Ils y incarnent les membres d’un commando chargé d’éliminer des nazis se trouvant en haute montagne pendant l’hiver 43-44. Au fil des années, il a acquis ses galons de classique du film de guerre dont « Broadsword calling Danny Boy », la réplique prononcée plusieurs fois par Burton, est devenue célèbre.

Vous noterez le soin apporté au fond de scène utilisé lors de la tournée “Legacy Of The Beast Tour 2018” pour coller à l’affiche du film.
 



"Flight Of Icarus"

« Se brûler les ailes », « se perdre dans un dédale de rues », des expressions familières qui puisent leur source dans la mythologie et dont MAIDEN s’est inspiré pour la chanson "Flight Of Icarus", adaptée du mythe d'Icare et de son père Dédale (qui construisit le fameux labyrinthe abritant le Minotaure et dont l’appellation est passée dans le langage courant comme un “dédale”). Mais alors, de quoi parle ce fameux vol ? Il raconte l'histoire d'Icare et de son père Dédale, prisonniers du labyrinthe qu'il a créé, qui, ne pouvant s'en échapper par la terre ou la mer, vont tenter la voie des airs. Ils décident de se fabriquer des ailes avec des plumes et de la cire. Mais Icare, en pleine extase d'avoir le pouvoir de voler, s'élève trop haut et trop près du soleil malgré les avertissements de son père, ce qui fait fondre ses ailes. Précipité dans les flots, il y meurt et donne son nom à la mer Icarienne, une partie de la mer d'Egée.
Ce mythe est également une parabole (rien à voir avec celle qui permet de capter des chaînes de télé) qui peut être interprétée de plusieurs façons : il faut toujours écouter ses parents ; il ne faut pas à tout prix prendre des risques ; pour les croyants, l'Homme doit rester à sa place puisque le Soleil était considéré comme un dieu. Ils étaient bien compliqués, les Grecs…
 


Le visuel du single dessiné par Derek Riggs en 1983
 


"The Trooper"

Tout le monde connaît la célèbre charge de la Brigade Légère qui eut lieu lors de la bataille de Balaclava en 1854 qui, elle-même, se déroula pendant la guerre de Crimée ? Non ?! Le poème La Charge de la Brigade Légère écrit par Lord Tennyson, alors ? Toujours pas ?! Eh bien si, vous connaissez ! Mais indirectement car c’est là le sujet du morceau "The Trooper". En voici un extrait :

« Une demi-lieue, une demi-lieue / Une demi-lieue en avant / Tous dans la vallée de la mort / Chevauchaient les six cents / "En avant, la brigade légère ! Charge pour les armes ! " dit-il/ Dans la vallée de la mort/ Chevauchaient les six cents. »

La guerre de Crimée opposa de 1853 à 1856 l'Empire russe à une coalition formée de l'Empire ottoman, de la France, du Royaume-Uni et du royaume de Sardaigne. Provoqué par l'expansionnisme russe et la crainte d'un effondrement de l'Empire ottoman, le conflit se déroula essentiellement en Crimée autour de la base navale de Sébastopol. Il s'acheva par la défaite de la Russie, entérinée par le traité de Paris de 1856 (source : Wikipédia).

Une des représentations les plus célèbres de la mascotte Eddie prend la forme de l’un de ces soldats (Steve Harris se l’est même fait tatouer sur l’avant-bras droit) et est devenue également un symbole pour les Ulster Freedom Fighters, un groupe paramilitaire loyaliste d’Irlande du Nord (cf. l’illustration murale) qui a remplacé le drapeau du dessin original par celui de l’Ulster Defence Association. Une version américaine en Tunique Bleue (un clin d’œil au single "Run To The Hills") a même été faite en 2012 pour le visuel de la partie US de la tournée "Maiden England" où l’Union Jack s’est vu, là encore, remplacer par celui des Etats-Unis.
 


 


"Still Life"

Ce titre malheureusement plus joué depuis 1988 (il l’avait été auparavant sur la tournée “World Piece Tour '83”) est une adaptation de The Inhabitant Of The Lake (L'habitant du lac), une nouvelle de Ramsey Campbell, romancier britannique influencé à ses débuts par H.P. Lovecraft (auteur, notamment de L’Appel de Cthulu). Cette nouvelle est extraite de son premier recueil paru en 1964, The Inhabitant Of The Lake And Less Welcome Tenants (L'habitant du lac et autres locataires moins bienvenus). L’intrigue parle d’un homme qui a des visions d’esprits et d’êtres en regardant dans l’eau (« Take a look in the pool and what do you eee ») et qui, après de nombreuses visions et cauchemars, finit par devenir fou et se précipite avec sa femme dans le lac.
 


Fatigués d’être la cible des bigots américains qui accusaient le groupe de satanisme après la sortie de « The Number Of The Beast » un an auparavant, IRON MAIDEN décida, avec l’humour typiquement anglais qui le caractérise, d’insérer un message "à l’envers" que le nouvel arrivant Nicko McBrain s’est fait une joie de déclamer. Avec un accent à couper au couteau emprunté au patois jamaïcain, presque pas audible même quand on l'écoute à l’endroit ! On l’entend dire : « What ho sed de t'ing wid de t'ree bonce » qui signifie peu ou prou « Qu'a dit le monstre aux trois têtes » mais aussi « Don't meddle wid t'ings you don't understand » (« Ne vous mêlez pas des choses que vous ne comprenez pas »), le tout se finissant par un distingué rot du batteur. On pensait que le fantasque Nicko avait emprunté ses extraits à des écrits d’Amin Dada qui n’ont, semble-t-il, jamais existé alors qu'ils sont en fait tirés d’une émission radio comique des années 70 dans laquelle l’acteur John Bird imitait avec l’accent ougandais Idi Amin Dada, un dictateur africain sanguinaire. (Photo ci-contre : Idi Amin Dada [1925-2003])


"Quest For Fire"

La quête du feu. En fait, La Guerre Du Feu pour MAIDEN qui choisit de s’inspirer de ce roman de J.H. Rosny aîné paru en 1909 et qui a été adapté en 1981 pour le cinéma par Jean-Jacques Annaud avec le succès que l’on connait. Le pitch ! Le pitch ! J’ai bien compris qu’il ne s’agit pas de ce petit gâteau moelleux fourré au chocolat ou à la compote que vous attendez mais bien le synopsis de cette histoire. Soit. Après une violente bataille entre deux tribus du Paléolithique, les Oulhamr et les Wagabou, les premiers perdent le feu qu’ils savaient conserver mais pas créer. Commence alors pour Naoh et Amoukar (interprété par Ron Pearlman, futur Hellboy et Clay Morrow dans la série Sons Of Anarchy) une quête qui les verra affronter moult dangers pour récupérer le feu.
 


 

“Sun And Steel”

IRON MAIDEN au pays du Soleil Levant. En effet, cette chanson évoque Miyamoto Musashi qui vécut de 1584 (date non confirmée) à 1645 et qui fut considéré comme l’un sinon le plus grand des samouraïs japonais. Il était également un illustrateur et peintre (voir son autoportrait) et il est amusant de noter qu’une large frange d’hommes d’affaires américains des années 80 se sont largement inspirés du mode de pensée à la japonaise tel que décrit dans le livre de Musashi, Gorin No Shô. Un titre qui aurait valu la peine d’être joué sur scène, dixit Steve Harris mais qui, à ce jour, ne l’a jamais été.

 

 

"To Tame A Land"

Si Patrick McGoohan, contacté pour pouvoir utiliser un extrait de la série Le Prisonnier, avait donné son accord sans réserve (lien vers « The Number Of The Beast » en fin d’article), il n’en fut pas de même pour l’écrivain Frank Herbert, auteur du roman culte de science-fiction, Dune, publié aux Etats-Unis en 1965. Car le morceau "To Tame A Land" devait à l’origine s’appeler "Dune". Herbert, détestant le rock n’ roll et le hard rock, a fermement opposé un refus à la demande du groupe. Une exception cependant pour l’édition italienne de l’album qui a conservé le titre "Dune".
 


L’histoire, complexe et ne pouvant être résumée en trois lignes, raconte en substance les aventures de peuples vivant en l’an 10191 sur la planète Arrakis qui sont aux prises avec “l’Epice”, une drogue décuplant les capacités psychiques, immunisant contre des maladies et prolongeant la vie de ceux qui en prennent. Pour le cinéma, c’est David Lynch qui se colle à l’adaptation en 1984 avec notamment le chanteur Sting, Kyle MacLachlan (Twin Peaks) ou encore Brad Dourif (Midnight Express, Vol au-dessus d’un nid de coucous). Malheureusement, c’est un échec retentissant, la faute à ce pavé inadaptable en version cinématographique.
 


Et pour clore ce quatrième chapitre, la vidéo de "Flight Of Icarus" dans laquelle on aperçoit brièvement le producteur Martin Birch qui, par un processus de morphing, prend le visage d’Eddie ainsi que Nicko McBrain en Faucheuse.



« Iron Maiden » (1980)
« Killers » (1981)
« The Number Of The Beast » (1982)
 

Photos – Source : Wikipedia Creative Commons

Blogger : Jérôme Sérignac
Au sujet de l'auteur
Jérôme Sérignac
D’IRON MAIDEN (Up The Irons!) à CARCASS, de KING’S X à SLAYER, de LIVING COLOUR à MAYHEM, c’est simple, il n’est pas une chapelle du metal qu'il ne visite, sans compter sur son amour immodéré pour la musique au sens le plus large possible, englobant à 360° la (quasi) totalité des styles existants. Ainsi, il n’est pas rare qu’il pose aussi sur sa platine un disque de THE DOORS, d' ISRAEL VIBRATION, de NTM, de James BROWN, un vieux Jean-Michel JARRE, Elvis PRESLEY, THE EASYBEATS, les SEX PISTOLS, Hubert-Félix THIÉFAINE ou SUPERTRAMP, de WAGNER avec tous les groupes metal susnommés et ce, de la façon la plus aléatoire possible. Il rejoint l’équipe en février 2016, ce qui lui a permis depuis de coucher par écrit ses impressions, son ressenti, bref d’exprimer tout le bien (ou le mal parfois) qu’il éprouve au fil des écoutes d'albums et des concerts qu’il chronique pour HARD FORCE.
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4 commentaires

User : Steph BERMOND
Steph BERMOND
le 09 févr. 2019 à 17:54
Toujours un plaisir à te lire…….
User : Steph BERMOND
Steph BERMOND
le 09 févr. 2019 à 17:56
Toujours un réel plaisir à te lire…..
User : Mat
Mat
le 09 févr. 2019 à 19:37
bonne saga, merci ! ... a propos connaissez vous la date de la prochaine livrée de digipack ? <br />
User : Jérôme Sérignac
Jérôme Sérignac
le 10 févr. 2019 à 10:21
Merci Steph ! ;) Un plaisir de rechercher, compiler tout cela et le rendre attrayant pour tous, fans de Maiden ou non. :) <br />
<br />
@Mat : Merci à toi ! :) Et pour un début de réponse à ta question, la seconde série de digipacks devait être mise en vente en février mais a été repoussé en mars, sans date précise à ce jour, ce qui ne saurait tarder vu que l'on est déjà le 10 février.
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