28 janvier 2021, 19:00

ACCEPT

• Interview Wolf Hoffmann

Wolf Hoffmann, qu’on le veuille ou non, est une légende du heavy metal à la flying V. Seul membre originel d’ACCEPT, les Allemands reviennent en force avec un nouvel album à la pochette reptilienne. Tout est dit dans son titre : « Too Mean To Die ». Un agréable moment avec ce guerrier du metal (comme il le dit) en direct des USA, en pleine épidémie...
 

Qu’as-tu ressenti avec l’arrivée de cette pandémie COVID-19 ?
On ne savait pas trop comment se positionner. On a flippé quand c’est arrivé en mars. Tous les jours, les nouvelles étaient de plus en plus mauvaises. On était au milieu de l’enregistrement de l’album. C’était difficile de se concentrer ! La télévision était toujours allumée et les nouvelles étaient de plus en plus mauvaises. On s’est posé la question : « pourquoi faire un album si le monde va disparaitre ? ». Quand on aurait terminé l’album, tout le monde serait peut-être mort, plus de vie, le monde en flammes. C’était totalement fou ! Nous nous sommes séparés 2-3 mois et les choses étaient plus claires. On avait une visibilité sur ce qui se passait puis l'été a été meilleur. C’était complètement dingue !

Es-tu trop méchant pour mourir (« Too Mean To Die » le titre du nouvel album) ? 
Bien sûr (rires). On s’est dit que nous étions des guerriers du metal, des modèles. On ne pouvait pas mourir comme ça !

Comment avez-vous composé cet album ?
Le processus est assez similaire aux autres, en fait. Je m’isole, cherche des idées, les collecte, sans penser à autre chose. Je prends des notes pendant des jours, des semaines, des mois. Une fois les choses accumulées, certaines chansons émergent. Je les joue à Andy Sneap, aux autres membres du groupe, on les met en forme, on a d’abord enregistré 5 à 7 titres avant l’épidémie puis le reste après. C’était du 50/50 !

Pourquoi avoir choisi "The Undertaker" comme premier single ?
Ce titre était complet précocement, achevé, mature. Il n’y avait rien à changer. Des fois, tu écris une chanson et elle parait inachevée, incomplète. Tu réécris, réécris pour que cela sonne comme tu le veux. Par exemple, pour "Zombie Apocalypse", on a dû faire 15 changements pour y arriver. Là, ce n’était pas le cas. On a tout de suite su que cette chanson ferait un bon single et un bon thème de vidéo, parce que tu as beau avoir de bons titres, certains ne font pas de bonnes vidéos. Il y a un visuel fort. Quand tu écoutes la chanson, tu vois le film dans ta tête avec le gars, les corps morts...

Deux mots seulement pour des titres que j’ai choisis dans votre nouvel album ?
Deux mots ? Ouah !

"Zombie Apocalypse"
Les gens avec leur portable

"Overnight Sensation"
Les gosses sur Youtube

"Sucks To Be You"
Ca pourrait être n’importe qui

"How Do We Sleep"
Environnement


​Dans le titre "Symphony Of Pain", on retrouve ta signature mélodique et classique, tu peux nous en parler ?
J’avais l’idée de ce titre avec ces mots depuis longtemps. J’avais tenté des trucs sur les précédents albums mais cela n’a jamais rien donné ! L’année dernière, lorsque nous étions en tournée avec l’orchestre symphonique, j’avais écrit cette chanson, je l’ai mise de côté et l’ai complètement oubliée. Elle était quasiment terminée mais il n’y avait pas les solos. J’ai aimé l’idée de mettre du Beethoven dessus. Ca fonctionne vraiment bien ! Le mélange des sonorités majeures et mineures fonctionne très bien. Ce titre aurait pu être une ballade mais nous avons décidé que ce pourrait être le combat de Mr Beethoven avec sa surdité.

Mark Tornillo a fait un travail remarquable sur l’album et notamment sur "The Best Is Yet To Come" qui est fort émotionnellement parlant. Qu’en penses-tu ?
On a eu les deux facettes de Mark sur l’album. Il a un beau registre vocal. Il chante ici de façon très calme, avec plein d’émotions. C’est une super chanson pour Mark qui est un chanteur typique de metal. Là, il nous montre l’étendue de ses capacités vocales. C’est top pour lui. Il a fait un travail incroyable. Sur le plan des paroles, "The Best Is Yet To Come" est un modèle pour moi. Je suis toujours sur le meilleur titre d’ACCEPT à venir, le meilleur show, le meilleur truc dans ma vie etc... Je suis plutôt dans ce style de projection. Je ne regarde pas en arrière.

Le dernier titre de l’album "Samson and Delilah" est un instrumental épique. Fait-il référence à l’opéra de Camille Saint Saens ?
Oui un peu. C’est assez dans l’esprit aussi de mon album solo. J’ai pris donc ce thème et celui de Dvorak avec la symphonie du nouveau monde. J’ai combiné les deux, cela donne un truc metal, épique. Je me suis éclaté à le faire. C’était vraiment prendre ces structures musicales, les associer et les jouer dans un environnement complètement différent de leur origine. C’est toujours un challenge pour moi ce genre de titre. Andy a pensé que ce serait une bonne conclusion pour l’album. J’aurais pu garder cette chanson pour un album solo, mais le titre étant prêt, tout le monde l’a apprécié pour ACCEPT. On a donc décidé de l’inclure et c’est une belle outro pour nous, je pense !

Andy Sneap est un membre à part entière d’ACCEPT, non ?
Oui, définitivement, depuis longtemps même. Il n’est pas avec nous sur scène mais il fait partie de notre famille. On se connait très bien, on est de très bons amis. Un vrai partenaire en qui j’ai une confiance absolue.

Vous êtes trois guitaristes dans le groupe maintenant. Comment vous répartissez-vous le travail ?
Nous avons la chance d’avoir Philip Shouse qui est un super guitariste rythmique, soliste. Il sait tout jouer et il est complémentaire de mon jeu. Il sait s’adapter à n’importe quel type d’environnement, il est très versatile. C’est un super gars humainement parlant aussi ! On l’avait avec nous sur la tournée symphonique comme guitariste additionnel. A la fin, on s’est dit qu’on devait le garder avec nous et ne pas faire de choix avec Uwe Lulis. On s’était dit qu’on pourrait être 3 guitaristes. On a testé la formule sur des concerts en 2019 et ça fonctionnait très bien. Avec le nouvel album, il y avait suffisamment d’espace pour 3 guitares. Chacun pouvait jouer plein de trucs.

ACCEPT a ouvert la porte du metal à de nombreux groupes célèbres et moins célèbres. Qu’en penses-tu ?
(Modeste). Tu le penses ? L’avons-nous fait ?

Bien sûr...
OK ! J’en suis fier. On a tous nos héros, nos références. Pour moi, c’était DEEP PURPLE, AC/DC, JUDAS PRIEST et des groupes comme ça. J’en ai fait un mix et ça a donné ACCEPT. Si à notre tour, cela se passe comme ça pour certains groupes, franchement c’est super ! C’est le cycle des choses. Chacun passe la torche du metal à l’autre. C’est ainsi, c’est fabuleux. Avoir du succès commercial, être connu, gagner beaucoup d’argent, c’est bien mais être une légende, en apportant quelque chose, c’est au moins aussi important. Tu sais, j’aurais voulu avoir énormément de succès, être millionnaire, je ne le suis pas, ça n’a pas marché (rires), avoir sorti un hit mainstream qui cartonne. On n’est pas comme ça dans ACCEPT. On a fait ce que l’on devait faire. On est fiers d’avoir un statut de groupe culte et d’avoir nos fans dans le monde entier qui nous suivent.

Mon premier album d’ACCEPT était « Metal Heart » en cassette. Peux-tu partager avec nous un souvenir de cette époque ?
(Très content). Tu sais ce qui est drôle, c’est que notre label Nuclear Blast a décidé de ressortir nos cinq derniers albums en cassette justement. Je n’y crois pas. C’est trop cool, non ?
Pour le titre "Metal Heart", j’avais déjà l’idée bien avant ça, combiner du classique avec du metal dans la structure d’une chanson. Je n’avais jamais osé car je me disais que ça allait offenser les fans purs et durs. Les fans de metal ne comprendraient peut-être pas. J’avais un peu peur de me lancer. Justement pour "Metal Heart", j’ai eu les couilles de le faire, je l’ai suggéré aux autres membres du groupe. Ils ont aimé l’idée, la chanson. Je ne savais vraiment pas comment cela allait être reçu ? J’ai été surpris de cette ouverture d’esprit des fans ! C’était une première, ça fonctionnait vraiment bien. Ce côté expérimental a fonctionné. Je le fais depuis (rires) !

Et « Russian Roulette », une autre de mes cassette...
Je me rappelle de la session photo de la pochette (il s’agit d’un visuel du groupe en militaires russes). Cet album devait s’appeler « War Games » car nous avions une chanson qui avait ce titre. Nous aimions ce titre mais à l’époque il y avait un film du même nom, peut-être avec Matthew Broderick ou un autre. On nous a fait comprendre qu’il ne fallait pas sortir l’album sous ce titre. On l’a donc appelé « Russian Roulette ». Je me souviens que lors de la tournée pour cet album, nous sommes allés en Russie. C’était dans les années 1980 et nous étions parmi les seuls groupes de metal à le faire. Les Russes n’appréciaient pas trop les mots roulette russe. Ils nous ont donc demandé de mentionner les choses sous le nom "Roulette Of Life" dans les interviews, les passages media etc... (rires). Je ne sais vraiment pas pourquoi car roulette russe, ça sonne bien !

Et un grand classique du groupe "Balls To The Walls"...
Je me souviens avoir écrit le riff principal et le refrain. C’était vraiment cool et ça sonnait grave ! Je l’ai trouvé en quelques minutes. C’est venu comme ça et c’est très facile à jouer. Je me souviens de la première fois que l’on a joué la chanson ensemble puis la démo. On était hyper satisfaits. C’était ce qu’il fallait au niveau éléments sonores. J’avais peur que cela sonne comme quelque chose de déjà connu. Des fois, tu écris un titre et il est déjà connu musicalement. Tu le fais inconsciemment et quelqu’un l’a déjà écrit ! Cela n’était pas le cas pour "Balls To The Walls".

Que fais-tu lorsque tu n’es pas en studio, ni sur la route ?
Je collecte plein d’idées musicales. Sinon, je fais plein de tâches manuelles chez moi. Je répare, je construis, je fais constamment des trucs dans la maison, je repeins des choses. Je ne suis jamais assis à lire un livre, ce n’est pas moi.

Tu es hyper actif ?
Oui, très ! Je n’écoute pas de musique. On me pose souvent cette question. Je n’écoute aucune playlist, je n’ai pas de collection de disques. Je ne suis pas dans l’écoute de la musique.

Tu vis aux Etats-Unis, que penses-tu de ton nouveau président ?
Je suis ravi. Trump, c’était le chaos total. Généralement, je ne parle pas de politique dans les interviews car tu peux agacer une partie des gens qui sont contre ce que tu penses. Là, je fais une exception, je vais te dire une seule chose : je REVIS (enjoué) ! C’est bien d’avoir élu quelqu’un qui va respecter l’autre, l’environnement. Globalement, le monde va revivre !

Ma dernière question, que je pose fréquemment : quelle est ton addiction positive ?
Je dirai "The Best Is Yet To Come" (rires). Je ne suis pas quelqu’un de nostalgique, qui vit avec le passé, qui regrette que certaines choses n’aient pas eu lieu. Je ne regrette rien. Le passé est le passé. Je vis le moment présent et j’attends le meilleur de ce qui doit arriver prochainement personnellement, professionnellement ! Si cela doit se faire, cela se fera !
 

Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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