9 avril 2021, 23:59

Philip H. Anselmo & THE ILLEGALS

@ New Orleans (livestream report)


Des années de spéculation d’une reformation de PANTERA. 
Tant que Vinnie était des nôtres, on pouvait espérer. Désormais, les frères Abbott sirotent ensemble là-haut et laissent ici-bas les deux derniers gardiens du temple avec un lourd trousseau de clés à porter. 

En fait, ça les démange depuis longtemps ; l’année dernière, Rex Brown n’avait rien contre l’idée d’un tribute itinérant. On a tous entendu parler des rumeurs d’un Zakk Wylde par-ci et même d’un Kerry King par-là pour tricoter à la place de Dime.
Phil, lui, ça fait deux ans et demi qu’il est décomplexé : il s’est bricolé des concerts faisant la part belle aux plus gros classiques de PANTERA, avec même des dates depuis 2019 intégralement consacrées au groupe culte des années 90.

Et pour un gars comme moi qui ne tressaille pas non plus à chaque fois que Phil sort un nouveau projet sur son label, campé sur mes dernières impressions live d’un chanteur à bout de voix et de souffle, torpillé par ses excès, ses écarts et ses démons (aussi sympathique soit-il à chaque fois que je l’ai croisé ou interviewé), je m’étonne encore d’avoir fait chauffer la CB pour le show de vendredi soir, 9 avril, et son package t-shirt plus un très joli ticket. 

Nostaaaaaaalgie ? Non ! 
Probablement marre de ne plus voir de concerts ou envie de me changer les idées en fin de semaine. 
Mauvais calcul, je n’avais pas vu l’heure. Un livestream qui démarre à 2h du matin, ici en France, faut pas avoir d’obligation le lendemain.

Après une succession de vidéos mini-sketchs et de souvenirs de tournée des ILLEGALS, arrivent les Australiens KING PARROT.
N’ayant jamais eu aucun respect ni intérêt pour les groupes de première partie, comme à mon habitude de rock critic parisien blasé, je file au bar. 
Non, je plaisante. C’est fermé.

  


En fait, je m’assoupis à plusieurs reprises malgré le thrashcore assez véhément de nos Australiens. 
Cela n’a rien à voir avec leur prestation, mais c’est la faute au quart d’heure d’un plan de la basse-cour de chez Phil, version webcam sur deux porcs qui mangent au milieu des poules, qui a débuté la soirée. 
Je vous jure, je n’ai pas rêvé. Avec le bruit du vent qui vous berce. Radical ! 

Et puis, c'est l’instant tant attendu, malgré les paupières lourdes.
J’aimerais vous dire qu’il est spectaculaire et brutal. 
L’image est propre mais voilà, encore faudrait-il avoir du son...

Le livechat commence à s’exciter, dans le monde entier, ça gueule, ça râle, un gars demande à se faire rembourser. 
Le son émerge par bribes, on distingue "Suicide Note Pt. I". Le son part et revient, c’est insupportable en écoute casque, mais au moins, tout le monde est énervé... donc réveillé et attentif.
 


On se croit sortis d’affaire, Phil, qui ne se doute de rien, dédie de sa voix profonde cet hommage à ses frères pour la vie, Dime et Vinnie, puis se tourne vers le groupe.
Flottement… ça part enfin.
Il annonce "A New Level". On pense que la sauce va prendre, mais le son va et vient. Phil tripote ses écouteurs ; pas de doute il a les mêmes problèmes que nous dans ses retours. Il arrête ses potes et demande à reprendre le morceau au début. 
Chronique d’une soirée foireuse annoncée. 
En tout cas, avec Anselmo, pieds nus sur scène ce soir, pas de triche : c’est un vrai live et on est réellement en direct.
A partir de cet instant, le show va décoller pour n’atterrir qu’une heure et demie plus tard.
 


"A Vulgar Display of Pantera - Live", c’était assurément l’un des exercices les plus casse-gueule à oser.
Sans leur manquer de respect, ça se saurait si dans les ILLEGALS, il y avait des gars de la trempe de Dimebag Darrell et Vinnie Paul.
Eh bien, voir du PANTERA au rabais, c'est un a-priori très méchant qui est totalement balayé.
D’abord, parlons du frontman. Il y a quelques années, on le pensait fini, ses cordes vocales anéanties, incapables de nuances. Ce show démontre grandement le contraire. Il en impose toujours par sa personnalité, mais il surprend par son interprétation. Les avis sont unanimes : il n’a jamais aussi bien chanté depuis 20 ans. Evidemment, son groupe nous rappelle à tout instant que nous ne sommes pas en présence de l’original, mais il y a quelque chose de magique dans cette soirée. Une intensité, une envie terrible de bien faire, de rendre hommage avec respect sans se prendre pour ce qu’on n’est pas. 
Le mix n’est toujours pas parfait, mais "Mouth For War" et la suite en pâtissent moins. 

  


La rythmique prend de l’ampleur, de l’assurance : la paire Stephen Taylor/Mike DeLeon est en phase, Jose Gonzalez est survolté à la batterie, accompagné du bassiste Derek Engemann, dernier arrivé au sein des ILLEGALS. 
Les parties de guitare lead sont parfois limite, mais l’esprit est tellement positif qu’on se laisse embringuer dans le déchainement des titres : "Becoming" et son excellente rythmique, avec un son enfin à la hauteur, et un public - 50 personnes indique Phil - qui reprend en choeur "I'm born again with snakes eyes Becoming Godsize" et se fait surprendre par la transition immédiate avec "Throes of Rejection". Puis vient "We'll Grind That Axe for a Long Time" tiré de "Reinventing The Steel" sorti en 2000. Il n’y a pas tromperie sur la marchandise, ils ratissent bien les 5 albums : "Yesterday Don't Mean Shit" toujours de "Reinventing The Steel" à la rythmique ultra carrée, enchaîné direct avec "Fucking Hostile" (sur "Vulgar Display of Power") scandé par l’audience et sans doute beaucoup d'entre nous à domicile…
Phil regarde sa liste : "Je ne pense pas que celle-ci, les ILLEGALS l’aient déjà jouée live. Certains doivent connaître, d’autres pas."
Et d'évoquer la valeur inestimable des fans de PANTERA, trois générations, avant de lancer "War Nerve" (eh oui, 25 ans déjà, c'était sur "The Great Southern Trendkill" !).
Phil beugle et s’arrache la gorge. Ça bastonne sévère derrière lui.

  


Durant un court intermède, Phil explique que c’est toute leur vie, jouer en live. Il présente ensuite son invité pour "This Love" (de "Vulgar Display of Power") : Calvin Dover, partenaire de son projet EN MINOR, avec lequel il partage ici le chant. Phil n’est pas extrêmement juste, le solo est approximatif, mais ça passe, car derrière déboule un excellent “I’m Broken”.
Honnêteté, sincérité : Phil s’excuse d’avoir "foiré quelques passages". Le live chat crépite, enthousiaste, pendant que déroule un medley tiré de trois albums différents : "Strength Beyond Strength" - "Goddamn Electric" - "Suicide Note Pt.2". 
"On revient, on a encore un boulot à finir ici", dit Phil avant un break durant lequel sont diffusées des photos de Vinnie et Dimebag sur fond de "Living Through Me (Hell's Wrath)".

Le groupe réapparaît sur scène et, contre toute attente, propose de refaire ce que nous avons loupé au début.
"On est un peu rouillés, parce qu’on n’a pas fait de concerts depuis un sacré bout de temps".
"Suicide Note Pt.1" est impeccablement interprété, mieux que le peu que nous avions entendu au début, toujours en duo vocal avec Calvin Dover. On poursuit avec "Hellbound" (de "Reinventing the Steel"). Phil réclame qu’on se lâche comme des fous chez nous, il semble que ce soit le cas dans la salle dont on distingue peu l'affluence à cause de l'obscurité, et entame "Domination/Hollow" (de "Far Beyond Driven").
Rupture de diffusion. On craint le retour des ennuis, mais c’est de courte durée.
Cela aurait été dommage de manquer "Walk" (titre phare sur "Vulgar Display of Power"), Phil faisant monter un tout jeune garçon prénommé Roman qui vit l’instant à fond !
 


Pour conclure, un "Sandblasted Skin" tiré de "The Great Southern Trendkill" qui met tout le monde d’accord :
ce n’était pas le show parfait, ce n’était pas PANTERA, mais c’était un instant de délivrance exécuté avec générosité et honnêteté.

  


Pour cela, en ces temps difficiles, merci Philip H. Anselmo & THE ILLEGALS.
Vous nous avez (presque) fait croire, le temps de ce livestream, avec cette ambiance club, cette énergie dégagée, une telle émotion, et justement toutes ces petites imperfections, que nous étions dans la salle avec vous.

Blogger : Christian Lamet
Au sujet de l'auteur
Christian Lamet
Christian Lamet est réalisateur, journaliste et producteur pour la télévision et le multimédia...entre autre. Fondateur en 1985 du magazine HARD FORCE, il en a été le rédacteur en chef durant ses quinze années de parution en kiosques. Depuis, l'aventure HARD FORCE a repris depuis 2008 sur le web, devenant ainsi le plus ancien média metal en France toujours en activité encore mené par son fondateur. Christian est également producteur et réalisateur du media digital HEAVY1 en partenariat avec LIVE NATION FRANCE et du webmagazine METALXS.
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