29 mai 2021, 12:44

Ayron Jones

Interview

Ayron Jones, guitariste et chanteur, a sorti le 21 mai un album explosif intitulé « Child Of The State », véritable mélange de grunge, de hard rock, de blues et de soul avec parfois quelques touches classiques. L’artiste, signé sur le label du styliste John Vavartos en association avec Big Machine Records, nous parle de sa musique, véritable reflet de sa vie, de ses influences, et de l’impact de la vie sur son art. En face à face virtuel, perfecto et Airpods, Mr Jones se livre sans tabou...

Comment décrirais-tu ta vie d’artiste ?
Je la décrirai simplement : je vis à Seattle, suis marié et père de 3 enfants d’un côté et de l’autre, je fais carrière dans le rock'n'roll. J’ai envisagé ça depuis ma tendre enfance. Je me suis construit comme ça. J’ai beaucoup joué dans les bars et les clubs à Seattle. Avant cela, je jouais dans les églises et dans les tremplins à micros ouverts ! La musique et la vie en général sont gratifiantes. J’apprécie cette approche au sens philosophique du terme. Le côté théâtral de l’industrie musical m’effraie un peu mais j’y suis dedans, je reste humble et je ne vois pas comment faire autrement (sourire) !

Comment était-ce de partager la scène avec des artistes comme GUNS N' ROSES, Jeff Beck ou BB King ?
C’était fabuleux ! J’ai beaucoup appris de ces concerts. C’était vraiment quelque chose pour moi au niveau carrière. Cela m’a beaucoup aidé d’être sur ces scènes magnifiques. Ce sont vraiment des expériences artistiques hors du commun. Cela crée des relations aussi, qui peuvent se prolonger dans le temps pour certaines. Vivre cela dans sa vie est quelque chose de fort et un début d’accomplissement dans une carrière. Je me sens vraiment chanceux !

De ce côté de l'Atlantique on a fait connaissance d'Ayron Jones avec ''Take Me Away'', on sent une émotion assez brute dans ton jeu de guitare et ta façon de chanter, on pense immédiatement à LIVING COLOUR, Jimi Hendrix, Kravitz... il y a ce côté soul et blues qui est dans ton son, quelles sont tes principales influences depuis toujours ?
Je suis un enfant des années 1990. C’est une période musicale très riche avec des explosions de courants musicaux. Un vrai moment dans l’histoire de la musique. Le gangsta rap a explosé, le grunge aussi avec NIRVANA, ALICE IN CHAINS, SOUNDGADEN... Il y avait des artistes comme Michael Jackson, Sir Mix A Lot. Beaucoup d’influences pour moi tout ceci. J’ai grandi en écoutant Dr Dre. Bien sûr, Michael Jackson était et reste une grande influence vocale pour moi, ses chansons aussi. De plus, si tu vis à Seattle, tu ne peux pas ne pas être influencé par Jimi Hendrix et le grunge.


"Le thème principal est vraiment le contexte humain émotionnel... J’ai vraiment capturé différents moments de ma vie pour cet album." - Ayron Jones


Après avoir été totalement indépendant avec ton groupe, comment s'est fait votre rencontre avec John Varvatos Records ?
Je faisais beaucoup de scènes dans le circuit indépendant. Il y a environ 10 ans. Je finissais l’enregistrement de ce qui allait être mon prochain et nouveau projet musical. John Varvatos, le célèbre styliste , l’a reçu au sein de son label. John et un agent ont pris un avion jusqu’à Seattle pour venir me voir jouer. Le reste, c’est l’histoire. On est allés à Nashville, j’y ai joué. Ils ont adoré. J’ai eu le deal.

D'ailleurs qui sont les musiciens qui t'accompagnent sur « Child Of The State » ?
Il y en a beaucoup et différents musiciens. Me concernant, je fais les guitares et les voix. J’ai fait un peu de basse aussi. Mon bassiste de tournée est Bob Lovelace. Il a joué sur 6 titres. Sinon, il y a eu différents autres bassistes comme DeAndre Enrico, Marti Frederiksen sur un titre, et deux autres. J’ai aussi différents batteurs sur l’album. Kai Van De Pitte est mon principal batteur dans le groupe. Ehssan Karimi, qui avait antérieurement joué avec moi, participe aussi. Il y a Barrett Martin des SCREAMING TREES sur ''Take Me Away''. Il y en a plein d’autres qui ont fait un travail remarquable.

Avant de publier le single ''Free'', tu nous as offert ce magnifique titre ''Mercy'' au texte poignant. Peux-tu nous en parler ?
Ce titre correspond à une période de vie difficile avec un retentissement psychologique pour moi, vraiment. Cette chanson est un témoignage poignant qui devait montrer au reste du monde ce qui était en train de se passer en Amérique. Un vrai moment complexe de vie... Sur ce qui se passait vraiment, ici, dans mon pays, et plus particulièrement pour moi, en tant qu’homme. Cela allait au-delà de la pandémie. Malgré les luttes et les vies perdues, Il faut toujours et encore être prêt à se battre pour améliorer les choses.

Justement, notre magazine en France est partenaire de HEAVY1, et au moment où l'on discute ''Mercy'' est deuxième du Top 20 des singles les plus diffusés sur la radio et ''Free'' a fait son entrée à la 8ème place de ce top single...
Super pour ''Mercy''. Yeah ! pour ''Free''. Merci Man !

...Si tu avais ta propre radio, quelle chanson de ''Child Of The State'' programmerais-tu le plus souvent ?
Putain, c’est dur. Je les apprécie toutes. Elles pourraient être diffusées sur différentes plateformes de streaming. Celle que je programmerai le plus, ce serait ''My Love Remains''. Pour être honnête, je dirai qu’elle est à l’intersection des genres musicaux. Il ne faut pas qu’aimer le rock pour apprécier ce titre. Elle suscite différents types d’émotions.

"Je veux que les gens se sentent bien dans mon monde. Je ne veux pas de retour négatif de la part des autres. Tout doit être cool." - Ayron Jones


Il paraît qu'au début on vous prenez pour un groupe de blues alors que vous jouiez du gros hard rock, c'est ce que raconte le 2e single ''Boys From The Puget Sound'' qui ouvre l'album ?
L’histoire est la suivante. Nous sommes un groupe où le bassiste, le batteur et moi-même sommes noirs. En tournée, sur la route fréquemment, malgré le fait de faire de la musique, nous avions régulièrement des contrôles de police. Je n’en pouvais plus avec ça, alors j’ai écrit ce titre. Je suis fier de ce que je fais et de venir de Seattle !

« Child Of The State » est sorti le 21 mai et c'est un album musicalement très riche, est-ce que tes textes sont une façon d'exprimer parfois ce qui te dérange dans ce monde parfois et trop souvent cruel ?
Le thème principal est vraiment le contexte humain émotionnel. J’ai connu des moments difficiles avec un certain nombre d’obstacles dans la vie. J’ai fait un voyage émotionnel et spirituel tout au long de ma vie. J’ai essayé de trouver ma dignité de différentes façons. La musique est devenue mon catalyseur pour la trouver. Plein d’histoires dans mon album évoquent cela, les perspectives de cette recherche, de mon point de vue. Les moments instables de la vie : des fois je tombais, des fois j’avais le cœur brisé, des fois je me relevais. J’ai vraiment capturé différents moments de ma vie pour cet album.

Pratiquement tous les groupes de southern-rock ont au moins une chanson qui porte le prénom d'une fille. Toi tu as la tienne, qui est ''Emily'' ?
Emily représente ce que c’est d’aimer et de perdre en quelque sorte. C’est le nom de la mère de ma mère. Euh non... le nom de la fille de ma mère. De mon côté et personnellement, j’ai eu une relation amoureuse tumultueuse. Ce qui a maintenu notre relation qui a eu des hauts et des bas est cet amour pour notre fille et notre amour mutuel. Nous sommes conscients de cet amour, des émotions que cela peut susciter de le partager. Dans le texte, je dis plein de choses positives. Plus qu’un prénom, c’est vraiment un moment d’auto-réflexion plus qu’autre chose.

C’est devenu une question classique. Qu’as-tu fait durant la pandémie et ces confinements ?
Je me suis concentré sur l’écriture, la composition. Le monde était à terre. Tout était fermé. J’étais déterminé à terminer cet album. C’était mon objectif. Je me suis aussi focalisé sur ma vie de famille. Ce qui est très important pour moi. Avant la pandémie, j’étais beaucoup sur la route et pas très présent. Là, j’en ai profité avec mes enfants, ma famille, avec l’arrière-pensée de faire ce disque. J’étais super déterminé.
 


Ces dernières années, le thème de l'égalité raciale a été dans l'esprit de tous dans le monde, aujourd'hui vous avez un nouveau Président, la justice a été rendue au sujet de la mort tragique de George Floyd... As-tu l'impression que des mesures appropriées vont commencer à venir pour apporter un changement positif ?
Notre nouveau président a l’opportunité de faire de grandes choses. Il a les moyens de faire évoluer progressivement les choses vers un changement. Sincèrement, j’espère qu’il le fera et qu’il pourra. Arrêtons les fausses promesses. Nous verrons ce qu’il fera. J’espère et je prie pour que cela se fasse. Nous avons besoin de changement maintenant. Il faut marquer une page de notre histoire. Nous avons besoin de réformes, de traiter tous les citoyens comme des citoyens. Beaucoup parlent de la communauté noire. Il faut gérer les gros problèmes pour la communauté noire mais aussi pour toute la communauté en général. Notre président a un grand rôle à jouer.

As-tu un modèle de vie ?
Un modèle de vie ? Oui ! être un déconneur (rires). Etre cool, amical le plus possible avec les gens avec qui tu entres en contact. Il faut être comme ça avec les gens que tu rencontres, les fans de musique comme moi. Je ne veux pas qu’on traite mal les gens ou qu’il y ait le moindre complexe de supériorité ressenti par les personnes avec qui je travaille. Je veux que les gens se sentent bien dans mon monde. Je ne veux pas de retour négatif de la part des autres. Tout doit être cool.

As-tu une idole musicale ?
Si je devais en dire une, ce serait Prince ! C’est un modèle en termes d’image, de personnage pour moi. Je m’en inspire beaucoup sur scène. Eminem et Dr Dre sont aussi des modèles pour moi en terme musical et de look, surtout au début de ma carrière.

Quand tout sera revenu à la normal penses-tu que tu auras la possibilité de faire une tournée en Europe ou encore des festivals ?
Je le garantis. Une de mes priorités sera l’Europe et la France. J’adore ce continent. Je suis venu en Europe il y a plusieurs années. Je n’ai jamais eu la chance de visiter le Royaume-Uni, ni la France. Je ferai tout pour venir, faire écouter ma musique et échanger avec les gens.

Pour finir, je te propose le funny questionnaire : un artiste, un mot ?
OK

Slash : génie
Lenny Kravitz : sexy
Jimmy Hendrix : inovant
BB King : soul
James Brown : funky (rires)
Stevie Wonder :
génie aussi
Eric Clapton : il réfléchit... J’ai le mot sur le bout de la langue… Inspiration

Tu dédicaces ton album à deux personnes : Michael Jones et Tammy Owens. Qui sont-ils ?
Ce sont mes parents. Ils sont décédés. Je leur dédie cet album.


Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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