14 avril 2022, 19:45

DISCONNECTED

Interview Ivan Pavlakovic & Adrian Martinot


Le groupe DISCONNECTED est  incontestablement une belle surprise musicale. En l’espace de deux albums au metal résolument moderne, il ne lui manque plus grand-chose pour exploser au sein de la scène internationale. Avec son nouvel album, « We Are Disconnected », DISCONNECTED a cette envie irrépressible de faire du bien à tous les publics qu’il rencontrera. Ivan Pavlakovic et Adrian Martinot, respectivement chanteur et guitariste, vous parlent de leur parcours, de leur nouveau disque et de leur futur.
 

Un petit rappel concernant l’histoire du groupe pour nos lecteurs ?
Adrian : Il a 10 ans environ. Ce n’est pas un groupe au départ, c’est une idée de projet que j’ai eue en sortant de l’école Music Academy International à Nancy. J’ai bossé dessus pendant plusieurs années. J’étais tout seul à la base, j’ai essayé de faire rentrer des gens qui étaient des amis pour travailler dessus mais ça n’a pas fonctionné musicalement. Jusqu’à ce que je rencontre Ivan fin 2016. J’avais une dizaine de titres. Ivan a mis des paroles dessus, des lignes de chant ont été travaillées. On a enregistré notre premier album l’année qui a suivi et il est sorti en mars 2018. On est tout de suite partis en tournée européenne avec TREMONTI en novembre et puis on a fait le Zénith à Paris avec JUDAS PRIEST, puis on a joué avec MASS HYSTERIA. On a ensuite commencé à composer le nouvel album, puis le COVID est arrivé. Deux ans après, on en est là avec notre second album « We Are Disconnected ».

Il y a eu un EP entre-temps ?
Adrian : Oui, il y a eu cet EP.
Ivan : On a sorti un single en avril 2020 "Unstoppable". C’est à l’heure actuelle notre titre le plus streamé : plus de 1,2 million d'écoutes sur Spotify par exemple. Ensuite, on a travaillé sur cet EP. Les choses étaient repoussées mois après mois avec l’épidémie. Les festivals s’annulaient. Pour ne pas sortir notre grosse cartouche « We Are Disconnected », on a préféré revisité certains de nos titres avec l’EP sorti en avril 2021.
Adrian : Oui, cela permettait de combler un peu les choses.

Comment résumeriez-vous ce nouvel album en cinq mots clés ?
Adrian : Puissant, mélodique
Ivan : Catchy, ouvert
Adrian : Oui, plus ouvert, moderne je rajouterai

Comment avez-vous réalisé ce nouvel album ? De quelle manière travaillez-vous ?
Adrian : Cela s’est fait de la même façon que pour le premier album. On a le groupe maintenant. J’écris la musique et fais les démos chez moi. J’envoie ça à Ivan qui pose ses lignes de chant en yaourt puis les paroles arrivent. On valide le processus étape par étape : musique d’abord, on valide, puis lignes de chant, on valide, puis on passe aux paroles. On travaille en binôme, c’est fonctionnel. On n’est pas opposés à d’autres modes de travail mais cette méthode, c’est celle qui fonctionne.
Ivan : Avec ce nouvel album, les choses ont changé. Sur le premier, c’était le projet d'Adrian. Il ne savait pas encore avec qui il allait jouer. Avant de partir en tournée avec TREMONTI, le line-up était définitif et fixe. Quand tu sais qui sont les différents membres de ton groupe, cela oriente forcément ton écriture de la musique. Même si on est tous les deux à écrire pour DISCONNECTED, on a une vision de comment ça va sonner en studio, sur scène. Chacun apporte sa patte à l’enregistrement.
Adrian : Avec les influences de chaque membre du groupe, cela joue aussi.

L’évolution est spectaculaire entre ces deux albums. Comment l’expliquez-vous ?
Adrian : C’est gentil, merci. Je crois que le groupe s’est vraiment soudé sur la tournée TREMONTI.  C’était sept semaines dans un 8 mètres carré sur roues (rires). Le groupe s’est vraiment créé là. On a traversé plein de choses ensemble. On n’a pas eu trop de galères. Ça a joué, c’est clair. On a composé après cette tournée. Ça explique en partie les choses.
Ivan : Tu sais, avant de faire cette tournée, pour certains, on ne s’était vus que trois fois et demie. Jelly, notre batteur, venait d’arriver. Rien ne disait que cela fonctionnerait entre nous, même humainement. Quand tu voyages dans un mini van sans douche, sans toilettes, que tu te douches tous les 3-4 jours, qu’on te laisse de temps en temps une place dans la douche dans les salles… A un moment, ça peut vite devenir compliqué. On a créé un truc entre nous, on est devenus des frangins. Tout le monde a tellement faim, est tellement passionné, a la musique en priorité dans sa vie, eh bien on se dit après deux années de COVID, on ne splitte pas et on continue !


​Comment vous avez choisi les singles "Life Will Always Find Its Way" et "King Of The World" ?
Adrian : "Unstoppable" aurait dû être sur l’album initialement. "Life Will Always Find Its Way" était un choix évident et résume bien les choses. C’est une bonne transition entre le premier et le second album. Musicalement, c’est intéressant. Pour le second, on a longuement hésité, on voulait plutôt "Primal Rage", un truc bien rentre-dedans. Au fur et à mesure du mixage, on est allés finalement sur "King Of The World" avec ce gros refrain.
Ivan : En termes de faisabilité de vidéo et d’idées qu’on avait avec un comédien, on était plus sur "King Of The World". Quand tu es indépendant, tu dois souvent jongler avec l’aspect financier et les décisions qui en découlent, changer ton fusil d’épaule. Il y a eu le COVID aussi. On était plus au clair sur ce que l’on voulait faire avec ce titre qu’avec les autres.

On se fait un titre par titre en un seul mot ? "I Fall Again"…
Adrian : Brut.
Ivan : Direct au but, taillé pour la scène.

"Primal Rage"…
Adrian : Violent.
Ivan : Torturé.

"That’s How I’ll Face The End"…
Ivan : Américain.
Adrian : TREMONTI. Nos influences.
Ivan : Pour la petite histoire, on avait proposé ce titre en featuring à Marc Tremonti. Il a été élogieux. Ça a failli se faire. Il était à fond. Ça n’a pas matché au niveau emploi du temps. Si on avait été plus gros, ça aurait pu passer !

"The Only Truth"…
Adrian : Aérien, rock’n'roll, fun à jouer.
Ivan : Mon fils, je l’ai écrite pour mon fils.

Quelle chanson du nouvel album représente le mieux le groupe ?
Adrian : Notre premier single, je pense. C’est un bon résumé.
Ivan : Moi aussi, je pense ça. C’est ce que je ferai écouter en premier à quelqu’un qui ne connaît pas le groupe.


"Your Way To Kill" est une ballade. quelle est celle que vous préférez, tous groupes confondus ?
Ivan : Cette chanson de SCORPIONS, "Send Me An Angel" (il chante le refrain). J’ai emballé sec avec (rires).
Adrian : "I Won’t Hold You Back" de TOTO. J’hésite aussi avec "I Don’t Want To Miss A Thing" d’AEROSMITH.

Jelly Cardarelli, votre batteur, s’est chargé du mixage et du mastering de l’album. Comment expliquez-vous ce choix ?
Ivan : Avec Symerhis. Ils sont deux. Ce sont des amis inséparables. Pour « Unstoppable », le mixage s’est fait avec François Maxime Boutault et on était en co-production avec lui sur le second album. Quand on a commencé à travailler sur "Life Will Always Find Its Way", ça n’a pas donné ce que l’on voulait malheureusement. Malgré l’acharnement des uns et des autres, cela n’a rien donné. On s’est séparés. On a donc cherché quelqu’un à l’étranger, on a envoyé le morceau à celui qui avait bossé avec GODSMACK et d’autres. Il nous a renvoyé de la m… à 700 dollars. Après ça, en décembre 2020, on s’est retrouvés un peu dans la mouise pour ne rien te cacher. Là, Jelly nous a fait écouter des mixes qu’il avait fait pour Lalu. On lui a demandé de nous sauver la vie (rires). Il a mixé avec son pote et nous a rendu un travail énorme. Le meilleur de ce que l’on n’avait jamais eu ! Donc, feu !!! On lui a donné le travail. On est restés en famille !
Adrian : L’autre avantage aussi, c’est que Jelly est dans le groupe et sait comment on sonne sur scène. C’est un avantage. Il sait là où l'on veut aller. On peut aller dans les détails. C’était un confort de pouvoir bosser dans ces conditions.

Vous allez jouer au Hellfest prochainement. Ça vous fait quel effet ? La set-list est prête ? Qu’y a-t-il d’autre de prévu pour le groupe ?
Adrian : On a hâte. On est excités à l’idée de jouer là-bas. C’est un honneur. On va axer la set-list sur le second album
Ivan : On joue en deuxième sur la Mainstage 2. On va aller droit au but. Coup de poing dans la gueule. On a 30 minutes pour convaincre. C’est comme avec TREMONTI. Grosse .ergie. Sur les autres festivals, comme le Rock Fest en Espagne, on aura une heure. On a envie de jouer l’album en entier. On va faire le Wacken Open Air et un gros truc qui sera annoncé fin août !

Quels liens avez-vous tissés avec Mark Tremonti ?
Adrian : C’est ma plus grosse influence musicale. Depuis 15 ans. Ça a tout de suite matché en tournée. Il était présent pour nous. Le second soir, il portait un T-shirt du groupe, on était ravis. Il nous encensait, disait au public d’aller nous acheter du merch’, de nous suivre, qu’on allait aller loin. Backstage, c’était pareil. Son équipe n’avait pas vu ça depuis longtemps.
Ivan : Lui et son équipe ne croyaient pas que nous étions ensemble depuis trois dates. Ils pensaient que l'on tournait depuis des années. Adrian et Flo (Mérindol) sont de super gratteux. Marc est un gros bosseur. Ils jouaient ensemble et partageaient des plans. Un truc s’était créé. Il nous invitait dans sa loge. A Amsterdam, sur la dernière date, il nous a donné ses coordonnées personnelles. Il nous a invité à dîner si nous passions à Orlando. On s'envoie des messages de temps en temps, des news. Il est formidable.

Ivan, ton top 3 des chanteurs qui t’ont influencé ?
(sans hésitation) James Hetfield, Phil Anselmo et Mike Patton.

Et toi, Adrian, pour les guitaristes ?
En premier : Marc Tremonti, Eddie Van Halen et Steve Lukather.

Ivan, avec qui rêverais-tu de chanter en duo ? Une personne vivante et une plus parmi nous, hélas...
Corey Taylor, et pour les disparus, j'aurais bien aimé chanter, pour le côté fun et rock'n'roll, avec Lemmy.

Et toi Adrian, dans quel groupe ou avec quel artiste aimerais-tu réaliser un solo de guitare ? Hormis Marc Tremonti (rires)...
Adrian : Ah, c’est dur. Je réfléchis...
Ivan : Moi, j’ai une petite idée. Je te verrai bien poser un solo chez AVENGED SEVENFOLD.
Adrian : Ah ouais, grave ! C’est une grosse influence, en plus !

Une question politique. C’est bientôt l’arrivée d’un nouveau Président de la république. Que souhaiteriez-vous pour la culture française ?
Adrian : En restant gentil, mettre en avant le rock et le metal par le biais d'un de ses collaborateurs. Une station de radio FM dédiée.
Ivan : Essayer de nous mettre un ou une ministre de la Culture qui ne disparaît pas dès qu’on lui pose des questions. Notre Roselyne a été évanescente, on va dire. Elle a de jolis costumes colorés mais n’a pas beaucoup été là ! Après, on est un pays où les artistes sont relativement protégés avec l’intermittence. Les Anglo-Saxons, ce n’est pas trop le cas. On le voit avec nos connexions étrangères. Ils ne comprennent pas notre système d’intermittence. Le metal devrait être plus mis en avant. Regarde, le Hellfest a une réputation internationale. Et big-up à DREAM THEATER qui vient de recevoir un Grammy Award. Quand je vois, en Angleterre, Ed Sheeran faire un featuring avec BRING ME THE HORIZON, je trouve ça inspirant aussi ! On ne fera pas de featuring avec Patrick Bruel (rires), mais avec Joey Starr, ça pourrait avoir de la gueule.

Un petit jeu psychologique avant de terminer. Je vous donne une émotion, vous me donnez un groupe qui vous vient à l’esprit... La peur :
Adrian : KORN.
Ivan : CANNIBAL CORPSE.
Adrian : Ah, ouais. Ça fait peur, ça (rires).

La puissance :
Ivan : PANTERA.
Adrian : MESHUGGAH.

La violence :
Adrian : STRAPPING YOUNG LAD.
Ivan : J’en ai plein qui me tournent dans la tête. BEHEMOTH.

La mélancolie :
Adrian : LEPROUS.
Ivan : SKUNK ANANSIE. Il y a des trucs mélancoliques.

L’angoisse :
Ivan : Bernard Minet. Une forme d’angoisse (rires).
Adrian : MESHUGGAH. Je l’ai déjà dit.

L’euphorie :
Adrian : VAN HALEN.
Ivan : FEVER 333.

La vie en rose :
Adrian : TOTO, sans hésiter !
Ivan : SKILLET.

Pour terminer, une question qui conclut souvent mes entretiens. Quelle est votre addiction positive ?
Adrian : La guitare sans hésiter.
Ivan : Pour moi, c’est foutre le feu à un public sur scène !


Retrouvez le merchandising du DISCONNECTED en suivant ce lien : Disconnectedofficial.bigcartel.com
 

Blogger : Laurent Karila
Au sujet de l'auteur
Laurent Karila
Psychiatre spécialisé dans les addictions, ayant lui-même une addiction positive au metal depuis 1984. Auteur d'ouvrages spécialisés en médecine des addictions et d'ouvrages grand public ("On ne pense qu'à ça", "Une histoire de poudre", "ACCRO!" aux éditions Flammarion). Auteur des textes des albums de SATAN JOKERS ("AddictionS", "Psychiatric" et "Sex Opera") et d'autres groupes... Organisateur de Metal Diner chez son ami Olivier Andreani ("Le Cosi", Paris 5). Une nouvelle passion liée à l'écriture : chroniquer des albums avec une touche psycho-metalrock - Enjoy it, Children of Metal. Interviewer des artistes est aussi un plaisir (le face à face est mon activité quotidienne).
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