8 octobre 2022, 23:59

HYPOCRISY + SEPTICFLESH + THE AGONIST + HORIZON IGNITED

@ Lille (Le Splendid)

Quand l’ouverture des portes est à 18 heures, que le premier groupe est prévu sur scène à 18h15, que les changements de plateaux sont de 15 minutes pour une fin de concert à 23h, on peut espérer qu’il n’y aura pas d’imprévu car sinon, la soirée risque d’être compliquée pour caser 4 heures de musique. Lorsque nous arrivons peu après 18h, une longue file s’étire déjà devant Le Splendid dont les portes sont encore fermées. Logique, puisque les groupes sont arrivés avec trois heures de retard, ce qui décale d’autant le planning de la journée, mais heureusement, les balances se terminent à l’heure prévue de l’ouverture des portes. C’est donc avec quelques minutes de retard que nous rentrons dans la salle...

Avant que les Finlandais HORIZON IGNITED ne fassent leur apparition, on découvre une scène encombrée par le matériel de la tête d’affiche dissimulé sous un drap noir. Ce n’est donc qu'un petit bout de scène, au centre duquel trône la batterie et sur les côtés deux supports de drapeaux, qui reste libres pour les musiciens. Pour le moment, ce sont ceux avec le logo de HORIZON IGNITED qui y sont fixés de manière un peu négligée et en arrière-plan, leur backdrop duquel déborde celui de THE AGONIST et celui de SCEPTICFLESH. Espérons que malgré ce désordre apparent, les prestations et le son seront au rendez-vous car la soirée risque d’être longue. 

Comme cela ne fait que quelques minutes que les portes sont ouvertes, c’est devant un public clairsemé que le jeune sextet débarque après s’être frayé un chemin dans cette jungle de matériel. Après un début de concert avec "Beyong Your Reach" et "Servant" qui introduisent son second et nouvel album, « Toward The Dying Lands » sorti au début de l’été, on remarque que le groupe manque d’assurance sur scène. Cela n’est guère surprenant puisqu’il n’avait quasiment jamais donné de concert avant de débuter cette tournée européenne. Toutefois, si le son n’est pas optimal, HORIZON IGNITED réussit à partager avec le public un agréable moment avec son metalcore mélodique et une set-list qui fait la part belle à ce dernier album dont pas moins de six titres sont extraits. Le public encore peu nombreux ne s’y trompe pas et ne manque pas de le faire savoir entre les chansons lorsque le chanteur s’adresse à lui.


Pas de temps à perdre, juste celui de décrocher les drapeaux pour laisser place à ceux de THE AGONIST, de changer de caisse claire, un rapide linecheck et le tour est joué. 21h, c’est sur l’angoissante introduction de "Vertigo" que le groupe de Montréal débarque sur scène. Immédiatement, s’ils n’ont pas plus de place que les Finlandais, on voit que les anciens partenaires d’Alissa White-Gluz maîtrisent bien mieux la scène et sont rompus à l’exercice. Leur entrée est soignée et le public est immédiatement pris à la gorge. Pendant trois quarts d’heure, les Québécois vont dérouler leur programme devant un public qui se fait plus dense. A l’exception de "Perpetual Notion" extrait de « Eye Of Providence » (2015), premier album qui marque l'arrivée de Vicky Psarakis au chant, la place est largement laissée au dernier EP en date, « Days Before the World Wept » (2021), quatre des cinq titres qu’il comporte sont joués. Le reste laisse une place honorable au dernier album « Orphans » (2019), "Blood As My Guide" étant le 2e titre joué avant que plus tard ne soit interpété la chanson-titre du disque.
Malgré un professionnalisme indéniable, on pourra regretter que bien que les bandes et samples soient nécessaires à la restitution de certaines ambiances, orchestrations et chant doublé pour les chœurs, Vicky ne fasse pas l’effort de faire au moins semblant pour donner l’illusion plutôt que de laisser le doute planer sur sa réelle performance vocale. Malgré cela et une caisse claire bien trop forte, la prestation reste correcte et de qualité.


De manière tout aussi millimétrée que lors du précédent changement de plateau, la scène fait peau neuve en l’espace de quinze minutes pour laisser place au décor des Grecs SEPTICFLESH. Entre-temps, la salle s’est largement remplie des nombreux amis du chanteur-bassiste venus soutenir le groupe. D’ailleurs, plusieurs personnes sont surprises que SEPTICFLESH ouvre pour HYPOCRISY et pensent que si cela avait été l’inverse, l’affluence aurait été bien plus importante... Mais c'est la tournée du groupe de Peter Tägtgren. En attendant, si le balcon n’est pas ouvert, c’est bien plus de 500 personnes qui remplissent le Splendid pour un concert que les fans attendent avec impatience. Pour le moment, aucune fausse note dans le timing et c’est donc à l’heure prévue que les quatre musiciens font leur apparition sur scène. La set-list du groupe est axée sur quatre des cinq derniers albums : « Modern Primitive » (2022), « Codex Omega » (2017), « The Great Mass » (2011) et « Communion » (2008). Si nous pouvions nous attendre à ce que le dernier sorti en mai dernier soit mis en avant, il n’en est rien car seuls trois titres sont joués. Ils n’occupent même pas une place particulière dans la set-list qui ressemble à une sorte de "best of" de ces quatre albums.


Nous assistons toutefois, à une prestation efficace au cours de laquelle les titres s’enchaînent naturellement. Si le groupe s’éclipse régulièrement, ce n’est que pour laisser l’introduction mettre en place l’atmosphère du morceau suivant et leur permettre de refaire leur apparition avec des « Hello my friends » qui galvanisent un public conquis dont les plus fervents adorateurs obéissent au doigt et à l'œil du charismatique maître de cérémonie, Spiros "Seth Siro Anton" Antoniou. Si, comme pour THE AGONIST, on peut regretter l’importance des bandes enregistrées, elles n’en sont pas moins incontournables du fait des nombreuses orchestrations qui ne peuvent être reproduites sur scène par les quatres musiciens. Un concert de SEPTICFLESH est une sorte d’expérience mystique. Pendant près d’une heure, le groupe conte l’histoire d’un explorateur parti à la découverte d’une pyramide perdue en plein désert, érigée dans des temps anciens pour l’adoration d’un dieu mystérieux. Déambulant dans le dédale des galeries ornées de fresques artistiques inquiétantes, l’explorateur finit par découvrir une salle où trône une sorte de pape martyr. Victime d’un sort lancé par un nécromancien, l’imprudent finit par perdre la tête au point d’entrer en communion avec Anubis.


Le temps de se désensorceler, le public se prépare pour une nouvelle aventure musicale, que les Suédois HYPOCRISY vont se charger de lui raconter pendant l’heure et demie qui suit. Alors que les techniciens s’affairent sur scène, le bazar laisse place au décor d’HYPOCRISY. La batterie trône sur un piédestal qui lui donne l’impression d’être montée sur le flanc d’une pyramide à degrés sud-américaine qui apparaît sur le backdrop du fond de la scène. Il ne fait donc aucun doute que le groupe va chercher à nous emmener dans une expérience qui nous laissera l’impression d’un voyage au cœur de son dernier album, l’objet de cette tournée européenne. C’est avec le "Rock'n'Roll Train" d’AC/DC que nous sommes emmenés dans le Poudlard de HYPOCRISY pour honorer un nouveau culte. Si le public est immédiatement plongé dans l’ambiance avec "Worship", la chanson titre de l’album sorti en novembre 2021, c’est un voyage à travers l’intégralité de la discographie du groupe que nous allons découvrir. Peter Tägtgren, le guitariste leader, trône bien évidemment au centre de la scène. Son fidèle lieutenant, Mikael Hedlund, se place naturellement à sa droite.


A sa gauche, le guitariste Tomas Elofsson et derrière la batterie, Henrik Axelsson. Après cette puissante entrée en matière, où dans une ambiance bleutée est invoqué le dieu du metal, le ciel s’embrase pour venir débarrasser notre monde des dévots adorateurs de divinités inférieures qui prostituent les esprits de leurs sermons toxiques. Jusqu’à la fin, il est toutefois difficile de ne pas juger la prestation du père Tägtgren dont le sermon linéaire et statique commence à être long jusqu’au chapitre final. Quand vient le rappel, l’orientation des rayons du soleil viendra néanmoins réchauffer quelque peu l’ardeur du public.

Du point de vue du spectacle, il est regrettable que HYPOCRISY et SEPTICFLESH ne se soient pas entendus pour proposer une co-tête d’affiche. Cela aurait grandement contribué à faire de cette tournée un plateau d’exception. Côté technique, cette soirée est une belle réussite car si l’on considère les trois heures de retard des groupes, le planning a parfaitement été respecté. En cela, la grande réussite de cette soirée en revient en grande partie aux techniciens de la soirée.


Photos © Julien Cambien (l'Etage - Rennes) - Portfolio.

Blogger : Bruno Cuvelier
Au sujet de l'auteur
Bruno Cuvelier
Son intérêt pour le hard rock est né en 1980 avec "Back In Black". Rapidement, il cultive un vif intérêt pour le heavy metal et ses ramifications qui l’amèneront à devenir fan de METALLICA jusqu'au "Black Album". Anti-conformiste et novateur, le groupe représente à ses yeux une excellente synthèse de tous les styles de metal qui foisonnent à cette époque. En parallèle, c'est aussi la découverte des salles de concert et des festivals qui le passionne. L'arrivée d'Anneke van Giersbergen au sein de THE GATHERING en 1995 marquera une étape importante dans son parcours, puisqu'il suit leurs carrières respectives depuis lors. En 2014, il crée une communauté internationale de fans avant que leur retour sur scène en juin 2018 ne l'amène à rejoindre HARD FORCE. Occasionnellement animateur radio, il aime voyager et faire partager sa passion pour la musique.
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