60 ans ce n’est pas la moyenne d’âge des membres de SCORPIONS, c’est le total au compteur de sa carrière, qui a enterré tant de concurrents, traversé tellement d’époques où les modes se disputaient pour les coloris les plus fous ou les expérimentations capillaires à faire pâlir tant de coiffeurs. Et à présent pour leur jubilé les voici de retour, un « Coming Home Live », à la maison, à Hanovre, pour un concert événement.
C’est tout en douceur que le groupe attire notre écoute, jouant un "Coming Home" de circonstances. On retrouve ces sensations typiques que procurent les riffs du groupe depuis toujours, Klaus Meine appose sa voix séculaire qui défie les défis du temps sur son âge. Sa gestuelle en revanche montre l’inverse, il est statique telle une statue grecque, mais peu importe. Arrive "Gas In The Tank", seul représentant ce soir des dernières années mais dont le groove est authentique et passe crème.
L’ambiance est posée. Place à une salve de hits issus des albums phares « Animal Magnetism » et « Lovedrive ». On va monter d’un cran vous vous en doutez. "Make It Real" déjà, puis l’inénarrable "The Zoo", qui lâche ses riffs de panthère évoluant avec un style que tous n’arrivent pas à reproduire, vibrations de Jabs tandis que s’échine Rudolf, et ces envolées de Klaus, mmm… on se régale, on revient dans une bascule hard rock de l’aube des années 80. Quand je dis qu’ils ont su s'adapter à toutes les époques, SCORPIONS le confirme, lâchant l’instrumental "Coast To Coast" qui donne une chair de poule de tous les diables.
Encore tous émoustillés on se prend un medley 70s, "Top Of The Bill" / "Steamrock Fever" / "Speedy’s Coming" / "Catch Your Train". Incroyable. Les puristes auront pigé que nous avons là un représentant de chacun des 5 premiers albums, le SCORPIONS qui fut consacré par un autre live mythique : « Tokyo Tapes ». Un passage non attendu tant les Allemands sont surtout connus pour les hits datant le l’ère jeans serrés et soli pour amoureux. Un beau moment d’émotion respirant un âge injustement oublié. Puis la DeLorean rebondit alors qu’on rêverait d’un "In Trance" en bonus, et on est secoués par "Bad Boys Running Wild", avec ses rythmiques badass et ses cordes huileuses qui virevoltent, le chant de Klaus faisant presque intimiste en contrepoint. Le public est à fond, logique. "Delicate Dance" s’offre de belles guitares aériennes surfant sur un mood à la Satriani.
Le voyage hommage se poursuit. Le diptyque qui ne pourra plus jamais être ôté de l’écho de la révolution de 1989 qui abattit le mur de la honte surgit. "Send Me An Angel", puis "Wind Of Change", nous tire plus d’une larme, l’envie de se tourner vers son voisin pour l’embrasser nous démange. Ou comment une bienveillance bouddhiste peut être portée par de la musique rock. Mickey Dee, transfuge de feu MOTÖRHEAD est salué par la même occasion. Bravo maestro.
"Loving You Sunday Morning". On revient à un rock plus ancien, mâtiné autant d’influence pattes d’eph’ que de néons bleus et roses. Quel groove, électrique et hypnotique à souhait. Dans cette dernière ligne droite SCORPIONS choisit de nous bénir d’extraits de l’album phare « Love At First Sting », qui avec 6 chansons, sera le plus représenté. "I’m Leaving You" déboule, bien nerveux, magnifiquement chanté. Place au moment de gloire de Mickey Dee et son solo de batterie, avant la poursuite sur "Tease Me Please Me". Ni l’âge, ni l’heure, rien ne semble pouvoir les arrêter. Nouvel épisode électrique sur "Big City Nights", un refrain qui fait le plaisir de tous et qui a la saveur de notre adolescence. Puis retour de la chair de poule... "Still Loving You". Évidemment que nous les aimons toujours les petits gars de Hanovre.
C’est le rappel...
...On se prend "Blackout" en sortant les fourchettes pour les yeux et en hurlant merci. Plus d’une heure trente après, SCORPIONS s’accroche à la scène, soucieux de nous, "Rock You Like a Hurricane". Dernières frappes, derniers cris, derniers riffs... comment imaginer l’après SCORPIONS ? 60 ans et autant de souvenirs brillants pour chacun d’entre nous, un double live gravé dans la pierre de l’histoire, mais qui ne laisse pas de marbre.