
Si la musique des BIRDS OFF PARADISE porte en elle la trace de ses prestigieux ainés (AEROSMITH, VELVET REVOLVER…), elle n’est en aucun cas une redite de ce qui les a précédés. Plutôt l’expression d’un héritage génétique de haute qualité… qu’ils comptent bien exploiter à leur manière ! Et à cinq. Comme le nombre de titres qui composent leur tout premier EP : « My Apocalypse ». De jolies compos, parfaitement structurées, ambitieuses même. Solennelles, parfois. Et puis, il y a l’urgence. L’urgence de tout dire sur ce premier enregistrement, l’envie de tout mettre, de vomir ce qu’ils portaient sur le cœur, jusqu’à l’ultime goutte de bile. Amère, forcément. C’est dense, empli de rage. Suffoquant. C’est beau, aussi, et lumineux. La complémentarité des deux guitares est remarquable ; les envolées brillantes. Quant à la voix du frontman – qui n’est pas sans rappeler physiquement Paul Rodgers… en plus grand – elle est tout simplement fulgurante. Visite du nid (douillet) des BIRDS du côté de Montpellier, pour rencontrer quatre de ses membres et faire le point sur la genèse de « My Apocalypse » comme sur leurs projets 2026. On attache sa ceinture et on se prépare au décollage. Direction ? Le Paradis… mais la feuille de route prévoit également un long transit en Enfer...
Vous avez un bien joli patronyme, les BIRDS OFF PARADISE… Quelqu’un m’explique les origines de votre nom ?
Lucas Rouanet : Littéralement, on pourrait le traduire par "les oiseaux hors du paradis". Et même pousser jusqu’aux "anges déchus", si on devait y mettre un sens plus religieux…
C’est le deuxième "F" du "OFF" qui fait toute la différence…
Sam Marechal : Exactement ! (rires) En fait, avant les BIRDS OFF PARADISE, Lucas, Allan Rouanet (guitare) et d’autres musiciens jouaient dans un groupe de reprises. Je les rejoignais moi aussi, de temps à autre. Et la meilleure, c’est que ce groupe s’appelait lui aussi BIRDS OF PARADISE… mais avec un seul "F" !
Lucas : Lorsqu’on s’est réunis, tous les cinq, on a décidé de conserver ce nom pour la simple et bonne raison qu’on n’a pas trouvé mieux.
Sam : Mais avec une modification de taille, puisqu’on y a tout de même ajouté ce "OFF". Un détail qui n’en est finalement pas un, puisqu’il ajoute de la profondeur à notre identité. Le premier était beaucoup plus léger.
Et d’où est venue l’envie, au moment de créer le groupe ? Quelles étaient vos ambitions ?
Sam : J’avais un vrai désir : réunir les différents talents que je côtoyais, autour de moi, pour qu’on puisse jouer ensemble la musique que j’avais en tête. J’attendais depuis des années de trouver les bons musiciens, ceux avec qui j’aurais envie de le faire. Mais il fallait qu’ils puissent transpirer ce que je ressentais… Je connaissais Lucas et Allan depuis une dizaine d’années, car c’étaient les potes de mon petit frère. Je venais souvent chez eux, eux chez moi, on se faisait des soirées et on échangeait des albums de rock…
Un chanteur, un guitariste, un bassiste… Le groupe n’était pas encore au complet…
Sam : J’avais décelé beaucoup de talent chez Lucas et Allan, puis j’ai rencontré Quentin Aubignac (guitare) au Centre de Formation Professionnelle de Musique, à Saint-Jean-de-Védas (NDLR : Hérault). Quand je l’ai vu, quand je l’ai entendu, j’ai tout de suite su que c’était LE guitariste qu’il nous fallait. Quant à Martin Giraud (batterie), je le connaissais d’un projet antérieur et j’avais gardé en mémoire son jeu bien rock et son grain de folie. Bref, c’est quelqu’un avec qui je voulais absolument travailler. Enfin, c’est aussi au CFPM que j’ai rencontré Fred Brerro, qui a joué un rôle très important dans l’histoire des BIRDS OFF PARADISE. On sortait, on faisait des jams, de la musique et il m’a bien souvent encouragé à poursuivre mon effort. Il m’a aussi enregistré quelques fois, pour me mettre le pied à l’étrier. Bref, il a lui aussi joué un rôle majeur dans toute cette aventure.
Rôle qui n’a cessé de s’amplifier, puisque c’est bien Fred Brerro qui vous a enregistré…
Lucas : Fred, c’est notre ami, notre ingé son, mais c’est aussi le 6ème membre des BIRDS. Il n’y a pas que des musiciens, dans un groupe, mais une multitude de personnes qui permettent précisément au groupe d’exister. Il avait monté le Southhill Studio avec l’ami Christophe Gras, du côté de Lansargues (Hérault) et ils nous ont permis d’enregistrer à moindre frais. C’est ensuite Aymeric Desmots, 7ème membre du groupe, qui a mixé l’EP. Quant à Fred, il a également joué les rôles de producteur et de Directeur Artistique. Il nous a vraiment aidé, car nous étions un peu perdus face à tous nos morceaux, toute cette masse de musique. Il nous a permis de nous organiser, de nous coordonner et de faire des choix. Il nous a aussi poussé dans nos retranchements. Clairement.
Sam : Et puis, il a aussi une idée très précise de la façon de sonner. Il possède une vraie culture rock, classique et moderne à la fois. Tout ce qui est ROYAL BLOOD, Jack White… Il nous a apporté une nouvelle dimension, des sons et des arrangements différents de ceux vers lesquels nous nous serions tournés.
Allan Rouanet : Si on veut être honnête, on peut même attribuer la naissance des BIRDS au fait de pouvoir enregistrer dans son studio. Car finalement, on a créé le groupe pour enregistrer notre tout premier morceau au Southhill. C’est le moyen qu’on avait trouvé pour tester au mieux notre formule, pour voir si ça fonctionnait. C’était en mai 2019, et cette première chanson s’appelait "Nobody’s Bitch"…
« À la manière des VELVET REVOLVER, on se retrouve embarqué dans une locomotive lancée à toute vitesse. Car il y a quelque chose qui transpire l’urgence dans chacun de nos morceaux, au point d’aller parfois plus vite que la musique, de devancer les temps. » - Lucas

Tout un programme ! Et quelles étaient vos influences au moment de pondre ce morceau ?
Sam : Quand j’ai commencé à composer, j’étais vraiment monomaniaque : VELVET REVOLVER, SLASH’S SNAKEPIT, les vieux AEROSMITH… Et puis, les influences se sont multipliées. Sur certains passages de "My Apocalypse", j’entends ainsi le doux murmure de THE WILDHEARTS. Et on avait déjà découvert ROYAL REPUBLIC quand on a composé "Old Fashioned". On peut avoir un petit côté fantasque, nous aussi. Notamment à la fin supposée de ce morceau, quand ça repart alors que l’on croit que c’est mort, puis que ça devient solennel…
Lucas : Pour l’instant, la composition est presque à 100% assurée par Sam. Et comme c’est un gros mélomane, on obtient au final un sacré Gloubi-boulga ! (rires)
Et les grands classiques : LED ZEPPELIN, DEEP PURPLE…
Sam : Forcément, tous ces groupes nous ont imprégné. Je suis un grand fan de AC/DC, de MOTÖRHEAD, mais on ne les entend pas réellement dans notre musique. RAINBOW, les STONES : toutes ces formations ont posé des jalons, mais c’est tellement assimilé qu’on n’y fait même plus attention.
Quel est votre état d’esprit, maintenant que votre tout premier EP est sorti ?
Lucas : Tisane et suppo ! (rires)
Sam : On est soulagé et on a hâte de le faire découvrir à un maximum de personnes, pour voir comment il va être accueilli…
Lucas : On se demande également si les gens vont bien comprendre notre musique, forcément.

De quoi parle « My Apocalypse » ? Explorez-vous des thématiques en particulier ?
Lucas : Il y a pas mal de questionnements, d’introspection. D’expériences personnelles et de ressentis. Mais honnêtement, je pense qu’on peut dire que tous les titres parlent d’un sentiment qui relève plus du négatif que du positif.
Sam : Sur "Breathe Again", on fait un constat existentiel un peu déplorable, même si l’espoir demeure. Il faut être réaliste : le rapport au monde est totalement déséquilibré, selon les endroits de la planète où l’on se trouve. Quant aux occidentaux, ils ont désormais moins d’enfants. Forcément, on se demande ce que l’on va bien pouvoir leur proposer... J’ai essayé de synthétiser ça en moins de 4 minutes. C’est rentre-dedans et le titre constitue une bonne entrée en matière dans l’univers des BIRDS. Ça donne également la couleur de l’EP, qui est très oppressant.
Lucas : À la manière des VELVET REVOLVER, on se retrouve embarqué dans une locomotive lancée à toute vitesse. Car il y a quelque chose qui transpire l’urgence dans chacun de nos morceaux, au point d’aller parfois plus vite que la musique, de devancer les temps.
Et pourquoi avoir placé "Breathe Again" en tête de liste de votre EP ?
Sam : Les autres morceaux sont plus longs, avec des parties parfois alambiquées ; bref, ils empruntent d’autres chemins. Celui-ci va à l’essentiel : il est direct. Et pour tout dire, ça fait longtemps que je n’avais pas entendu un morceau qui contient autant de rage. Je le trouve particulièrement pertinent vis-à-vis de notre époque.
Quels sont les morceaux plus tourmentés et plus complexes dont tu parles ?
Sam : "My Apocalypse", bien sûr, mais aussi et surtout "Deadly Sins". J’avais la musique de ce morceau sur mon disque dur depuis un bon moment, mais je ne parvenais pas à écrire des paroles qui me conviennent. J’ai donc envoyé le son à Lucas et il est parvenu à sortir des carcans que je m’impose. Le chant occupe une place incroyable, passant d’un flow très scandé à un rythme plus lyrique. C’est un morceau étonnant ; il y a beaucoup de choses à écouter…
Lucas : Quand j’ai reçu la musique de "Deadly Sins" dans ma boîte mail, je me suis demandé ce que cela m’inspirait. C’est un morceau étouffant. Suffoquant, même. J’ai pensé à l’Enfer, à un Démon qui pousserait au vice et égrènerait les 7 péchés capitaux. Le rythme est carrément diabolique : ça ne s’arrête jamais. On n’a pas le temps de respirer. On s’est d’ailleurs tous demandé si on devait temporiser… mais on ne l’a pas fait. Et à chaque fois qu’on enregistrait un nouveau truc, on se disait que l’ingé son gèrerait ! (rires)
Allan : En live, c’est un vrai défi. On n’a pas été gentil du tout. Mais tous les morceaux des Birds sont rapides. On retrouve cette notion d’urgence qui n’est pas seulement infligée aux musiciens, mais aussi aux auditeurs. On est vraiment obligé d’écouter, on court après le flow…
Lucas : Sur la partie rappée, pendant le solo, il y a des percus de conga, du güiro et une basse omniprésente, j’en profite pour avoir un discours un peu plus moralisateur : il faut arrêter d’être hypocrite, cesser d’être faible et paresseux. Essayons d’être plus raisonné, plus constructif et renonçons à alimenter ces 7 péchés capitaux. Il ne faut pas céder à la tentation. Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons mieux vivre ensemble, dans un monde meilleur.
Vaste projet ! Serait-ce sa mise en œuvre qui conduit à "My Apocalypse" ?
Sam : Hum… Pas impossible. Ce morceau revient sur une période de ma vie. C’était il y a sept ans de cela. J’étais en couple, tiraillé entre l’envie de me poser et de créer quelque chose à deux et celle de ne penser qu’à moi, de profiter de toute sorte d’excès. Et c’est précisément à ce moment que "Mon Apocalypse" est arrivée… mon renouveau.
Lucas : On parle beaucoup de toutes ces choses qui nous tiennent à cœur. On exprime nos ressentis, nos craintes et nos angoisses. On y met vraiment toute notre âme : on a besoin de ça, de dire ce(ux) qu’on est.
Sam : Le morceaux se décompose en deux tableaux. La première partie est très dense, il se passe plein de choses, mais la voix fait le lien parmi toutes ces informations.
Allan : Et à un moment donné, la posture du narrateur évolue. On utilise alors l’allégorie de la chenille et du papillon pour illustrer ce moment. On passe à travers un mur et il se passe quelque chose : la transmutation. Il y a rupture.
Quentin Aubignac : On se retrouve alors dans le deuxième tableau, avec des passages très solennels, avant que n’arrive le long solo. D’ailleurs, je remarque qu’on utilise très souvent ces parties de guitare instrumentales comme une antithèse, dans nos morceaux. Elles jouent presque un rôle de "révélateur"…
Lucas : Dans nos lyrics comme dans notre musique, il n’y a jamais une simple thèse, une seule direction. On explore aussi sa contrepartie, son paradoxe. C’est nécessaire d’aller également visiter "l’autre côté".
C’est également ce que vous avez fait pour "Loosin My Mind" ?
Sam : J’étais dans une obsession liée à une séparation. Quelque chose de malsain que je n’avais jamais fait et que je n’ai d’ailleurs jamais reproduit depuis. Du genre me rendre en bas de chez elle, pour voir si elle avait un autre homme… Je perdais complètement l’esprit et ça allait de mal en pis. J’étais perdu dans ma boucle, incapable de passer à autre chose.
Et comment tu t’en es sorti ?
Lucas : La garde à vue, ça lui a fait du bien ! (rires)
Sam : Au bout d’un moment, tu te résignes. Ces obsessions sont épuisantes, le corps se met en mode protection et, peu à peu, on lâche l’affaire. On ne s’est pas revus pendant deux ou trois ans, avec cette nana, mais on est devenu super potes depuis. C’était des passions de jeunesse, trop d’émotions. Mais je suis content du morceau et je pense que je vais lui faire écouter…
Lucas : Avec une enceinte, en bas de chez elle et en pleine nuit, tu lui hurleras : "regarde ce que j’ai fait pour toooiiiiiiiii !" (rires)
C’est en effet une excellente idée ! Et quid du solo pour illuminer cette histoire un peu sombre ?
Allan : Même si je ne suis pas l’auteur des paroles, je sentais bien que "Loosin My Mind" avait une saveur particulière pour moi. J’étais en couple avant les prises de son… et je ne l’étais plus au moment de l’enregistrement. Avec le recul, et même si ce n’était pas la femme de ma vie, c’est quelqu’un à qui je tenais beaucoup et qui m’a pas mal remué. Toute cette émotion liée à la rupture a transpiré dans ce solo. Il y avait une partie écrite et une autre improvisée qui s’inscrit et s’appuie entièrement sur ce sentiment de dissolution…
« Finalement, peut-être qu’on est des anges tombés du Ciel pour prêcher la bonne parole ? Aujourd’hui, on est plus dans une ère de la sobriété et ce n’est pas plus mal, non ? » - Lucas

Des lyrics plutôt réalistes, des constats et des expériences qui ne sont pas toujours gais, mais on sent l’envie d’en découdre et de surmonter une certaine difficulté à exister… J’ai tout bon ?
Sam : Ma première idole, ce fût Iggy Pop. Lemmy a suivi, puis les GUNS N’ ROSES et MÖTLEY CRÜE. Leur biographie m’a retourné dans tous les sens. J’aurais donné n’importe quoi pour vivre The Dirt ! Leur musique ne prenait du sens que parce qu’ils avaient ce mode de vie ; il fallait qu’ils trouvent une échappatoire à leur marasme… et je ressentais quelque chose de très similaire. Pour jouer leur musique, il fallait avoir une vie complètement dissolue, la vivre jusqu’au fond des os, sans quoi ça perdait tout son sens…
Allan : Je n’ai jamais trop été dans la débauche d’alcool ou de drogue. Je m’amuse avec, mais je ne suis pas quelqu’un d’autodestructeur. Le flirt que j’entretiens avec le danger passe par le sport. Je pratique le kite surf depuis très longtemps, à une époque où le risque était bien présent. Je fais aussi du snowboard, de la descente en vélo, du BMX, de l’escalade et de la moto. Je joue également aux Dames et aux Échecs et je me suis rendu compte qu’il y avait une part d’adrénaline dans ces jeux qui me rendait complètement accro. Le fait de se mesurer à quelqu’un et de relever un défi : tenter de le battre sans savoir si on va y parvenir. C’est assez grisant. Un vrai shoot ! (rires) Pour ce qui est du sport, j’ai eu la chance de ne pas trop fréquenter les hôpitaux, car je ne vais pas jusqu’à chercher la rupture.
Sam : Ça se rejoint dans la recherche de sensations un peu extrêmes. Je n’étais pas non plus dans la destruction pure et dure, plutôt à la recherche de sensations qui me permettaient de me sentir vivant.
Lucas : Pour moi, il y a un avant et un après. Il y a eu un moment où j’ai pris conscience que je déplorais cette attitude qui prônait l’autodestruction. Je n’en voulais pas tant aux groupes qu’à ceux qui capitalisaient sur cette image pour vendre. C’est quand même triste de porter ça en exemple. Je ne souhaite évidemment cela à personne, car ce sont bien souvent des plaies que l’on doit soigner à vie, mais j’estime qu’on vaut mieux que cela. C’est pour ces raisons que je ne suis ni dans l’excès, ni dans l’exubérance. Finalement, peut-être qu’on est des anges tombés du Ciel pour prêcher la bonne parole ? (rires) Aujourd’hui, on est plus dans une ère de la sobriété et ce n’est pas plus mal, non ? J’ai toujours aimé l’aventure, faire du stop, la nuit, avec mon sac à dos et mon chapeau. J’ai beaucoup voyagé ainsi et je suis même parti à Los Angeles il y a quelques années de cela, trois mois durant. Avec une guitare et quelques affaires. C’est ainsi que je me sens vivant. Quitte à fuir certaines choses, mais la démarche reste constructive.
Quentin : Et puis, on a des objectifs, on a des ambitions, et on est tous bien conscients du fait qu’on ne les atteindra pas si on a un comportement autodestructeur. Au contraire, on est là pour créer et pour construire !
Bien dit ! Et vous construisez votre avenir à cinq. Pas trop compliqué à gérer, toutes ces personnalités ?
Sam : C’est encore la Formule GUNS, THIN LIZZY ou AEROSMITH. Je voulais vraiment qu’il y ait deux guitaristes, car leur travail est complémentaire. On bosse les harmonies…
Lucas : C’est aussi plus dur de sonner en live, car le son est plus complexe à gérer.
Quentin : Ça demande plus d’organisation, mais c’est aussi plus compliqué de tourner, car qui dit "cinq" dit aussi "plus gros cachet".
Sam : Ouais, c’est sûr, mais bon, on aurait pu être un groupe de ska avec trois cuivres et deux percussionnistes… (rires)
Lucas : Pas bête ! On fera ça sur le troisième album ! (rires)
Les prises de décision semblent collégiales, dans le groupe, mais y a-t-il tout de même un leader ?
Sam : Il y a des décisions qui sont prises par un petit noyau, notamment pour tout ce qui est administratif, des directions que nous choisissons d’emprunter plutôt que d’autres, mais tout le monde donne son avis. On est vraiment dans la concertation.
Lucas : Pour ce qui est de la musique, le dernier mot revient au compositeur, logiquement… enfin, après discussions ! (rires) Sam est le principal compositeur, évidemment, mais rien n’est arrêté. J’ai par exemple écrit "Deadly Sins" et on est coauteurs de "Breathe Again". J’ai mis des paroles sur la musique, Sam les a réarrangées pour que ça colle mieux à l’esprit du morceau et ça a très bien fonctionné : c’était évident.
Sam : On galérait depuis longtemps sur ce morceau et je sentais bien que ce n’était pas encore ça. La proposition de Lucas m’a ouvert une porte. Le fait d’avoir une ligne de voix a rendu les choses limpides. Il faut savoir que nos morceaux sont très denses et, en l’espèce, la musique était écrite avant les lyrics. Le couplet, au chant, devait donc faire tant de mesures. Ça rajoute une contrainte… et ça devient vite très compliqué ! (rires)
Vous procédez toujours ainsi ?
Lucas : On essaye désormais de faire laboratoire commun plutôt que chacun dans son coin. On avance plus vite ainsi et ça donne plus de couleurs à l’ensemble.
Sam : C’est vrai qu’on essaye de changer notre façon de faire sur les nouvelles compos. Nos prochains enregistrements devraient donc être plus simples, car les morceaux seront déjà aboutis au moment d’entrer en studio.

De l’extérieur, les BIRDS OFF PARADISE semblent être composés d’individus bien différents les uns des autres. Un agglomérat de personnalités qui fonctionne – pourtant – très bien. Comment vous l’expliquez ?
Lucas : Tout est dit dans le titre de l’EP : « My Apocalypse » ! Les BIRDS, c’est un mélange d’arômes. Tu te dis que ça ne va jamais marcher et puis tu distilles, tu fais passer le tout dans le bon tuyau et tu chauffes à la bonne température… et ça te sort un super truc ! (rires)
Quentin : Une sorte de bing bang et de rencontre de particules qui donne naissance à tout un univers…
Sam : Heureusement, aucun de nous n’a trop d’ego. Ça permet de faire les choses sans prises de tête majeure. On parle, on cherche des solutions tous ensemble et, surtout, on se met tous au service de la musique. On joue les uns avec les autres, sans se marcher sur les pieds, en harmonie.
Quentin : Notre force, c’est vraiment notre amitié. C’est clairement grâce à ça qu’on avance tous ensemble.
Sam : Oui, il faut en profiter ! Si on devient des superstars du jour au lendemain, je vais avoir des appels dès que la SACEM va tomber ! Genre : "là, tu vois, c’est bien moi qui faisait le solo"… (rires)
Pas sûr que ça arrive, tant vous semblez soudés…
Lucas : C’est un groupe où chacun est libre de venir avec ses idées, où chacun peut les proposer… mais Sam dit tout le temps "non" ! (rires)
Allan : Ce qui est compliqué, c’est que les morceaux de Sam nous vont très bien. Ils ont du vécu ; ils ne sont pas "neufs" comme ceux que je peux apporter. Je n’ai d’ailleurs pas retouché certaines de ses parties de guitare depuis la maquette.
Intéressant… Cela pourrait signifier que tu es un guitariste contrarié, Sam ? Tu en penses quoi ?
Sam : J’en pense que ce n’est pas faux. Mais pour moi, la guitare est d’abord un instrument pour composer ; d’ailleurs, je ne fais jamais de solos. En fait, je me suis retrouvé à la basse dans mon tout premier groupe et j’ai poursuivi dans cette voie. Mais j’aime beaucoup la six cordes et je pense que j’aimerais bien jouer de la guitare dans un groupe, un jour ou l’autre…
Allan : Ça veut donc dire s’acheter du matos, s’accorder sans arrêt… (rires)
Comment vous définiriez la musique des BIRDS ?
Sam : Volcanique !
Allan : Je dirais "organique", dans le sens où ça vient de l’intérieur, des tripes… et ça sort ! On essaye de ne pas tout intellectualiser et de laisser le côté viscéral s’exprimer. "Volcanique" marche bien aussi : ça vient des entrailles de la Terre et ça jaillit vers l’extérieur…
Lucas : Clairement, quand on regarde la pochette de notre EP, on comprend que notre musique est un cri du cœur ! (rires)
« On fait dans un style qu’on ne sait pas trop définir autrement que comme du hard rock, mais on n’aime pas trop cette étiquette, car ça ne nous correspond pas. Tout de suite, on imagine quelque chose de has been… On n’est pas sleaze non plus ; bref, pas simple de se définir. » - Sam

Si on devait classer les BIRDS par catégorie, vous seriez plus rock, hard rock et même parfois blues que metal. Vous êtes à l’aise avec votre époque ?
Sam : Étonnamment, oui… d’autant que je suis archi-fan de metal !
Allan : Et quand il démarre la voiture, je lui dis souvent qu’il y a un bruit dans le moteur… alors que c’est juste le CD ou le MP4 qui démarre. (rires)
Lucas : Le metal, je ne connais pas assez, mais je peux t’assurer que j’ai bien assez de rage à l’intérieur. Même si j’ai parfois des angoisses, je suis quelqu’un de très calme. Je ne suis pas un sanguin et je ne vais pas rentrer dans les gens. Je suis plutôt comme une éponge, tout se cale à un endroit et tout sort quand je prends un micro.
Sam : C’est vrai que Lucas n’écoute pas de metal, mais quand il pousse la voix, tu sens toute la fureur, au fond…
Quentin : Je suis un peu comme Lucas. Je ne connais pas tant que ça le metal. Ce n’est pas que ça me déplaise, mais je ne m’y suis pas encore trop intéressé. Disons que je me retrouve plus dans le rock, j’aime quand c’est ouvert et que ça peut jammer, sans savoir où ça va partir…
Allan : Il y a trois périodes qui m’ont vraiment marqué : d’abord METALLICA, avec « Ride The Lightning » ou le « Black Album », puis les DEFTONES, LINKIN PARK ou encore KORN. Ça, c’est vraiment ma came. Et puis, j’écoute aussi des choses plus modernes, plus élaborées : du djent ou du mass metal, des groupes comme TEXTURES, par exemple. Mais tout ce qui est purement doom ou death, il y a comme une limite : je ne suis pas réceptif.
Sam : Là, on entre pile poil dans la niche où j’aime aller creuser ! (rires) C’est une scène tellement riche. En ce moment, je redécouvre NEVERMORE, un groupe de heavy américain. En fait, je suis passionné par l’histoire du metal, musicalement et sociologiquement.
Et dans votre créneau, en France, vous vous sentez un peu seul ?
Lucas : Oui et non, car il y a quand même une scène émergente.
Sam : On fait dans un style qu’on ne sait pas trop définir autrement que comme du hard rock ou du rock hard, mais on n’aime pas trop cette étiquette, car ça ne nous correspond pas. Tout de suite, on imagine quelque chose de has been… On n’est pas sleaze non plus ; bref, pas simple de se définir… (rires)
Lucas : Dans l’énergie et dans la rage, on pourrait se rapprocher des FOO FIGHTERS, sur quelques titres.
Quentin : Au final, notre musique est aussi notre force, car on pourra jouer partout, dans des festivals de hard rock, de musiques extrêmes, mais pas seulement.

Sam, tout à l’heure, en "off", tu disais sur le ton de la blague que "le bassiste, c’est le type qui ne sert à rien". Pas cool… tu nous expliques ?
Sam : Oui, mon psy va bientôt en entendre parler ! (rires) Disons que je ne me sens pas toujours légitime en tant que musicien et c’est sans doute aussi pour cela que j’ai tant besoin de composer. Pour me donner confiance… J’ai besoin de m’exprimer à travers la musique, d’entendre de jolies choses. Il faut que cela me touche et c’est aussi pour cela que j’aime travailler les harmonies à deux guitares. Mais à mon oreille, il n’y a rien de très complexe…
Allan : Heu… on en parle du riff de "Nobody’s Bitch" sur le couplet ? Il m’a fallu une semaine pour apprendre à le jouer ! Je me disais "mais qu’est-ce qu’il a fait ?!??" (rires)
Sam : Oui, mais moi, c’est ce que j’entendais dans ma tête, donc je galère peut-être un peu à le mettre en note, mais ce n’est pas la même approche que lorsque tu dois apprendre les partitions de quelqu’un d’autre.
Le fait d’avoir ce rôle de locomotive, au démarrage des BIRDS, ne suffit pas à contrebalancer ton sentiment d’illégitimité ?
Sam : Ça dépend des moments, mais je pense que c’est vraiment inhérent à ma psyché et à mon mode de fonctionnement interne. Il y a des périodes où tout va bien ; d’autres où je doute. Et il suffit parfois d’un rien pour que l’édifice devienne bancal. Pour avancer, une seule solution : travailler son instrument !
En tant que bassiste, quel type de jeu as-tu développé ?
Sam : Je suis parti dans un style très rock, avec un jeu au médiator plutôt agressif, mais toujours dans la maîtrise. Régulièrement, j’essaye de placer un petit lick qui va bien, avec des mélodies que tu entends au deuxième ou au troisième niveau. J’aime entendre ça chez les autres et ça fait aussi pleinement partie de mon identité, de ma façon de créer et de composer.
Précisément, comment envisagez-vous votre musique ? Finalement, c’est juste du rock’n’roll ou il y a quelque chose en plus ? Pourquoi pas de l’Art…
Lucas : Est-ce qu’il faut parler avec humilité ou pas ? (rires) Je pense parler au nom de tous les membres du groupe et je crois qu’ensemble, par notre synergie, il y a un petit plus, presque imperceptible, qui se créé et sur lequel il est très difficile de mettre des mots. C’est quelque chose de magique, au-delà des compos elles-mêmes, quelque chose qui dépasse nos individualités et qui pourrait effectivement s’apparenter à de l’Art…
Sam : Il y a certaines maquettes sur lesquelles j’ai bossé il y a dix ans de cela et, en les réécoutant, j’ai toujours les frissons. Parce que le solo de Quentin, parce que l’arpège, parce que l’harmonie à la voix, et toutes ces contributions vont venir sublimer la chanson. Pour moi, on sort d’un pur morceau de rock ; il y a vraiment quelque chose à écouter.
Lucas : Il y a ce petit truc en plus, ce sparkle, cette folie…
Quentin : Pour nous cinq, la musique occupe une place vraiment très importante. Presque mystique. Et ensemble, on est complètement raccord. Il y a comme une alchimie qui nous permet d’atteindre ces moments très particuliers. Une forme d’unité… malgré nos nombreuses différences. (rires)
Bref, la musique est clairement vitale…
Sam : Oui, il y a quelque chose de cet ordre. C’est notre vie et nous avons besoin de cela. Et ce qui n’est pas maîtrisé, dans la musique des BIRDS, créé ce truc original et un peu unique, de sorte que nos morceaux ne sonnent jamais totalement à l’identique en live. On est d’ailleurs tous en pourparlers à ce sujet : faut-il jouer nos compos le plus proprement possible ou bien garder cette part d’impro et d’imprévu ? Pour ma part, je pense qu’il faut bien maîtriser les morceaux pour ensuite pouvoir les détricoter. Mais je crois aussi que la musique nous échappe, même en studio. Et à chaque fois que j’écoute nos enregistrements, j’ai l’impression de les redécouvrir. Il y a de l’espace, il se passe des choses : c’est comme un blob, ça vit !
Lucas : On est les Blob Off Paradise (rires… beaucoup de rires !)

Parlons de l’avenir, maintenant que votre premier EP est sorti. Quelles sont vos ambitions ? Comment allez-vous vous organiser ?
Lucas : S’il y a quelque chose que j’ai appris, avec les BIRDS OFF PARADISE, c’est qu’il est impossible de prévoir précisément les choses. C’est une réalité, une donne, et il faut apprendre à vivre avec. Là, on s’organise, on se répartit les tâches et on s’attaque au booking, afin de préparer au mieux 2026.
Sam : On met en place différentes choses, notamment avec la Presse, et on travaille sur une vidéo.
Lucas : Une lyric vidéo de "Deadly Sins" devrait sortir prochainement. C’est moi qui m’en occupe et c’est pas mal de boulot ! Mais c’est aussi ce qui fait la beauté des BIRDS : c’est épuisant, mais on est réellement heureux et fiers de ce que l’on fait. C’est beau.
Sam : Il faut mettre tout cela en perspective. On a peu de fonds à investir, et quand on prend ce facteur en compte, on est vraiment satisfait par ce qu’on fait : clip, EP, lyric video… Beaucoup d’amis nous aident et on arrive à faire beaucoup avec des bouts de ficelle.
Lucas : Sans vouloir être prétentieux, on ne rougit pas face à des groupes internationaux qui, eux aussi, débutent. Il y a bien quelques défauts, évidemment, mais globalement, le niveau est bon. C’est du travail, des angoisses, c’est épuisant, mais on est fier !
« Au début, il faut se démerder par nous-mêmes, montrer qu’on en veut, qu’on est ingénieux et que notre projet tient la route. Et puis, les choses se feront, logiquement. » - Quentin
J’ai surtout l’impression que vous vous éclatez à faire de la musique à votre manière. Que vous prenez aussi votre pied à parcourir ce chemin qui est le vôtre…
Lucas : On passe des moments au top, c’est certain.
Sam : On ira jusqu’où on peut aller. Plus jeunes, on rêvait tous de conquérir le monde à la façon de "Minus et Cortex". (rires) Plus je vieillis, plus je me rends compte que le chemin emprunté me satisfait. L’amitié qu’on a créée, le travail réalisé : je n’aurais pas de regrets. Pour autant, je pense sincèrement qu’on peut jouer partout dans le monde et convaincre la planète tout entière avec notre musique. Je rêve de partir en tournée de longues semaines à l’étranger et d’en découdre…
Lucas : Tout en respectant notre éthique, nos valeurs et notre amitié.
Quentin : Au début, il faut se démerder par nous-mêmes, montrer qu’on en veut, qu’on est ingénieux et que notre projet tient la route. Et puis, les choses se feront, logiquement…
Lucas : Je crois vraiment à notre bonne étoile. Attention : je ne dis pas qu’il ne faut pas travailler, mais je le sens. Ça va arriver, on va tout faire pour que ça se passe. J’y crois complètement et, pour le coup, j’ai la foi.
Et cette vidéo lyric de "Deadly Sins", quand pourra t’on la regarder ?
Lucas : Je travaille dessus et elle devrait être en ligne au mois de janvier. C’est un morceau vraiment très, très dense… mais on a pensé qu’il manquait encore quelques informations qu’on va donc ajouter à la vidéo. (rires) Le but, c’est clairement de provoquer un nombre incalculable d’épilepsies au niveau national ! (rires)
C’est la ministre de la Santé qui va être ravie ! Peut-être moins la ministre de la Culture, puisque tous vos titres sont en anglais. Vous préférez Shakespeare à Molière ?
Allan : En fait, ça s’est présenté comme une évidence. L’anglais est une langue tonique, rythmée, plus facile à mettre en musique… tout du moins dans le genre musical qui est le nôtre, où l’on a besoin d’appui, de chaloupé, de contraste et de dynamique. Et l’anglais s’y prête vraiment plus.
Sam : J’écris directement en anglais, sans avoir à traduire depuis le français. Il y a évidemment des groupes français qui l’ont fait, WARNING, SORTILÈGE, ADX, mais pour moi, ce genre de rock marche en anglais. Je trouve qu’en français, tu dis des choses simples avec des mots complexes, tandis que l’anglais permet d’exprimer des choses très complexes avec des mots très simples. D’autant que le sens des mots évolue fortement, selon le contexte. Après, les groupes anglo-saxons vont peut-être entendre un accent ou des imperfections côté syntaxe, mais ce n’est pas si grave : on s’exprime ! (rires) Je pense qu’aujourd’hui, l’anglais n’est plus vraiment réservé aux anglophones.
Lucas : De mon côté, je n’ose pas chanter en français. Je n’assume pas. C’est vraiment très compliqué et je suis certain que je n’aurais pas la même rage si je chantais en français…

Votre premier EP est bel et bien sorti, une lyric-video de "Deadly Sins" devrait suivre sous peu. Quid d’un nouveau clip, après celui de "Old Fashioned" sorti il y a déjà quelques temps ?
Sam : On aimerait bien, c’est sûr. Il y a un titre qui se détache pour cela : "Breathe Again". Il faut qu’on réunisse le budget, car on a déjà quelques idées bien précises…
Le travail réalisé par Clément Maurin, sur votre premier clip, était de grande qualité…
Lucas : Sincèrement, je suis persuadé qu’on entendra parler d’ici peu de Clément Maurin dans le monde de la réalisation. C’est quelqu’un qui a énormément d’idées et de talent. Il fait vraiment des clips de dingue… c’est le 8ème membre des BIRDS ! (rires)
Sam : Là encore, tout est lié. Clément est le fils d’une amie qui était saxophoniste dans l’un de mes groupes, et je lui ai donné des cours de basse il y a une quinzaine d’années de cela. Par la suite, il s’est mis à réaliser des clips et on l’a logiquement contacté. Il est vraiment très bon.
"Old Fashioned", que l’on retrouve en deuxième piste de votre EP, a déjà du vécu…
Lucas : Effectivement, c’est un morceau qui a déjà une vie, puisque nous l’avons clippé il y a deux ans de cela, mais il vient des mêmes masters que les autres. Il méritait complètement de figurer sur l’EP.
Sam : C’est un morceau qui surprend, qui est très dansant. On y dresse le portrait d’un personnage échoué dans un monde bien fade. Stérile même. Et il n’y a qu’une chose qui le raccroche à la vie : le rock’n’roll. Le bon vieux R’n’R festif qui fait du bien, avec ses trois accords. À un moment, on pense que tout est fini, et c’est précisément là que Quentin reprend la main. Il y a une dimension tragique dans son solo : complètement fun au début, à l’image de l’histoire du Rock, puis dramatique, au diapason des excès, des accidents, des overdoses…
Lucas : À la fin du morceau, on entend un drôle de bruit : ce sont les cris de Fred Brerro. Il enregistrait le solo de Quentin dans la cabine et il a hurlé, tant il trouvait ça incroyable. Et ce sont les micros de guitare qui ont capté ses cris. On a vraiment poussé Quentin dans ses retranchements ; il pétait les plombs. Je me souviens qu’il a terminé cette prise à 23 heures. Il fumait, littéralement…
Sam : Ce qui est fascinant avec le travail en studio, c’est qu’on peut passer des heures à travailler un truc, mais quand on a la bonne prise, on le sait. Même s’il y a un pain. On le ressent, il se passe un truc. Et tant qu’on ne l’a pas, on se questionne : on se contente de ça ou on va plus loin ? C’est épuisant, mais c’est aussi fascinant.
Lucas : On a aussi pu faire cela grâce à Fred, car c’était son studio et l’on pouvait y jouer à volonté…
Jouer à volonté, mais sur scène cette fois-ci, c’est logiquement la prochaine étape. La tournée 2026 se profile. Quelqu’un peut m’en parler ?
Quentin : J’y travaille activement ! Nous avons récemment fait une date à la Secret Place, en octobre, avec TAL RASHA. Et on se prépare pour une tournée plus consistante en 2026.
Lucas : On mise aussi beaucoup sur les festivals. On a un petit set, on est cinq et on n’a qu’une envie : rencontrer les gens !
Si je vous laisse fantasmer – mollo, quand même ! – et que tout vous était permis, où souhaiteriez-vous que l’aventure des BIRDS OFF PARADISE vous mène ?
Lucas : On n’a pas envie d’avoir de barrière côté créativité, on n’a pas non plus envie d’avoir une notoriété délirante. Ce qu’on aimerait, c’est pouvoir faire les scènes qui nous plaisent ; le Red Rocks, par exemple. On a envie de partager notre musique au plus grand nombre, mais sans nous dénaturer, sans devoir mettre de côté nos personnalités. Sans renoncer à ce(ux) que nous sommes.
Quentin : Si on doit vraiment fantasmer, ce serait top d’atteindre le niveau de notoriété des RIVAL SONS. Des artistes reconnus dans le monde entier, mais sans être pour autant des méga-stars intouchables.
Sam : Moi, j’aimerais vraiment aller aux États-Unis pour y jouer notre musique. Ce serait fantastique.
« Les membres des BIRDS OFF PARADISE sont bien différents les uns des autres, mais notre musique prouve que l’on peut exister en étant pluriel. Que regrouper ce qui est épars est possible. On est différents, certes, mais on peut au moins s’entendre sur ça. Donc coexister. » - Allan

Et pour ce faire, que pensez-vous apporter au monde de la musique ? Et au monde tout court…
Sam : Je pense qu’on peut donner aux gens l’envie. L’envie de faire. De se consacrer à ce qu’ils aiment et à ce qui les anime. De leur dire que c’est possible. C’est ce que j’ai ressenti, plus jeune, en écoutant des groupes qui m’ont transmis cette envie. Faire de la musique, créer, évoluer dans un milieu artistique, c’est compliqué. Je connais beaucoup de personnes qui sont bourrées de talent, mais par convention, pression ou facilité, ils ont renoncé. J’ai des copains musiciens qui me disent que j’ai de la chance de faire mes propres compos, qu’ils regrettent d’avoir abandonné les leurs. Je vieillis, mais je m’accroche. Et si je peux transmettre cette envie, cette passion, ce parcours et cette expérience, j’en serais vraiment réjoui. C’est aussi cela qui rend ce monde plus beau. Un monde de plus en plus difficile à appréhender…
Allan : On constate un véritable morcellement, dans ce monde. Une individualisation, une polarisation de plus en plus forte. Notre musique est éclectique, les membres des BIRDS OFF PARADISE sont bien différents les uns des autres, mais notre musique prouve que l’on peut exister en étant pluriel. Que regrouper ce qui est épars est possible. Il y a chez moi cette ambition de rassembler au travers de la musique : on est différents, certes, mais on peut au moins s’entendre sur ça. Donc coexister.
Précisément, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la musique ? Y a-t-il eu un événement marquant ? Comme un choc…
Sam : Oui, j’ai un souvenir bien précis. J’adorais le dessin animé "Les Zinzins de l’Espace", mais j’adorais surtout son générique ! Il est incroyable. Et à la fin, il était toujours inscrit "Générique : Iggy Pop". Un jour, à la médiathèque, j’ai loué l’un de ses CD. C’était l’album « Naughty Little Doggie », de 1996. Pas son meilleur, mais le premier que j’ai écouté. Résultat : une explosion dans ma tête. Un big bang. Ça a laissé une empreinte de fou, je me rappelle des moments, des odeurs, quand je l’ai découvert. Ça a cristallisé quelque chose. J’étais jeune et je trempais encore mes BN dans du lait, devant la TV, mais ça a véritablement été un déclencheur. J’étais plutôt timide, disons introverti et en recherche d’identité. Je sentais qu’il y avait ce quelque chose, en moi, cette envie, ce besoin, mais je n’arrivais pas véritablement à le trouver. Et le jour où j’ai découvert Iggy Pop, ça a changé ma vie !
Lucas : De mon côté c’est le morceau "Hotel California" des EAGLES qui a joué ce rôle fondateur. Jeune, mon frère Allan jouait beaucoup de guitare, mais je ne m’y retrouvais pas trop. Je me suis mis à la basse et c’est le premier morceau qu’on a joué ensemble, quand on a déménagé pour venir ici, dans l’Hérault. Je me souviens qu’on l’avait interprété devant nos parents… Je devais avoir 10 ans ; Allan 12…
Allan : Je m’en rappelle, effectivement, mais ça ne m’a pas marqué comme toi. Je me souviens par contre que j’ai rapidement été confronté au fait que j’entendais des choses que je n’étais pas capable de reproduire à la guitare… et c’était extrêmement frustrant ! J’ai dû avoir une guitare assez tôt, vers 6 ou 7 ans, et je l’ai longtemps considérée comme un jouet, pas comme un véritable instrument. Je jouais des notes, des mélodies, mais jamais de morceau en entier. Et puis, je ne créais rien ; je ne faisais qu’emprunter des notes à d’autres. Quelques années plus tard, vers 13 ou 14 ans, mon ami Lionel m’a fait écouter "Sweet Child O' Mine" des GUNS N' ROSES. Ça a été ma révolution, tout particulièrement le solo et cette montée en mineur qui, aujourd’hui encore, me transporte. Je me demandais ce que le guitariste faisait à ce moment-là… Comme j’avais une guitare, mon pote m’a incité à reprendre le titre. Et j’ai passé des heures à relever le morceau, à tenter de comprendre tout ce que Slash faisait sur ce morceau, à chercher le son… Elle est incroyable, la six cordes, sur ce titre, il se passe tellement de choses. Quelle compo ! C’est puissant, élaboré et le lick d’intro est fou ! Bien entendu, on a beaucoup entendu "Sweet Child", mais je me régale toujours autant à la jouer avec notre groupe de reprises, le Tribute Band PARADISE CITY… même si je suis sur la partie d’Izzy et pas celle de Slash. C’est donc ce titre qui m’a fait entrer dans la musique, c’est à partir de là que la guitare est devenue mon instrument.
Quentin : Je me souviens très bien de la toute première fois où j’ai entendu quelqu’un jouer de la guitare "en vrai". Je devais avoir 11 ou 12 ans et j’étais en colonie. Ça durait deux semaines et on devait préparer un petit spectacle pour le dernier jour. J’avais fait un truc de breakdance. (rires… des autres !) Et puis, il y avait cette jeune fille qui avait préparé un morceau de guitare. Tout le monde s’était tu, quand elle jouait, et ça m’avait vraiment impressionné. On était concentré sur sa guitare. J’ai ressenti ce pouvoir que l’instrument avait sur nous et ça m’a beaucoup marqué. Je crois qu’elle jouait "Jeux Interdits" et le morceau lui-même m’avait procuré des sensations. C’était étrange, je ne comprenais pas très bien, comme une première fois…

Joli moment. Et comment en es-tu venu à pratiquer l’instrument ?
Quentin : J’avais 13 ans, je jouais beaucoup aux jeux vidéo et je ne bossais pas trop à l’école. Bref, mes parents m’ont interdit la console deux semaines durant, pour me punir, et comme je m’ennuyais ferme, j’ai pris la guitare de ma mère, qui commençait à apprendre. J’ai essayé de faire des trucs qui sonnent, notamment "Jeux Interdits", et j’aimais ça. J’ai poursuivi, puis j’ai eu envie de prendre des cours. Je n’avais pas d’activité extra-scolaire, je ne faisais pas de sport, mais j’avais envie d’avoir mon truc, et quelque chose qui serait aussi validé par mes parents. Mon prof, c’était clairement un rockeur. Il m’a fait écouter Gary Moore, Stevie Ray Vaughan, Joe Satriani ou AC/DC… et il m’a transmis sa passion !
Lucas : C’est fou de mesurer combien nos premières émotions, nos premières sensations ont influé sur ceux que nous sommes devenus, aujourd’hui. Sur notre manière d’appréhender la musique. C’est troublant et joli à la fois.
Jolis parcours personnels… qui vous ont conduit au premier effort collectif des BIRDS. Quelles traces et quels sentiments gardez-vous de votre premier enregistrement commun ?
Allan : On est épuisé ! (rires)
Lucas : « My Apocalypse » nous renvoie à une époque de l’histoire des BIRDS. Quand on a enregistré, on avait beaucoup de choses à dire, trop de choses à dire ! (rires) Bref, c’était très chargé : les guitares avaient besoin de richesse, d’harmonie, il y aussi des chœurs dans tous les sens… On avait envie de tout mettre sur ce premier EP, on était dans cette urgence de vomir toutes ces informations qu’on avait sur le cœur.
Sam : Franchement, ça fait du bien que l’EP soit sorti. Ces derniers temps, je rêve des BIRDS toutes les nuits. Ce qui est le plus frustrant, pour moi qui compose dans mon coin, c’est que j’ai déjà plein d’idées pour le futur. Je suis obligé de me réfréner, car on a déjà assez de titres pour la suite. Je ne veux pas alimenter ma frustration…
Quentin : Pour moi, c’est le début de l’aventure, en fait. Il y a eu tout le travail en studio, cette longue gestation, mais l’aventure du live, c’est maintenant ! La vraie naissance des BIRDS OFF PARADISE, c’est maintenant !
Justement, vous travaillez déjà sur le successeur de « My Apocalypse » ?
Allan : Ce premier EP n’est pas exhaustif, il montre une intention, clairement, mais pas la totalité de ce que l’on est.
Sam : Le second enregistrement sera très complémentaire et montrera toutes les facettes du groupe. Le premier témoigne d’une époque, de notre envie d’en découdre à un moment donné.
Quentin : On a déjà un coup d’avance avec le prochain album, qui est déjà bien avancé. On ne veut plus que les choses prennent autant de temps désormais.
Lucas : Je suis complètement satisfait de notre premier EP, qui est au diapason de nos problématiques, à une époque donnée, de nos angoisses, mais le second sera moins rentre-dedans. Plus léger en termes de lyrics, moins dark, mais tout aussi rapide. On espère sortir ça d’ici un an. Ce sera également différent côté compos, plus collégial. Plus mature, aussi.
Sam : J’ai aussi hâte de passer au second album, car à chaque fois que j’écoute « My Apocalypse », je me dis "là, on aurait pu faire ça, ajouter ceci à cet endroit", puis je me dis "c’est bon laisse tomber"…
Lucas : C’est le cauchemar du compositeur… (rires)
Pas facile, c’est vrai, de mettre un point final à son œuvre sans jamais être tenté d’y apporter la moindre retouche… Pour contrer cette envie irrépressible, un seul conseil pour les BIRDS OFF PARADISE : bosser sur un album complet et le sortir le plus vite possible ! On sera ravi de l’écouter et de les voir prendre définitivement leur envol.
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