22 janvier 2026, 18:21

MEGADETH

"Megadeth"

Album : Megadeth

Putain, ça fait quand même bizarre de se l’être dit lors du communiqué de presse et de l’écrire en toutes lettres : « Megadeth » est le dernier nouvel album que nous pourrons écouter de la formation du même nom. Mais il paraît qu’il ne faut jamais dire jamais, alors qui vivra verra. 40 ans de carrière discographique pour 17 albums, dont certains figurent au Panthéon du thrash metal et du heavy metal, rien que ça. Au fil des décennies seront passés en son sein des musiciens exceptionnels, les faisant entrer de plain-pied dans la légende. N’en citons aucun mais les six-cordistes occupent bien évidemment une place remarquable dans cet aréopage, les joutes et soli de guitare ayant joué un rôle important dans le succès du quartette. Et qu’importe que leur passage ait été bref ou non, ils sont tous éligibles à notre considération, ayant œuvré sur disque et/ou en concert pour nous faire vibrer. MEGADETH. Plus qu’un nom, une institution, une valeur, un repère. Dave Mustaine. Plus qu’un nom, un personnage, un pionnier, un créateur. Passons sur cette personnalité qu’observe le public par voie de presse et médias car l’homme est plus complexe que l’image qu’il veut bien renvoyer. De toute façon, ce n’est pas ici le débat. Même si, je vous l’accorde, on ne peut en faire totalement abstraction afin de comprendre l’ensemble du dessein, the big picture comme on dit dans la langue de Shakespeare, qui plus est en analysant certains textes de cet ultime disque, glavioté à la punk (remember 1988 et la reprise "Anarchy In The U.K." ?) en 10 chansons – hors titre bonus – et seulement 40 mais intenses minutes.

Coupons court à toutes expectatives et théories, ce disque plaira aux fans et révulsera les autres. Rien de neuf sous le soleil et nous avons ce que l’on est en droit d’attendre d’eux, ni plus ni moins. Ceux qui pensaient que le gourou roux révolutionnerait le genre pour son dernier baroud en seront pour leurs frais et bien naïfs de l’avoir pensé d’ailleurs, tout ayant déjà été dit et écrit durant les 40 et quelques années depuis lesquelles le thrash est. Cependant, il y a un tournemain pour le faire en 2026, qui plus est si l’on décide que ce sera un jubilé. Un art que tous n’ont pas, permettant encore aux pères fondateurs de tenir la dragée haute à de jeunes formations aux dents longues qui n’attendent que l’extinction de ces dinosaures pour régner enfin. Ou pas. Il est fort possible qu’ils en soient pour leurs frais car plus aucune formation actuelle ou future ne pourra rivaliser avec la stature qu’ont acquise les monstres IRON MAIDEN, AC/DC, METALLICA. Ou MEGADETH pour ce qui nous intéresse ici. Ils s’en approcheront certes, talonneront leurs exploits mais ils ne les dépasseront jamais. Vous trouvez ça farfelu, injustifié ou infondé que l’on puisse penser cela ? Non, cela s’appelle de la lucidité.

En cela, la génération des vieux, dont je fais partie rassurez-vous, qu’on appelait à l’époque des hardos et non des métalleux, aura pu vivre cette époque dans l’instant. Les jeunes eux, ont pris le train en marche, parcouru les livres d’Histoire du metal à la découverte des hauts faits d’armes de ces hérauts musicaux, revisité un passé glorieux et révolu qui continue pourtant de briller, la musique étant éternelle en plus d’être un langage universel. En souvenir de cet âge d’or, nous nous référons ainsi tous au passé, aux anciens albums, aux anciennes chansons quand arrivent à nos esgourdes de nouvelles ritournelles et comparons cela, consciemment ou non, à nos anciens frissons, nos anciennes émotions encapsulés dans un contexte précis, à un âge et une époque qui ne le sont pas moins. Il faut alors prendre en compte que MegaDave a craché à la face du metal des hymnes si puissants et fédérateurs que tout morceau en dessous de ce niveau lui aura été reproché, opposé, qualifié de moyen lorsque n’importe quel groupe anonyme en face, de seconde ou troisième zone, tuerait pour savoir en écrire d’un tel niveau dit "moyen". Imposer un style dans un genre hyper codé et balisé, apposer un timbre vocal distinct dans un océan d’homogénéité guttural, tisser des rythmiques qui mettent à mal les cervicales, des descentes de manches en shred sur des gammes communes mais savoir s’en démarquer habilement, faire cohabiter de façon harmonieuse puissance brute et violente à des mélodies évidentes qui s’insinuent dans les méandres tortueux de nos synapses, se réinventer pour ne pas stagner quitte à s’improviser gymnaste et oser le grand écart, à parfois faire des faux pas et de temps en temps, à prendre des... risques. Oui, MEGADETH a fait tout cela. Et, apanage des grands souvent, a été adoré ou détesté sans demi-mesure. On vénère ou l’on hait les METALLICA, les MAIDEN. Eh bien, pour eux c’est pareil. Donc pisse-vinaigres et fielleux qui auraient tenu la lecture jusqu’ici, juste en deux mots : ba-rrez-vous ! Et restons entre gens de bonne compagnie afin de faire un petit tour d’horizon de ce que l’on peut entendre sur ce « Megadeth » testamentaire. Patience est mère de vertu et oui, on y vient au contenu mais il me semblait opportun et justifié de sortir du cadre strict de la chronique et d’écrire ce panégyrique en préambule.

Attaquer le pied sur l’accélérateur, nous n’en attendions pas moins d’eux pour ouvrir l’album qui nous prend à la gorge avec une cavalcade thrash. "Tipping Point", littéralement "point de rupture", dépeint un personnage prévenant qu’il ne faut pas/plus le chercher sous peine d’en subir les conséquences. Autobiographique ? Oui, il doit y avoir un peu de ça. Une impression qui ne fait qu’être renforcée à l’écoute de la chanson suivante, "I Don’t Care" où, là encore, le protagoniste s’exprime clairement (« Je n’en ai rien à foutre que tu vives ou crève, je n’en ai rien à foutre de ne pas être de ton rang, je n’en ai rien à foutre, va chier ! ») et donne à penser qu’il en est rendu aujourd’hui à dire une bonne fois pour toutes qu’il n'en a effectivement rien à... faire de l’avis des autres. C’est ce qui s’appelle enfoncer une porte ouverte néanmoins car, pour moi, j’en étais déjà persuadé et c’est un leitmotiv que beaucoup devraient avoir pour ne pas se (faire) pourrir la vie. Mais je digresse. Témoignage parfaitement limpide et éclairé, "Let There Be Shred" est la profession de foi de Mustaine avec un riff introductif rappelant quelque part un certain "Hit The Lights" de qui-vous-savez, clin d’œil sympathique et assumé j’imagine mais il faudrait que l’intéressé confirme. Cela dit, je suis presque sûr qu’il prendrait un malin plaisir, rictus en coin et l’œil qui frise sous la mèche rousse, à affirmer le contraire, juste par esprit de contradiction et pour faire chier (du Mustaine tout craché quoi).

Les fans le savent, les mid-tempo bien lourds et heavy sont aussi une marque de fabrique usitée et on en trouve à nouveau, à l’image d’un "Hey God?!" ou de la résiliente "Another Bad Day", cette dernière avec ses faux-airs de ne pas y toucher à la première écoute mais pourtant dotée d’un riff et d’un groove qui s’insinuent durablement dans l’esprit pour finir par devenir une favorite. Deux morceaux qui n’auraient pas détonné sur « Countdown To Extinction » d’ailleurs. Co-écrite par le batteur Dirk Verbeuren qui se fait plaisir sur l’intro, "Made To Kill" renferme l’ADN du groupe tandis que "Obey The Call" surprendra l’oreille avertie. Peu de titres en effet dans la discographie mêlent joyeusement dans une même composition heavy, rock'n'roll et thrash dans sa dernière partie. Savamment agencé, l’ordre des titres lui, permet de profiter de quelques accalmies (le terme est relatif car on reste sur du gros heavy) lorsque démarre "I Am War" qui commence par ces paroles : « I know me, I know myself, I do not fear countless battles I had » (« Je me connais, je sais qui je suis, les nombreux combats que j’ai menés ne me font pas peur »). Autobiographique là encore ? Clairement, le doute n’est plus permis. Dave se veut très personnel et se livre totalement dans ce disque en forme d’épitaphe pour MEGADETH. Et avant d’enfoncer le dernier clou dans le cercueil de Vic Rattlehead, on se prend à être ému avec la dernière saillie, "The Last Note", que je vous encourage à écouter attentivement, quitte à vous aider d’un traducteur en ligne pour en comprendre le contenu, se terminant paisiblement à la guitare acoustique déclamant ces quelques mots comme un dernier souffle : « I came, I ruled, now I disappear » (« Je suis arrivé, j’ai régné, maintenant je m’efface »). Son veni, vidi, vici à lui en somme. Jules Mustaine ou Dave César, ça lui va bien tiens...

Diminué physiquement ainsi qu’il l’a récemment confié en interview, l’enregistrement et la réalisation de l’album ont donc pris plus de temps que prévu, ce afin qu’il puisse jouer ses parties comme s’il jouissait de toutes ses capacités motrices d’antan et pouvoir livrer une prestation vocale du même niveau qu’il y a quelques années. Rien de ces faiblesses ne se ressent à l’écoute et il convainc encore pleinement, au micro comme à la guitare. Il aura pu aussi compter sur ses camarades de jeu, secondé plus qu’efficacement par Teemu Mäntysaari, le p’tit jeunot de la bande, le revenant James LoMenzo et le toujours souriant et "pieuvresque" Dirk Verbeuren. Dave Mustaine part la tête haute mais sans morgue avec un album sans la moindre faiblesse, solide d’un bout à l’autre et cohérent, faisant le tour de ses meilleures passes d’armes depuis 1985. Le tout défilant au fil des titres un peu comme la vie dit-on qui passe devant ses yeux lorsque l’on meurt, rappelant que MEGADETH est unique et le restera. Il nous manquera c’est sûr.

Mais oui je sais, il reste encore un titre – bonus – sur ce disque et vous crevez tous d’envie de l’écouter pour savoir le traitement qu’a reçu "Ride The Lightning", classique de METALLICA, son ancien groupe. Si l’annonce a surpris les fans – le clan Mets aussi j’imagine – et que les relations entre Dave et James n’ont jamais été paisibles, aujourd’hui encore d’ailleurs, on ne peut y voir ici qu’un vibrant hommage en premier lieu. Hommage car il respecte quasiment à la note près le titre d’origine, une chanson figurant parmi les plus grands morceaux des Four Horsemen, qu’il a co-écrite si tant est besoin de le rappeler. Et je la ressens aussi comme une forme de remerciement à James et Lars pour le court temps qu’ils ont passé ensemble mais pas anecdotique pour autant vu l’impact de leur rencontre et collaboration, laissant penser que maintenant qu’il s’arrête, Dave préfère laisser définitivement la rancœur de côté. Et il le doit, quel groupe que MEGADETH ! Il peut sincèrement être fier du long chemin accompli, de toutes ces chansons qu’on continuera d’écouter et figurant parmi les références absolues. « Non, rien de rien, non je ne regrette rien... » Chante ça sous la douche Dave, tu le peux, c’est amplement mérité et légitime et on peut s’estimer heureux que tu aies finalement été remplacé par Kirk Hammett avec tout ce que l’on a pu avoir en contrepartie... Et puis objectivement, en comparant le nombre d’albums cultes et de titres emblématiques que comptent leurs discographies respectives, MEGADETH n’a pas à rougir de sa place par rapport aux Mets, bien au contraire ! Le vrai succès ne se mesure pas sur des classements dans les charts et en nombre d’albums vendus mais bien dans la qualité de ce que l’on trouve sur ces disques. Alors merci pour tout, so long buddy! MEGADETH est mort, vive MEGADETH !

Blogger : Jérôme Sérignac
Au sujet de l'auteur
Jérôme Sérignac
D’IRON MAIDEN (Up The Irons!) à CARCASS, de KING’S X à SLAYER, de LIVING COLOUR à MAYHEM, c’est simple, il n’est pas une chapelle du metal qu'il ne visite, sans compter sur son amour immodéré pour la musique au sens le plus large possible, englobant à 360° la (quasi) totalité des styles existants. Ainsi, il n’est pas rare qu’il pose aussi sur sa platine un disque de THE DOORS, d' ISRAEL VIBRATION, de NTM, de James BROWN, un vieux Jean-Michel JARRE, Elvis PRESLEY, THE EASYBEATS, les SEX PISTOLS, Hubert-Félix THIÉFAINE ou SUPERTRAMP, de WAGNER avec tous les groupes metal susnommés et ce, de la façon la plus aléatoire possible. Il rejoint l’équipe en février 2016, ce qui lui a permis depuis de coucher par écrit ses impressions, son ressenti, bref d’exprimer tout le bien (ou le mal parfois) qu’il éprouve au fil des écoutes d'albums et des concerts qu’il chronique pour HARD FORCE.
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