Il arrive que certains albums soient si excellents qu’on regrette qu’ils ne durent pas plus longtemps. C’est à croire que HEADKEYZ avait prévu le coup : après "The Cage & The Crown : Chapter I" sorti en 2022, les sonorités du rock alternatif du groupe montpelliérain méritaient encore d’être explorées. Ça tombe bien : le deuxième volet du diptyque est sorti le 16 janvier 2026 et répond au souhait d’entendre un prolongement du premier album, déjà rempli de qualités et de promesses sonores.
Bien que les deux albums présentent des similarités, notamment une construction en miroir, l’évolution du groupe de l’un à l’autre se fait entendre : après quelques changements de line-up, les titres écrits et composés entre 2020 et 2022 ont été beaucoup remaniés afin de correspondre davantage aux personnalités d’Edge (chant), Timothée Bertram (guitare), Stella Cristi (guitare), Samuel Maréchal (basse) et Sylvain Molina (batterie). Le diptyque a donc été conçu comme un tout cohérent offrant à la fois une réflexion globale et un reflet du groupe à deux périodes de son existence. Et si vous êtes pris.e d’un étrange sentiment de déjà-vu à l’écoute de l’album, c’est normal : le son de HEADKEYZ puise dans de nombreuses références allant de DEFTONES à THE BLACK KEYS, sans jamais tomber dans la copie. Les influences sont intégrées et utilisées à bon escient pour créer un son unique et reconnaissable.
Dans cet album, HEADKEYZ poursuit sa quête de réponses et explore le thème de la quête du pouvoir et de ses conséquences. À force de courir vers le surplus permanent de richesse, de pouvoir, de domination et de force, on en vient à oublier pourquoi on court. Pour atteindre quels objectifs ? Et au bout du compte, que gagne-t-on vraiment à la fin, si ce n’est le fait d’être seul.e au monde au-dessus des autres ?
À l’aide de mélodies accrocheuses, et de paroles qui ne demandent qu’à être chantées en chœur en concert, le quintet pose un regard désabusé sur les vices de l’humanité. Dès "The Crown", les personnages menant la quête la plus effrénée sont décrits dans un portrait précis, lucide et un brin cynique, à l’image du regard que l’on peut porter sur certains personnages qui sont au centre de l’actualité mondiale.
Pour qui possède un support physique de l’album, le constat est immédiat : la pochette cartonnée mate et l’univers visuel, dont on retrouve les symboles d’un album à l’autre, transportent dans l’univers du groupe. La bichromie utilisée offre une visualiation saisissante des contrastes dont il est question dans les chansons : "Viking" qui décrit un personnage sensible, à l’opposé de la force brute et virile de l’archétype qui vient à l’esprit quand on lit ce mot, ou encore "Rotten Party" et son rap auquel on est loin de s’attendre dans un album majoritairement influencé par le rock alternatif des années 90 et 2000.
Les préoccupations écologiques font également partie des réflexions de HEADKEYZ. Déjà présentes dans le chapitre 1 avec "CTRL+Z" et "Big Bad World", les titres "CTRL+X" et "The End" permettent d’imaginer d’autres scénarios : en observant le livret des paroles (disponible avec les supports physiques et sur les applications de streaming), on remarque que les lignes de code sont écrites pour ôter l’humanité de la Terre. Pour faire quoi ensuite ? Annuler l’impact écologique désastreux dont la COVID nous a prouvé qu’il était, en fin de compte, partiellement réversible dès que cessait la quête de pouvoir massive. L’humanité peut-elle cesser ses actions pour construire une société dont le modèle ne serait pas guidé par le profit ? La question est ouverte.
"The Cage & The Crown : Chapter II" s’inscrit donc dans la lignée des réflexions de son prédécesseur auxquelles viennent s’ajouter une forme de maturité sonore. En bon thriller dystopique (expression brevetée et déposée par le bassiste Samuel Maréchal), l’album offre un double portrait : celui d’un groupe à un moment clef de son évolution et celui d’une société rongée par ses vices. À la fois reflet de son temps et proches de questionnements intemporels, "The Cage & The Crown : Chapter II" a tout pour devenir un classique.