6 février 2026, 23:59

SMITH/KOTZEN + KRIS BARRAS BAND

@ Paris (Le Trianon)


A quelque chose, malheur est bon dit-on. Les confinements liés à la crise de COVID n’ont pas eu que du mauvais et ont permis à deux amis, les sieurs Adrian Smith et Richie Kotzen de passer du temps ensemble, retirés en compagnie de leurs épouses respectives – ce sont elles qui, déjà amies, les ont présentés l’un à l’autre – dans l'archipel Turques-et-Caïques. De ce repos forcé est né le duo sobrement intitulé SMITH/KOTZEN ayant depuis 2021 commis deux albums, deux EPs et un single limité 2 titres vendu – bien trop cher ! – sur la tournée en cours. S’étant arrêté à un jet d’Eurostar de nos contrées françaises lors de leur précédente venue en 2022 de ce côté-ci de l’Atlantique, c’est cette fois-ci à une tournée européenne en bonne et due forme à laquelle les fans ont droit. Tout comme Steve Harris, le taulier de MAIDEN avec son projet annexe BRITISH LION, nous sommes bien loin de l’affluence que provoquent les grand-messes de la Vierge de Fer et c’est dans le cadre plus humble mais très classieux du théâtre Le Trianon qu’a lieu leur unique prestation en France (« snif » pour les provinciaux comme d’hab’). La jauge n’affiche pas complet mais le public a répondu en nombre suffisant pour que cela reste un point de détail. C’est au KRIS BARRAS BAND d’ouvrir la soirée, formation hard rock d’Outre-Manche que certains ont pu voir il y a quelques années en configuration acoustique en première partie de Beth Hart, ce qui était mon cas. J’avais alors été pleinement séduit par la prestation de cet anglais musculeux et tatoué que l’on imagine plus volontiers en boxeur qu’en troubadour. Cette fois, c’est en quatuor électrique que se joue la partie et la formation énergique menée par le guitariste-chanteur (d’un très bon niveau, il faut le préciser) permet au public de patienter de façon agréable. Ce qui n’est pas toujours le cas des groupes en ouverture, ne plaisant pas souvent aux spectateurs ou faisant la moue en attendant le plat de résistance. 30 petites minutes allouées mais suffisantes pour ne pas lasser et faire monter le cardio avant d’acclamer les deux - guitares - héros du jour.


Si le nom d’Adrian Smith fait office de prête-nom auprès du grand public, appartenance à IRON MAIDEN oblige, les regards au fil de la soirée se seront beaucoup tournés vers Richie, prouvant à ceux qui l’ignoraient encore ô combien il est un guitariste exceptionnel (je vous invite notamment à poser vos oreilles sur son formidable dernier album en date, « Nomad », paru en 2024). Peu s’étaient d’ailleurs déplacés lors de sa dernière venue en région parisienne en juin 2024 mais les présents avaient pu profiter de sa versatilité vocale et digitale, ne jouant avec maestria qu’aux doigts à l’image de celle de Mark Knopfler (DIRE STRAITS). Rencontre au sommet UK / US donc pour profiter des passes d’armes du duo au gré des 16 chansons interprétées en cette soirée. L’aisance avec laquelle ils se renvoient parties vocales et soli stupéfie, étant toutes d’une fluidité telle qu’on les croirait partenaires de jeu depuis des décennies. Ou quand le mot symbiose prend forme en notes et sous nos yeux. Ce qui est un plus indéniable avec SMITH/KOTZEN est de pouvoir entendre Adrian au micro, lui qui ne l’a pris en lead qu’avec URCHIN il y a fort longtemps, au sein de A.S.A.P. (pour Adrian Smith And Project) sur leur unique album « Silver And Gold » en 1989 ou bien dans l’éphémère formation THE UNTOUCHABLES. Et oui bien sûr, sur une face B de MAIDEN, "Reach Out" (réclamée par un fan auquel Adrian répond avec humour qu’il ne peut plus la chanter, sa voix ne pouvant plus rivaliser avec les harmonies nécessaires). Une voix rauque collant parfaitement à ce classic hard rock dont ils se revendiquent et que le timbre haut perché de Richie vient contrebalancer de façon harmonieuse.


Au fil des titres, on recense de belles parties blues et soli idoine, "Darkside" ou "Glory Road" qui, pour cette dernière, m’a évoqué quelque part le duo français Hubert-Félix Thiéfaine et Paul Personne lors de leur collaboration en 2008 sur l’impeccable album « Amicalement Blues ». Plus rapides, permettant aux fans de se lâcher un peu plus, "Blindsided" et surtout l’ébouriffante "Got A Hold On Me" aux soli démentiels et à l’intro d’Adrian au bottleneck, font sans nul doute partie des moments forts du show. On parle des guitares mais la section rythmique n’est pas en reste, le batteur Bruno Valverde s’acquittant de sa tâche avec groove et panache, épaulé par la bassiste Julia Lage (Me Kotzen à la ville) qui occupe très largement le spectre sonore armée de sa Fender et d’un Ampeg au son… massif ! Trop au goût d’Adrian semble-t-il, qui lui demandera en cours de set de baisser quelques fréquences afin de rétablir un meilleur équilibre, ce qui se remarque de suite depuis la salle et, on se doute, pour eux sur scène.


Pour les musiciens dans la salle, il est plaisant de voir qu’Adrian évolue en configuration minimale, entre son « simple » deux corps Marshall et un pédalier qu’il utilise lui-même, à l’inverse de ce qui est usité avec MAIDEN où tout est riggé, automatisé et contrôlé par son technicien en arrière-scène. Là, c’est à l’ancienne, au pied et à la main. Entre les interactions entre les morceaux, leur décontraction mutuelle et la visibilité de leur jeu, c’est un élément supplémentaire qui procure une proximité bienvenue entre le groupe – Smith surtout – et le public. On les sent ainsi très heureux de jouer simplement. Les quatre quittent enfin brièvement la scène après "Solar Fire", morceau groovy qui sur album bénéficie de la frappe inégalable de Nicko McBrain, ancien compère de Smith dans MAIDEN avant de revenir sur un doublé de reprises. "You Can’t Save Me" de Richie Kotzen tout d’abord, tirée de l’album « Into The Black » paru en 2006 et, cerise sur le gâteau, "Wasted Years" de qui-vous-savez, belle occasion d’avoir Adrian en chant lead pour cette chanson (il ne fait que les chœurs lorsque MAIDEN l’interprète), dans une version sensiblement différente avec ces musiciens-là, qui est sans conteste le morceau-signature du guitariste.


Un bilan bien évidemment positif, rien n’étant venu entamer le plaisir des spectateurs, trop heureux de pouvoir enfin découvrir en live un groupe et des musiciens qui ont réussi à trouver dans leurs agendas un créneau commun, Adrian entre deux legs du « Run For Your Lives World Tour 2025-2026 » avec MAIDEN, Richie dans sa carrière solo, Julia Lage avec VIXEN et Bruno Valverde avec ANGRA. Et, comme ils l’avaient expliqué en interview, il ne s’agit pour eux nullement d’un projet ponctuel ou d’une récréation, SMITH/KOTZEN est une entité tout ce qu’il y a de plus établie et vouée à fonctionner de façon pérenne. Jusqu’ici, ils l’ont démontré sur albums et sur scène chez nous ou ailleurs. Nous serons donc bienheureux de les revoir en France lors d’une prochaine tournée qui sera planifiée après la sortie d’un troisième album qu’il nous tarde déjà d’écouter. « 'Cause I found my dreams on the glory road… »

Set-list
Photos © Stéphane Masson - Portfolio
 

Blogger : Jérôme Sérignac
Au sujet de l'auteur
Jérôme Sérignac
D’IRON MAIDEN (Up The Irons!) à CARCASS, de KING’S X à SLAYER, de LIVING COLOUR à MAYHEM, c’est simple, il n’est pas une chapelle du metal qu'il ne visite, sans compter sur son amour immodéré pour la musique au sens le plus large possible, englobant à 360° la (quasi) totalité des styles existants. Ainsi, il n’est pas rare qu’il pose aussi sur sa platine un disque de THE DOORS, d' ISRAEL VIBRATION, de NTM, de James BROWN, un vieux Jean-Michel JARRE, Elvis PRESLEY, THE EASYBEATS, les SEX PISTOLS, Hubert-Félix THIÉFAINE ou SUPERTRAMP, de WAGNER avec tous les groupes metal susnommés et ce, de la façon la plus aléatoire possible. Il rejoint l’équipe en février 2016, ce qui lui a permis depuis de coucher par écrit ses impressions, son ressenti, bref d’exprimer tout le bien (ou le mal parfois) qu’il éprouve au fil des écoutes d'albums et des concerts qu’il chronique pour HARD FORCE.
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