
Un peu plus d'un an après la sortie du « Pouvoir de la puissance », voici ULTRA VOMIT lancé dans une interminable tournée des Zéniths à travers toute la France. Ajoutez à cela des passages au Hellfest et aux Eurockéennes – entre autres – et vous obtenez un joli climax pour la bande. De passage à Paris, Fetus et Flockos prennent le temps d'évoquer ce nouveau pari fou.
Qu'est-ce que ça représente pour vous de faire une tournée des Zéniths après toutes ces années de carrière ?
Flockos : Quand on regarde dans le rétro, on n'y a simplement jamais pensé. On considérait que ce n'était pas l'échelle qui correspondait à ULTRA VOMIT. Même quand Rage Tour nous l'a proposé il y a deux ans, on était très dubitatifs.
Fetus : On se disait plutôt : « Commencer à tourner par des Zéniths ? On va peut-être y aller doucement, non ? On essaie d'abord de voir ce qu'il se passe parce qu'il faut qu'on apprenne à jouer les morceaux, et puis il faut aussi que les gens viennent. On continue notre bout de chemin et on continue de passer des paliers, tout doucement. »
Y a-t-il un moment où vous vous êtes dit « OK, c'est devenu l'échelle d'ULTRA VOMIT » ?
Fetus : Il y a notre cote de popularité, propre au groupe, et puis il y a aussi l'impression que le métal vit bien. On a de bons exemples de groupes français qui cartonnent, comme LANDMVRKS, où tu sens que ça prend bien et tout le monde se tire vers le haut. Je ne me rends pas compte de l'effet que peut avoir le passage de GOJIRA aux JO, par exemple. Je pense que c'est assez énorme. On a peut-être un deuxième ou troisième âge d'or du métal en France, dans un pays où quand tu écoutes la radio ce n'est pas comme aux États-Unis, tu ne tombes pas sur du métal.
La tournée du « Gros 4 » vous a-t-elle préparé à ça ?
Fetus : Carrément ! On connaît l'expérience technique de jouer dans un Zénith en tant que tête d'affiche.
Flockos : Mais le gros quatre c'était beaucoup plus relax, on avait une responsabilité diluée avec les trois autres groupes. On n'était pas sereins quand on a mis en place cette tournée, mais c'est cool. On a bien fait de faire ça.

Quand on pense Zénith, on pense à des lance-flammes, des grands écrans géants, ce genre de choses. Qu'allez-vous faire de différent par rapport à la première moitié de tournée ?
Flockos : On pense exactement à des grands écrans géants, des lance-flammes... Tu peux reprendre la phrase exacte (rires). C'est l'échelle physique à laquelle on peut faire ce genre de choses. Il y aura d'autres petites conneries de quatre mètres de haut, mais on n'a pas envie de spoiler à fond.
Fetus : Tout ça en gardant le côté on est devant vous et peut-être qu'à un moment on va partir en impro dans un speech, une sorte de mini sketch.
Flockos : Comme on l'a souvent dit, on essaie de travailler les spectacles dans un équilibre fin entre NOFX et GOJIRA.
Fetus : NOFX pour le côté punk rock. « Qu'est-ce qu'ils vont faire ce soir qui n'aura rien à voir avec ce que j'ai vu la semaine dernière ? » Et GOJIRA à l'inverse, la machine, le truc implacable.
Construisez-vous vos setlists en ayant certaines vannes en tête, au même titre qu'une chanson ?
Fetus : Le rythme fait complètement partie de la construction du show, entre la parlotte et le jeu. C'est fin aussi, parfois on peut trop parler ou au contraire rendre ça trop austère en enchaînant les morceaux et il manque quelque chose que les gens attendent. On essaie de faire une sorte de roller coaster, l'idée est que l'on ne voit pas le temps passer et que ça parte dans tous les sens.
Flockos : Il y a beaucoup de préparation, c'est une cuisine vraiment fine. On filme et on regarde tous nos concerts pour reprendre certaines impros ou voir quand on va trop loin dans certains trucs.
Vous êtes partis pour une série de 30 dates jusqu'en août, est-ce que c'est plutôt excitant ou effrayant dit comme ça ?
Fetus : Les dates sont plus grosses donc forcément, c'est impressionnant. Mais je me souviens de périodes où on a fait beaucoup plus de dates condensées, je me demandais parfois si j'allais tenir à la voix. Là, ça reste relativement espacé, je suis relativement serein. Un truc qui change tout, c'est que maintenant on tourne en tourbus donc au niveau du sommeil ça change tout.
Flockos : Et puis en vrai, trente dates d'ici août, ce n'est pas si fou que ça. Je vois des groupes qui font le tour de l'Europe en se faisant 30 dates d'affilée... On n'a pas l'impression d'être trop gourmands non plus.
Fetus : Quand on voit des groupes qui partent en Slovaquie ou en République tchèque en mini van, tous tassés, ils ne savent pas où ils vont dormir la nuit, là je me dis « OK, ça c'est chaud » tu vois ? Là tu rentres, t'es éclaté.

Parmi ces 30 concerts, est-ce qu'il y en a que vous attendez plus que d'autres ?
Flockos : Il y en a surtout qu'on n’attend pas du tout (rires). On va citer quelques villes parce qu'il y en a où on va avec un dégoût non dissimulé. Pour la symbolique, le Zénith qu'on va faire à Paris c'est fort. On a toujours eu de super moments à Paris, pour nous le public est fou. On a souvent qualifié Paris de public un peu attentiste, observateur, mais pour nous c'est une folie à chaque fois.
Fetus : Certains ont des réserves sur le public parisien, mais moi je suis toujours emmerdé parce que je trouve ça ouf l'ambiance à Paris. Et puis forcément il y a le Hellfest.
Flockos : Les Eurockéennes, ce n'est pas rien nous plus, le soir d'ORELSAN en plus. C'est le premier festival que j'ai identifié en tant que tel quand j'étais môme. J'y suis allé pour la première fois en 1999 voir METALLICA, j'avais 15-16 ans et pour moi c'est vraiment une pierre de pouvoir y jouer.
Fetus : Moi aussi quand j'étais ado c'étaient vraiment les KORN, MARILYN MANSON qui jouaient aux Eurockéennes. Si à ce moment-là tu m'avais dit : « Un jour tu vas jouer sur la scène principale du festival... » En plus, il y a une espèce de rendez-vous manqué puisque pendant plusieurs années c'était soit Covid, soit le mec qui se pète le dos, donc on n'a jamais réussi à se caler.

En parlant du Hellfest, est-ce que vous nous réservez d'autres excentricités pendant le festival à l'image du tournage du clip “Les Doigts de Métal” il y a deux ans ?
Fetus : Bon déjà le Hellfest, on est toujours là. On se fait arrêter tous les deux mètres, c'est trop cool donc ça se sera encore le cas en encore plus intense puisqu'on aura joué. Moi je vais éviter les deux premiers jours, ne serait-ce que pour pas se péter la voix.
Flockos : Il n'y aura pas de harlem shake ou ce genre de rendez-vous cependant (rires). On va se concentrer pour notre concert déjà. Le clip c'était déjà un petit hold up, d'arriver et de faire ça. On s'est fait engueuler par Rikoo, hein. Pardon Rikoo ! Mais c'est important d'avoir ce genre de marqueur, on a l'impression de grossir un peu avec le festival. On était bénévoles dès le Furyfest.
Fetus : Ce sont des gens qu'on a côtoyés quand on était plus jeunes. On a suivi un peu la même trajectoire, on s'était retrouvés par hasard en mainstage du Furyfest, on avait échangé avec un groupe. On se demandait vraiment ce qu'on foutait là, à jouer des morceaux comme “Suce-moi papy”. Tu te dis « Bon, bah c'est parti ! »
Flockos : Je me rappelle, vous aviez commencé par “Thunderstruck” et après “Vous avez cru qu'on était AC/DC ?”
Fetus : “Suce-moi papy” qui est devenu “Canidal Corpse” après, on a gardé le riff pour l'anecdote. C'est le truc à retenir de l'interview. “Suce-moi papy est devenu Canidal Corpse” : tu peux le mettre en titre !
Puisqu'il n'y a pas que les Zéniths et les gros festivals, quelle est la ville dont vous n'aviez jamais entendu parler ?
Fetus : Parfois je vois des noms sur les feuilles de route... Rien que le Zénith de Strasbourg c'est quoi déjà ? (Il essaie de prononcer Eckbolsheim). Il y a des noms étonnants parfois. Il y a bien sûr le Plane'R Fest à Montcul, c'est un régal quand même.
Flockos : Je regarde là, c'est où ça Clisson ? Je sais pas du tout où c'est...

En revanche vous ne jouerez pas à Reims. Est-ce que c'est pour éviter de recroiser Nicolas Pallois ?
Fetus : C'est mon bébé, Nicolas Pallois. On avait fait cette vidéo très marrante avec le Hellfest, qui est partenaire du FC Nantes. Il peut aller où il veut, il sera toujours dans mon cœur. Reims c'est un peu comme Nantes, tu as envie de dire que c'est un grand club mais il faut remonter dans le temps. On ne peut pas renier, ça fait partie de nous. On subit des déconvenues, mais on ne peut pas s'en empêcher. J'ai toujours la fierté, l'autre fois à Nantes j'ai sorti ma guitare « FC Nantes ». Franchement parfois je me demande si au sein du public métalleux le foot est vraiment présent. Pas sûr que ça se croise. J'ai l'impression que j'ai plus de chance de parler de foot dans un concert de hip hop par exemple, mais c'est peut-être juste une idée reçue.
Comment avez-vous choisi les différents artistes qui viendront « remonter le niveau intellectuel global du spectacle » ?
Flockos : C'est nous qui avons écrit ça ? (Rires) Il y a quelques coups de cœur, humains et musicaux. Des gens qu'on avait déjà croisé et avec qui les afters étaient cools.
Fetus : C'est le plus important l'after, il faut que les gens le sachent.
Flockos : On était contents de faire la date avec Bernard Minet aussi, c'était un petit truc un peu à part qui nous faisait marrer. Ça m'a mis les poils, on a touché à la fibre nostalgique. C'était vraiment cool de voir les gens chanter “Olive et Tom” et “Les chevaliers du Zodiac”, c'est à refaire.
Savez-vous si certains artistes hors de l'univers metal français ont vu vos parodies ou sont venus vous voir sur scène ?
Flockos : Calofero, on ne l'avait pas croisé mais on avait su qu'il avait trouvé ça très cool et qu'il s'était bien marré. GOJIRA avait également validé la proposition, ça fait toujours plaisir.
Fetus : On a aussi remarqué que la plupart des gens qu'on a parodiés meurent ensuite. La liste commence à être impressionnante : Maïté, Joe Cocker, Carlos, Lemmy, Michel Delpech... Pour l'anecdote, à nos débuts un jour on a croisé le chauffeur du tourbus de Lemmy qui était français. On commence à parler du groupe, on lui donne l'album « Trop bien, je lui ferai écouter ! » Il regarde la tracklist et il voit « feat Lemmy ». Pour nous à l'époque il n'y a aucun moment où on pense que ça peut être pris au sérieux et devenir un problème puisqu’on n’est pas connus. Il nous dit « par contre ça, je ne vais pas lui montrer parce qu'il risque de mal le prendre ».
On a beaucoup parlé de vos concerts à venir, mais quel serait votre plus grand souvenir sur scène ?
Fetus : Le premier truc qui vient à chaque fois, c'est le Hellfest 2019. En sortant de scène on ne savait pas trop, mais en revoyant les images c'était ouf d'avoir fédéré autant de monde. C'est peut-être le moment le plus marquant.
Flockos : Plus précisément « Jesus » au Hellfest, avec la chorale qu'on avait montée avec des acteurs et le tableau avec le Jesus géant en AC/DC. C'est une super archive d'un moment important pour le groupe.
Fetus : Il y avait aussi une idée un peu de revanche. Deux ans avant, on est un peu fébriles, on ne joue pas hyper bien. On était tellement choqués du monde que ça nous a presque fait perdre nos moyens. Manard (que je salue, il faut toujours préciser) avait les jambes tremblantes, avec l'adrénaline il a accéléré le tempo et je n'arrivais pas à chanter et à articuler parce qu'il allait trop vite. Comme quoi on est humains, même lui.
Flockos : J'ai le sentiment que tous ces concerts nous amenaient plus de pression que de fun, mais le prochain cet été pourrait presque flirter avec l'excitation. C'est un peu le cas avec les Zéniths dernièrement. C'est une vraie étape d'avoir un peu de plénitude grâce à la bouteille, pas seulement le stress.

Au-delà de la tournée, peut-on vous souhaiter d'autres choses pour 2026 ?
Flockos : L'album a été passionnant à faire pendant deux ans. Au début je pensais que j'allais vraiment tout kiffer d'un coup, mais c'était très difficile de faire les clips en même temps que la tournée et les concerts. Là, ça fait six mois que tout est sur les rails, ça se passe bien donc le kiff est à 100%. On s'imaginait tout récolter tout de suite lors de la sortie, pas toute la traînée de taf qu'il restait à faire derrière.
Fetus : C'est toujours un peu comme ça, les dernières années de tournées sont les meilleures. Sauf peut-être pour les fans qui se disent : « C'est bon, j'ai déjà vu ça cinquante fois ! » Vous n'avez qu'à pas venir aussi, vous êtes cons ou quoi ? C'est aussi pour ça qu'on essaie de renouveler le show, surtout pour les vannes. Par exemple, SLAYER est obligé de jouer tout le temps les mêmes morceaux, de lancer “Angel of Death” de la même manière, sinon les gens ne sont pas contents. Nous, si tu fais une vanne quelques fois, ça peut vite s’essouffler donc on essaie d'être vigilants.
Flockos : On écrit le plus possible le spectacle, ça nous donne un couloir dans lequel on peut naviguer. S'il se passe des trucs, on interagit avec les clients.
Fetus : On commence à être dans une situation un peu inédite où on a trop de trucs qu'on pourrait jouer, des morceaux qu'on pourrait déterrer. On commence à arriver dans la zone où il y a des choix à faire malgré un show d'une heure 45. Il y a des morceaux qu'on ne joue plus.
En tout cas, on vous souhaite d'éviter toutes les sondes de bite possibles.
Fetus : Celle-là par exemple est rentrée dans le show.
Flockos : Est-ce que tu n'aurais pas kiffé finalement, cette affaire ?
Fetus : La sonde ? L'introduction, non. Le retrait, éventuellement (rires). Mais pareil, le dos pété est arrivé à un moment où ça nous a peut-être permis de souffler. Tout est lié. Je me suis mis une pression en me disant : « Il faut absolument que je sois revenu pour les festivals, et pas à 50% parce que je ne vais pas monter sur scène en ayant mal dans la jambe à chaque fois que je pousse au chant, c'est mort ».
Flockos : Ça nous a permis de souffler à ce moment-là, et puis à Fetus de faire un tube. Ou plutôt un tuyau (rires) qu'on a mis dans le set, ça apporte de la fraîcheur.
