6 mars 2026, 10:20

Carpenter Brut

"Leather Temple"

Album : Leather Temple

La musique de Carpenter Brut se situe à la frontière de plusieurs univers : entre la bande-son originale d’un film de science-fiction et la musique d’un jeu vidéo proche de Cyberpunk 2077, entre les années 80 et la fin du 21e siècle, entre les tubes d’une époque rêvée et l’électro rythmée des clubs branchés. L’album « Leather Temple » convoque toutes ces références (et bien d’autres) pour clôturer l’histoire de Bret Halford, ado cryogénisé en 1991 et réveillé en 2077 pour rejoindre la Horde menée par Lita Connor qui s’apprête à affronter Iron Tusk. Si vous croyez avoir lu les noms de la voix iconique de JUDAS PRIEST, de la clef de voûte de Terminator ou d’un homme terrifiant d’ambition, vous ne rêvez pas : ils ne sont jamais très loin.

« Leather Temple » est le troisième volet de la trilogie "Leather". Alors que « Leather Teeth » est lié au premier amour de Bret Halford en 1987 et rend hommage de façon assumée à la décennie correspondante, « Leather Terror » se déroule quant à lui en 1991, quand le héros mène une quête de vengeance assoiffée de sang dont la narration permet de rendre hommage aux films d’horreur de type slashers. La musique de Carpenter Brut est une esthétique à part entière : celle d’une vie marquée par les musiques composées au synthétiseur, les jeux vidéo futuristes, les teen movies d’Halloween, le heavy metal et, plus généralement, les atmosphères sombres.

Le premier titre plonge d’emblée l’auditeur.ice dans un univers mystérieux et spectaculaire : les accords plaqués instaurent une force de frappe qui contraste avec la mélodie dont les notes se font des plus en plus nombreuses, rapides et inquiètes avant d’être interrompues par ce qui semble être une apothéose : l’apparition de l’Iron Tower (visible dans le clip associé). Si chacun des dix titres de l’album est lié à un pan de l’histoire de Bret Halford et de la Horde menée par Lita Connor, l’ensemble s’apprécie également (et heureusement) sans que l’on connaisse l’intégralité des éléments de cette histoire.

"Major Threat" et "Leather Temple" instaurent le climat de tension post-apocalyptique qui domine l’album et montre que les nouvelles technologies sont désormais omniprésentes dans la vie des habitant.e.s de la fin du 21e siècle : les notes de synthé sont lourdes, hypnotiques et enivrantes pour mieux plonger dans ce quotidien si lointain mais qu’on imagine si bien. "She Rules The Ruins" et "Start Your Engines" nous mènent du côté des laissés pour compte de ce monde sans pitié : les bas-fonds sont peuplés d’êtres dont la vie est animée par l’espoir d’un monde meilleur, des personnes dont la force réside dans la capacité à faire face à un quotidien cruel. Les mélodies se font plus dansantes et lumineuses, le tempo accélère et le rythme reprend de plus belle après un break annonçant le départ de la course. La machine est lancée, il faut foncer.

Pourtant, un élan de nostalgie surgit à cet instant : la mélodie de "Neon Requiem" nous plonge dans un passé rêvé, plus tranquille et plus serein, aux sonorités 80s plus assumées et au saxophone enchanteur. Les quelques notes principales se répètent, encore et encore, comme pour montrer l’omniprésence du passé. Celleux qui regardent en arrière ne sont pas forcément des nostalgiques, juste des personnes qui ont besoin de se rappeler qu’elles ont déjà tout l’élan nécessaire pour se lancer. Bret Halford est prêt à affronter les puissants de Midwichpolis. Les épreuves s’enchaînent pendant "Iron Sanctuary", "The Misfits/The Rebels" et "Speed Or Perish" : la tension remonte, une course-poursuite s’enclenche avant le dernier combat. Le rythme de chaque titre est savamment travaillé pour faire passer les émotions du héros jusqu’à la conclusion "The End Complete".

À l’approche de la fin d’une trilogie, on ressent parfois de la tristesse de voir quelque chose s’achever, mais aussi l’excitation de savoir comment une aventure se poursuit et se termine. La narration abstraite de « Leather Temple » laisse à chacun.e la liberté d’imaginer les aventures des héros, le scénario et le film imaginaire qui accompagnent l’album, ou bien d’ignorer l’aspect narratif pour se concentrer sur les claviers, les breaks à la puissance calculée, les tempos précis, les accords plaqués et les mélodies chargées d’émotions. La synthwave de Carpenter Brut n’invente pas : elle est un support parfait pour l’imagination de qui cherche à rêver sur un fond sonore tiré des années 80 vu par un regard lucide sur la dystopie du monde qui nous entoure.

Blogger : Ivane Payen
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Ivane Payen
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