27 février 2026, 23:59

MICHAEL SCHENKER + ROOK ROAD + MALVADA

@ Paris (Trianon)


La carrière de Michael Schenker n’a jamais été une longue ligne droite. Dernier exemple en date, alors qu’il vient de sortir en octobre dernier un excellent « Don’t Sell Your Soul » sous la bannière du MSG (nom qu’il avait il y a quelques années juré ne plus utiliser), le voilà qui entame la seconde partie de sa tournée "My Years With UFO", entamée l’année dernière, en appui de l’album de reprises du même nom, disponible lui depuis septembre 2024. Mais c’est quand même la dernière équipe en date du MSG qui l’accompagne, à une exception près. Et ses années avec UFO ne comprennent pas son retour dans l’Ovni, de 1993 à 2003, passage dont aucune trace musicale (trois albums quand même) ne sera de la fête ce soir. 
Des considérations dont se moquent probablement sans doute la plupart des spectateurs du Trianon bien plein en ce vendredi soir, qui bénéficient de plus de deux premières parties avant la tête d’affiche.


La première, MALVADA, investit la scène avec un peu d’avance, vers 18h50, pour une grosse demi-heure. La formation vient du Brésil, et présente quatre jeunes femmes ravies d’être là, surtout la guitariste, Bruna Tsuruda, tout sourire du début à la fin. Les Sud-Américaines piochent dans les deux albums de leur répertoire, dont le deuxième, éponyme, est sorti en juin 2025 chez Frontiers Music. N’escomptez pour autant pas des mélodies sucrées, les musiciennes font preuve d’une agressivité patente via leur metal moderne chanté en anglais ou en portugais. Rien d’exceptionnel, mais un groupe à suivre.


Tout comme ROOK ROAD, venu de Sarre, en Allemagne, et en concert pour la première fois à Paris. Là, nous avons affaire à des gaillards expérimentés qui restent traumatisés par l’écoute des premiers DEEP PURPLE et URIAH HEEP. La formation possède en Patrik Jost un chanteur littéralement exceptionnel, doté d’un coffre à la Ronnie James Dio, Jorn Lande ou Ronnie Romero, ce qui n’est pas le moindre des compliments. Sa voix constitue l’atout majeur des deux disques du groupe, du classic rock où l’on entend souvent davantage les claviers que la guitare. 

Du tout bon à priori, sauf que, en studio comme sur scène, il reste un petit goût d’inachevé. Ainsi, pourquoi attaquer le concert avec des mid-tempo comme "Heart Of The Sea" et "Romeo", que le public ne connait pas et dans lesquels il met du temps à rentrer, au lieu du plus véloce et attractif "Falling", boogie qui n’apparait qu’en cinquième position sur la set-list ? 
Reste que les spectateurs réagissent de plus en plus au fil de la prestation et quand Jost leur demande de taper dans leurs mains lors de "Sisters & Brothers", en fin de show, personne ne se fait prier. Comme MALDAVA, un groupe à suivre de près.


Il est quasiment 21 heures lorsque Michael Schenker et ses acolytes débarquent sur scène. Autour de l’ange blond, coiffé de sa traditionnelle toque en fourrure sur laquelle sont fixées des lunettes de soleil, se présentent les pointures que sont Steve Mann (TYTAN, SWEET) aux claviers et à la guitare, Bodo Schopf (ELOY, SWEET) à la batterie - tous deux avec Schenker depuis longtemps et par intermittences - Barend Courbois (VENGEANCE) à la basse. Au micro, hélas pas d’Erik Grönwall (H.E.A.T., SKID ROW) à l’horizon, mais le fort capable R.D. Liapakis (MYSTIC PROPHECY, DEVIL’S TRAIN), grosse voix et lunettes noires, mais sur le nez, lui. 
Pour les fans, c’est tout de suite le rêve éveillé.

Vous avez usé jusqu’à la corde la version vinyl du mythique « Strangers In The Night » de UFO ? Eh bien ce soir, la quasi intégralité du disque sort des amplis, à l’exception de la chanson "Out In The Street", on ne sait trop pourquoi. Dès le "Natural Thing" d’ouverture, on comprend que Schenker, 71 ans quand même, affiche une forme olympique, heureux d’être là, de jouer sur son inséparable Flying V, et remerciant régulièrement entre les morceaux (avec même un « Danke schön » insolite à un moment donné). La bonne nouvelle, c’est qu’outre les classiques absolus tirés du vaste répertoire d’UFO, le groupe pioche également des titres moins connus, tels ce "Hot 'n' Ready" en troisième position, ou l’instrumental "Lipstick Traces" plus tard. 

L’hymne "Doctor, Doctor" arrive bien plus rapidement que prévu, la setlist du concert reprenant globalement l’ordre de « Strangers In The Night ». Délire dans la salle, mais qui se calme un peu lorsque le titre est suivi d’un break à la basse et batterie, ne durant heureusement qu’une minute avant le plus attendu "Mother Mary". Le groupe nous refera le coup du solo, cette fois de Bodo Schopf tout seul, et durant 4 minutes ! Un intermède qui aurait pu être mis à profit pour une vraie chanson mais, vu la qualité de tout le reste, on ne va pas faire la fine bouche…


R.D. Liapakis effectue de fréquents allers-retours vers les backstages mais lorsqu’il chante, sa voix met bien en valeur les compositions historiques, même si son phrasé ne peut revendiquer la même finesse que celui de Phil Mogg, le chanteur de UFO. Tous les titres passent comme des lettres à la poste et après les magiques "Love To Love" et "Let It Roll", on se pince carrément : les musiciens entament deux pépites rarement jouées, même du temps de UFO, "Can You Roll Her" et "Reasons Love" ! Un nouveau break  basse + batterie sert d’introduction au tour de force de la soirée, l’immarcescible "Rock Bottom".
Une bonne douzaine de minutes au compteur, dont un solo de guitare magistral de Herr Schenker, on a beau l’avoir entendu moult fois sur scène celui-ci, il nous transporte toujours autant. Pourquoi s’embêter à faire un rappel, alors qu’on peut jouer directement deux morceaux supplémentaires ?

Schenker et sa fine équipe ne perdent donc pas les dernières minutes qui leur restent en vaines circonvolutions. Un "Shoot Shoot" épique précède l’ultime "Too Hot To Handle", dédié à deux compagnons de route tombés au champ d’honneur, le bassiste Pete Way (disparu en 2020) et le claviériste/guitariste Paul Raymond (mort en 2019).
Un petit coup de nostalgie pour conclure cette formidable soirée qui nous a littéralement ramené en adolescence, aucun titre postérieur à 1978 n’ayant été proposé.

Photo © Christian Ballard - Portfolio

Blogger : Michel Valentin
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Michel Valentin
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