13 mars 2026, 23:59

PONTE DEL DIAVOLO + WITCHORIOUS

@Paris (La Boule Noire)

Y a-t-il une meilleure occasion d’écouter du doom que celle qui nous fait plonger dans un sous-sol parisien un vendredi 13 ? La réponse est non et l’organisateur Sanit Mils l’a bien compris. Le doom mêlé de black metal de PONTE DEL DIAVOLO s’est associé au doom de WITCHORIOUS pour quatre dates françaises parmi lesquelles se trouve une escale à la Boule Noire. Après avoir bravé le froid et la pluie, le public parisien avide de frissons et d’ambiance occulte a donc profité de ce concert sombrement parfait.

C’est dans une lumière tamisée que les trois membres de WITCHORIOUS montent sur scène. Un brouillard sonore envahit la Boule Noire alors que les premières notes de "Watch Me Die" résonnent. Le public découvre alors Antoine Auclair (chant, guitare), Lucie Gaget (chant, basse) et Paul Gaget (batterie) dans des habits aussi sombres et beaux que leur musique. Le groupe de Chelles pratique un doom lourd, chargé d’angoisse et de frissons, idéal pour une telle soirée. Sur les amplis, des bougies électriques achèvent de créer une ambiance occulte. La mélodie de "Monster" ainsi que les expressions faciales et les cris du frontman renforcent encore la douce terreur qui enveloppe la salle pour une quarantaine de minutes. Mais les membres du groupe ne restent pas immobiles pour autant : les interactions entre les uns et les autres sont nombreuses, aussi bien entre Lucie Gaget et Antoine Auclair qui se font face quand leurs lignes mélodiques se rejoignent, qu’entre Lucie Gaget et Paul Gaget quand basse et batterie s’unissent pour renforcer la tension.


La magie noire opérée par "The Witch" ne manque jamais sa cible. Les voix du guitariste et de la bassiste se mêlent pour raconter l’histoire de celle qu’on ne peut jamais faire taire et qui, toujours, regarde le monde de ses yeux de feu. Alors que les plus habitué.e.s des concerts du trio ont reconnu les premiers titres, une nouvelle mélodie se fait entendre. Celle d’un titre qui, le frontman l’apprend ensuite au public, appartient au prochain album en cours d’écriture. Après "Lost In This Insanity", c’est donc "Beg For Evil" qui est joué et fait entendre, pour la première fois, un growl bienvenu et maîtrisé.

Tout au long du set, les lumières principalement rouges donnent l’illusion que le sang coule pendant le concert qui s’apparente à une cérémonie sombre et secrète. C’est donc en toute logique que le set s’achève sur le terrifiant "Blood". Le frontman ne cesse de crier avec un visage toujours plus inquiet, rageur, qui semble devenu fou à force d’avoir vu un autre monde (ou bien était-ce le nôtre?). Et puis, comme il l’a si bien dit ce soir, il faut être fou pour donner un concert un vendredi 13. Mais il faut être encore plus fou pour aller audit concert.


Après quelques rapides balances et échanges verbaux en italien, une musique de variété italienne retentit pour ouvrir le concert de PONTE DEL DIAVOLO avant que le quintet italien ne monte sur scène. Le groupe propose un mélange de black metal, de doom et de post-punk qui se déploie à l’envi dans son deuxième album sorti il y a tout juste un mois. C’est donc devant une Boule Noire presque sold out que PONTE DEL DIAVOLO se livre à un set délicieusement noir qui ravit le public.

Le groupe ouvre avec "Spirit, Blood, Poison, Ferment !" qui donne parfaitement le ton de la soirée : la chanteuse Erba del Diavolo arbore un maquillage qui noircit sa bouche et prolonge ses sourcils jusqu’au haut des tempes, donnant l’impression au public d’être observé par un Méphistophélès portant une queue de pie noire. Au dos de celle-ci, l’emblème du groupe est brodé en blanc. Elle chante en ouvrant grand les yeux et la bouche, regardant tantôt les premiers rangs, tantôt le fond de la salle. Les musiciens, Khrura Abro et Kratom aux basses, Nerium à la guitare et Segale Cornuta à la batterie, sont concentrés sur leurs jeux respectifs et regardent peu le public.

Les attitudes théâtrales et les expressions faciales presque outrancières d’Erba del Diavolo se déploient encore davantage sur "Lunga Vita Alla Necrosi" : elle passe du chant parlé incantatoire au chant clair avant de finir en beauté en une phrase presque criée reprenant le titre de la chanson. Et quand la frontwoman ne chante pas, comme pendant les passages instrumentaux de "Il Veleno Della Natura", elle se promène sur scène, danse comme une démone heureuse d’envoûter la salle et sourit de toutes ses dents à un public heureux de voir PONTE DEL DIAVOLO et de profiter du blackened post-punk si revigorant.

Une fois encore, la machine à fumée de la salle crée une atmosphère vaporeuse, donnant aux cinq membres du groupe des silhouettes d’apparitions nocturnes qui ont pris possession des lieux pour ne les rendre que lorsque toutes les âmes présentes dans la salle leur appartiendront. La magie noire fonctionne, les headbangs sont nombreux et plus le concert passe, plus la chanteuse regarde les visages présents d’un air satisfait et heureux. Quant aux musiciens, ils continuent d’assommer les oreilles avec une batterie chamanique, une guitare inquiétante et deux basses dont la saturation fait vibrer tous les corps du bout des cils jusqu’aux orteils, en particulier sur "Nocturnal Veil".

Alors que la première partie du concert se concentre davantage sur l’album sorti le 13 février dernier, la seconde fait honneur à l’album « Fire Blades From The Tomb » sorti deux ans auparavant. Alors que PONTE DEL DIAVOLO finit son set en enchaînant "Demone" et "Covenant" sous les cris de joie et les applaudissements, le groupe ne résiste pas à la demande du public et remonte sur scène pour une ultime musique, cette fois issue de leur deuxième EP. "Un bacio a Mezzanotte" fait gronder les basses, courir la guitare, accélérer la batterie et grimper la voix pour un dernier partage avant que le groupe ne remercie encore le public parisien.

On n’aurait pas pu célébrer ce vendredi 13 pluvieux d’une meilleure façon qu’en étant à cette soirée. Il faut avoir le talent de WITCHORIOUS et de PONTE DEL DIAVOLO pour donner un concert aussi magique et il faut la justesse de Sanit Mils pour proposer une telle date. Vive le doom et vive le vendredi 13 !
 

Blogger : Ivane Payen
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