19 avril 2026, 17:36

BLACK FURY PROD

Interview Sonia Simette & Patrice "Pat" Lagrange


Acteur engagé de la scène rock et metal en Bourgogne, Black Fury Prod s’impose comme un artisan essentiel de la vie culturelle locale à Chalon-sur-Saône. À travers l’organisation de concerts et d’événements, l’association participe activement à la mise en lumière des musiques amplifiées et de celles et ceux qui les font vivre. Dans cet entretien, les deux membres fondateurs nous expliquent son évolution, son mode de fonctionnement, ainsi que sur les perspectives qui dessinent aujourd’hui son avenir.
 

Merci de nous recevoir aujourd’hui au Place 2B avant le concert que vous organisez ce soir avec à l’affiche NØCIDE et WAT3RF4LL. Concert organisé par votre association Black Fury Prod. Tout d’abord, commençons par les présentations...
Sonia : Bonjour moi c’est Sonia, nous sommes trois membres officiels au sien de Black Fury Prod. Patrice, Jérémie et moi. Nous sommes également accompagnés de sept bénévoles… Pour ce qui est de mon statut officiel je suis secrétaire mais on fait tous les trois un peu la même chose, on gère absolument tout au niveau administratif, programmation, prise de contact avec les groupes. Chacun d’entre nous a ses spécificités, mais on se réunit très souvent tous les trois chaque semaine sans compter les évènements où nous sommes là aussi ensemble. 
Pat : À la base on a monté Black Fury Prod avec Sonia, on était que deux au départ il y a moins d’un an, l’association existe depuis septembre 2025 officiellement. Le but de Black Fury Prod, c’est principalement de relancer la scène métal sur Chalon-sur-Saône et la région Bourgogne. 
Sonia : Ça a commencé assez simplement, j’avais un groupe dans mes contacts, THE OVERLOOK que tu connais, tu les avais programmés dans MyBand sur HEAVY1. Je cherchais un endroit pour les faire jouer dans le coin. Et je suis venue au Place 2B voir Pat, et du coup on a bien échangé et c'est là qu'on s'est dit, bah finalement on a un peu les mêmes envies et le désir de faire partager ces moments-là, donc on a créé l'association le 4 septembre 2025, et puis en janvier Jérémie nous a rejoints. Depuis on est un joyeux trio, très complémentaire.

Est-ce une activité à plein temps ou vous devez la partager avec un autre emploi ?
Pat : Ouais on a un autre travail à côté. C'est vraiment une activité plaisir. C'est une association à but non lucratif qui nous prend du temps mais qui est très motivante. A côté de ça, je suis associé dans le bar le Place 2B ici, et L'avantage c'est qu'on peut faire passer des groupes souvent avec l'association au travers de soirées BLACK FURY.
Sonia : Moi aussi, j'ai un poste à côté. Je suis directrice adjointe dans une association pour l’insertion via le travail et Jérémie est ajusteur/mouliste dans l'industrie. Donc, c'est vraiment du temps qu’on prend sur nos moments libres mais c’est toujours avec un grand plaisir. Comme tu peux le voir en avril on a été super ambitieux avec trois concerts qui s’enchainent coup sur coup, et j'ai déjà perdu ma voix avec WAKE THE DEAD la semaine dernière et là je la récupère à peine et on enchaine ce soir avec NØCIDE, c’est un peu compliqué (rires).

En dehors des concerts organisés ici au Place 2B, est-ce qu'il y a d'autres lieux avec lesquels vous êtes en lien pour des concerts ou festivals ? 
Pat : L'association a pour but d’organiser des évènements dans différents endroits, que ce soit à Chalon-sur-Saône et ses alentours. D’ailleurs on peut t’annoncer dès maintenant, on va faire une grosse soirée pour fêter notre première année d’activité, le FURY PARTY Act.1, ce sera à LaPéniche, une salle de Chalon-sur-Saône qui peut accueillir trois cents personnes et on aura ce soir-là trois groupes : KAMIZOL-K qui sont de Lyon, DEATH DECLINE de Dijon et EIGHT SINS de Grenoble en clôture de programmation. Ça va donc être un très beau plateau, en plus les groupes se connaissent bien, donc ça va être une belle soirée et on est très heureux de l’annoncer. 
Sonia : Et on a des contacts avec d'autres salles effectivement de Chalon et des alentour pour anticiper aussi 2027. On a déjà des projets pour lesquels il faut trouver les salles avec une capacité suffisante pour accueillir les groupes qu'on ambitionne, et les soirées de plus grandes envergures. Donc on multiplie les contacts pour que l’association soit volante, c'est-à-dire s'adapter aux différents lieux et configurations. Pour le concert de ce soir ça s’est fait assez facilement, on a l’habitude de faire des soirées ici au Place 2B mais avec LaPéniche qui arrive et le fait de travailler avec une co-production pour cet évènement, là c’est une organisation plus dense. 
Pat : On a beaucoup de contacts, on reçoit beaucoup de mails de demandes de la part de nouveaux groupes, pas seulement de la région mais de toute la France et même du Canada pour des groupes qui sont sur des tournées en Europe et qui veulent s'arrêter ici. Et le but pour nous justement c'est que les acteurs du métier sachent qu’ils peuvent intégrer une date pour leur tournée en s’arrêtant dans notre coin. 

Est-ce que pour votre structure, cela représente un défi particulier de monter ces évènements dans votre région ou est-ce que votre démarche arrive à faire un appel d’air et finalement mettre en place un concert de metal se fait de plus en plus facilement pour vous ?
Sonia : C'est complètement ça, parce qu'en plus on est vraiment sur une ligne qui relie Paris Lyon et Marseille, c'est vraiment tout droit et pour le coup, si des groupes ont besoin de compléter des dates on est pile poil dans le bon axe.
Pat : Dans ce coin, il n'y a pas vraiment d’autres lieux pour des concerts metal. À LaPéniche ils font une soirée ou deux par an dans ce style-là. De notre côté on communique beaucoup, toutes les soirées qu'on a faites ici ont fait le plein à chaque fois, il y a un vrai public qui vient pour ces groupes-là et c'est un public qui nous suit, de vrais fidèles. 

Est-ce que vous êtes actuellement en lien avec des salles de plus grande capacité qui seraient à même d’accueillir des groupes de plus grande envergure ? 
Sonia : La Salle LaPéniche a une capacité de 300 personnes, après sur Chalon il y a une salle plus grande mais elle est en réfection pour améliorer la qualité du son afin de répondre aux exigences des groupes, ce qui est normal si on veut rester sur une offre de qualité. Mais oui en tout cas en 2027 on va bosser dans ce sens parce qu’on s’est donné comme objectif d’organiser au moins deux grosses soirées annuelles où proposera à chaque fois trois groupes par soirée.
Pat : Déjà pour le moment on préfère remplir une salle de trois cents personnes pour que les groupes jouent dans une salle remplie mais c'est vrai que c'est un objectif de s’agrandir, d'évoluer. On ne se met pas la pression, ça ne sert à rien. On veut faire les choses bien, ce qu'on fait là c'est déjà bien carré, on a bien fidélisé et on va évoluer petit à petit. On a des contacts avec des bons tourneurs qui vont nous proposer des artistes de leur catalogue, donc les moyens sont là pour faire quelque chose de sympa.

Comment sélectionnez-vous les groupes que vous programmez ? C’est au coup de cœur, des recommandations, vous favorisez les petits groupes de la ville, ou en fonction de leur notoriété grandissante ?
Sonia : Il y en a quand même pas mal qu’on a découvert en tant que spectateur, dans des festivals, clairement, parce que c'est important pour nous de voir comment ça se passe en live, quand c'est possible. Après c'est plutôt sur les premières parties où on a à cœur de garder un style cohérent, et c'est là où, parfois c'est un peu compliqué, parce qu'on aime avoir des groupes locaux pour les premières parties et il faut que style soit raccord parce qu’il faut que ça parle aux gens qui viennent, aux habitués.
Pat : Il faut qu’on ait un bon feeling avec les groupes. On se concerte toujours tous les trois avant de choisir, même si c'est un groupe important, connu, il faut que le courant passe bien, qu’il y ait un véritable échange entre les groupes, les associations et les gérants des salles. 
Sonia : On essaie de créer un lien avec les groupes qu’on capte, que ce soit ceux qu’on a découvert en festivals comme ceux qui nous écrivent, parce qu'on a eu beaucoup de sollicitations, ce qui d’ailleurs nous prend aussi du temps de tout écouter mais ça nous permet de faire de belles découvertes, des groupes qui ne sont pas forcément sur notre secteur, ou des styles qu’on n’écouterait pas forcément naturellement, mais finalement pour certains on se dit que ça permet de faire un multi-plateaux cohérent si on le souhaite. 
Pat : On a des groupes qui viennent de Rennes, de Chambéry, de Marseille, de Lyon où il y a aussi un bon vivier par là-bas, donc c'est cool. 

Est-ce qu’avec moins d’un an d’active Black Fury Prod est déjà victime de son succès et doit faire patienter certains groupes qui vous contactent ?
Sonia : Mais c'est exactement ça, c'est pour ça qu'on leur répond en les rassurant, qu’il n'y a aucun problème pour travailler ensemble mais que ce ne sera pas avant 2027. En revanche les groupes qui nous appellent pour nous demander si on peut les caller en 2026 parce qu’ils ont un trou dans leur tournée, pour l'instant, c'est un poil compliqué alors on étudie toutes les possibilités. Mais tu vois typiquement, il y a un groupe qui nous a demandé de le programmer à quatre jours de notre gros évènement et là pour nous, ce n'est pas gérable en termes d’organisation mais on aimerait bien retrouver l'année prochaine. Et puis si on a un désistement on a pas mal de groupes qui ne sont pas très loin géographiquement, même si c'est toujours inconfortable de prévenir au dernier moment.

Quel regard portez-vous sur la scène rock et metal en Bourgogne depuis que vous avez lancé l’association ? 
Pat : Il y a une vingtaine d'années, il y avait une belle scène régionale, ça tournait beaucoup, il y avait des lieux adaptés, on pouvait jouer partout et facilement, pas de problème de voisinage. Puis dix après c’est devenu très calme, presque mort pour la scène metal, à part quelques rares évènements et là, ça fait trois ans où ça commence à revivre culturellement, la ville revit petit à petit, pas qu’au niveau de la scène métal mais sur tous types de concerts, ça se développe. Comme la semaine dernière, il y avait notre soirée mais il y avait également des soirées électro, il y en avait pour tout le monde. Mais bizarrement à Dijon, qui se trouve qu’à 45min d’ici et qui est une belle métropole, le metal ne prend pas trop là-bas ce qui nous a étonné, alors qu’il y a un Zénith quand même et on n’a pas vu de grands noms du metal passer sur cette scène-là. Mais nous ici on est beaucoup sollicité.
Sonia : Après, c’est possible que ces grandes salles soient déjà très sollicitées par d’autres grands artistes de styles différents. Et puis il y a eu le Covid qui a donné un gros coup de frein sur cette activité, mais on sent quand même que maintenant les gens ressortent et dans ce sens on a entendu une réelle demande de voir des groupes de ce style-là et les gens viennent, même à notre petite échelle et jusqu’à maintenant on est très satisfait. Évidemment l'idée, c'est que lorsqu’on nous propose un groupe c'est de pouvoir les accueillir dans des salles adaptées et à terme de capacité plus importantes et c'est tout le travail qu'on est en train de mettre en place.
Pat : Et là pour le mois d’avril, on enchaine trois week-end metal de suite ce qui va nous permettre de voir si le public répond présent à chaque soir. Habituellement on programme une soirée par mois, là c’était exceptionnel, et deux grosses soirées par an. 

Depuis septembre dernier, quel a été votre moment phare, celui que vous retenez en particulier jusqu’à présent ?
Pat : Je pense que c’est le tout premier concert. C’était avec DEATH DECLINE, c’est un groupe qui tourne beaucoup et qu’on connait très bien, ce sont des potes qui sont de Chalon et Dijon et qui ont ramené une centaine de personnes, ils avaient une énergie de dingue et ils nous ont permis de mettre l’association en lumière d’entrée de jeu, le public était ravi. La semaine dernière aussi c'est vraiment incroyable avec WAKE THE DEAD, groupe qui participe au Hellfest d’ailleurs et ça envoyait vraiment fort. Mais franchement ça s’est toujours très bien passé avec chacun des groupes qu’on a reçu.
Sonia : Il y a de jeunes groupes qui sonnent déjà très professionnels, par rapport à avant où il fallait entre cinq et dix ans pour être vraiment bons, là ils sont carrés, ils ont la niaque, les outils de productions sont accessibles de nos jours et on voit des groupes avec à peine deux ans d’activité très, très carrés. Et même au niveau de la communication ils gèrent vachement bien. Et tu sens aussi la solidarité entre groupes, en tout cas à cette échelle-là. Certains d’entre eux restent en contact, ça permet de recréer d'autres plateaux à d'autres endroits avec des groupes qui se connaissent ou avec des styles similaires et ça permet pour eux de se créer un réseau aussi.

Mettre en place et organiser des concerts ça demande des moyens technique et financiers, avez-vous des aides de la région ?
Sonia : Pour l'instant on n'a pas encore eu l'opportunité de bénéficier d'aides départementales ou régionales. Déjà parce qu’au cours de la première année d’activité c'est rarement le cas mais on a eu un bon démarrage, grâce entre autres à mon entreprise qui nous a fait un don, ce qui nous a permis de créer du merch et pour avoir aussi un fond de caisse. Et puis, au-delà de ça on a reçu d’autres dons de particuliers, ce qui nous a permis d'engager les premières étapes et puis après, tu as comme pour aujourd'hui une soirée où on propose au public de pouvoir entrer avec un format prix libre, ce qui nous permet aussi de garantir de pouvoir payer aussi les groupes et de pouvoir ensuite aller en chercher d'autres et essayez d'avoir ce roulement un peu vertueux. Et puis comme toute association, on créer d'autres évènements qui permettent d’aliment le compte comme une tombola qui nous tient à cœur et dont une partie des recettes sera reversée à l’APPEL, l'association des parents d'enfants atteints de l'leucémie et il a de supers lots à gagner. Donc tout ça nous fait un roulement au fur et à mesure que les tickets sont vendus et ça nous aide. Il y a des pass festivals à gagner, un saut en parachute, on a 40 lots offerts par des partenaires locaux, des magasins, des structures qui ont bien voulu jouer le jeu. Il y a des lots qui valent jusqu’à 300€, donc pour 2 euros le ticket ça vaut vraiment le coup. Et en intégrant Jérémie en janvier dernier ça nous a permis aussi de mettre en lumière le travail de nos sept bénévoles que Jérémie pilote très bien et pour le coup ils sont hyper moteurs et il y a une belle énergie, c’est une vraie petite famille et sans eux on ne pourrait pas mettre en place tous ces évènements. C'est vraiment grâce à eux qu’on avance aussi bien et on tient à les garder. 

Ce soir, c'est NØCIDE qui joue et en première partie WAT3RF4LL, comment les avez-vous découvert ?
Pat : Alors on a eu la chance de découvrir NØCIDE au Warmaudio à Lyon en première partie de CRYSTAL LAKE et on a accroché direct. On les a vu à nouveaux deux jours après au festival Sylak, on est entré en contact avec eux et on s’est super bien entendu dès le départ. Sur scène ils avaient une énergie fédératrice et on a clairement pris une claque en les voyant. Quant à WAT3RF4LL c’est un jeune groupe originaire de Chalon-sur-Saône, d’ici, même si maintenant ils sont plus du côté de Lyon et ils commencent à bien tourner, ils veulent se faire connaitre et deux des membres du groupes, Lenny et Aëdann font partie de l’association Black Fury Prod en tant que bénévoles. On les voit un peu moins dû à leur activité dans le groupe, ils sont beaucoup sollicités en plus d’être basé à Lyon désormais, mais ils sont toujours là quand ils peuvent pour donner un coup de main. Le style des deux groupes se coordonne bien et en plus ils se connaissent déjà donc c’est cool de les faire jouer ensemble ce soir.

Pour conclure, qu’attendez-vous pour la suite ? 
Sonia : La prochaine étape, on souhaite un "sold-out" à LaPéniche en septembre, il y a trois super groupes à voir et au-delà de ça, ça va être une vraie fête pour célébrer la première année de Black Fury Prod. Et on rappellera de ne pas hésiter pas à nous contacter si des groupes souhaitent nous rejoindre, quel que soit leur style dans le métal, dans tous les cas, on écoutera et si on a l'opportunité de les faire passer on fera ce qu’il faut.
Pat : On pourra vraiment faire un bilan de l'année du coup et on pourra se projeter encore plus et je ne doute pas que cette soirée sera excellente et on va tout faire pour communiquer dessus. Et merci à Hard Force et à toi pour cette opportunité de se faire connaitre encore un peu plus.
 

Blogger : Benjamin Delacoux
Au sujet de l'auteur
Benjamin Delacoux
Guitariste/chanteur depuis 1991, passionné de musique, entré dans les médias à partir de 2013, grand amateur de metal en tous genres, Benjamin Delacoux a rejoint l'équipe de HARD FORCE après avoir été l'invité du programme "meet & greet" avec UGLY KID JOE dans MetalXS. Depuis, il est sur tous les fronts, dans les pits photo avec ses boîtiers, en face à face en interview avec les musiciens, et à l'antenne de Heavy1, dont l'émission MYBAND consacrée aux groupes indépendants et autoproduits.
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