28 mars 2026, 23:59

GRANDMA'S ASHES + SUN + LEVO EVOLOVE

@ Paris (Élysée-Montmartre)

Le 28 mars, à l’Élysée Montmartre, s’est tenue une soirée absolument magique : la release-party de l’album « Bruxism » du power-trio GRANDMA’S ASHES. Après avoir exploré le rock stoner et progressif dans son premier album « This Too Shall Pass » (2023), le groupe composé d’Eva Hägen (chant, basse), Myriam El Moumni (guitare, chœurs) et Edith Séguier (batterie, chœurs) s’oriente vers un style plus grunge tout en conservant une direction artistique empreinte d’esthétique gothique. La soirée a bénéficié d’un maître de cérémonie idéal en la personne de Levo Evolove, drag king au style époustouflant, et d’une première partie assurée par SUN et son style brutal pop.

Le programme de la soirée est assez énigmatique au sujet de la performance de Levo Evolove. Les minutes passent et quand les lumières s’éteignent, une silhouette monte sur scène. Une silhouette vêtue d’un manteau de plumes noires aux épaules pointues et au charme certain. Le metal indus de NINE INCH NAILS résonne dans l’Élysée Montmartre et Levo Evolove livre une performance de lip sync très réussie mais malheureusement bien trop courte. On a à peine le temps d’admirer le maquillage aussi féroce que félin, le torse aux muscles abdominaux précisément dessinés et la tenue toute faite de chaînes, pointes métalliques et vêtements en cuir. Le style est travaillé à souhait et répond très bien à l’esthétique de GRANDMA’S ASHES, ce qui donne à la soirée une cohésion d’ensemble. Le drag king annonce ensuite l’arrivée imminente de SUN et quitte la scène sous les applaudissements.


C’est maintenant à SUN de monter sur scène. La frontwoman Karoline Rose Sun (chant, guitare) est accompagnée de Bassem Ajaltouni (basse) et de Boris Le Gal (batterie) pour assurer un concert d’environ une heure dans lequel la majeure partie de son répertoire est jouée. Pour accompagner l’ensemble, les visuels en fond de scène donnent le ton : couleurs fluorescentes, images galactiques, paroles de chansons qui défilent pour permettre au public de chanter et vues kaléidoscopiques de la frontwoman. SUN, vêtue d’une robe de princesse rose, assure le chant et les interactions avec le public ainsi que les parties de guitare. Les mélodies accrocheuses ont vite fait d’emporter le public et de mener à la création d’un pogo. Parmi les tubes joués ce soir, "Free Your Soul" et "I Killed My Husband" permettent assez vite de comprendre la direction artistique de SUN : les revendications sont présentes partout, jusque dans la maternité du style brutal pop. La frontwoman prend le temps de dresser le panorama de ses inspirations, depuis les SPICE GIRLS jusqu’à SLAYER et MESHUGGAH qu’elle écoutait pendant son adolescence en Allemagne. Les membres du public reprennent les paroles des chansons, s’amusent et crient pendant que la frontwoman, depuis la scène, pense à tout. Même aux ventilateurs surpuissants qui font voler ses cheveux et garantissent des photos marquantes. La dernière chanson, "Serious Love", est jouée en exclusivité ce soir avec la fameuse guitare Hello Kitty, modèle de Fender visiblement très attendu par les fans.


Arrive enfin le moment où le public attend avec impatience que GRANDMA’S ASHES monte sur scène. De part et d’autre de la batterie, elle-même placée sur une estrade au milieu de la scène, deux rideaux faits de pans de plastique rouge opaque. Des chaînes pendent des traverses auxquelles sont accrochés les projecteurs, motif qui orne également le pied de micro. Tout est prêt pour que le trio monte sur scène. Une fois la batteuse installée derrière les fûts, deux projecteurs s’allument et les silhouettes de la bassiste et de la guitariste se découpent sur le plastique rouge. Chacune le franchit aussi théâtralement que possible et s’installe pour ouvrir sur le très beau "Saints Kiss" qui ouvre également l’album « Bruxism ».

Sorti le 24 octobre 2025, le deuxième album du trio avait été révélé lors d’un concert en première partie de WITCH CLUB SATAN à Petit Bain. Les happy few ayant pu assister à ce premier concert de la tournée avaient alors découvert une ambiance très différente de celle qui correspondait à l’album « This Too Shall Pass » : de sobrement gothique, GRANDMA’S ASHES est passé à gothiquement grunge et force est de constater que ce style lui va comme un gant de velours orné de chaînes. Plus affirmé, aussi tranché que tranchant sans rien perdre de ce qui fait la spécificité du groupe.


Juste après ce premier titre en forme de bonjour, Eva Hägen se rapproche du micro et salue le public d’un « Bonsoir l’Élysée Montmartre » qui a vite fait d’humidifier les yeux les plus secs de la salle. Quand on sait que, moins de trois ans avant cette date, le groupe peinait parfois à remplir certaines salles municipales, il y a de quoi être ému.e en voyant qu’un millier de personnes se trouve dans la salle ce soir. La frontwoman remercie le public avant que le trio n’enchaîne avec "Empty House" dont la mélancolie grunge fait danser les têtes au rythme de la batterie et fredonner les voix au son du chant. Vient ensuite "Duality", majoritairement dominé par une lumière bleue du plus bel effet.

Nouvelle prise de parole d’Eva Hägen qui révèle au public que le groupe a pris une mauvaise habitude pendant sa tournée : juger et classer les publics des différentes villes. Après que le public parisien a aisément prouvé qu’une place du top 5 lui revenait de droit, le trio sort des sentiers battus de « Bruxism » pour jouer "Aside" issu du premier album et que la frontwoman dédie aux fans de la première heure qui se trouvent dans la salle. C’est avec une curiosité avide que le public découvre ou redécouvre ce banger ultime paré de nouveaux habits. La force du titre se marie à merveille avec l’esthétique désormais plus brutale de GRANDMA’S ASHES. Une fois l’incursion finie, le groupe revient à "Sufferer" qui illustre particulièrement bien les souffrances ressenties au quotidien et exorcisées dans l’album.


Vient ensuite un temps plus doux pendant lequel "Nightwalk", "Neutral Life Neutral Death" et "Calix", chanson d’amour devenue chanson de rupture, s’enchaînent. Les lumières bleues reviennent, le chant se fait plus doux et les lignes mélodiques juste un peu plus sobres. De quoi ajouter un vocoder pour étoffer la voix déjà magnifique d’Eva Hägen. La douceur se mêle tour à tour à la mélancolie, la lassitude et l’amour pour poursuivre le moment hors du temps que représente le concert. Tout au long de celui-ci, les trois musiciennes rivalisent de maîtrise et de précision dans leur jeu, aussi bien instrumental que scénique : les attitudes sont à l’image de l’album et le style va jusqu’à la cohérence des trois tenues. Vêtements proches du corps en haut, plus amples en bas, cols serrés, ceintures, colliers à pointes et chaînes argentées forment l’unité du trio tout en permettant à chacune d’adapter sa tenue aux contraintes de son instrument et à ses envies.

Après le calme revient pourtant la tempête avec la reprise du titre "Army of Me" de Björk que le trio reprend avec autant de justesse que d’hommage : en le jouant aussi beau qu’il est mais avec son propre style. Plus intrigant, le beat de "Flesh Cage" résonne avant que la mélodie n’emporte le public jusqu’au refrain et au growl d’Eva Hägen aussi terrifiant qu’efficace. La chanson prend une autre tournure quand la silhouette de Levo Evolove se dessine sur l’un des deux pans de plastique rouge. Le drag king remonte sur scène et sa simple présence donne un nouveau sens à la frustration exprimée par les paroles : on aimerait pouvoir sortir de ce corps qui est le nôtre et auquel on n’échappe pas. Sauf en prenant une autre apparence le temps d’un instant, d’une soirée ou d’un concert.


Une dernière prise de parole, la plus émouvante de la soirée, a lieu après cette musique : la frontwoman prend le temps de remercier le maître de cérémonie de la soirée ainsi que l’ensemble du public, de l’équipe technique, de l’entourage professionnel, de la salle et du groupe, parvenant presque à faire pleurer Myriam El Moumni, Edith Séguier, les personnes présentes ce soir ainsi qu’elle-même. C’est aussi pour ça qu’on aime les concerts de GRANDMA’S ASHES : pour les émotions intenses, aussi bien la joie que la tristesse, la fierté et la rage exprimées par les chansons du groupe. Vient l’heure de finir la soirée avec "Cold Sun Again" et "Dormant", toutes deux sublimes de justesse face au désarroi provoqué par le retour de la dépression et l’angoisse de la mort. Les sentiments évoqués sont complexes et il vaut mieux être bien entouré.e pour les explorer. GRANDMA’S ASHES a créé une musique dans laquelle il fait bon plonger pour extérioriser ces sentiments, les explorer sereinement et y trouver du réconfort. Il n’y a plus qu’à souhaiter que cette musique continue de toucher les cœurs et les oreilles avides de poésie, de beauté et d’honnêteté.
 

Blogger : Ivane Payen
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