2 mai 2026, 18:24

ACID BATH

Interview Dax Riggs


Il y a vingt-neuf ans, le groupe de sludge metal ACID BATH se séparait suite au décès soudain du bassiste Audie Pitre. Formé en 1991, la formation avait seulement eu le temps de sortir deux albums devenus incontournables. S’il y a bien quelque chose qu’on n’osait plus espérer, c’était un retour de ce groupe légendaire qui a donné son premier concert en vingt-huit ans le 25 avril 2025. Depuis, ACID BATH a notamment été annoncé en première partie de la tournée européenne de SYSTEM OF A DOWN avec un passage par Clisson au mois de juin et deux Stade de France les 2 et 4 juillet. Pour discuter de l’ensemble des interrogations qui gravitent autour de son retour, nous avons eu l’honneur de discuter avec le chanteur à la voix si particulière, guitariste aux mélodies si envoûtantes, compositeur de génie et monstre de talent, Dax Riggs.
 

L’annonce du retour d’ACID BATH a été un événement marquant de l’année 2025. Qu’est-ce qui vous a décidé, vous et le groupe, à revenir ?
Dax Riggs : Je crois que c’était juste le bon moment : on n’avait pas d’autres projets dans lesquels on aurait été plongés jusqu’au cou. J’ai toujours su que si on le faisait vraiment, ça serait très prenant et ça prendrait toute la place donc je crois qu’on a juste trouvé le bon moment. Je crois que le temps a rendu ça plus facile. Du temps a passé, certaines de nos blessures ont guéri donc c’est plus facile à envisager. C’est le temps qui a rendu les choses différentes. Pour la première fois, c’était quelque chose qui m’apparaissait simplement comme un défi à relever. J’avais vraiment envie d’essayer de le faire. Je crois que, progressivement, j’ai vraiment plongé dans le hard rock et c’est devenu ma muse principale, surtout le hard rock psych des années 70. Il y en a dans ACID BATH et quand je me suis replongé dedans, ça faisait tellement longtemps que je n’avais pas écouté ces chansons que quand je les ai entendues à nouveau, c’est comme si une partie de moi les découvrait pour la toute première fois. Dans ce sens, c’est assez drôle.

Pourquoi avez-vous vu votre retour comme un challenge ?
(rire) Parce que l’alternance entre le côté extrêmement dérangé et les parties plus douces et mélodiques est un véritable challenge vocal. C’est comme si je marchais sur une corde très étroite dans un cirque. Quelque chose m’a dit que j’étais capable de le faire de la façon dont ça devait être fait. Je suis très heureux d’être de nouveau avec mes vieux amis. Ça fait longtemps qu’on n’a pas eu l’occasion de passer autant de temps ensemble parce que quand on grandit, ça n’est pas quelque chose qu’on fait beaucoup de passer du temps avec ses anciens amis. À moins qu’on ait une raison de le faire, un lien qui serait magique. C’est vraiment chargé émotionnellement pour nous et pour tous les fans d’ACID BATH. C’est vraiment merveilleux à vivre.

C’est tout aussi génial pour les fans qui ne s’attendaient absolument pas à vous voir revenir.
(rire) J’étais à peu près aussi surpris qu’eux. Pour être honnête, je ne pensais pas que je le ferais vraiment, même si c’était une option. Je pensais qu’on rééditerait certaines chansons, peut-être en retravaillant certaines d’entre elles qui n’étaient pas complètement finies au moment de l’enregistrement. On le fait déjà plus ou moins. Il y a une vraie satisfaction artistique qui accompagne le fait de pouvoir redonner vie à certaines choses.

Que s’est-il passé durant les 28 ans qui ont séparé le concert du 25 avril 1997 de celui du 25 avril 2025 ?
Oh waw… (rire) Je crois que j’étais dans un genre de quête. Je n’ai jamais perdu mon amour pour la musique heavy, ça m’a toujours plu et j’en ai toujours écouté sous différentes formes. J’étais en pleine réflexion sur mon écriture donc j’ai enregistré beaucoup d’albums : on a fait DEADBOY AND THE ELEPHANTMEN après avoir fait AGENTS OF OBLIVION Mike (Sanchez, guitariste, ndlr) et moi. On a fait quelques chansons qui étaient peut-être un peu trop mélodiques et un peu trop inspirées du rock des années 70 pour que les autres les aiment donc on les a sorties avec AGENTS OF OBLIVION, puis Sammy (Pierre Duet, chant et guitare, ndlr) a commencé GOATWHORE, j’ai continué avec DEADBOY AND THE ELEPHANTMEN qui est devenu mon seul projet avant d’être mon projet solo. Ensuite, j’ai pris une pause et j’ai fini mon premier album solo depuis longtemps. Je ne prévoyais pas vraiment de partir en tournée, c’était juste pour faire cet album. Enfin, je veux dire que je vais faire des concerts pour mon projet solo à un moment ou à un autre mais actuellement, la machine ACID BATH est en marche et c’est un monstre : une fois qu’il est réveillé, il veut manger tout ce qui se trouve autour de lui. C’est comme une arme psychédélique de masse et de destruction, mais seulement de la façon la plus aimante qui soit.

Je sais qu’on vous a déjà beaucoup posé la question mais je vais la poser quand même : y a-t-il de nouvelles compositions d’ACID BATH en préparation ?
Ça n’est pas encore écrit. C’est l’avenir, les nuages qui bougent dans le ciel et dans lesquels je ne suis pas encore vraiment sûr de ce que je vois. Nous sommes bien occupés en ce moment en jouant les chansons qu’on a déjà enregistrées. Donc je ne peux pas vraiment donner de réponse à cette question aujourd’hui. Mais être ensemble nous inspire beaucoup, il y a vraiment beaucoup d’inspiration qui flotte autour de nous en ce moment donc on verra ce qui se passe. Ça n’est pas complètement désespéré, c’est juste une question d’inspiration et de savoir si on le ferait dans le vent ou non. Pour l’instant, je vais en rester là.

Cet été, vous viendrez en Europe pour la toute première fois. Pour les personnes qui n’ont jamais vu ACID BATH en concert, à quoi peut-on s’attendre en termes de scénographie, d’ambiance, d’énergie, etc. ? Y aura-t-il des changements majeurs entre les concerts dont on peut trouver des vidéos sur Internet ou bien l’ambiance sera-t-elle plutôt similaire ?
Je dirais qu’elle sera plutôt similaire. Pour un public qui ne nous a jamais vu, on joue une musique psychédélique gothique hardcore avec beaucoup de doom, des éléments rock, d’autres tirés de la musique des années 60 et qui tire parfois sur le black metal. Si cette description a l’air intrigante, peut-être que vous aurez envie d’écouter ce que ça donne. Avec des paroles qui sonnent comme la rencontre entre un dysfonctionnement psychologique et le paganisme. On essaie de révéler notre âme au public et de proposer un véritable rituel, une expérience qui atteint un tel niveau de spiritualité qu’on peut avoir l’impression de sentir son âme quitter son corps.

Aujourd’hui, le batteur d’ACID BATH est Zack Simmons et la basse est assurée par Shane Wesley. Pouvez-vous nous parler de ces musiciens et de vos liens avec eux ?
Zack a joué dans GOATWHORE avec Sammy pendant longtemps, ils s’entendent très bien donc Sammy l’a ramené. Shane Wesley était un membre de CROWBAR donc il est très versé dans la musique sludge et son histoire. C’est de là qu’il vient. Il est vraiment le meilleur choix pour poursuivre le travail d’Audie, notre bassiste qui est décédé et dont la mort nous a empêché de continuer à l’époque. Shane arrive à suivre de façon exacte la technique d’Audie et tout le reste, il a beaucoup d’amour et de respect pour lui. Actuellement, on a un groupe vraiment génial. Alex Bergeron a fait partie d’AGENTS OF OBLIVION et nous a aidés au moment des répétitions mais il ne joue pas avec nous.

Comment vous êtes-vous sentis lors du concert que vous avez donné le 25 avril 2025 à la Nouvelle-Orléans ? Comment s’est-il passé ?
C’était génial mais je sentais une vraie pression peser sur moi. Je voulais faire de mon mieux. C’était étrange. Bien sûr, il y avait la montée d’adrénaline, la surcharge émotionnelle, etc. J’avais l’impression que mon ami Audie était là, avec moi, et qu’il est toujours avec nous. C’était un moment magnifique, comme un bain de sang rempli d’amour qui aurait jailli du public pour se déverser sur nous. Il y avait des gens qui pleuraient. C’était vraiment lourd. Le public a été merveilleux. Depuis nos débuts, on a développé les concerts : on est un peu les PINK FLOYD du heavy metal. Maintenant, il y a beaucoup de visuels psychédéliques sur scène, comme si on était en plein trip. On a toujours voulu donner un tel concert mais on n’a jamais pu le concrétiser à l’époque. C’est drôle de voir comme les rêves qu’on avait il y a longtemps peuvent se réaliser de façon aussi forte et gigantesque. C’est magnifique. C’est comme si le monde fondait, comme si l’âme éclatait, comme si je vibrais et que je sentais l’amour et la force du public. Je crois qu’on le ressent tous quand on est sur scène, c’est notre carburant.

L’été prochain, vous serez en Europe en tant que première partie de SYSTEM OF A DOWN et QUEENS OF THE STONE AGE. Comment cette tournée s’est-elle goupillée ?
C’est juste une opportunité qui s’est présentée. SYSTEM OF A DOWN sont des amis qu’on n’a pas encore rencontrés. On était des grands fans de KYUSS, on aime aussi QUEENS OF THE STONE AGE et je crois qu’on va bien ensemble. Je sais que c’est étrange. D’ailleurs, le monde est vraiment étrange aussi.

Une rumeur circule selon laquelle vous auriez peur de prendre l’avion. Avez-vous combattu cette peur pour pouvoir venir en Europe ?
Cette rumeur n’est pas vraie, je n’ai pas peur de l’avion. J’entends beaucoup de choses à mon sujet et je me dis : « C’est drôle ! ». Je crois que c’est juste une histoire de dépenses liées aux tournées et pour nous, c’est le seul moyen d’aller en Europe. On est vraiment contents qu’ils nous aient demandé de venir et on a hâte de découvrir ces lieux chargés d’Histoire, non pas que les États-Unis n’en aient pas mais ça n’a rien à voir de marcher dans ces rues-là.

Pendant les concerts, vous chantiez en ayant une main dans la poche. Vous le faites toujours ?
Ça dépend de mon niveau d’implication physique : si je ne fais que chanter, je ne le fais pas forcément, mais si je crie, je le fais pour garder mes mains près du corps. Si je ne les verrouille pas, elles vont s’envoler parce que j’insuffle toutes les fibres de mon être dans ces cris. C’est pour empêcher mes mains de voler partout autour de moi comme celles d’une poupée désarticulée. Je me touche légèrement, absolument pas de façon sexuelle, c’est juste une habitude que je ne comprends pas vraiment moi-même.

Le travail que vous avez mené avec ACID BATH a-t-il influencé celui de votre album solo « 7 Songs for spiders » ?
Je le vois comme une progression unique, comme une longue chanson. Je ne parle pas vraiment de thèmes différents, tout est déjà là mais ça prend des nuances différentes. Il y a peut-être un regard différent sur l’amour, la mort et l’âme. Il y a beaucoup de symbolisme dans ces paroles. C’est un travail vraiment très personnel. Je l’ai fait avec des amis ici, à Lafayette, en Louisiane et c’était une expérience géniale. On l’a fait à notre façon sans aucun élément extérieur : pas de planning à tenir, pas de label à satisfaire, on l’a juste fait pour le bonheur de faire de la musique. C’est un enregistrement très spécial pour moi. Je prévois d’en sortir un autre très bientôt.

Vous avez une écriture très particulière, à la fois poétique, macabre et gothique. Où trouvez-vous l’inspiration ?
Je la trouve tous les jours. La musique est mon dieu, ma meilleure amie, elle calme le tumulte de mon esprit. Je peux développer une obsession pour des chansons au point de les écouter encore et encore jusqu’à ce qu’elles m’apportent une grande paix. Quand je suis tourmenté, je mets mon casque ou mes écouteurs et je m’envole littéralement au paradis. La musique est tellement puissante pour moi, plus puissante que les armes, les drogues et Dieu. C’est plus puissant, ça m’émeut beaucoup plus, ça m’affecte, ça peut tout changer pour moi donc je suis drastiquement et totalement inspiré par la musique tous les jours. J’écoute beaucoup de musiques du monde et j’ai très hâte de partir là-bas pour trouver de la musique que je ne peux pas trouver aux États-Unis. En ce moment, je suis dans une phase hard rock et j’écoute beaucoup de proto-groupes de metal des années 70 : les débuts d’UFO, BLUE CHEER et les autres comme eux. J’aime tous ces groupes de hard rock qui portaient les cheveux longs et qui m’inspirent à l’infini, la musique hard rock psychédélique, le blues, beaucoup de rembetika qui est une musique folk grecque, la musique folk de gangsters qui prennent de la weed. J’écoute de la musique qui vient de partout dans le monde et je pourrais en parler pendant très longtemps. Tucker Zimmerman, un Américain qui a déménagé et qui est mort récemment était l’un des meilleurs auteurs-compositeurs qui a jamais vécu. Il y a tellement de gens qui m’émeuvent. J’écoute aussi beaucoup de gospel : le chant me pousse vraiment à essayer des choses qui me semblent impossible. Ils y arrivent alors je peux au moins essayer (rire), ce qu’ils font m’inspirent. Je sais que ça fait beaucoup mais c’est ma réponse.

Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?
Pas mal de choses. J’ai le nouvel album de Peaches que j’aime beaucoup. Je l’adore, c’est l’une des personnes les plus gentilles que j’ai rencontrées. J’ai une nouvelle compilation de musique grecque, l’album « Unknown Passage » de DEAD MOON, le deuxième album de THE CARS. J’écoute beaucoup de choses différentes : du hard rock des années 70, DEATH IN JUNE, THE CONSOLERS qui est un super groupe de gospel, le label allemand Analog Africa qui est fantastique et dont j’ai la compilation « Cameroon Garage Funk ». Il y a aussi Julian Cope, un joueur de rock de l’âge de pierre qui faisait partie de BRAIN DONOR, un vieux groupe avec lequel il joue du heavy metal et du glam rock, c’est magnifique. La compilation « Punk Rock series », encore du DEAD MOON, du PILGRIM TRAVELERS, « Aliens Psychos & Wild Things », Van Morrison. J’écoute un peu de tout.

Jouerez-vous certaines de vos compositions solos lors des concerts avec ACID BATH ?
On n’y a pas encore réfléchi. Je n’y suis pas encore préparé donc je le ferai probablement sur d’autres dates, principalement à cause du chant. Mais c’est une très bonne idée !

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