15 mai 2026, 13:57

PORT NOIR

"The Dark We Keep"

Album : The Dark We Keep

La mélancolie, cet état de tristesse vague accompagné de rêverie. L’insomnie à 3h33 du matin, quand le plafond devient un écran géant pour toutes les choses auxquelles on évite de penser, le trajet nocturne, aussi brumeux sur la route que dans notre esprit. Tous ces éléments empreints de noirceur, propices à l’introspection trouvent écho dans l’album « The Dark We Keep » du groupe suédois de metal progressif PORT NOIR, et transforme cette expérience amère en une aventure cathartique.

Là où « Cuts » flirtait parfois avec une élégance presque pop et futuriste, ce nouvel album replonge dans quelque chose de plus dense, plus charnel, plus nocturne. Une sorte de collision entre le metal alternatif, le prog moderne et cette mélancolie électronique froide qu’on retrouve parfois chez les groupes tels que LEPROUS ou DEFTONES. PORT NOIR ne cherche pas la brutalité pour la brutalité. Le groupe construit des morceaux comme des chambres étouffantes où chaque synthé agit comme une lumière néon vacillante au-dessus d’un parking désert. La maîtrise de l’atmosphère est un art dans lequel le groupe excelle. Ainsi "Complicated" ouvre l’album avec cette sensation de vertige contenu : riffs lourds, nappes électroniques, voix fantomatique de Love Andersson qui semble flotter au-dessus du chaos plutôt que le dominer.

"Redshift" et "Noir" confirment rapidement le virage : plus métallique, plus massif, tout en gardant l’esprit du groupe qui nous fait ressentir la musique plutôt que de nous la faire écouter. PORT NOIR nous enseigne que la lourdeur n’est pas qu’une question d’accordage bas ou de breakdowns. La vraie lourdeur vient de la sensation d’étouffer dans ses propres pensées. "Ebb and Flow" et "My Destroyer" sont exemplaires là-dessus. Les riffs écrasent, mais la voix reste presque fragile, distante et éthérée.

Le court interlude "Vargtimmen" qui signifie en suédois "l’Heure du Loup" (désignant spécifiquement le moment de la nuit situé entre 3h et 4h du matin) agit comme une respiration glaciale avant "Burst", qui surprend avec un groove presque dansant.
Puis vient "Reverie", probablement le titre le plus cinématographique du disque : lent, spectral, magnifique dans sa manière de laisser le silence parler autant que les instruments. Cette chanson fait l’effet d’une tornade musicale, où notre seul refuge est le temps fort du titre, porté par la voix nue de Love Andersson, sans instruments, tel l’œil du cyclone, avant que les riffs soutenus et lancinants nous reprennent d’assaut.

Cet album nécessite une écoute en bloc, comme une nuit blanche qu’on regarde passer derrière une vitre mouillée. Il personnifie la mélancolie, le tourment intérieur et nous donne envie de nous y plonger encore et encore. « The Dark We Keep » est probablement l’album le plus mature et le plus lourd émotionnellement de PORT NOIR. C’est un disque hypnotique et addictif dont chaque écoute nous rapproche de la dépendance. A écouter sans modération.

Blogger : Sonia Salem
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