
A Long Island, dans l'Etat de New York, la scène emo et la scène hardcore se sont rencontrées pour créer un des groupes les plus intéressants de ces dernières années : KOYO. Après avoir sorti leur premier album, « Would You Miss It ? », le quintet a immédiatement eu du succès chez les amateurs d'emo, de punk et de hardcore, et est parti en tournée dans le monde entier. Ce vendredi 8 mai, les voilà de retour avec un deuxième disque encore plus poussé, « Barely Here », évoquant directement les événements des dernières années pour le groupe. Le chanteur Joey Chiaramonte est venu à notre rencontre pour en livrer les secrets...
Vous sortez « Barely Here », votre deuxième album. Comment était l'anticipation pour vous, comparée à « Would You Miss It? » ?
Joey Chiaramonte : C'est une très bonne question. Je dirais que pour les deux albums, il y a eu un fort sentiment de hâte, évidemment. « Would You Miss It ? » était notre premier album, notre bébé. On avait ce désir magnétique de le sortir dans le monde, et je ressent encore ça pour « Barely Here ». Mais je pense qu'il a été plus inspiré par le fait de vouloir montrer aux gens... Non pas qu'on y arrive encore, parce que la question ne se pose pas... Mais on voulait rassurer les gens en leur offrant un autre album de KOYO qui sonne comme KOYO. « Voilà un autre album entier dans le style si vous l'aimiez déjà, et 10 chansons que vous pouvez encore soutenir. » Donc j'attends vraiment juste qu'il arrive entre les mains des gens, et de voir ce soupir de soulagement des fans qui se disent « Cool, ils l'ont encore fait, ils ont fait plus de musique qui me parle. »
C'est vrai que si on doit le comparer à des deuxièmes albums de groupes emo, on est plus proches de l'évolution de FALL OUT BOY avec « From Under The Cork Tree » que de celle de PANIC ! AT THE DISCO avec « Pretty Odd ».
C'est exactement ce vers quoi on voulait aller ! Ça fait plaisir à entendre, ça soulage.
C'est une approche assez différente de la plupart des groupes, de jouer sur vos forces afin d'en faire une suite de l'album précédent. Jusqu'à la couverture, qui rappelle l'arrière de la couverture de « Would You Miss It ? » !
Oui, il y a des rappels intentionnels, bien sûr.
Est-ce que vous avez dû vous poser et vous dire « OK, on est bons à ça, ça, ça et ça. », ou est-ce que ça s'est fait naturellement ?
Je dirais que c'était un peu entre les deux. Tout ce qui a à voir avec l'écriture a tendance à venir de l'instinct. On avait pas mal écrit avant même « Would You Miss It? ». Il y avait beaucoup de musique écrite, avec les EP, les démos et ce genre de choses. On a toujours insisté que si ça ne nous semblait pas naturel, et que si ça ne semblait pas venir de l'instinct, d'un instinct physique où on se dit « J'entendrais bien ça, c'est censé être ça à ce moment. », si ça ne respectait pas ça, alors ce n'était pas correct. Toutes les chansons ont été écrites en ayant ça en tête, mais je crois que c'est la première fois qu'on le dit à haute voix. Et il fallait que cet album soit comme ça. Pour « Would You Miss It? », j'ai l'impression qu'on essayait de faire entrer plusieurs choses différentes dans un seul album, et d'y donner un sens. Je pense qu'on a réussi à le faire, mais « Barely Here » est la première fois où on se lance dans l'écriture de quelque chose en se disant « Cet album doit être comme ça. ». Et je pense que le produit final est exactement comme on le voulait, parce qu'on voulait juste faire plus de KOYO. La mission de l'album, c'était de faire plus de KOYO, plus de choses qui raffinent nos forces, et sonnent comme nos chansons préférées de KOYO à ce jour. Je n'avais jamais écrit avec une intention jusqu'à maintenant, et je dirais que cet album est le premier qu'on fait avec un vrai plan !
C'est une approche rafraîchissante parce que j'ai l'impression que beaucoup de groupes ont tendance à sur-analyser leur deuxième album, afin de se démarquer du premier.
Je pense que le plan était comme il est pour échapper à la sur-analyse. Ce n'est pas un problème de sur-analyser, parfois les groupes font de l'art incroyable en le faisant, mais on ne voulait pas prendre ce risque. On ne voulait pas faire de cet album une œuvre d'art qui abandonnerait ce qu'on fait, qui serait très étrange, et risquer que finalement on n'aimerait peut-être pas l'album nous-mêmes. On voulait juste faire quelque chose qui se ressentait comme tout ce qu'on a aimé depuis toujours dans le groupe. Il y a des tonnes de chansons qu'on aimait beaucoup comme ''Moriches'', ''Ten Digits Away'' ou encore ''Mile A Minute''. Les chansons comme ça sont, selon nous, ce qu'on veut faire, ce sont parmi les meilleures choses qu'on ait jamais faites. On est donc entrés dans cet album en se demandant « Et si on faisait tout un album comme ça ? », en termes d'esprit, d'éthique, d'énergie... On y est allés à fond, on l'a dit pendant tout le processus de création.
Est-ce que le fait de continuer dans la lancée de votre premier album vous a permis également d'effectuer des changements plus efficacement dans votre son ?
Absolument. Je pense qu'on a pu faire comme de la chirurgie sur l'album, et nous assurer que tout soit exactement comme il fallait, parce qu'on a passé moins de temps à explorer, et beaucoup plus de temps à raffiner notre son. On était beaucoup plus concentrés à se dire « Ce passage-là sera le plus nuancé. », ou « On va faire le drop comme ça. », ces petites choses qui font qu'une bonne chanson devient excellente. On a pu se concentrer à fond sur ça plutôt que de nous demander ce que serait la chanson. Car on avait fait une session de préproduction de quatre jours, où on a travaillé sur toutes nos idées de chansons, et l'album était presque fini avec cette session. En quatre jours, on est passés de 15 idées de chansons à dire « voilà les 10 chansons, voici l'ordre dans lequel elles vont s'enchaîner. », il ne restait qu'à réarranger quelques parties. Selon moi, on a pu le perfectionner dans notre bulle, avant de partir enregistrer. Je pense que c'est vraiment grâce à ça qu'on a eu le temps et la bonne direction pour le faire.
Est-ce que la réaction de vos fans aux singles ''Irreversible'' et ''What I'm Worth'' vous a confortés dans l'idée que c'était la bonne décision ?
Si on parle globalement, je dirais que oui. ''Irreversible'' l'a complètement fait. Je pense que c'est vraiment une chanson qui résume bien KOYO, comme on le voulait. Elle a bien marché, et elle a parlé aux gens. ''What I'm Worth'', d'un autre côté, est la chanson la plus étrange de l'album, tout en étant pas si différente de ce qu'on a sorti auparavant. Mais je dirais que c'est le chanson la plus différente, donc on dirait que les gens l'ont reçue différemment, et ne l'ont pas trop aimée. Mais ce n'était pas énorme comme réaction. De ce que j'ai compris, la plupart des gens ont aimé la chanson, mais se sont plutôt dit « Oh, c'est différent. ». Ce n'est pas le single qui a eu le plus de succès, mais c'est la chanson où on sort le plus des sentiers battus, et les retours étaient généralement plutôt positifs, donc je ne suis pas inquiet. Il n'y a rien de plus étrange ! Et les gens y ont quand même été plutôt réceptifs, et l'ont bien aimé. Même sur la tournée avec RISE AGAINST que nous venons de faire, il y avait des gens tous les soirs qui la chantaient avec nous. Donc je suis rassuré qu'on ait fait le bon choix en termes d'éthique de travail et d'approche.
Concernant les thèmes de l'album, l'un des thèmes centraux tourne autour des conséquences d'être un groupe qui tourne activement, comme tu le chantes sur « Barely Here » et « Jet Stream Wish ». Peux-tu nous raconter le moment où tu t'es rendu compte que la vie en tournée serait un problème pour toi ?
C'est une bonne question, parce que je pense que dans une certaine mesure, j'ai eu ce souci depuis le début du groupe. Il y a des chansons sur « Would You Miss It ? », comme ''Life's A Pill'' par exemple, qui explorent le même genre de malheurs, mais je pense que ça a été exacerbé sur les sessions d'écriture du deuxième album. Parce qu'on a fait la même chose que tous les groupes : on sort notre premier album, puis on tourne comme des psychopathes, jusqu'à ce qu'on se dise « On tourne peut-être trop. ». On le fait tellement et de manière tellement rapprochée qu'on commence à sentir le burnout et l'épuisement, pendant que la vie continue chez toi. Les gens vivent leur vie pendant qu'on est partis, les gens qu'on aime avancent, leur santé empire, et les gens vivent des tragédies et des choses horribles... Le monde devient de pire en pire, et on vit dans une bulle. Parfois on a l'impression de vivre dans une station spatiale, et qu'on regarde la terre et tous les gens et les choses qu'on connaît et qu'on aime. C'est difficile de situer exactement le moment où j'ai commencé à me sentir mal. Ça varie pas mal jusqu'à maintenant. Mais une chose est certaine : plus je me sentais comme ça, plus je ressentais d'anxiété et de dépression, etc. Je savais que ce serait le thème central des paroles de cet album.
Ce qui est cool, c'est que vous avez cette conscience hardcore qui fait que vous ancrez vraiment les choses dans la réalité, et que tout le monde peut comprendre ça.
Ça fait plaisir à entendre, vraiment. Je pense que dans une certaine mesure, c'était intentionnel, et que ça l'a toujours été pour le groupe. On tente d'être accessibles à travers une honnêteté et une simplicité qu'on a toujours tenté de porter avec nous.

Qu'avez-vous prévu pour essayer d'améliorer les choses du côté des tournées ?
C'est difficile. C'est une question nuancée, parce que, je l'admets, on a discuté de ça en s'appelant hier, et on va probablement tourner un peu moins. Ça ne veut pas dire qu'on ne va pas tourner, parce qu'on le fera certainement, mais on a atteint un stade où on ne peut plus le faire une tournée américaine complète plusieurs fois par an, puis immédiatement faire une tournée européenne, et vice versa. On ne peut plus être sur la route pendant 8 semaines, rentrer un mois et repartir un autre mois, puis rentrer rapidement avant de repartir 8 semaines. On a brûlé la chandelle par les deux bouts en faisant ça, et je pense que tout le monde en a un peu marre. Ça ne veut pas dire qu'on ne tournera pas, mais on va probablement, de manière réaliste, faire deux tournées US par an, et aller en Europe et au Japon, et continuer à faire tout ce qu'on aime faire, mais de manière peut-être un peu plus espacée. Je pense que c'est le premier pansement pour ça. Le problème, c'est qu'on va espacer la fréquence de tout ça. On vient de rentrer de 8 semaines de tournée il y a littéralement une semaine ! On a fait la tournée avec RISE AGAINST aux Etats-Unis et au Canada, et celle avec ARM'S LENGTH en Europe l'une à la suite de l'autre. C'est la troisième fois qu'on fait ça en un an ! Donc ça fait beaucoup... Peut-être même trop, même si les opportunités sont cool, et qu'on a énormément de chance de jouer avec ces groupes ! On a fait FOUR YEAR STRONG au Royaume-Uni, COMEBACK KID aux USA, NEW FOUND GLORY au Royaume-Uni, une tournée en tête d'affiche aux Etats-Unis, ARM'S LENGTH au Royaume-Uni et en Europe et RISE AGAINST aux Etats-Unis et au Canada... Tout ça en un an ! C'est la troisième fois en un an qu'on part en tournée 8 semaines à la fois ! C'est trop, on l'admet, donc la fréquence sera plus espacée, c'est la première mesure facile à appliquer. Puis j'ai personnellement essayé de remettre de l'ordre dans ma tête depuis un moment. Je pense que c'est toujours quelque chose en cours, qui date d'avant cet album, « Would You Miss It ? » et toutes les démos. Je pense que je n'écrirais pas tout ça, ou que je ne ferais pas la musique que je fais si j'étais totalement stable et heureux. Et ça me va de ne pas vivre ça perpétuellement, mais il y a un désir et des efforts que j'ai à faire pour être plus en paix avec la manière dont se font les choses, et pour ne plus m'autodétruire, me juger constamment, ou ne pas être trop dur avec moi-même. Il faut qu'il y ait moins de pression sur nous pour que tout ait lieu. On sait que tout va arriver, et ça viendra quand ça viendra, il n'y a pas besoin de le forcer d'une manière ou d'une autre. Et comme notre conscience professionnelle et l'esprit du groupe est de toujours faire les choses naturellement, je pense qu'on a un petit peu forcé sur les tournées. On peut se calmer un peu, et j'espère que ça apportera du soulagement de plusieurs manières.
Ce sera aussi sûrement plus cool pour les fans de vous voir une fois dans un bon état d'esprit plutôt que trois fois dans l'année mais épuisés !
Exactement, il faut qu'on évite le burnout comme ça. Je préfère venir en Europe une fois par an, en étant la meilleure version de moi-même, et en amenant la meilleure version de nous-mêmes en tant que groupe plutôt que de venir trois fois complètement épuisé. Ça ne veut pas dire que ça n'arrivera plus, si on nous fait de belles offres et que l'année s'aligne bien, on jouera longtemps avec ce groupe, et il est complètement possible, voire probable qu'on revienne en Europe plusieurs fois en un an. C'est juste que ces choses seront un peu plus espacées, plutôt que de tourner coup sur coup avec de longues phases de tournée. Toutes les tournées commenceront à ressembler plutôt à un enchaînement tournée/repos/tournée/repos, plutôt que de tourner un maximum en un certain temps, prendre une petite pause et y retourner, comme on le faisait.
J'ai beaucoup apprécié tout l'album, mais en particulier ''Selden Mansions'' et ses riffs de guitare abrasifs. Avez-vous poussé la production plus loin également, et si oui, quelle était votre approche ?
Il y a effectivement eu une élévation en termes de production. On a travaillé à nouveau avec Jon Markson sur cet album. C'est un peu notre producteur éternel. Et je pense qu'au-delà des progrès de Jon en termes de production et de mixage, un aspect de la production qu'a cet album et que « Would You Miss It ? » n'avait pas, c'était qu'on avait Jon comme assistant ingénieur son sur place tout le temps. Donc on travaillait les guitares dans une pièce pendant que j'enregistrais le chant en haut. On finissait la basse ou la batterie pour quelque chose, et l'assistant ingénieur son était déjà en train de le monter. Ça a rapidement créé cette capacité à avancer très vite sur l'album, parce qu'on n'avait pas une pyramide de batterie, basse, guitare et chant à faire l'un après l'autre. On a pu tout faire simultanément, et je pense que ça nous a permis d'explorer un spectre beaucoup plus large, et d'étendre l'aspect « production » de l'album, en nous assurant que tout sonnait de manière dynamique et exactement comme on le voulait. Tu sais, quand tu n'as qu'un mois pour faire les choses, et que tu dois reprendre après la tournée, ça laisse souvent des choses en plan. Pour cet album, rien n'est resté en plan, on a vraiment pu le faire et l'explorer en entier !
''Oxidize'' fait également partie des chansons les plus belles de l'album, et de ce que j'ai compris, ça parle de ta grand-mère et de sa bataille contre la maladie d'Alzheimer. Que dirais-tu aux gens dont les proches doivent, comme elle, vivre avec la maladie ?
C'est une très bonne question. C'est difficile d'y répondre, car comme tout le monde à qui je m'adresserais dans cette réponse, je suis juste quelqu'un de normal. Tout le monde fait face à ça dans sa vie en étant juste une personne lambda. Donc même si je ne pense pas avoir toutes les réponses, ou une réponse qui corresponde à tout le monde, ce que j'ai trouvé pendant que ma grand-mère fait face à ça, c'est qu'il ne faut pas être trop dur avec soi-même. Comme je le souligne dans la chanson, il y a eu de nombreuses fois où j'aurais pu, et dû aller la voir, et où je n'y suis pas allé. Elle est toujours là, et j'ai été la voir récemment, mais parfois c'est très difficile émotionnellement d'aller visiter quelqu'un qui a des problèmes de mémoire. Certains jours sont pires que d'autres. Je pense que chaque personne qui vit ça sait que parfois, on y va et on repart très secoué. Mais les restes de vous qui sont encore dans la mémoire de la personne apprécient à 100% que vous veniez. En tout cas, dans le cas de ma grand-mère, ses problèmes de mémoire font que les nouvelles informations sont un défi pour elle, mais elle sait toujours qui je suis. Parfois, c'est plus flou que d'autres, mais elle sait qui je suis, et elle sait qui est ma mère, et toute ma famille. Quand on y va, elle est vraiment très reconnaissante... Quand on peut, bien sûr, parce qu'on ne peut pas toujours trouver la force, mais il faut y aller autant qu'on peut parce qu'on ne regrettera pas d'avoir trouvé ce temps.

Je trouve qu'il n'y a pas assez de chansons, de films ou d’œuvres d'art en général qui parlent de ce sujet, c'est très dur mais malheureusement aussi très commun de vivre cette situation...
Oui, et c'est presque une expérience de vie normale, ce qui est tragique. C'est horrible que ce soit quelque chose qu'on peut vivre aussi souvent dans la vie. Et ma grand-mère n'est pas la première de ma famille, ni de mes grands-parents à vivre avec cette maladie. Les soucis de mémoire sont assez fréquents. C'est très dur, et personne ne nous y prépare. On n'est pas préparés à l'école pour la plupart des choses, honnêtement. On ne grandit pas en étant coachés à naviguer émotionnellement à travers une situation comme celle de ma grand-mère. Elle a énormément participé à mon éducation. Mes parents partaient au travail, et elle s'occupait de ma sœur et moi quand on était très jeunes... On n'est pas préparés à vivre que quelqu'un qui nous a éduqués perde la mémoire ou la capacité de se connecter à soi.
''It Happens To The Best Of Us'' est une autre chanson que je trouve très forte. Cette histoire d'amitié non réciproque me pousse à me demander si tu penses qu'on devrait moins s'investir dans une amitié tant qu'on n'est pas sûr qu'elle durera ?
C'est difficile à dire. Historiquement, je me donne tout simplement aux gens que j'aime. Ça a toujours été ma nature. Si j'apprécie quelqu'un, j'essaie de me lier avec eux, et d'être disponible, d'honorer l'amitié, la camaraderie, la fraternité, etc. Mais cette chanson est une histoire édifiante, car ça arrive très souvent dans la vie. C'est à nouveau une expérience commune humaine, que de se brouiller et de voir une amitié se dissoudre. Je ne pense pas que ce soit une idée nouvelle de quelque manière... C'est difficile de te répondre, car si on se ferme à d'autres gens, on peut manquer beaucoup de belles amitiés et de camaraderie dans la vie. On ne peut jamais se préparer à la perte totale d'une amitié avec quelqu'un qui était son ou sa meilleure amie, quelqu'un de très proche, qui nous devient d'un coup étranger. C'est dur, et ça met vraiment à l'épreuve. Ce n'est heureusement pas anormal, mais c'est un défi dans la vie. Je ne pense pas être mieux préparé aujourd'hui pour y faire face, mais je pense garder à l'idée que ça peut encore arriver (rire).
Malgré le fait que l'album touche des sujets très sérieux et remplis d'émotions, je me sens vraiment motivé en l'écoutant, comme s'il y avait une joie implicite à y trouver. Est-ce que c'est comme ça que vous l'avez construit ?
Je pense que ça a toujours été le cas avec ce groupe, sur cet album et même sur nos sorties précédentes. Parce que notre musique est très énergique, elle est mélodique, et elle est énergisante. Même si la musique est agressive par nature, elle n'est pas super « hard ». Ça a toujours un peu été la formule. Au niveau des paroles, pas mal de choses sont probablement lourdes, mais la musique ne le reflète pas toujours, et je pense que c'est intentionnel, parce que ça a toujours été notre truc. En fait, je pense que ça fait partie du fait de faire partie d'un groupe. Si tu le fais assez longtemps, tu deviens conscient de ce qu'il est, d'une certaine manière ! C'est quelque chose dont je suis conscient : ce n'est pas de la musique heureuse en soit, mais c'est plein d'énergie. Il y a des chansons comme ''Oxidize'' qui ont un ton plus sombre ou dramatique en termes de mélodie, mais en général, en dehors de ''What I'm Worth'' ou ''Oxidize'', la musique ne porte pas toujours ce ton lourd et dramatique. Les paroles sont toujours plutôt chargées en termes d'émotions, cependant, et c'est ce qui est cool avec ce groupe. C'est soit la playlist de salle de sport de quelqu'un, soit un audiobook psychologique, au choix (rire) !
Et ça peut même être les deux à la fois !
Oui, exactement (rire) !
Quelle chanson de l'album correspondrait le mieux à ton humeur aujourd'hui ?
C'est une bonne question, je dirais la première, ''Barely Here''. Je me sens plein d'énergie, et cette chanson a un petit côté « rebondissant ». Elle est très rapide, et je me sens vraiment comme la partie sonore de cette chanson. Et comme on le disait un peu plus tôt, on vient d'avoir une réunion pour se dire qu'on allait lever le pied à l'avenir. On a décidé collectivement de prendre du recul, et c'est un peu le message de cette chanson : je n'ai plus d'essence (sourire). Je ne le sens plus autant que quand j'ai écrit cette chanson, mais je ressens encore un peu cette fatigue. Je me remets un peu sur pieds, mais il faut qu'on se recalibre de ce côté-là. Donc je dirais ''Barely Here'' !
Comme tu l'as dit, vous venez de revenir d'une tournée avec RISE AGAINST, et vous allez jouer au Japon et aux Etats-Unis très bientôt...
Oui, on part très bientôt au Japon ! On y est déjà allés, et le fait de se dire que c'est notre deuxième fois, c'est dingue ! Je n'arrive pas à croire qu'on y retourne !
Ce que j'adore c'est que malgré le fait que vous jouiez un mélange entre punk rock mélodique, emo et hardcore, vous soyez acceptés et acclamés par la scène hardcore dans le monde entier ! Est-ce que tu trouves que la scène a été plus accueillante pour les groupes qui sortent des plates-bandes du style, ces derniers temps ?
Complètement. Je pense que ça s'est élargi jusqu'à maintenant, post-Covid, et que les groupes originaux sont encore plus bienvenus que jamais. Mais ça a toujours un peu été le cas. Historiquement, si tu parles à un fan de hardcore moyen, il aimera tous les favoris du style évidemment, les piliers de la scène par lesquels tout le monde jure... Mais je pense que souvent, tout le monde a des groupes préférés de hardcore qui le sont sans hésitation, mais que chacun sélectionne quelques groupes préférés qui sont des dérivés de cette scène, ou font partie de cette scène en tant qu'entité, même si leur musique n'est pas explicitement hardcore. Ils représentent toujours le hardcore en général, et je pense qu'il y a toujours eu un engouement que ce soit pour les groupes de metal ou d'emo, ou autres, qui viennent de ce monde. On est conscients qu'on est dans cette catégorie où la musique n'est évidemment pas du hardcore, mais on représente la scène parce qu'on vient de la scène hardcore de Long Island. C'est notre histoire, c'est où on a commencé, et c'est toujours les concerts auxquels on va quand on est en repos entre deux tournées. En général, on va à des concerts hardcore, ça fait vraiment partie intégrante du groupe. Et je pense, en gros, que la scène est plus accueillante que jamais. Il y a une acceptation vraiment large où on privilégie d'où tu viens et ce que tu représentes plutôt que ton son. Par contre, je pense que ça varie un peu, et on voit parfois des réactions à cette acceptation, et il y a un bourgeonnement de mouvement où les gens se disent « OK, on s'est peut-être un peu éloigné du hardcore, il faut qu'on recentre tout ça, car le spectre devient trop large et il y a trop de styles au sein du hardcore maintenant. Peut-être faut-il qu'on préserve un peu la sous-culture. ». Je comprends ça, mais c'est une conversation nuancée, et ça ne m'inquiète pas trop. On a toujours aimé cette scène, et on a toujours voulu la représenter. On va vivre ça à fond et la défendre quoi qu'il arrive.
Quel est ton état d'esprit pour la sortie de l'album ?
De l'excitation nerveuse je dirais. Comme tout le monde, je veux que l'album marche, mais je veux surtout que les gens l'écoutent et l'aiment, je l'espère. S'ils ne l'aiment pas, ce n'est pas grave, mais je veux savoir qu'ils l'ont écouté. Il y a donc toujours l'anxiété de sortir de la musique. Est-ce que l'album sera perdu dans la lecture aléatoire, ou au milieu des sorties du moment ? Beaucoup de groupes sortent de la musique en ce moment... Mais je suis enthousiaste, j'ai hâte de sortir cette nouvelle partie de l'histoire toujours en cours de ce groupe, que j'ai le plaisir de vivre aux côtés de mes meilleurs amis. Dans tous les cas, je n'ai pas trop peur, j'espère juste que les gens vont l'écouter, et savoir que l'album a eu sa chance, c'est tout.