26 mai 2026, 21:13

LABELS ET LES BÊTES

"Le coté obscur de la force métallique" - épisode 102


A l’heure où les marchés rouvrent leurs stands sous le soleil, il semble que les producteurs aient de quoi nous nourrir, et à bon prix. Il en est de même pour l’underground qui, ces quelques derniers mois, n’a fait que semer de la bonne graine avec une récolte toujours plus productive pour nos trois amateurs de l’extrême, Aude, Crapulax et Clément. Sur nos étals, du black, du death, un peu de thrash et beaucoup de gros son, toujours saupoudré d’un peu de mélodie, pour un accord parfait dans vos oreilles. A vot’ bon cœur m’sieurs dames !
 

DEATH DIES : « Maledicti In Aeternvm » (My Kingdom Music)

Les Italiens DEATH DIES n’en sont pas à leur coup d’essai puisqu’après 30 ans de carrière, ils publient aujourd’hui leur sixième LP intitulé « Maledicti In Aeternvm ». Pour les plus anciens d’entre vous, vous vous souviendrez d’EVOL, dont DEATH DIES est le descendant direct, au niveau du line-up en tous cas. Car question musique, le groupe produit un pur black metal extrême et loin d’être chaleureux.
Les 10 titres de ce nouvel album sont vifs, glaçants et agressifs. Si "La Casa Del Diaol" se veut plus lent et ritualiste, des titres comme "Il Bosco Siamo Noi" ou "La Malcontenta" ne laisse aucune place au répit, martelant les fûts et ciselant les riffs de guitare. Les hurlements hystériques de Krom se transforment parfois en growls caverneux et violents pour encore plus de puissance machiavélique.
Quelques plages de synthé, loin de rendre le black metal de DEATH DIES atmosphérique, contribuent toutefois à le rendre encore plus funeste, voire morbide. Les plus aguerris d’entre vous reconnaîtront en "Mater Meretrix" un morceau monumental de true black. Bref, ce « Maledicti In Aeternvm » fait du mal là où il passe. Efficacité brute.
(Aude Paquot)


NATURE MORTE : « Still Life » (Frozen Records)

Le trio parisien NATURE MORTE nous présente cette année « Still Life », un album de huit titres de post black metal / shoegaze dont l’intensité rivalise avec l’esthétisme. Plus qu’une musique, c’est une émotion qui est transmise à travers chacun des morceaux. Entre moments de pure violence intime et passages aériens pleins de mélancolie, « Still Life » emporte son auditoire dans un univers sombre mais onirique.
Profond, immersif même, le black metal de NATURE MORTE se caractérise par des hurlements déchirés et des guitares saturées emmenés par une atmosphère envoûtante. Au centre de l’album se trouve l’éthéré "Blue" avec la jolie voix de Maud The Moth qui se place en directe opposition des cris habités mais qui forment un brillant duo. Et si "66F" commence de façon très synthétique, c’est un black metal blasté et agressif qui s’en suit, montrant toute l’étendue du savoir-faire d’un NATURE MORTE inspiré.
Dans le style post black, on peut mettre tout et n’importe quoi et c’est justement cela que n’est pas le trio : du n’importe quoi. L’entièreté de leurs compositions est savamment réfléchie et en cela, c’est une réelle réussite à s’approprier.
(Aude Paquot)


SOH : « Hellfernùm » (Great Dane Records)

Certains aiment prendre leur temps, les français de SOUTH OF HELL (SOH pour les intimes) semblent être de cette trempe, eux qui ont sorti leur première démo il y a vingt ans déjà, leur premier album « Rising Of Hate » en 2015 (pas tout jeune non plus) et « Hellfernùm » leur second cette année.
Du temps pour acquérir de la maturité, du temps pour affiner son style et ses choix. SOH lui a opté pour du death metal, plutôt old school, combiné à des influences thrash et black assumées. En résulte des titres bien nerveux comme "Discedere" qui ouvre l'album en mode coup de boule ou encore le guerrier "Voice of War".
Néanmoins on peut déplorer l'absence d'un grand titre fédérateur dans « Hellfernùm », des changements de rythmes trop fréquents qui déstabilisent l'équilibre des morceaux, un cruel manque de solo pour apporter de la respiration (un sur "Macabre Gearing", l'autre sur le véhément "Clarity of Shade", c'est franchement insuffisant), des morceaux trop longs pour être percutants, mais un vrai potentiel qui transparaît à travers certains riffs et le travail du batteur surtout qui tient à lui seul la baraque. Affaire à suivre !
(Crapulax)


THE DISCORD : « A Massive Illusion » (M&O Music)

Parfois peu de titres suffisent pour mettre les choses au clair : THE DISCORD, formation originaire de Laval, possède cette capacité peu commune de mettre tout le monde d'accord l'espace de 6 morceaux.
Dès "No One Cares", THE DISCORD injecte aux esgourdes un metal massif teinté de hardcore qui n'est pas sans rappeler les canadiens de COMEBACK KID.
Le côté massif de leur musique se dévoile un peu plus sur "Violence" qui porte bien ceci dit en passant son nom avec ses 5 minutes d'agression sonore. "Shooting Blood From My Eyes" fait quant à lui un peu retomber la pression, rapidement remplacé par un "Already In Prison" et son refrain plaintif beaucoup plus véhément. "Worries Me" régale également de par son haut niveau d'intensité, variant habilement avec des passages plus lents, presque gojiresques.
On peut d'ailleurs faire sensiblement les mêmes remarques en ce qui concerne "Oppressive Generation" qui clôt enfin les débats comme THE DISCORD les a commencés.
Aidé par une production irréprochable, l'album « A Massive Illusion » se savoure comme du petit lait. Un régal !
(Crapulax)


AVERSIO HUMANITATIS : « To Become the Endless Static » (Debemur Morti Productions)

Retour en fanfare des espagnols avec un troisième album, ce n’est pas pour me déplaire d’ailleurs puisque j’ai une affection particulière pour ce groupe qui officie dans un black metal dit "orthodoxe" depuis maintenant près d’une décennie. Et qui se fend ici d’un album flamboyant avec, au programme, trente-cinq obscures minutes réparties en six morceaux qui retracent une la grande classe du groupe. Et de le soumettre à une discipline exigeante. De celles qui imposent à la fois une rigueur sans faille dans son exécution et d’un soupçon d'audace pour donner un nouveau souffle à une recette déjà éprouvée.
Nous y voilà donc : méthode, rigueur et structure. Il ne faut d'ailleurs pas moins d’une poignée de secondes avant que les choses ne se mettent en place sur "Long Stretch the Shadows" et qu’AVERSIO HUMANITATIS ne distille riffs dissonants et autres ambiances hostiles avec doigté. Avant de laisser place à un maelström de trémolos du meilleur effet soutenu par des parties de batteries toutes en nuances qui appuient de nombreux breaks ne relâchant jamais vraiment la pression sur l'auditeur. Intenses et sauvages, les guitares tournoient et la basse montre les crocs, accompagnant sans jamais baisser la garde ce magma compact qui annihile toute forme de résistance. La grande classe…une fois de plus !
(Clément)


IMMOLATION : « Descent » (Metal Blade Records)

Et de douze. IMMOLATION, infatigable vétéran au service du death metal signe avec son nouveau méfait, « Descent » un exercice de style encore au top ! Plus de trente-cinq ans après la sortie de « Dawn Of Possession » sur le label Roadracer Records, le mythique duo Ross Dolan / Rob Vigna, une nouvelle fois accompagné de Steve Shalaty et Alex Bouks, revient hanter nos platines. Avec toujours dans sa besace ce son, ce style, cette attitude maintes fois copiés, jamais égalés. Mais, entre nous, cela tombe bien parce que c'est comme ça qu'on l'aime notre IMMOLATION ! Bien velu et brut de décoffrage, avec son riffing mammouth et ses parties de batterie écrasantes : de véritables gages de qualité et d'authenticité. Dix morceaux qui montrent ici d'ailleurs le groupe sous son visage le plus séduisant avec des guitares lourdes à souhait ponctuées de viles dissonances, des tremolo pickings tout droit sortis de l’enfer englués dans ces fameux growls d'une profondeur abyssale,
La production apporte elle aussi sa contribution à cette sinistre entreprise. La bête est produite avec doigté par Zack Ohren, qui lui façonne un son brut et puissant. Quant à l’artwork troussé par Eliran Kantor il est, lui aussi, à la hauteur de l’ensemble. IMMOLATION est décidément... inoxydable !
(Clément)

Blogger : Aude Paquot
Au sujet de l'auteur
Aude Paquot
Aude Paquot est une fervente adepte du metal depuis le début des années 90, lorsqu'elle était encore... très jeune. Tout a commencé avec BON JOVI, SKID ROW, PEARL JAM ou encore DEF LEPPARD, groupes largement plébiscités par ses amis de l'époque. La découverte s'est rapidement faite passion et ses goûts se sont diversifiés grâce à la presse écrite et déjà HARD FORCE, magazine auquel elle s'abonne afin de ne manquer aucune nouvelle fraîche. SLAYER, METALLICA, GUNS 'N' ROSES, SEPULTURA deviendront alors sa bande son quotidienne, à demeure dans le walkman et imprimés sur le sac d'école. Les concerts s'enchaînent puis les festivals, ses goûts évoluent et c'est sur le metal plus extrême, que se porte son dévolu vers les années 2000 pendant lesquelles elle décide de publier son propre fanzine devenu ensuite The Summoning Webzine. Intégrée à l'équipe d'HARD FORCE en 2017, elle continue donc de soutenir avec plaisir, force et fierté la scène metal en tout genre.
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