
Après la réussite et les belles découvertes de la soirée "Cool Down", le Haeresis Metal Fest proposait une seconde journée appétissante avec six groupes à l’affiche. Dès 15 heures, il était temps de franchir les portes de l’église Sainte-Marguerite où le culte du metal supplantait celui de Jésus.
UNTIL DEAD, après une longue intro mélancolique, a récité une demi-heure durant, un black metal de qualité traversé de longues plages instrumentales mélodiques. Le groupe joue autant sur la violence ("Rivières Sanglantes") que sur les ambiances, portées par un clavier souvent inquiétant ("Ma Blessure"). Les musiciens, le visage grimé, sont concentrés, appliqués et concluent leur set bien trop court par une outro qui sonne comme un écho aux premières mesures.

Place ensuite, éclectisme oblige, au death metal teinté de thrash de FRAKASM... qui débute avant même l’heure prévue. Derrière ou devant son pied de micro tout en chaîne, le chanteur impose sa présence pour séduire le public qui répond à ses exhortations. Dès "Unholy Sacrificial Eucharist", le ton est donné : à un début calme succède une intense brutalité à grands coups de blast et voix gutturale, entre growl et scream. Les musiciens sont solides techniquement et, avec "Fire In The Sky" tiennent une petite bombe que ne renierait pas la fine fleur de Floride – si le terme "fine fleur" peut s’appliquer à des brutes comme DEICIDE ou MALEVOLENT CREATION. Les Dunkerquois saupoudrent leur haine d’un groove bienvenu ("Treachery") et quittent la scène sous des applaudissements nourris... et bien mérités. FRAKASM, ce fut fracassant !

Pas facile de réaliser les réglages pour sept musiciens ! L’installation de SANGDRAGON s’étire donc sur de longues minutes... mais la patience de la foule est récompensée par un set de haute volée. Il débute par une intro épique qui s’ouvre sur un "Waterborn" tout en majesté avec ses chœurs en latin. Voilà l’église Sainte-Marguerite plongée dans une délicieuse ambiance heroic-fantasy, encore renforcée par les tenues des protagonistes : capuches pour le claviériste et le percussionniste, robe moyenâgeuse et maquillage mystérieux pour la chanteuse dont la voix lyrique contraste avec la profonde épaisseur de l’organe d’un Lord Vincent Akhenaton adepte du cuir ; l’une s’envole, l’autre s’accrocher au sol... Seule l’écharpe RC Lens, certes bienvenue en cette saison de triomphe sang et or, brandie par le bassiste originaire de Carvin, dénote quelque peu avec le paysage sonore.
Le groupe marie à merveille la puissance d’un death/black metal racé (un "Let The Fire Speak" menaçant avec ses riffs à la MORBID ANGEL, que l’on retrouve sur "War Is War", entre blast-beats et double grosse caisse) et une mélancolie médiévale ("Father Of All Kings", doté d’un splendide solo), magnifiée par les (trop rares) apparitions du bouzouki. Les chœurs donnent une ampleur prenante à des compositions comme "I Proudly March To Die", onirique et majestueux, ou un "Under My Stigmata" frissonnant). Le public apprécie les titres plus martiaux, tel "Front Of Steel", se lance dans des circle pits et se voit offrir un voyage temporel. Il est d’abord propulsé dans le futur, avec deux nouvelles chansons ("Dominium" et "Your Victory Is Mine"), puis plongé dans le passé avec un "Final Battle" tiré de « Divine Symphonies » (1995), album signé AKHENATON. Lord Vincent est en effet un guerrier né au metal à la grande époque du label Adipocere ; il trace depuis un sillon fertile, écrivant au fil de ses projets une œuvre d’une belle cohérence. En ce 9 mai, il conclut le concert de SANGDRAGON par une reprise du thème de Games Of Thrones : « Dernière chanson ! Une reprise ! Vous pouvez chanter… ou pas ! ».

Chez CARCARIASS, le look – jeans et t-shirt à l’effigie de groupes, dont CORONER – est aussi basique que la musique est complexe. Quelle bonheur d’entendre ce melodeath technique si typique de la fin des années 90 voire du début de la décennie suivante... mais toujours aussi jouissif à écouter en 2026 ! Ayant découvert ce groupe avec le chef d’œuvre « Killing Process » en 2002, je suis envahi d’une joie aussi intense que nostalgique quand le groupe offre les tubesques "Revenger" et "Domination", puis enchaîne, en fin de set, "Watery Grave" à l’intro portée par la basse, et "Mortal Climb" avec un solo qui lorgne vers le hard rock, voire le blues.
Le groupe aime ainsi basculer d’un genre à l’autre, glisser vers le heavy, tendre vers le thrash, faire de l’œil au prog... mais toujours avec brio. Les parties de guitare, en lead comme en rythmique, sont de véritables bijoux. Les mélodies se déploient au fil de longues plages instrumentales propices à la rêverie, nimbée d’une certaine mélancolie. Servies par un son d’excellente facture, les extraits des autres albums restent sur ce standard de haute qualité, à l’image d’un "No Aftermath", modèle de death à la suédoise, ou d’un "The Hive" à l’esprit viking, précédé de l’intro à la batterie de "Corporal Jigsore Quandary" de CARCASS – l’occasion de rappeler que le nom du groupe ne se réfère pas au domaine du chirurgical morbide mais évoque le Grand Requin Blanc (Carcharodon Carcharias) ; c’était l’instant culture générale. Certes, les grincheux grincheront en disant que CARCARIASS ne dégage pas un charisme hors du commun mais qu’importe : son talent est tel qu’il est inutile de le noyer dans un quelconque artifice.

A propos de Requin Blanc et de noyade, voici le moment tant attendue par nombre de festivaliers. L’heure de HOULE approche. Des chants de marins résonnent longuement dans l’église puis, dans le brouillard, se distinguent quatre formes humaines, éclairées par la lumière tournoyante d’un phare. Jaillit ensuite, dans l’épique fureur blastbeatée de "La danse du Rocher", une tornade née des abysses, Adsagona, lanterne à la main. La sirène, celle cruelle et sans fard des mythes antiques, hurle à la mort, 41ème rugissante portée par le flot musical de ses comparses, en marinière, ciré et bottes.
Théâtrale, la frontwoman, comme possédée, parfois chancelante, brandit un harpon, s’enivre au goulot d’une bouteille de vin – et ruine mon t-shirt en la secouant : merci bien... – et finit par plonger dans une foule compacte sur l’épique "Sel, Sang et Gerçures" pour lancer un pogo. Le groupe signe un black metal d’une efficacité foudroyante ("Mère Nocturne") zébré de guitares mélodiques, presque heavy, comme une lumière qui éclaire l’horizon quand règne la tempête ("Sur les Braises du Foyer"), comme ces lampes accrochées aux instruments, étincelles dans une obscurité tantôt bleutée, tantôt rougie. Le public a été transporté dans un tourbillon contrasté, dans une odyssée où Charybde règne en maîtresse ; il a été...
Emporté par la HOULE qui nous traîne
Nous entraîne, écrasés l'un contre l'autre
Nous ne formons qu'un seul corps
Et le flot sans effort nous pousse, enchaînés l'un et l'autre

Après un passage au stand de merchandising de HOULE, où les musiciens, revenus sur terre, se montrent disponibles et d’une gentillesse qui contraste avec leur prestation, nous revoilà devant la scène pour attendre PESTILENCE. La mise en place semble compliquée mais, soudain, sans crier gare, le groupe attaque "The Secrecies Of Horror". Un ultime réglage ? Et, non, c’est le début du concert... qui s’interrompt dès la fin de ce morceau emblématique tiré de l’incontournable et lovecraftien « Testimony Of The Ancients ». Les techniciens s’affairent autour de l’imposante batterie – problème de retour ? – quand le bodybuildé Patrick Mameli balance qu’il ne meublera pas ce temps mort par des propos stupides ; il préfère avaler un liquide – lait, protéines ? – avant, l’incident résolu, d’attaquer le furieux "Morbvs Propagationem".

Le gaillard, pas très sympathique, hautain même, se permet des remarques graveleuses mais les fans lui pardonnent cette attitude tant les compositions des Bataves dégagent une puissance intense, tantôt rampante ("Twisted Truth", vicieux en diable), tantôt frontale ("Resurrection Macabre") toujours délivrée avec maestria. La sécurité est aux aguets mais le public reste sage, seule une dizaine de spectateurs se lançant dans des circle-pits. Pat privilégie la période faste de sa formation, typiquement death metal, avec quatre titres de « Testimony Of The Ancients » et autant de « Consuming Impulse » sur les 12 proposées. Il évite bien évidemment l’ovni "Spheres"... Le concert s’achève aussi bizarrement qu’il avait débuté avec l’impression qu’un rappel, demandé à grands cris, va avoir lieu... mais non, le dévastateur "Out Of The Body" aura été la conclusion d’une journée magnifique. Un grand bravo aux organisateurs pour cette brillante affiche et pour l’ambiance positive et amicale qui a régné en ce 9 mai.
