
Un nouvel album de MORK est paru en juin dernier, le huitième aux compositions toujours aussi puissantes et prenantes. « Monolitt » est un roc, solide mais qui s’élève également haut dans le ciel avec des atmosphères sombres et enivrantes. Thomas Eriksen, comme à son habitude, nous a accordé un entretien afin de discuter de ces nouveaux titres et de sa vision du black metal avec toujours autant de sympathie.
On sort tout juste de l’Inferno Metal Festival à Oslo en Norvège et c’était la première fois que MORK jouait sur la scène principale. Vous aviez déjà joué sur la John Dee en revanche. Est-ce une sorte de but atteint pour vous ?
J'ai commencé sur la scène John Dee où nous avons joué plusieurs fois dont une fois en tête d’affiche en 2024. En y réfléchissant, j'espérais que ça irait dans le bon sens et non dans le mauvais, en accédant en effet à la scène principale. Et c’est arrivé ! Et tu sais, se préparer à l’Inferno, ça aide à forger les groupes. Ça a été le cas pour nous en tous cas. Et il y a une tradition : quand un groupe joue sur la scène principale, il faut qu'il se passe quelque chose de spécial. C'est pour ça qu'on a choisi d'utiliser des effets pyrotechniques et tout ça cette fois-ci.
Oui, c'était un super spectacle, fantastique !
J'avais un très bon pressentiment à ce sujet. Après on ne sait jamais ! Donc merci, c’est sympa !
Vous avez d’ailleurs beaucoup tourné ces derniers temps et dans des pays très différents, jusqu’en Asie et à Taïwan par exemple ? Est-ce que les publics que tu rencontres sont différents eux aussi ?
Oui et non. Les gens viennent pour vivre l'expérience de la musique live, et surtout du black metal norvégien. Et c'est fantastique de voir que ce genre musical s'est répandu dans le monde entier. Tu as mentionné Taïwan : nous sommes en fait le premier et le seul groupe de black metal norvégien à y avoir joué, et cette année pour la deuxième fois. Nous y étions déjà il y a trois ans. Tu sais, deux fois du black metal norvégien à Taïwan ce n’est pas rien !
Tu aimes ce pays ?
J'aime la nourriture, et les gens sont super polis et adorent la musique, comme je l'ai dit. Et je sais que Taïwan est un des pays avec le taux de criminalité le plus bas au monde. Nous étions également en Chine. On a joué à Pékin et à Yiwu en Chine, et même là, pas de crime, les gens prennent soin les uns des autres. Et ce que je remarque, c'est que là-bas, Big Brother est omniprésent ; rien que dans un petit café, il y a probablement 50 caméras. Du coup, je ne pense pas que les gens puissent vraiment échapper à la surveillance, tu vois ?
Des personnes respectueuses des règles et très aimables les unes envers les autres…
Oui, j’aime cette mentalité, c’est ce que j’essaie de suivre aussi. Et prendre soin de ton corps et ton esprit. C'est ce que j'ai vu là-bas.
Il y a aussi une nouveauté pour toi : tu es désormais sponsorisé par Warwick Basses. Ca doit être très agréable d'être reconnu par une marque de cette envergure, et ce sera très bien pour vous aussi.
Absolument. Et par Solar Guitars également. J’ai reçu l’équipement probablement le plus cher que j’ai jamais eu ! C'est un vrai plaisir de jouer avec. Je comprends mieux maintenant pourquoi certains instruments sont bon marché et d'autres chers. J'ai joué presque toute ma vie sur des instruments bas de gamme, mais maintenant je sens vraiment la différence. Et j'adore ça. Warwick, une marque fantastique, des basses et des guitares Solar d'excellente facture. Je les ai depuis quelques jours seulement et je viens de m'y habituer. Et j'en suis tombé amoureux instantanément. Donc, je suis aux anges ces derniers jours.
Maintenant, tu es obligé de produire de la musique !
Oui, c'est exact. J'ai deux nouvelles guitares et j'ai commencé à écrire deux nouvelles chansons.

Alors parlons du tout nouvel album, le huitième déjà, « Monolitt »...
Eh bien, tu sais, j'ai le sentiment d'avoir réussi, au moins à mes propres fins, à satisfaire mes propres exigences musicales. Souvent, on écrit une chanson et on se dit : « Ouais, ça va, la chanson est bonne, elle fonctionne, les arrangements sont bons, c'est une bonne chanson », mais on n'a pas toujours l'impression d'avoir trouvé la perle rare, si tu vois ce que je veux dire. Et j'ai eu la chance de la trouver, ou plutôt de trouver un peu de cette perle, récemment, et c'est une sensation agréable. J’espère maintenant que les retours des fans seront bons !
Si on évoque le titre de l’album « Monolitt », il semble très approprié pour représenter le MORK fort, enraciné dans le sol, indétrônable, puissant et tellurique. C’est un peu ça ?
Oui, c’est un travail est solidement ancré, où j’ai maintenant bien trouvé ma propre voix. C'est amusant, mais évidemment, le monolithe n'est pas figé, parce que, tu sais, ça a été un long cheminement, j'ai exploré, j'ai ouvert de plus en plus de portes et de fenêtres, j'ai laissé entrer plus d'inspirations et j'ai puisé dans mon propre esprit et ma propre vie. Et il y a quelque chose qui m'est resté en tête depuis que j'ai vu des interviews de groupes du début des années 90. Je ne me souviens plus de quel groupe il s'agissait, mais ils disaient que deux groupes ne peuvent pas être identiques, qu'il faut apporter quelque chose de nouveau. Et aujourd'hui, je sais qu'il y a beaucoup de groupes qui sont simplement inspirés par les groupes des années 90 et d'autres groupes, et qui ont peut-être un son un peu similaire. C'est important pour moi d'être moi-même, et tu le vois aussi sur le visuel de l'ensemble qui est vraiment puissant. C'est monumental. Si vous regardez la pochette, il n'y a ni logos, ni titres. C'est la première fois que j'essaie quelque chose comme ça, mais c'est justement parce que l'image est tellement forte. Et maintenant, j'ai une espère de sentiment de complétude, et c'est une bonne sensation. Nous avons un nouveau batteur maintenant qui était vraiment la dernière vraie touche au groupe en live. Donc maintenant, nous devenons un vrai groupe live, confortable et soudé, ce qui est une sensation formidable. Nous pouvons monter sur scène et exprimer simplement notre confiance et notre force.
Tu sembles serein et confiant en tout cas.
Oui, c'est agréable d'être entouré de gens sympathiques et fiables.
Alors pas de David Thiérrée cette fois pour la pochette ?
Si, si ! Tu sais qu’il avait dessiné le logo de « Syv » l’album précédent et il y a un dessin de lui dans la pochette de cet album aussi. C’est le symbole de l'infini mais si tu le tournes, c’est aussi le chiffre huit, comme le huitième album. Génial ! Je l'appelle "Frenchy", c’est un gars fabuleux et un artiste talentueux. Le tableau lui-même, sur le devant de la pochette, c’est un vrai tableau et il était très important pour moi de vous dire que c'est une peinture. Ce n'est ni de l'IA ni un ordinateur, c'est une œuvre ancienne d’un vrai artiste peintre. C'est fantastique !

Si on considère le premier single, "Ødelagt", qui signifie cassé ou détruit, on remarque que c’est un titre très sombre, très doomy…
Oui, en gros, il s'agit d'une vie bien remplie. Tu vois, une personne vit, parfois une vie entière, pendant des années, juste avant de se rendre compte que tout s’effondre , un faux masque qui recouvre tout tu vois. Elle a choisi de mettre fin à son séjour ici, et à sa vie. C'est une tragédie. La musique est vraiment spéciale pour moi sur ce titre. Il y a un an ou deux, j'ai commencé à développer une grande fascination pour, la dystopie dans le style architectural, le brutalisme. D’où le monolithe, la grande structure droite et stricte. J'ai vu le film Dune que j'aime vraiment, le vide et l'immensité, et c'est en quelque sorte l'inspiration derrière la chanson , parce que j'ai commencé la composition de chansons pour un projet qui serait plus dystopique , plus sombre , plus froid, plus immense, tu vois, le vide , le désespoir , des trucs comme ça . Je crois que j'ai composé deux ou trois morceaux avant de laisser tomber et de me concentrer sur mon projet professionnel. De plus, il faut que je rende son mérite à Asgeir Mickelson, qui joue de la batterie sur cet album. Il était assis dans mon studio et, par hasard, je lui ai fait découvrir ce morceau. Il m'a dit : « Tu devrais l'intégrer à l’album. » J'ai répondu : « Non, ça ne colle pas vraiment, c'est différent. Tu sais comment ça se passe, on est comme ça. » Mais je l'ai écouté et je me suis dit : « OK, je vais essayer de terminer le morceau et de l'intégrer à l’album. » Et voilà. C'est probablement l'un des meilleurs moments parce que c'est un style tellement différent de ce que je fais d'habitude. C'est vraiment répétitif et monotone, .Il y a encore un peu de variation dans les rythmes qui groove. C'est rapide, c'est lent, c'est à un rythme modéré. C’est pour ça que j’ai choisi ce titre comme premier single, histoire de montrer que je suis en pleine évolution. Et comme je l’ai dit , c’est un de mes morceaux préférés.
Il très intense et s'intègre parfaitement à « Monolitt ». Je ne pense pas que vous n’auriez pu choisir une meilleure chanson pour le premier single de l'album...
Merci ! Parce que c'est différent et assez immédiat pour l'auditeur. Je pense que c'est toujours un choix judicieux de choisir comme premier single un titre rentre-dedans. Il faut surprendre les gens, les percuter. Je trouve que les réactions ont été bonnes et la vidéo est fantastique. En tout cas, l'expérience du tournage était géniale. C'était dans une grande carrière près de Holden, et tout ce que vous voyez est naturel. C’est un décor naturel qui descend dans une grande fosse et nous avons fait le tournage pendant la nuit avec les orages et tout ça, la pluie et le tonnerre , et tu vois, avec des drones au-dessus de ces gorges, c’était une fabuleuse expérience et je pense que la vidéo est super !
Le tonnerre, c’est aussi le lien avec "Torden", une chanson blastée avec tes cris possédés mais aussi des passages très mélodiques et atmosphériques… Comment compose-t- on une chanson comme « Torden » et une chanson comme « Ødelagt » ?
Ce n'est pas la même chose. Vous ne devez pas être dans le même état d’esprit quand vous composez ce genre de choses. Je fais des séances avec ma guitare, le métronome, et essaye de trouver des solutions, de ressentir les choses Tu peux être auteur -compositeur et écrire chanson à succès mais pour vraiment marquer les esprits, il faut quelque chose de spécial. Pour moi, la chanson "Torden" en l’occurrence, est un peu chaotique mais aussi pleine d'énergie. C’est pourquoi je l’ai nommée ainsi. Quand je l’ai composée, je ressentais vraiment l’orage, les éléments qui se déchaînent, la reconnexion à la nature…L'ambiance de la chanson est excellente. J'en suis vraiment content et c'est très agréable à jouer. Elle a un super riff, très sympa à jouer en live.

Il y a aussi le dernier titre "Utryddelse" et son son extrême, blasté avec des vocaux complètement fou qui termine divinement ou diaboliquement, « Monolitt ». Tu nous en parle ?
J'ai passé beaucoup de temps à réfléchir à la liste des titres de l'album, c'était important. Sur le morceau il y a la sirène d'alerte aérienne, un truc qui s’entend au début et à la fin, et on éprouve une sorte de sentiment d'accomplissement. C’est pourquoi elle est en dernier. Mais elle était censée être la première car il y a une intro qui monte lentement mais au dernier moment, ça a changé. Elle est devenue la dernière piste qui ouvre les horizons.
Il y a une chanson qui semble être en duo avec Øyvind Kaslegard, bassiste de MORK mais aussi chanteur d’un autre groupe génial SVART LOTUS, que tu m’avais toi-même fait découvrir…
Oui, il est présent déjà en arrière-plan de ma voix sur les growls death metal mais on a fait un duo aussi sur le single qui va sortir en vidéo le jour de la sortie de l’album "Ferdamann". On a travaillé nos voix ensemble, on a fait des allers-retours, etc. Donc oui … il y fait en quelque sorte une apparition plus réelle, mais il assure en fait un peu d'accompagnement tout au long de l'album.
Tu as maintenu réuni une équipe de choc autour de toi mais tu restes toujours seul maître à bord ?
Oui, je suis toujours le décideur. Ça ne changera pas. Je vais commencer à inclure les uns aux autres un peu plus, car je suis vraiment fier des musiciens de MORK avec lesquels je travaille en toute confiance. J’ai trouvé pour « Monolitt » que le jeu de batterie a véritablement sublimé le processus et son ambiance par exemple.
Veux-tu ajouter quelque chose à propose de ce dernier album, avant de vous retrouver en concert cet automne ?
Eh bien, c'est probablement mon meilleur album et j'en suis super content ! Mais peut-être que les gens ont des attentes, peut-être pas. Peut-être qu'ils se sont habitués à mon évolution et ont accepté le fait que MORK n'est pas juste un groupe de metal. Mais tu sais, tout est question de musique, d'humanité, de rester à l'écart de l'intelligence artificielle et de tout ça. Préserver la créativité humaine est primordial, et cet album en est la preuve. Je ne sais pas si je devrais trop en faire, mais je perpétue la tradition : je vendrai les vinyles sur ma boutique en ligne, avec numéro d'exemplaire, signatures et autres, pour ceux qui souhaitent se les procurer. J'apprécie tout le soutien que nous recevons et j'espère que nous pourrons nous voir en France, à Lyon le 24 octobre, ou ailleurs à l’automne.

