30 juillet 2026, 19:32

MOURIR

Interview Olivier Lolmède


Ça n’est plus un secret pour personne : Toulouse is the new place to be pour les amateur.ice.s de musiques extrêmes françaises. Le quartette de black metal MOURIR le prouve encore une fois avec son album « Nous, le Venin » sorti le 10 juillet et marqué par plusieurs évolutions : un nouveau travail sur le chant, un black metal plus exploratoire, un line-up renouvelé et une sortie sur le label allemand Pelagic Records. Olivier Lolmède, chanteur-guitariste du groupe, nous en a livré quelques clefs de lecture.
 

Le logo de MOURIR fait penser à une couronne d’épines et vous avez choisi, comme pochette de « Nous, le Venin », une peinture de Thomas Davezac qui représente un homme qu’on identifie comme le Christ. Est-ce que ça fait écho au développement d’un autre aspect de la démarche artistique du groupe qui met davantage l’accent sur la souffrance ressenti par chacun.e ?
Olivier Lolmède : Je m’étais fait la réflexion de cet aspect, surtout pour la pochette. Plusieurs personnes nous ont dit que ça pourrait être Jésus mais, en réalité, c’est très inconscient. S’il y a un lien, il est forcément inconscient, d’autant plus qu’on peut entendre l’enregistrement d’un chant religieux à la fin du titre éponyme. De manière générale, la religion est très présente dans le black metal et dans nos vies. L’un des membres du groupe est croyant, je ne suis pas croyant mais on baigne quand même dedans en tant qu’Européens. Me concernant, il n’y a pas de lien avec la religion de Jésus. Mais ce qui est intéressant sur cette pochette, c’est que le personnage a un visage très brut et un regard un peu perdu, stupéfait. Quand on regarde l’œuvre originale, reproduite au verso de la pochette et recadrée sur le recto pour nous éviter des soucis de censure, on voit que cette personne est nue et vit dans un logement actuel, dans un décor urbain contemporain. La vision du tableau complet fait perdre toute idée de religieux qui serait situé dans une autre époque. Inconsciemment, je pense qu’on est toujours proche de ces codes religieux dans cette musique.

L’album s’intitule « Nous, le Venin » mais ne dit pas qui nous empoisonnons. Tuons-nous les autres êtres vivants autour de nous ou sommes-nous un venin pour nous-mêmes ?
On est tous dans le même bateau, ce qui est plutôt rare : on est à la fois acteur et victime. De plus en plus de gens sont mis de côté et, quand on commence à vouloir s’éloigner du système, on devient vite marginal. Ce système est fait pour que le plus grand nombre de gens y participent mais, moi comme certains de mes contemporains, on est bloqués dans une situation où on se demande ce qu’on peut faire pour améliorer la situation : ne plus acheter de smartphone ou de chaussures neuves ? Aller vivre en haut d’une montagne ? Ça n’est pas si simple parce qu’on ne peut pas sortir aussi facilement du système social dont on fait partie. C’est un peu le cliché de l’anticapitaliste qui a un iPad ou un iPhone et auquel on dit : « Tu critiques le grand capital mais tu as un iPhone. ». La réponse est oui parce que je fais partie d’un système et, malheureusement, je ne peux pas me retrouver pieds nus sans téléphone. Il faut bien que j’utilise ça. On est tous acteurs et victimes de ce système et je trouve que c’est très dur d’en sortir, à part peut-être en allant vivre dans un autre pays. C’est ce qu’on raconte dans « Nous, le Venin » : nous sommes le poison à cause de notre mode de vie. Par exemple, je travaille dans la communication donc ça sert le grand capital et ça sert à faire marcher le capitalisme à outrance mais c’est mon gagne-pain. Donc je suis censé faire quoi ? Arrêter de travailler dans la communication ? Et ensuite, comment je gagne ma vie ? C’est cette espèce d’entre-deux dans lequel on inclut tout le monde, même ceux qui dénoncent et qui sont contre le système. Nous sommes le venin de ce monde moderne. On peut trouver des moyens d’agir et de mener des actions mais il y aura toujours quelque chose qui n’ira pas. Comme quand il fait 40°C et que certaines personnes ont la clim. Peut-être que c’est bien pour que ces personnes puissent survivre. J’y pensais tout à l’heure, je me disais que j’aimerais bien en avoir une alors qu’on sait que ça pollue.

"Aux Inutiles" : qui désigne cette expression ? Les personnes qui sont vaincues dès le départ parce qu’elles ont moins de privilèges que d’autres ou celles qui auraient abandonné après avoir essayé de se battre ?
Pour moi, ça parle des gens qui se sentent démunis : ceux qui sont en dépression, qui sont à l’écart de la société malgré eux, qui ont un handicap ou ont subi un drame quel qu’il soit. Des gens qui se retrouvent à l’écart, qui sont battus et auxquels je fais référence quand je dis : « À peine éveillés, les mâchoires serrées / Déjà battu » et sur les épaules desquels pèse un poids qui peut être une dépression ou quelque chose d’exogène, peu importe. Ce sont des gens qui n’arrivent plus à trouver la force de se sentir intégrés, d’aimer la vie. Il y en a beaucoup. On est dans un monde où on a l’impression que la vie ressemble à la carte postale que nous montre Instagram alors que beaucoup de gens souffrent, des riches comme des pauvres. On a tous des amis qui souffrent de dépression, qui ont des handicaps et se sentent vraiment à l’écart, du réveil jusqu’au coucher, voire même la nuit puisque certains ne dorment pas. C’est une forme d’empathie de ma part : je me mets à leur place et je leur adresse un message. C’est pour les gens qui n’ont plus d’amis, plus d’entourage ou qui n’en ont jamais eu. J’en ai connus, on en connaît, j’ai moi-même traversé un épisode de dépression. C’est pour ces moments de la vie où on ne sait pas comment se remettre droit. Ce sont eux que j’appelle les inutiles parce qu’on se sent inutile dans ces situations. Je ne dis pas qu’ils le sont vraiment, c’est un sentiment qu’on ressent. Par exemple, quand on est à côté d’une personne qui est en dépression, qui a des idées noires et qu’on ne sait pas comment l’aider. On va essayer de positiver mais on peut se sentir, en tant qu’aidant, accompagnant, ami.e ou petit.e ami.e, inutile face à une telle situation. Avant tout, c’est un titre pour les gens qui se sentent inutiles mais ce ne sont pas uniquement les dépressifs ou les marginaux, ce sont aussi ceux qui essaient d’aider les autres sans y arriver.


En lisant les paroles, surtout celles du titre "Feu d’un Regard", j’ai trouvé qu’elles pouvaient se lire comme un poème du début du XXe siècle. Comment s’est passée l’écriture ? Quelles sont tes inspirations ?
Je trouve mon inspiration principale dans mon quotidien, dans les choses que je ressens et que j’ai vécues donc je prends des notes dès que quelque chose me passe par la tête. Ensuite, j’essaie de les lier. Depuis quelques années, je lis beaucoup plus qu’avant et il y a quelques ouvrages qui me touchent. Depuis un an ou deux, je suis à fond dans les livres d’Albert Camus. Je connaissais son nom depuis tout petit mais je me suis mis à lire ses livres récemment. Il parle de l’absurde, du manque de sens de la vie et de ce qu’on fait quand on a compris qu’il n’y a pas forcément de dieu, de force ou de destin qui sont, pour moi, des fictions inventées par l’homme mais qui sont utiles pour certaines personnes qui ont besoin d’y croire. Je le respecte. Mais pour moi, on est des tas de chimie et on est dans un vide intersidéral sans aucune force qui nous tire. Donc qu’est-ce qu’on fait ? Soit on choisit d’être défaitiste, nihiliste, on s’enferme dans son coin pour subir la vie et, dans ce cas, à quoi bon ? Soit on trouve un sens, on crée son propre sens en s’engageant en politique, en défendant les droits des animaux, en construisant une famille, etc. Il y a plein de choses à faire. C’est ce que m’a révélé Camus et c’est ce qui change par rapport aux albums précédents sur lesquels j’étais assez noir, triste et défaitiste. Sur « Nous, le Venin », je mets un peu plus de lumière et d’espoir parce que j’ai compris que c’est à moi de trouver le sens et de choisir mon objectif de vie. Dans mes processus d’écriture, je me réfère beaucoup à cette vision de Camus parce que je me rends compte que c’est hyper positif. Mais, malgré tout, l’absence de sens et l’absurdité du monde crée aussi une zone de peur et d’ombre. En réalité, "Feu d’un regard" est une chanson d’amour. Dit comme ça, c’est étrange parce que le morceau n’est pas du tout joyeux, mais ça raconte la rencontre avec ma compagne qui m’a sorti de ce marasme de noirceur et de dépression. C’est une personne extrêmement lumineuse et solaire qui, malgré les difficultés, garde toujours un sourire et un élan de vie qui me bouleversent. J’ai écrit sur cette rencontre et ce qu’elle m’a procuré. J’ai eu beaucoup de mal à écrire ces paroles parce que c’est compliqué d’écrire quelque chose de positif sur une musique aussi dure. C’est un exercice très très dur mais je suis content de l’avoir fait. J’ai écrit les paroles de ce titre en dernier parce qu’il me manquait un texte mais je n’arrivais pas à écrire et j’avais l’impression d’avoir fait le tour. J’avais envie de trouver quelque chose de positif pour sortir de la noirceur. J’ai fini par me dire : « Pourquoi ne pas écrire sur ce sujet ? ». C’était un bon challenge et je suis assez content de l’avoir fait. Je pense que je continuerai à chercher un peu de lumière dans tout ça pour l’extraire. La musique restera toujours ombrageuse et mélancolique mais j’ai envie d’essayer d’amener du positif dans les paroles (rires). Au moins un peu.

J’ai lu les paroles avant d’écouter l’album. J’avais peur de ne pas comprendre en les entendant directement et ça m’a aussi donné une perception particulière de l’album...
Je suis très content que des gens prennent le temps de lire ces paroles. Dans ce style, si on ne lit pas les paroles, on passe à côté. Mais c’est aussi une volonté de ma part de noyer la voix. J’aime chanter comme ça mais j’accorde beaucoup d’importance aux textes. Ça n’est pas parce que je hurle, parfois comme un débile, que les textes doivent être nuls. J’essaie d’aller au bout et je suis très sincère dans ce que j’écris. C’est une musique qui est très sincère donc on ne peut pas écrire n’importe quoi.

Je trouve aussi très beau d’avoir mis ce titre aussi positif au début de l’album...
Sur ce titre, quand je hurle « Feu », je pense toujours à ce regard hyper lumineux, vivant et solaire et ça me fait quelque chose quand je le chante en concert. Il me tue, ce morceau ! Je pourrais en parler pendant des heures.

Vous avez joué certains titres de l’album lors des festivals auxquels vous avez participé en France comme le Hellfest, le Rock in Bourlon et le Frozen Fest, mais aussi le Resurrection Fest. Quelle a été la réception des nouveaux titres pendant ces concerts ?
De manière générale, on a un public très captivé devant nos concerts. On ne fait pas de musique à pogo donc il y a des gens très concentrés, certains ferment les yeux, d’autres les gardent grand ouverts et je trouve que ça se renforce avec les nouveaux titres. C’est très vrai pour "Nous, le Venin" et "Feu d’un regard" parce que les riffs très répétitifs et les rythmes lents poussent à entrer dans une transe. Je sens que les gens rentrent dedans parce qu’on répète beaucoup les riffs, on laisse le temps aux choses de s’installer. "Aux Inutiles" est un titre beaucoup plus incisif, un peu à la MARDUK parce qu’on voulait quelque chose de très tranchant sur ce titre. Mais pendant les deux autres, j’ai vraiment l’impression que les gens sont en transe et ça me fait très plaisir ! Mon rêve serait que tout mon public entre en transe avec nous. Quand on joue, on est à fond donc je ne regarde pas toutes les réactions mais je sens que beaucoup de monde entre dans cette transe.

Dans le groupe, vous avez tous des backgrounds musicaux différents puisque tu es celui des quatre membres qui apporte le plus de black metal. Peux-tu me parler un peu de vos parcours à tous les quatre et de la façon dont vous avez mêlé vos inspirations dans cet album ?
Le projet est né des cendres d’un projet personnel de black metal, VERMINE, que j’ai fait seul. C’était du black metal traditionnel mais sans prétention : je l’ai mis en ligne sur Bandcamp et on a sorti quelques cassettes, j’étais très content et très fier mais c’était un one shot. Les gars de MOURIR sont des amis, on se connaît tous depuis très longtemps et ils m’ont demandé si je n’avais pas envie d’en faire un groupe. Ils avaient très envie d’essayer et qu’on joue tous ensemble. Ils avaient envie même sans avoir tous les codes. Pour eux, ça changeait de ce qu’ils jouaient d’habitude. Comme ils n’avaient pas les codes, j’ai composé quasiment tout le premier album en termes de mélodie, rythme et structure. J’ai été très moteur sur ce premier disque. Avec le temps, ils se sont appropriés les codes au fur et à mesure donc le second guitariste Alex (Alexandre Berenguer, ndlr) a composé sur le deuxième album sur lequel je lui ai laissé beaucoup de place. Ce deuxième album reprend donc les codes du black mais avec des aspects un peu plus travaillés : il écoute du jazz, du math rock, un peu de prog, ROXY MUSIC, des groupes des années 80, il écoute vraiment tous les styles. Mahell, à la batterie, pareil. Ils ont mis un peu de leurs codes dans le black metal du début et, maintenant, on communique vraiment ensemble. Théo (Théophile Antolinos, ndlr), qui est arrivé il y a deux ans, vient d’un univers beaucoup plus post-rock et doom. C’est pour ça qu’on a quelques passages doom dans « Nous, le Venin », on a davantage de textures et la basse prend beaucoup de place. Il y a aussi un meilleur travail du son. Je donne beaucoup de place aux autres et, parfois, je fais un peu le gendarme sur certains aspects : « Ça, les gars, c’est pas possible : ça fait trop post-rock. » mais je suis assez ouvert. J’ai aussi des pannes d’inspiration ou alors je tourne parfois en rond. Alex a davantage d’idées donc sur « Disgrâce », il a vraiment pris les devants et a composé les deux tiers de l’album. Sur « Nous, le Venin », il a aussi énormément composé. Je me suis davantage concentré sur les paroles, la voix, les placements et ma guitare. Ça c’est fait assez naturellement.

Théo a plus d’inspirations post-rock parce qu’il vient de BRUIT ≤, c’est ça ? Je vois la pochette du dernier album derrière toi !
Oui, c’est un super groupe ! C’est moi qui ai fait la pochette, j’ai fait tout le layout, la mise en page du livret, etc. Je les ai aidés là-dessus parce que je suis graphiste donc j’ai aidé à mettre les paroles. On est très copains avec les membres de BRUIT ≤. D’ailleurs, le bassiste, Clément (Clément Libes, ndlr) a mixé l’album et a enregistré notre EP « Insolence ». On est Toulousains et c’est une petite ville donc on se connaît tous ! Enfin, pas une si petite ville mais on se connaît quand même tous.


​Le chant quitte parfois la saturation pour devenir clair et flirter avec le screamo. Est-ce que c’est une direction que tu pourrais envisager de creuser pour l’avenir du groupe ?
C’est déjà une petite nouveauté, à mon niveau, par rapport à l’album précédent. J’ai beaucoup plus travaillé la voix qu’avant. J’ai un peu le syndrome de l’imposteur puisqu’à la base, je ne suis pas un chanteur. Je suis un musicien qui sait jouer de plusieurs instruments : la batterie, la guitare et la basse. Mais pour le chant, je l’ai toujours fait comme un métalleux donc je faisais des backing vocals. Dans ce groupe, c’est moi qui chante donc je m’amuse mais je ne me considère pas vraiment comme un chanteur. Pour cet album, je me suis dit : « Tu es chanteur de ce groupe donc tu vas essayer de travailler un peu et de faire plus d’efforts. ». J’ai essayé de varier un peu plus et ça m’a énormément plu ! J’ai trouvé ça génial ! J’ai encore un peu le syndrome de l’imposteur parce que je ne chante pas très juste, même si je me suis amélioré, mais si je prends une guitare acoustique chez moi, je ne vais pas faire le chanteur crooner. Mais, dans le groupe, j’arrive à tenir mes notes, j’arrive à faire des concerts même quand je suis fatigué donc j’ai de plus en plus confiance en moi et j’ai envie d’aller plus loin sur les prochains albums. Je pense que j’ai encore de la marge de manœuvre.

Pour cet album, vous avez enregistré au Studio Apiary à Laval avec Amaury Sauvé et c’est Clément Libes qui a fait le mixage. C’est aussi la première fois qu’ils ont travaillé tous les deux sur un projet. Qu’est-ce que la collaboration entre les deux a apporté à l’album ?
On a toujours travaillé avec Amaury Sauvé, depuis notre premier disque. Il est de Laval, en Mayenne, et il a monté son propre studio selon ses envies et ses critères. On peut vivre, dormir et manger sur place, on reste et on ne fait que de la musique. Pour moi, cette expérience est immense parce qu’au lieu de faire du studio la journée et rentrer chez soi le soir, on est avec le groupe et l’ingénieur du son pendant dix jours et on ne fait que ça. J’adore aller chez lui et il comprend notre musique. Il a tous les codes du vieux metal, du rock vintage et il sait régler une batterie comme personne. Je crois que, pour le dernier album d’IGORRR, les prises de batterie ont été faites chez lui. Il est batteur donc, pour moi, il sait régler des batteries comme personne d’autre en France. C’est un personnage qu’on adore, je le connais depuis une quinzaine d’années et il est génial. On adore travailler avec lui, même si on a neuf heures de route à faire pour aller chez lui. Cette fois, il ne pouvait pas mixer l’album pour des raisons de planning donc on a demandé à Clément qui joue dans BRUIT ≤ avec Théo. Il est très talentueux mais il n’a pas du tout les codes du metal et c’est ça qui est génial : il comprend et se les approprie très vite mais c’était un vrai challenge de faire les prises impeccables avec Amaury et le mixage avec Clément qui n’a pas du tout les codes. Les deux se connaissaient un peu et Clément était ravi de travailler avec des prises de très grande qualité donc il s’est plongé dans l’album pendant une semaine. Il s’est amusé et a beaucoup expérimenté. C’était un vrai terrain de jeu pour lui parce qu’il fait beaucoup de pop, un peu d’électro, du post-rock, mais c’était la première fois qu’il faisait du metal. Il nous a dit qu’il s’était régalé, qu’il était très fier du disque et qu’il avait fait plus que ce qu’on lui avait demandé parce que le projet l’avait vraiment inspiré. Nous, on est très contents du résultat. On avait un peu peur au début mais on est très fiers donc on est très contents !

Le black metal est connu assez défavorablement pour les groupes véhiculant des idéologies d’extrême-droite à travers leur musique. A contrario, votre album et la musique de nombre de groupes émergents s’inscrit contre ces idées et développe plutôt des idées de gauche. Penses-tu que le black metal est en train de se réinventer et de se renouveler avec les artistes émergents ?
Selon moi, le black metal traditionnel, c’est le rejet, la colère, la mise en lumière de la noirceur de l’existence et de la nature humaine. Certains y prônent même l’intolérance comme fer de lance. Avec MOURIR, on rejette plutôt le système et ses dérives : l’ultra-capitalisme, la domination des ultra-riches, l’hubris d’un Occident en chute et les émotions négatives que tout ça fait naître chez un homme occidental, privilégié, coupable. Ce n’est certainement pas en se repliant sur des valeurs passéistes ou en flirtant avec l’intolérance et l’individualisme qu’on apprendra à vivre en paix. Quant au satanisme, une croix à l’envers ou un 666 n’ont plus rien de subversif en 2026. Ce qui est vraiment difficile aujourd’hui, avec la montée du fascisme en Europe et le repli des communautés sur elles-mêmes, c’est d’accepter de ne pas tout comprendre, de s’ouvrir à la différence et de rejeter l’individualisme. Nous sommes donc dans un rejet de la pensée dominante fasciste actuelle et un vrai dégoût de ce qu’on est en train de devenir. Quant aux autres groupes de la scène, il doit y en avoir qui portent ces valeurs de tolérance, mais j’ai l’impression que la plupart traitent surtout de contes et légendes, ou d’univers complètement déconnectés du réel. Je respecte ça, mais nous, on reste dans le concret, dans la frustration.

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