6 août 2026, 23:59

ALCATRAZ FESTIVAL 2026

@ Courtrai (Jour 1)

Quel succès ! L’édition 2026 de l’Alcatraz Festival, sold-out, a réuni sur quatre jours, du 6 au 9 août, devant quatre scènes, 120 groupes et 75 000 fans de metal. Rançon de cette remarquable réussite, l’entrée du premier jour a été chaotique pour les festivaliers imprudents arrivés un peu tard. Prévoyante, l’organisation avait ajouté un écran à l’extérieur de la Swamp Stage, bien consciente que certaines formations attireraient la foule – ce fut le cas, par exemple, d’IGORRR le vendredi soir. Dans la même logique, les deux écrans de la scène principale, la Prison, étaient plus grands que lors des années précédentes. 

WINGS OF STEEL (Prison, 17h45 – 18h25) a l’honneur de lancer le grand rassemblement avec son heavy traditionnel qui s’inspire des années 80. Les Américains sont portés par le chanteur Leo Unnermark et par le guitariste Parker Halub, torse nu et instrument bleu, seule touche de couleur parmi les habits noirs des musiciens. Les deux membres fondateurs, adeptes des propos et des poses caricaturaux, prennent tour à tour la lumière, les aigus de l’un en mode Geoff Tate répondant aux soli de l’autre. Le second guitariste est à peine audible... mais qu’il ne se plaigne pas : le bassiste n’est lui pas du tout présent dans le mixage. Les compositions, qu’elles soient concises, à l’image du percutant "Saints And Sinners", très JUDAS PRIEST, ou tendent vers l’épique, comme "Winds Of Time", séduisent la fosse. La virtuosité technique se double d’une honnêteté chaleureuse au service de mélodies haut de gamme.  La power-ballad "Flight Of The Eagle" est judicieusement placée en milieu de set, comme une légère pause entre deux déferlantes de riffs. Le concert s’achève en beauté sur l’incontournable "Wings Of Steel".


Après les grands espaces qui s’étendent devant la Prison, changement radical d’ambiance avec le premier concert sous la Morgue, le plus petit chapiteau de l’Alcatraz, là où les premiers rangs sont en contact direct avec la scène, pour le plus grand plaisir des stage-divers. Et les hommes volants s’en sont donné à cœur joie lors du concert de LEFT TO DIE (Morgue, 19h25 – 20h25)... dépassant parfois les bornes dans une atmosphère survoltée : un gaillard se permet de growler dans le micro quand un hurluberlu le fait tomber sur Matt Harvey qui finit avec une égratignure sur le visage, sans perdre sa bonne humeur.

Le quartette de vétérans du death rend hommage à DEATH, dégainant de très vieux titres de l’époque MANTAS ("Legions Of Doom" et "Archangel"), présents sur son album « Initium Mortis », et de vieux classiques issus des premiers joyaux du groupe légendaire ("Leprosy", "Scream Bloody Gore", "Zombie Ritual", "Left To Die", bien évidemment...)
Les slammers, dont l’un avec un masque de crocodile et un autre en mode Batman, ne s’arrêtent jamais ; les planches deviennent plus fréquentées qu’une aire de repos un jour de grand départ. Terry Butler, impassible et souriant, n’en a cure et assure sans ciller ses parties de basse, se rappelant sans doute ses jeunes années quand il jouait dans DEATH, déjà aux côtés de Rick Rozz... Matt demande à la foule de rendre hommage à Chuck Schuldiner : elle s’exécute aussitôt en scandant avec ferveur des « Chuck » qui viennent du cœur.  Une heure de folie nostalgique.


Nos pas nous mènent ensuite vers l’Helldorado, pour la seule fois de ce long week-end. Nous privilégions HEIDEVOLK (Helldorado, 21h25 – 22h25) à ENTHRONED qui se produit à la même heure. Les vikings néerlandais, adeptes d’un folk metal puissant, s’appuient sur la richesse créée par deux chanteurs complémentaires, dont les harmonies travaillées ("Drink Met de Goden") subliment les compositions. Dans un univers bleuté, les sonorités traditionnelles sont bien présentes ("Yngwaz’zonen" et ses percussions ethniques), régulièrement drapées dans des oripeaux black. Les Bataves communiquent avec les fans et ont recours à des astuces certes convenues (drapeau, grande corne) mais plaisantes.


Retour ensuite dans la Morgue pour se noyer dans la froide intensité de DER WEG EINER FREIHEIT (Morgue, 23h15 – 00h15). Dans une quasi-obscurité inquiétante, les Allemands adeptes d’un black atmosphérique entraînent le public dans leur univers torturé tout en tension. Les morceaux montent en puissance au fil de lights stroboscopées pour, à partir d’une ambiance mystique, oppressante ("Marter") exploser en une violence totale, en blasts furieux. Nikita Kramprad, dernier membre fondateur encore présent, varie ses vocaux comme s’il était habité, hanté par ses paroles sombres nimbées des mélodies vénéneuses des guitares : tel est "Eos", chef d’œuvre placé au milieu d’un set qui s’achève dans la mélancolie fragile de "Forlorn" pour une conclusion tout en beauté.


Après cet instant de grâce, place à un temps de graisse avec la lourdeur vulgaire d’ALESTORM (Prison, 23h45 – 01h00). Comme la phrase précédente vient de vous le faire comprendre, j’ai beaucoup de mal avec le folk metal riche en accordéon des Ecossais, les innombrables canards en plastique jaunes ou l’horrible keytar de Christopher Bowes. Tête d’affiche de ce premier jour, les joyeux pirates ont attiré une foule de fans et les t-shirts à leur effigie sont innombrables. Ils arrivent donc en terrain conquis et, même si le groupe semble manquer d’entrain, il transforme l’Alcatraz en un immense champ de danse loufoque : il est toujours amusant de voir un solide gaillard en veste MARDUK s’enjailler sur "P.A.R.T.Y" ou apprécier les blasts (oui, oui !) de "Banana".  Les classiques ("Drink", repris en chœur ou le poétique "Fuck With An Anchor" parmi de nombreux autres) sont au rendez-vous, la scène accueille des figurants déguisés et la fiesta bat son plein. Les festivaliers sont ravis, moi, assis dans les tribunes, un peu moins mais la nuit s’achève dans la joie, la bonne humeur et sous un feu d’artifice.

Belle initiative d’avoir fait de ce jeudi, jusqu’à cette année, sorte de warm-up, un jour plein.
 

Blogger : Christophe Grès
Au sujet de l'auteur
Christophe Grès
Christophe a plongé dans l’univers du hard rock et du metal à la fin de l’adolescence, au tout début des années 90, avec Guns N’ Roses, Iron Maiden – des heures passées à écouter "Live after Death", les yeux plongés dans la mythique illustration du disque ! – et Motörhead. Très vite, cette musique devient une passion de plus en plus envahissante… Une multitude de nouveaux groupes a envahi sa vie, d’Obituary à Dark Throne en passant par Loudblast, Immortal, Paradise Lost... Les Grands Anciens – Black Sabbath, Led Zep, Deep Purple… – sont devenus ses références, comme de sages grands-pères, quand de jeunes furieux sont devenus les rejetons turbulents de la famille. Adorant écrire, il a créé et mené le fanzine A Rebours durant quelques années. Collectionneur dans l’âme, il accumule les set-lists, les vinyles, les CDs, les flyers… au grand désarroi de sa compagne, rétive à l’art métallique.
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