
Le 29 mai, le quartet de Nashville ALL THEM WITCHES sortait son septième album, « House Of Mirrors ». D’emblée, celui-ci s’annonce plus chaleureux et groovy que ses prédécesseurs : plus qu’un vent de fraîcheur, l’album marque une mue dans la musique du groupe qui, sans renier ses racines stoner, heavy psych et blues, explore davantage la facette purement rock de son style. Pour mieux comprendre l’évolution d’ALL THEM WITCHES, nous avons discuté avec Ben McLeod, guitariste et co-fondateur du groupe.
Sur la pochette de l’album, on vous voit tous les quatre en train de vibrer alors que sur les pochettes précédentes, on pouvait voir des compositions plus abstraites mais aucune ne vous représentait. Cette pochette marque-t-elle une évolution dans votre musique ?
Ben McLeod : Oui. Je crois que la meilleure façon de la décrire est de dire qu’on ne voulait pas d’un artwork en guise de pochette pour « House Of Mirrors » parce que c’est notre ancien batteur qui s’en occupait. Si on avait fait quelque chose de similaire, ça aurait eu l’air d’une version 2.0 de ALL THEM WITCHES, une sorte de version édulcorée de nos anciens artworks. On avait envie d’aller dans une direction totalement différente donc on a voulu une belle photo de nous quatre. L’album est vraiment très orienté vers le live et il est très brut, la production est très limitée et les chansons sont proches de ce qu’on peut entendre en concert. Ce sont juste des chansons rock’n’roll. Je crois qu’on avait envie que la pochette représente cet état d’esprit : nous quatre. C’est ce qu’on voit et c’est ce qu’on a pendant un concert. La photo est très cool parce qu’elle est un peu floue pour montrer que notre album n’est pas parfait : on joue, on écrit des chansons, il y a parfois des accidents sonores, etc. C’est comme si on avait été floutés.
Vous avez tous les quatre des inspirations musicales très larges. Ces inspirations ont-elles évolué pour « House Of Mirrors » ? Quels sont les artistes qui vous ont inspirés pour cet album ?
C’est difficile de nommer des artistes en particulier mais je dirais qu’à partir du moment où on a commencé à écrire, on a voulu faire un bon album de rock. Pas de jam psych super long, seulement un album de rock pur et dur. Je ne pourrais pas choisir d’artiste qui nous aurait inspiré plus qu’un autre. C’est plutôt le thème général qui nous a inspirés. Avec un changement de line-up aussi important que celui qu’on a connu (le batteur et co-fondateur du groupe, Robby Staebler, qui a quitté ALL THEM WITCHES en 2024, ndlr), on avait vraiment besoin de faire des chansons qui soient aussi fortes que possible, d’avoir un son qui soit vraiment rock’n’roll et qui aille droit au but. Peut-être que « Our Mother Electricity » était l’album de rock le plus direct qu’on ait fait avant celui-ci. D’une certaine façon, c’est comme si on recommençait : « Our Mother Electricity » est notre première création musicale. Avant d’avoir une véritable alchimie en tant que groupe, on se concentre sur les chansons et l’écriture. Tout le travail de jam et de musique psych vient après. C’était vraiment rafraîchissant de pouvoir recommencer, c’est comme si on refaisait un premier album.

À propos du changement de line-up, quel était ton état d’esprit quand c’est arrivé ? Est-ce que tu t’es interrogé sur l’avenir du groupe ? Tu as envisagé d’arrêter là ?
Oh oui ! L’objectif était de nous arrêter mais on avait deux tournées déjà prévues. Parks (Charles Michael Parks, chanteur et bassiste du groupe, ndlr) et moi ne voulions pas faire un sale coup aux promoteurs. On voulait au moins honorer les dates jusqu’en septembre 2024. On a trouvé quelqu’un pour assurer les parties de batterie, Christian (Powers, ndlr), qui est maintenant notre batteur. Au départ, il devait juste assurer les parties de batterie pendant ces deux tournées avant qu’on puisse arrêter en septembre. Parks et moi ne voulions vraiment pas laisser une mauvaise impression parce que, quel que soit le projet qu’on aurait lancé par la suite, lui, moi, ou nous deux ensemble, on n’aurait pas voulu commencer sur de mauvaises bases. Les fans aussi auraient été déçus qu’on annule ces tournées. Parks et moi étions donc en paix avec cette idée. Honnêtement, on a accompli tout ce qu’on avait imaginé avec ce groupe donc on peut mourir tranquilles. Le reste, c’est vraiment la cerise sur le gâteau : ça n’est que du bonus. On était vraiment en paix avec l’idée de s’arrêter mais après la première semaine de la tournée avec Christian, tout le monde s’amusait bien et passait du bon temps. Après une période aussi compliquée pendant laquelle partir en tournée n’était plus amusant, les tensions étaient vraiment importantes, personne ne s’entendait, etc. ... Je n’ai pas envie de pointer qui que ce soit du doigt parce que je pense qu’on a tous une part de responsabilité et ça nous a obligés à être reconnaissant de ce qu’on avait. Donc on ne s’est pas arrêtés (rire). Le son a un peu changé aussi mais je crois qu’on fait toujours de bons concerts. Je pense qu’on est un groupe de live avant d’être un groupe qui enregistre des albums en studio. Si le concert botte toujours des culs, je suis prêt à faire ça aussi longtemps que les autres le voudront bien.
Comment se sont déroulés l’écriture et la composition ? Comme Christian Powers a rejoint le groupe récemment, vos contributions étaient-elles équitables ?
C’était très facile. Je ne crois pas qu’il ait encore totalement trouvé sa place et son style en tant que batteur du groupe, mais on a tous vraiment hâte d’explorer cette partie du processus ensemble. Je crois qu’une grande partie de sa contribution a surtout été de maintenir l’album et de le renforcer avec un bon rythme, un bon tempo et de bonnes fondations pour le reste du groupe. Les fans qui n’aiment pas l’album ne savent pas ça, ils pensent que les batteries sont juste plus directes mais je crois que c’était une décision très sage et mature d’avoir cette approche plutôt que de sortir les armes directement. Je suis sûr qu’il le fera à un moment mais la chanson doit toujours passer en premier et il a joué dans cet objectif.
Vous avez dit avoir communiqué de façon très ouverte pour cet album. Est-ce que ça s’est traduit par davantage d’exploration ?
Oui, je crois qu’on a consacré trois semaines à la pré-production, même après l’écriture des chansons. Les choses changeaient tout le temps. À la base, on était plutôt partis sur un son country très doux mais notre producteur nous a suggéré de jouer du rock. C’était surtout son idée mais j’ai toujours les enregistrements country qui pourraient ressurgir un jour : "Aethernet" était plus jazzy et bluesy… Enfin, je ne peux pas dire bluesy mais c’était entre le swing et le blues, complètement à l’opposé d’une pub pour la Ford 150 qui va droit au but. Celle-ci a beaucoup changé. Je crois que c’est le processus d’écriture le plus démocratique qu’on a eu dans le groupe, c’était vraiment agréable. Tout le monde pouvait s’exprimer.
Et de façon très hypothétique, tu penses que ces versions country pourraient sortir un jour ?
Je suis sûr que oui mais plus comme une démo qu’autre chose. En fait, je pense que je vais les réécouter et me replonger dedans. Les fans vont avoir un grand choc avec notre prochain album. Je ne peux pas encore en parler mais on va faire quelque chose qu’on n’a encore jamais fait auparavant.
Vous êtes déjà en train de travailler dessus ?
Plus ou moins. On n’a encore rien enregistré. Le thème est vraiment très précis et je pense que ça peut surprendre beaucoup de gens.
De façon très large : sur ce prochain album, Christian Powers fera-t-il davantage d’explorations pour trouver son style ?
Oui, je crois qu’on le fait tous un peu. C’est toujours agréable d’explorer de nouveaux styles. Autrement, on fait toujours le même album et ça ne prolonge pas la vie d’un groupe ou des musiciens qui en font partie. Si on écrit le même album encore et encore, ça n’est pas bon, il faut changer. Mais on a toujours les albums fondateurs qu’on peut réécouter et apprécier. On ne fera pas un nouveau « Lightning at the Door » ou un nouveau « Dying Surfer Meets His Maker » parce qu’on a changé en tant que musiciens, en tant que personnes et nos vies ne sont pas du tout les mêmes que ce qu’elles étaient quand ces albums sont sortis. Mais j’ai encore plus hâte que le prochain album sorte, pour des raisons à la fois personnelles et stylistiques.

Pour « House Of Mirrors », vous avez travaillé avec le producteur Eddie Spear qui avait déjà travaillé avec vous sur « Sleeping Through The War ». Comment cette collaboration s’est-elle mise en place cette fois et qu’a-t-elle apporté à l’album ?
Il n’était pas producteur pour « Sleeping Through The War », il était l’ingénieur du son pour l’enregistrement et il a fait le mixage. C’est Dave Cobb qui l’avait produit. Mais Eddie a été une grande influence pour le son de cet album puisque c’est lui qui s’occupait de tous les équipements. Lui et moi sommes restés en contact après cet album parce qu’on est tous les deux des nerds du son : j’enregistre aussi des groupes donc, au fil des années, il a vraiment été un mentor pour moi. Dès que j’ai une question sur quelque chose, il m’apporte une réponse. Il a contacté notre manager en disant qu’il voulait refaire un album avec nous mais, cette fois, en tant que producteur. On avait très hâte ! Il a aussi largement pris part au processus d’écriture, ce qui était une première pour nous. Il est vraiment génial. Je suis sûr qu’on travaillera de nouveau avec lui un jour.
Tu as dit que tu avais utilisé du matériel vraiment très vieux pour l’enregistrement de l’album. Tu peux m’en dire un peu plus ?
J’ai utilisé un ampli Marshall Super Bass de la fin des années 60 pour toutes les chansons sauf "Aethernet" et des micros Neumann de 1967. Comme il y a beaucoup de matériel vintage pour les micros, j’ai aussi utilisé des plugins égaliseurs et des compresseurs qu’Eddie avait déjà utilisés et que le studio a fourni. Je crois que l’élément le plus récent était ma Les Paul de 2010 qui est sur toutes les chansons. Mes amplis, mes micros, mes plugins égaliseurs et mes compresseurs étaient vraiment vintage. Quand c’est bien entretenu, ça sonne vraiment très bien.
Vous emmenez ce matériel avec vous en tournée ou pas ?
Non, le matériel du studio reste en studio. La plupart du temps, on ne fait que le louer. Le matériel pour le live est vraiment très différent. Je pense que c’est mieux d’avoir du matériel récent pour le live parce que c’est plus fiable. Le son est plus propre, plus poli et, de toute façon, je ne pense pas que le vieux matériel puisse transcrire le son correctement en live. On peut utiliser les mêmes guitares et les mêmes amplis mais la configuration n’est pas la même : c’est beaucoup plus moderne et, neuf fois sur dix, la table de mixage est numérique. Je crois que pour le live, c’est mieux d’utiliser des amplis et des micros récents sur lesquels on peut compter parce que quand quelque chose se passe mal, c’est pire que tout. Même quand on passe seulement trois minutes à essayer de comprendre ce qui ne va pas, quand on est devant 2000 personnes, c’est comme s’il s’écoulait trente minutes. Je pense que les fans ne s’en préoccupent pas beaucoup mais ça ramène le groupe sur terre et ça brise le quatrième mur. Ça rappelle aux gens qu’on est humains et que ce genre de choses peut arriver à n’importe qui. On peut jouer quelque chose qui sonne vintage. Je pense que notre groupe sonnera toujours un peu vintage parce que c’est comme ça qu’on sonne en tant que musiciens. Même si on faisait un album de prog, ça sonnerait toujours un peu comme ça.
Récemment, vous avez fait une session à KEXP, comme beaucoup d’autres groupes de rock et de metal : SLOMOSA, CASTLE RAT, DIE SPITZ, etc. Quel est ton point de vue sur cette émission ? Est-ce que c’est une nouvelle façon de mettre des artistes en avant, un peu comme un nouveau MTV ?
Je crois que c’est la meilleure façon de découvrir de nouvelles musiques aux États-Unis. La radio est presque morte ici et c’est presque impossible de découvrir plus de deux ou trois nouveaux groupes en festival. Aux États-Unis, KEXP fait découvrir pratiquement un groupe, parfois deux, par jour et ils sont tous incroyables. Ils sont constamment en train de diffuser de nouvelles musiques et on ne les entend pas seulement : on voit aussi à quoi ressemblent les membres et c’est vraiment important pour quelqu’un qui découvre un groupe. En tout cas, pour moi, ça l’est. Ils sont extrêmement importants et j’espère qu’ils n’arrêteront jamais. Je savais que SLOMOSA avait fait une session chez eux, je sais que SLIFT va bientôt en faire une en octobre et ils ont accueilli beaucoup d’autres groupes de rock et de punk pour les faire jouer. Je pense qu’on est tous un peu nerveux quand on y va parce qu’on se dit qu’il faut vraiment qu’on joue bien, d’autant plus que notre session est sortie à peu près une semaine après celle de SLOMOSA et que c’est l’un des groupes qui buzze le plus en ce moment. Il fallait qu’on joue vraiment bien et, après les deux premières chansons, on s’est tous regardés en se disant : « Ça se passe vraiment bien. »
