4 septembre 2026, 17:23

PRESIDENT

"Blood Of Your Empire"

Album : Blood Of Your Empire

Apparu soudainement en 2025, PRESIDENT a eu droit à une ascension fulgurante outre-manche, en faisant déjà une tête d’affiche très crédible chez nos amis anglais, et un nom déjà respecté en Europe et aux Etats-Unis. Ce groupe, mené par une mystérieuse figure présidentielle masquée, nous rappelle évidemment GHOST ou SLEEP TOKEN dans l’approche de l’anonymat, mais quelque chose frappe assez vite : la candeur avec laquelle le leader s’exprime dans les paroles des chansons du groupe, et l’émotion présente dans sa voix. Dès l’EP « King Of Terrors », le groupe britannique se fait remarquer par ces éléments, mais aussi par sa production immaculée et ses riffs heavy. La solution facile aurait été de reprendre la même formule et de copier/coller assez souvent pour en faire un album, mais PRESIDENT ne semble pas intéressé par la facilité…

Dès le début de "Angel Wings", la rythmique house se fait très présente. Allant plus loin qu’un simple gimmick qu’on retrouve au cours de l’album, elle se fait élément central à de nombreuses compositions ("Sleepwalker", "White Devil"…) tandis que les riffs mènent la danse avec une lourdeur qui n’est pas sans rappeler par moments celle de DEFTONES ("Mercy", "Dionysus"). La batterie trap se fait aussi très présente sur les chansons, alors que le rap s’invite carrément sur "Hate Figure" par la voix de Ando San, seul invité sur l’album.

Les styles se mélangent avec une facilité déconcertante, faisant voyager l’auditeur entre différents tableaux dépeignant tantôt l’angoisse, la résignation voire la plénitude, qui s’expriment à travers la voix et les paroles du PRESIDENT. Celui-ci en dévoile énormément sur ses émotions et sur sa vie, par exemple sur "Angel Wings" ou "Hate Figure" que je viens d’évoquer, mais aussi sur le déchirant "This Will Divide Us", où la voix se fait quasi fantômatique, comme des excuses à quelqu’un qui n’est plus là pour entendre, par-dessus des arpèges mélancoliques et une rythmique qui sonne presque comme les aiguilles d’une montre et avant un solo de trompette magnifique. Les instruments se distordent électroniquement de même que les voix mais donnent une chanson plus humaine et vulnérable que jamais.

Si PRESIDENT a pu nous rappeler d’autres projets par son anonymat, son approche de la musique comme un moyen d’extérioriser des émotions très fortes et très contradictoires, sans aucune limite de son, et finit en apothéose sur "White Devil", morceau le plus surprenant de ce disque pourtant imprévisible, nous poussant à danser sur un piano jazz après avoir traversé toutes les émotions et tous les styles. Comme sur la scène de fin du film Drunk de Thomas Vinterberg, la danse se fait exutoire d’une douleur et d’un questionnement constants. « Blood Of Your Empire » est clairement très attendu, et PRESIDENT le sait, mais défie toutes ces attentes avec une expérimentation et une honnêteté constantes et fructueuses qui offrent à nos oreilles l’un des albums les plus audacieux et les plus satisfaisants de l’année.

Blogger : Valentin Pochart
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