Composé des quatre mêmes membres depuis ses tout débuts en 2007, chacun ayant déjà bien traîné sa bosse dans l'underground américain, KRALLICE est plutôt du genre expérimenté. Mais il reste insaisissable tant son black metal expérimental explose les frontières du genre d’album en album. Et « Scour Order » n’échappe pas à la règle.
Quinzième album studio du groupe, ce disque signe le retour à une configuration plus classique : Mick Barr et Colin Marston aux guitares, Nicholas McMaster à la basse (avec un partage du chant entre les trois) et Lev Weinstein derrière les fûts. Après de récents albums basés sur l'échange d'instruments et des incursions ambient, ce retour aux postes d'origine ne relève pas tant d'un reboot que d'un retour en terrain familier. A ce titre, le style pratiqué ici en témoigne directement puisque le groupe revient à ses premiers amours que furent « Diotima » ou « Dimensional Bleedthrough ».
Il y a aussi la genèse de ces morceaux : c'est lors du festival Roadburn, à Tilbourg en avril dernier, qu'ils ont été joués pour la toute première fois. Initialement conçus pour cette date unique devant un public d'initiés, ils sont devenus un disque à part entière. Et pas de doute sur le contenu : un concentré ultra-technique, destructeur et insondable qui tout du long d'une soixantaine de minutes abyssales, se nourrit de ce qui se fait de plus extrême en matière de metal. Les crescendos maléfiques explosent ainsi en de somptueux assauts chaotiques répétés de manière cyclique. Le morceau final, véritable apothéose, réserve même quelques surprises sur ses ultimes minutes aux relents de chef-d'œuvre. Mais ne vous y trompez pas : sur la majeure partie du disque, KRALLICE écrase l’auditeur sous des changements de rythme asphyxiants, où les tempos massifs et suffocants épousent des embardées fulgurantes qui lacèrent sans répit.
Dotée d'une production implacable et d'un artwork énigmatique, cette expérience qu'est « Scour Order » s'impose comme une véritable odyssée qui roule une nouvelle fois sa bosse hors des sentiers battus. Une œuvre pantagruélique qui réclamera, même aux oreilles les plus aguerries, de nombreuses écoutes pour en saisir toute la richesse.