26 septembre 2026, 15:59

BOUNDARIES

Interview Matthew McDougal


Le quatrième album du groupe BOUNDARIES, « Yearning: The Unbeautiful After », riches de collaborations de qualité est un chef d’œuvre d’authenticité, de vulnérabilité et d’intensité. C’était donc un honneur de découvrir les coulisses de sa création ainsi que les projets à venir du groupe grâce à Matthew McDougal, le chanteur du groupe.
 

L’album tourne autour du deuil et de la perte, que ressent on en utilisant une expérience personnelle comme matière créative, de la transformer et de la livrer au monde, comme vous l'avez fait avec cet album ?
Matthew McDougal
: C'est un peu comme ça que j'ai toujours créé. Une grande partie de mon écriture vient de mon journal intime ; il s'agit simplement de mes pensées et de mes sentiments personnels concernant principalement des événements de ma vie. Je ne passe pas beaucoup de temps à spéculer sur l'état du monde ou ce genre de choses. J'essaie simplement de communiquer ce que je crois savoir et comprendre... Il y a une citation du réalisateur Guillermo del Toro qui dit que le devoir de l'artiste est de partager une expérience. C'est une idée à laquelle j'ai toujours adhéré : il ne s'agit pas d'essayer d'enseigner quelque chose aux gens, mais plutôt de leur faire découvrir des choses qu'ils n'ont pas encore vécues, des choses qui ne sont pas encore entrées dans leur vie. Vous essayez de vous ouvrir et de leur montrer à quoi cela ressemble. C’est simplement ma façon d'être et de créer depuis toujours. L'album oscille entre des passages extrêmement lourds et d'autres plus... vulnérables.

Quelle importance cela revêtait-il de montrer tant de vulnérabilité, et quels contrastes ont marqué l'écriture et l'arrangement des titres?
Faire du lourd, c'est facile. C'est simple d'écrire des paroles metal – il y a une raison pour laquelle je suis doué pour ça, tu vois. Ce n'est pas compliqué, l'obscurité de l'esprit, ce genre de trucs. Mais ce n'est pas le cas pour ce genre de choses. Tu pourrais littéralement lancer des fléchettes sur un mur au hasard et écrire une chanson de metal dessus. C'est donc quelque chose que je cherche à bien faire, car la barre me semble terriblement basse dans ce domaine. Et ce qu'un autre artiste ne pourrait pas faire, c'est se montrer vulnérable à ma place. C'est pourquoi je pense que la vulnérabilité est peut-être l'aspect le plus important de ce que nous écrivons et du style de musique que nous créons. Parce que c'est là que réside la difficulté. Tu sais, c'est gênant, c'est presque honteux de se livrer ainsi, c'est pour ça que je choisis cette voie, parce que c'est facile de rester discret et d'écrire des chansons qui ne parlent de rien, mais dans ce cas, tu ne laisses personne entrer dans ton univers. Tu ne créeras jamais de lien avec les gens. Tu n'aideras jamais personne, alors qu'ils ont besoin d'entendre une chanson qui parle de ce qu'ils traversent. Ils ont besoin de savoir qu'ils ne sont pas seuls. Tu n'obtiendras jamais ce résultat avec des chansons de metal génériques. Pour moi, il a toujours été nécessaire de faire preuve de vulnérabilité. Ça fait partie du jeu, tout simplement.

Par rapport au fait que le groupe oscille entre metalcore, hardcore, des touches mélodiques et tous les autres styles qu'on peut y intégrer, comment te définirais-tu, toi et le groupe, et comment décrirais-tu cet album et votre évolution jusqu'ici ?
C'est difficile, car nous ne nous cantonnons pas à un seul genre, et c'est un choix délibéré. Nous aimons tellement de ramifications différentes de l'arbre "metalcore" que nous essayons d'en intégrer plusieurs. Et nous avons la chance d'en être déjà à notre quatrième album. On a passé toutes ces années et sorti tous ces albums à tout explorer ; de ce fait, plus on publie de musique, plus ça devient naturel de se dire : « Et si on tentait ça ? » On s'inquiète moins de savoir si ça va plaire, si ça va bien marcher en streaming, ou si un titre va passer inaperçu parce qu'il est trop bizarre ou trop agressif. On s'en soucie moins. Ce qui a toujours compté pour nous, c'est de cocher toutes les cases qui nous tiennent à cœur : par exemple, j'adore le death metal. Il faut qu'il y ait des passages death metal, avec du "tremolo picking" et une batterie qui exploite tout le kit, beaucoup de jeu de cymbales, ce genre de choses. Il faut qu'un peu de tout soit représenté à un moment ou à un autre, parce que c'est la musique qu'on aime. On aime tout ça.


Quel est votre processus quand vous commencez à travailler sur un nouvel album ? Est-ce que vous commencez par travailler tous ensemble sur les paroles, ou sur la musique ?
On a procédé de différentes manières. Faire des maquettes, c'est génial. J'adore ça parce que je suis beaucoup moins stressé quand on arrive en studio et qu'on se dit : « OK, il nous faut dix, onze ou douze chansons. » Si on n'en a aucune au départ, ça peut être très bien aussi, parce que cette pression agit comme un moteur ; ça nous pousse à travailler, à créer. C'est vraiment utile. Mais le revers de la médaille, c'est que cette pression finit par atteindre un point critique où elle devient contre-productive et ne fait qu'engendrer du stress. On finit par avoir l'impression que tout se ressemble, qu'on répète sans cesse la même chose. Donc, on a fait des albums où l'on arrivait avec toutes les chansons déjà écrites ; il ne restait plus qu'à les réenregistrer dans de meilleures conditions et à peaufiner la production. Et on a aussi fait l'inverse : arriver les mains vides et composer tout l'album en studio.
Les deux approches ont leurs avantages. Ce sont des états d'esprit créatifs totalement différents. Je ne sais pas si on a une préférence. Pour le dernier album, on est arrivés avec presque rien, et c'était stressant. C'était vraiment dur et on a eu beaucoup de discussions du genre : « Les gars, et si on ne finit pas ? Et si l'heure du départ arrive alors que l'album n'est pas terminé ? » Ce n'est pas l'idéal pour créer, parce qu'on finit par produire des choses par obligation, simplement parce qu'il y a une date butoir. C'est une bien mauvaise façon de créer quelque chose de consistant que d'avoir l'impression de rendre un simple travail à accomplir ; ce n'est pas la bonne approche. Il vaut mieux créer les choses de la manière la plus organique et la plus patiente possible.
Je préfère généralement avoir des maquettes déjà prêtes en amont, mais nous avons été extrêmement occupés ces deux dernières années. Nous n'étions jamais chez nous, nous étions constamment en tournée. Nous n'avions tout simplement pas le temps de nous poser pour dire : « Bon, je vais chez Corey, il branche sa guitare sur l'interface et on improvise autour de quelques idées. »
Alors je griffonne quelques paroles provisoires, j'envoie le tout au reste du groupe pour qu'ils écoutent et nous disent ce qu'ils en pensent ; c'est notre façon de procéder. J'aime bien avoir des maquettes où la chanson est déjà aboutie à 80 % ; on peut alors se dire : « D'accord, pas exactement ça, mais quelque chose dans ce genre-là. » Cela réduit considérablement la pression par rapport à la situation où l'on part de zéro.

Y a-t-il eu une chanson qui s'est révélée étonnamment difficile par rapport aux autres sur cet album ?
Elles étaient toutes assez ardues car, pour beaucoup d'entre elles, nous n'avions que deux démos en arrivant en studio – c'est-à-dire deux morceaux quasiment terminés. On avait une centaine de petites idées éparses...

Comment transformer ça en un titre complet et abouti ?
Elles ont toutes représenté un vrai défi. Il y a eu beaucoup de jours où l'on arrivait, on ouvrait un fichier, on écoutait un riff, on programmait une partie de batterie et on se disait : « Bon, et maintenant ? » Puis on l'écoutait jusqu'à finir par le détester et on se disait : « Ok, on ferme tout », « Essayons autre chose. » C'était incroyablement difficile. Je pense que c'est en partie dû au fait qu'on travaillait avec un nouveau producteur ; on ne savait pas encore vraiment comment on fonctionnait ensemble. Nos trois albums précédents avaient été réalisés avec la même personne, notre ami Randy. On avait donc une certaine complicité : on pouvait arriver et se dire simplement : « Allez, écrivons des trucs qui sonnent comme du BOUNDARIES. » Et ce n'était pas difficile, parce qu'on l'avait fait tellement de fois ensemble. Mais cette fois, c'était avec quelqu'un de nouveau ; nous avons passé beaucoup de temps à apprendre à nous connaître. Il nous demandait souvent : « Est-ce que c'est le genre de chose que vous feriez ? » On écrivait un refrain et il lançait : « Est-ce que c'est quelque chose que vous feriez, vous ? » Ou bien « est-ce que ça ne correspond pas à votre style ? » Et on devait répondre : « On ne le ferait pas comme ça. On le ferait plutôt comme ceci. » On se corrigeait donc beaucoup mutuellement, ce qui a porté ses fruits : si nous retravaillons ensemble à l'avenir, nous aurons déjà surmonté les tâtonnements du début et la partie la plus difficile. On pourra simplement s'asseoir et se dire : « Écrivons des morceaux qui nous ressemblent. » Mais au départ, avec seulement deux démos et quelqu'un qui ne connaissait pas vraiment le son que nous recherchions – quelqu'un qui essayait de cerner notre identité – c'était vraiment ardu. Je ne dirais pas qu'une chanson en particulier a été plus difficile que les autres. Chaque journée était une épreuve. C'était très dur de réaliser cet album. Enfin, plus dur... je veux dire, plus difficile que les précédents.
On essaie toujours de partir d'une sorte de ligne directrice : quel est ce disque ? Quelle direction prend-il ? Qu'est-ce qu'on veut accomplir ? Et pour ce dernier album, c'était encore plus marqué. On savait qu'on voulait un disque qui soit tout simplement lourd, effrayant et complètement déglingué. Et quand on aborde les choses sous cet angle, face à une bifurcation – « est-ce qu'on va à gauche ou à droite ? » – on se demande : « OK, quelle est la version la plus lourde et la plus déglinguée de ce morceau ? » Ce serait celle-ci. « OK, alors faisons ça. » Ça nous a permis de nous sortir de pas mal d'impasses en posant des questions du genre : « On n'a pas l'impression que le morceau en fait trop là-dessus ? » « Si, carrément. » « Alors faisons plutôt ça. » Mais pour cet album, on a exploré tous azimuts, parce qu'on ne voulait pas juste sortir une suite à « Death Is a Little More ». On ne voulait surtout pas tomber dans le piège de n'être qu'un groupe de metal lourd, juste un groupe qui fait toujours la même chose. Il fallait que ce soit varié et il fallait explorer différents horizons, il fallait que ce soit différent. Mais si c'est trop différent, on risque d'aliéner ceux qui nous écoutent depuis des années et on abandonne sa base de fans. Je ne voulais pas faire ça, mais je ne voulais pas non plus avoir l'impression de faire le service minimum ni de leur servir quelque chose qu'ils ont déjà entendu. C'était donc un défi unique.
Le premier album, c'est pour prouver qu'on en est capable : écrire dix chansons, les assembler et créer un tout cohérent. Le deuxième album, c'est pour prouver que le premier n'était pas un coup de chance, que ce n'était pas juste un hasard heureux. C'est pour ça qu'on parle du syndrome du deuxième album, parce que les gens réussissent une fois, et puis c'est tout. C'était un moment magique, unique en son genre, et ils ne savent pas comment reproduire l'exploit. Et tu sais, c'est notre troisième album qui a le mieux marché pour nous. Alors on s’est dit : « Bon sang, qu'est-ce que ça signifie ? » C'était un territoire totalement inconnu pour nous. Et franchement, je préférerais sortir un disque que les gens apprécient moins plutôt qu'un album qui donne l'impression d'être... eh bien, du déjà-vu, quelque chose de prévisible.
Il ne s'agit pas seulement d'éviter la prévisibilité, mais de montrer aux gens que vous vous dépassez et que vous cherchez toujours à créer quelque chose de nouveau. C'est important pour vous.

Comment parviens-tu à maintenir cette intensité émotionnelle quand tu cherches à créer quelque chose de « lourd » –​ vraiment lourd, comme tu le disais : pesant, effrayant, complètement dérangé ?
En fait, tout dépend de ce sur quoi j'écris. J'essaie donc d'écrire des paroles en permanence, que ce soit dans mon journal intime ou simplement en ouvrant les notes de mon téléphone pour y consigner une idée née d'une influence extérieure – un livre, un film, une chanson... Dès qu'une idée me frappe, j'essaie de la noter pour pouvoir y revenir plus tard. C'est facile de noter mes propres pensées, puisque je les ai déjà en tête. Mais le plus important, c'est de consigner ces petites interactions quotidiennes du genre : « Tiens, je n'avais jamais vu les choses sous cet angle », ou une bonne conversation avec un ami où l'on approfondit vraiment une idée ou un problème qu'il rencontre. J'essaie vraiment de m'y accrocher, de noter tout ça et d'écrire à ce sujet dès que possible. Comme ça, quand on va en studio, j'ai des pages et des pages de textes écrits au cours des 12 ou 16 mois précédents ; je n'ai jamais besoin d'essayer de pondre des paroles dans l'urgence du moment. Parce que je ne pense pas que je serais très doué pour ça. Je ne suis pas un auteur-compositeur au sens classique. Je ne sais pas comment écrire un refrain accrocheur, ni comment composer des trucs qui marquent les gens d'une certaine façon. Tu vois, il y a tout ce jargon qu'on utilise pour décrire la fabrication d'une chanson, la façon dont elle doit toucher les gens ou résonner en eux. Mais je ne fonctionne pas vraiment comme ça. J'écris tout le temps, c'est tout. Donc, si on compose un single instrumentalement très lourd, très brutal, j'intègre toujours mes paroles une fois la musique écrite. Si on a une chanson qui envoie du lourd pendant deux minutes, je sais que je ne vais pas y coller des paroles évoquant un moment de vulnérabilité ou quelque chose de très personnel, parce que ça ne collerait pas.  Je vais essayer de créer un moment d'émotion, mais la chanson, elle, va pousser le public à faire du mosh pit et à se déchaîner. Résultat : on ne fait ni l'un ni l'autre. Alors, quand on a un passage plus mélodique, quelque chose de plus pensif, d'introspectif, c'est là que j'utilise des paroles liées à un événement précis ou à quelque chose que je comprends vraiment bien. Je peux alors expliquer ce que je ressens – qu'il s'agisse de deuil, de perte, d'amour ou de n'importe laquelle de ces émotions intenses que tout le monde traverse, tout le monde connaît ces sentiments au cours de sa vie. J'essaie simplement de partager ce que je peux à ce sujet, d'une manière qui rend les choses plus faciles à assimiler. On peut alors prêter davantage attention à cet aspect de la chanson. Mais si on joue un titre plus lourd, je vais me tourner vers des paroles qui expriment ma colère – colère face à l'état de la musique, de la musique heavy, ou face à la logique actuelle de la création artistique, cette obsession de l'efficacité : sortir un titre tous les deux mois. Donc, si j'ai besoin d'écrire quelque chose de colérique, si j'ai besoin d'être lourd et agressif à un moment donné, alors je m'attaque à ce que je rejette. Je m'attaque à ce avec quoi je ne suis pas d'accord. Je me tourne vers ce qui fait jaillir en moi ce sentiment lié à cette chose – cet objet dont je parle, qui représente l'ennemi. Et j'essaie de le décrire de la manière la plus haineuse et agressive possible, car je pense que c'est ainsi qu'il faut aborder la chose. Je pense que c'est le type de discours qu'il faut tenir concernant ce genre de comportement dans le milieu de la musique. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Mais oui, si je dois créer un morceau percutant, très énergique, je m'appuie sur ce qui, après toutes ces années, suscite toujours la même réaction chez moi.


​On trouve quelques collaborations sur l'album, comme celle avec Landon Tewers, dont le style vocal est très singulier. Peux-tu me raconter l'histoire derrière la collaboration sur "Crowned and Crucified" ?
On était en Australie avec THE PLOT IN YOU. On a fait quelques tournées ensemble, on est assez proches, je dirais. L'un d'eux vit dans la même ville que moi ; enfin, je vis à deux villes de distance de Corey, mon guitariste. On dîne ensemble, on va voir des matchs de baseball, on traîne ensemble. On est amis, on est proches. Et leur façon de faire de la musique me parle beaucoup ; Si tu écoutes les débuts de Plot in You, c'est à la limite du deathcore.  C'est très varié par rapport à ce qu'ils jouent habituellement. Il y a cette ambiance à la fois mélancolique et sensuelle, mais aussi lourde, un peu sombre. C'est exactement le genre de musique que j'aime, des choses auxquelles je m'identifie. Sur le plan créatif, j'apprécie vraiment leur démarche : malgré les opportunités de gagner en popularité ou de céder à la facilité, ils sont restés fidèles à leur vision. C'est important pour moi, car je ne veux pas mettre en avant un artiste simplement pour l'image. Je ne voudrais pas associer mon nom ou mon groupe à quelqu'un – quelqu'un à qui je ne dirais même pas bonjour dans un couloir – juste pour attirer l'attention sur une chanson. Je préfère largement soutenir quelqu'un qui incarne des valeurs ou une qualité que je trouve authentiques. C'est exactement le cas avec Landon. On était en tournée, on recevait les mixages de l'album, et je suis allé le voir pour lui demander : « Hé, ça te dirait de participer à l'album ? » Il a répondu : « Carrément, j'espérais que tu me le demanderais. » C'était vraiment aussi simple que ça. Il nous a dit : « Envoyez-moi juste la chanson de votre choix et indiquez-moi la partie à chanter. » Alors on lui a envoyé le sample en pensant à ce qu'il pourrait apporter ; c'est un chanteur incroyable, évidemment. Il a une voix très puissante et un style bien à lui. Comme tu l'as dit, sa voix est tellement reconnaissable : dès qu'on l'entend, on sait que c'est lui. On voulait vraiment qu'il exploite cette facette sur ce titre. On cherchait une voix puissante et lourde — c'est quelque chose qu'il fait parfois, mais pas systématiquement. Je parle de voix plus graves, un peu folles, pour donner une impression de démence totale. On voulait donc l'encourager à revenir à ses racines, à son style d'origine. On lui a dit : « Fais ce qui te semble naturel, ce dont la chanson a besoin. » On lui a donné très peu de directives et je crois bien qu'on a gardé la première prise qu'il a envoyée. Il nous a dit : « J'imagine quelque chose comme ça », et on a répondu : « Parfait. » Son instinct créatif est incroyable, c'est un véritable artiste qui crée en permanence et collabore avec une multitude de groupes.

Et pour ce qui est de l'ambiance de "Torn Wide Open", avec la participation de MAKE THEM SUFFER  il y a une dynamique particulièrement intense entre les différentes lignes de chant et instrumentales, ce qui a fait de ce titre le candidat idéal pour une collaboration. Comment la contribution d’Alex a-t-elle influencé votre approche du titre ?
En fait, ce titre a failli ne pas figurer sur l'album. On avait écrit... disons les deux premières minutes ; on avait tout composé sauf ce qu'on appelle l'outro – la partie au piano sur laquelle Alex jouait tout en criant ou en chantant. On avait tout, sauf ça. On se demandait si c'était vraiment une chanson, si cette partie était indispensable ou si c'était du superflu qu'on pouvait couper. Puis on a écrit l'outro et on s'est dit : « OK, maintenant il y a une outro, ça ressemble davantage à une chanson. » Mais les deux parties ne s'imbriquaient pas bien ; la sonorité du morceau ne m'amenait pas naturellement vers une outro au piano. Ce n'était pas satisfaisant, je ne comprenais pas, je ne savais pas si c'était bon ou non. C'est alors qu'on a eu l'idée de collaborer avec MAKE THEM SUFFER, car ils donnaient un concert alors qu'on était en studio. Ils jouaient juste à côté, je crois que c'était dans le cadre de la tournée de FIT FOR A KING. On est allés voir nos amis parce qu'on connaît FIT FOR A KING, on a fait des tournées avec eux et SPITE était de la partie, 156/SILENCE était là aussi. C'était vraiment une bande de potes. Eux, c'étaient les seuls que je ne connaissais pas, alors je voulais remédier à ça. J'ai tenu à me présenter, à aller dans les loges, à saluer tout le monde : « Salut, je suis là pour votre concert » et ils ont été adorables. Ils m'ont dit : « On connaît le groupe, on adore votre musique. On a entendu dire que vous prépariez de nouveaux titres, on a hâte d'entendre la suite. » Et c'est quelque chose qui m'a marqué.  J'ai donc essayé mon idée de parties criées, et on s'est dit : « OK, il faut couper la chanson ou l'outro, parce que ça ne tient pas la route. » Il n'y avait aucune fluidité, les éléments ne s'enchaînaient pas bien. Alors on s'est demandé : « Et si on faisait intervenir un autre chanteur ? Si on invitait quelqu'un pour un featuring ? Si on trouvait un élément pour lier le tout ? » On a réflechi et on s’est dit « pourquoi pas MAKE THEM SUFFER ? » Mon idée pour la fin venait du Seigneur des Anneaux, après la mort de Gandalf, les Elfes chantent pour lui. C'est un moment envoûtant, très atmosphérique, triste et méditatif...  Alors je me suis dit qu’on pourrait faire intervenir les deux chanteurs : Shawn ferait des screams par-dessus et Alex chanterait. Elle a fini par écrire des parties de clavier supplémentaires pour la chanson. Tout le monde était à fond, l'énergie était au rendez-vous, et le résultat est tel que c'est peut-être l'une de nos chansons préférées de l'album. Cela dit, un mois avant la sortie de l'album, on se demandait si ce titre avait vraiment sa place. On hésitait : fallait-il le garder ou le supprimer ? Mais bon, c'est comme ça que ça se passe parfois. Finalement, on a décidé de le garder. Pour être honnête, c'est l'un de mes préférés.


En ce qui concerne l'avenir, vous avez de grandes tournées en vue, notamment celle en Amérique du Nord avec Denzel Curry. Qu'est-ce qui vous enthousiasme le plus à l'idée de présenter cet album sur scène ?
On a des sentiments assez partagés à ce sujet, car c'est un disque vraiment lourd. C'est un album très intense et on veut transmettre cette émotion. Comme on ouvre la tournée et qu'on passe avant un groupe grunge et un rappeur, la situation peut aller dans n'importe quelle direction : on va essayer d'installer cette atmosphère et cette intensité, mais l'heure et demie de concert qui suivra ne sera pas du même style.  Ça peut vraiment tout changer : si le public arrive sans être prêt pour ce genre d'ambiance et qu'il garde toute son énergie pour la tête d'affiche, eh bien, certains soirs, on risque de se planter complètement. C'est tout à fait possible que les gens ne soient pas prêts à se défouler, qu'ils ne soient pas prêts pour ce niveau d'intensité... Ils gardent tout pour KNOCKED LOOSE, ou pour la raison principale de leur venue. Surtout s'il y a un groupe grunge qui passe juste après nous ; les gens arrivent peut-être tout juste à ce moment-là. C'est peut-être le moment de prendre une bière et de simplement regarder les groupes jouer. On ressent donc un peu la pression liée au mélange des genres sur cette tournée. Mais on est enthousiastes. Tu sais, on est amis avec KNOCKED LOOSE depuis un bon moment. On a toujours voulu tourner ensemble, mais on est très occupés. Eux partent en tournée avec Metallica... Tu vois, il n'y a pas vraiment de place pour nous dans ce genre de configuration. C'est donc une opportunité qu'on espérait voir se présenter un jour. On est donc impatients. J'ai hâte de passer autant de temps avec ces gens, de tisser des liens plus forts, de se créer des souvenirs et de s'amuser. Pour ce qui est des concerts, on ne sait pas vraiment comment ça va se passer. On ne s'attend pas à ce que ce soit mauvais ou quoi que ce soit – je ne veux pas donner cette impression – mais on est tout à fait conscients qu'il pourrait y avoir des moments un peu bizarres lors de certains concerts, peut-être même dès le premier, et qu'il faudra s'adapter. Peut-être qu'on jouera les deux premiers concerts avec un maximum d'intensité, d'énergie brute, voire une certaine agressivité. Tu vois, avec les jeux de lumière, notre prestation, en essayant vraiment de créer une certaine ambiance... et que ça ne prenne pas. Et là, on se dira : « OK, ça ne marche pas, on gâche nos propres sets. » On devrait plutôt faire ceci ou cela. C'est le genre de choses qu'on a déjà faites par le passé : modifier la setlist ou l'ordre des morceaux peut vraiment changer la réaction du public.

Peux-tu m’en dire plus sur cette partie adaptation ? Comment vois-tu les choses ?
Si tu balances tous les morceaux lourds et déchaînés au début, tu épuises le public pour la fin. Mais si tu ne joues pas tout de suite ce qu'ils veulent vraiment entendre, tu ne captes pas leur attention. Il y a toute une stratégie dans la construction d'une setlist, alors on va surtout rester à l'écoute et ne rien anticiper. Je pense que ce sera génial et je suis reconnaissant d'être là. Je suis aussi vraiment curieux de voir à quoi ressemblera le public, car la programmation est très variée. Ça peut vraiment être n'importe qui. Je me demande s'il y aura beaucoup de gens qui ont un boulot classique, tu sais, du 9h-17h, des gens "normaux". Les gens sortent du bureau pour aller au concert... Qu'il s'agisse de personnes qui assistent à des spectacles tous les week-ends et sont vraiment investies dans cette communauté et ce style de musique, je suis curieux de voir qui viendra.

Sûrement les deux ?
Je pense vraiment que ce sera un mélange des deux, car leurs chansons sont tellement différentes. Ils entretiennent une excellente relation avec leur public, avec cette communauté. Je suis donc très curieux de voir qui sera présent, et de savoir s'ils seront ouverts à notre démarche ou si, comme nous sommes le seul autre groupe de heavy, ils nous percevront simplement comme une version "light" de KNOCKED LOOSE. Peut-être qu'ils ne nous accorderont aucune attention ni aucun temps. Tout peut arriver. Mais j'aborde la situation avec enthousiasme, simplement heureux d'être là.

D'ailleurs, les fans européens et français sont un peu jaloux !
Alors, nous avons finalisé la programmation pour une tournée européenne en tête d'affiche, c'est en train d'être finalisé et réservé et je pense que la programmation est l'aspect le plus difficile. C'est une chose qui peut surprendre : les groupes sont réservés très longtemps à l'avance, et pas seulement les têtes d'affiche qui remplissent des salles de 5 000 personnes. Aujourd'hui, les plannings des groupes sont bouclés deux ans à l'avance. C'est impossible d'organiser une tournée simplement en contactant des amis avec qui on a envie de jouer. On sollicite des groupes qu'on adore, avec qui on aimerait tourner et apprendre à mieux se connaître. Mais tout le monde est toujours occupé. J'aurais aimé que nos têtes d'affiche soient déjà annoncées, car on en a une en vue pour l'Europe et une autre pour les États-Unis mais ça nous a pris énormément de temps pour confirmer les groupes. Comme tout le monde est très sollicité, les dates se chevauchent souvent : ils ont un autre engagement au même moment, ou le mois d'avant ou d'après. Ils ne peuvent donc pas le faire à cause de ces conflits de calendrier. Il existe aussi ce qu'on appelle des "clauses de rayon" : si tu acceptes une tournée, tu t'engages à ne pas jouer dans un rayon de 100 miles (environ 160 km) autour de la salle concernée, dans les 90 jours précédant ou suivant le concert, car cela nuirait à l'affluence de la tournée.
Il ne s'agit donc pas seulement de trouver des groupes disponibles, mais de trouver des groupes libres dans une fenêtre de six mois autour de la période visée. Or, les groupes ne peuvent pas rester inactifs pendant six mois ; ils sont donc toujours occupés. C'est très compliqué à organiser. Ça a pris un peu de temps à ce niveau-là, mais c'est réglé. On a une programmation qui nous plaît vraiment ; maintenant, on discute avec les salles et on finalise l'itinéraire.

J'espère que vous pourrez annoncer les dates européennes bientôt.
En général, on annonce les choses bien à l'avance si possible. Donc, probablement cet automne... dans le mois ou les deux mois à venir. On a essayé de programmer une date lors de notre première tournée européenne en tête d'affiche, mais aucune salle n'a voulu du concert, alors on s'est dit : « Bon, j'imagine que la France ne nous aime pas. » On a joué là-bas en première partie de THE GHOST INSIDE et c'était génial. On s'est dit : « Si on joue ici en tête d'affiche, ce sera incroyable. » Il faut juste qu'on refasse une demande. Donc, retourner en France est clairement dans nos projets.
 

Blogger : Sonia Salem
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Sonia Salem
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